Je la connais la musique... - Page 5

  • A quand le retour de l'école réelle ?

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    Les Genevois l'ont dit clairement, les écoliers devront se rendre à l'école le mercredi matin dès la rentrée de 2014.

    Cette décision souligne qu'il était devenu évident pour une large majorité de la population que l'enseignement primaire genevois, sous l'effet conjugué des théories « pédagogistes », du corporatisme de la profession, du pouvoir de la technocratie et de l'aspiration généralisée à la « société du plaisir », avait dérivé vers la facilité et la médiocrité. Ce premier pas vers le retour à une école primaire plus laborieuse, plus exigeante, orientée davantage vers l'effort que vers l'épanouissement sans contrainte, les retrouvailles avec « l'école de Grand-papa », disent encore certains en toute mauvaise foi, était donc inéluctable.

    L'accroissement du nombre d'heures de classes constitue la première étape dans le processus salutaire du retour à la raison. Mais les débats auxquels on a assisté durant la campagne et les déclarations des opposants au changement, savoir une large partie des enseignants, ont montré que les mentalités, au sein du DIP, n'ont pas changé. Les activistes du syndicat de la profession, la SPG, corporatiste en diable, ont mis ce constat en évidence d'une manière caricaturale.

    Rien encore ne saurait laisser imaginer, en particulier, que la réforme entérinée par le peuple dimanche dernier annonce le retour du « maître », celui qui était libre de prodiguer son enseignement avec bon sens, selon son cœur autant que conformément à une méthode. Celui qui était nommé à son poste en acquérant simultanément non seulement la mission de transmettre un savoir mais également la liberté d'organiser son travail et de gérer sa classe comme il l'entendait. Celui qui, bien sûr, avait des obligations de résultats mais qui se sentait responsable devant les élèves et leurs parents bien davantage que devant l'autorité. Celui qui consacrait son temps à ses élèves bien plus qu'aux formalités administratives et soi-disant pédagogiques imposées par une hiérarchie surdimensionnée et impuissante à soutenir le travail de l'instituteur, notamment dans ses relations avec les parents.

    Rien n'indique encore que nous allons en finir avec l'école abstraite pour en revenir à l'école réelle, celle du maître et de sa classe.

    Pierre Kunz

     

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  • l'UDC m'a tuer !

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    Hier soir, lors de la plénière de l'Assemblée constituante consacrée aux tâches de l'Etat, le groupe hétéroclite de l'UDC a douché les derniers espoirs de ceux qui, au sein des partis bourgeois, caressaient encore l'ambition de parvenir à un nouveau texte constitutionnel susceptible de recueillir l'assentiment de la population lors du vote du 14 octobre. Une partie de l'UDC a en effet apporté ses voix à la gauche pour couler une proposition signée par l'ensemble des chefs de groupe de droite (UDC comprise !) chargeant l'Etat de « réaliser le contournement de l'agglomération par une traversée du lac », cela en vue de « réduire la circulation privée motorisée de30 % au centre-ville ».

    Par 37 voix contre 36 l'amendement en question a été rejeté.

    On connait l'aveuglement de la gauche sur cette question et son obstination  « pré-fazyste » à résister à l'abattage des murailles qui étouffent Genève en matière de logement et de mobilité. Cet aveuglement est idéologique donc inguérissable. Par contre on se perd en conjectures à propos des motifs ayant conduit du coté de l'UDC les constituants Amoudruz et Bläsi  à refuser, contre l'avis des autres membres de leur groupe, un article qui ne pouvait que donner des armes au Conseil d'Etat et aux élus fédéraux dans les efforts qu'ils ont entrepris à Berne pour réaliser enfin la traversée autoroutière et ferroviaire du lac. Gageons que ces deux invertébrés de la pensée politique ne savent pas eux-mêmes pourquoi ils ont dit non. Toujours est-il qu'ils ont ruiné les espoirs de ceux qui entendaient, grâce à cet article, donner au moins un motif de dire « oui » en octobre prochain.

    Certes,  le texte qui est en phase d'élaboration finale constitue, par rapport à la constitution actuelle, un modèle d'esthétique rédactionnelle et de cohérence littéraire. Mais il est creux. Il convient aujourd'hui de reconnaître objectivement que la Constituante à échoué dans sa mission de rédiger la constitution réformatrice dont le canton de Genève a un impératif besoin pour affronter les défis que lui réservent le siècle et le monde nouveaux. Le « jusqu'au-boutisme » de la gauche, d'une part, les errements du pseudo-groupe UDC d'autre part, l'absentéisme des élus d'une droite théoriquement majoritaire enfin, y ont pourvu.

    Les mois à venir mettront en évidence la faiblesse d'un texte final qui entérine des droits de toutes sortes, qui éclaire peu les responsabilités et les devoirs des acteurs politiques et des citoyens, qui en dernière analyse se résume à une jolie réécriture du texte ancien. D'ores et déjà on peut retenir ses défauts les plus saillants : la réforme territoriale a été enterrée, la Ville continuera à peser avec excès sur la vie du canton, la réforme de la fiscalité communale a accouché d'une souris, le frein à l'endettement restera symbolique, l'utilisation abusive des droits populaires par les populistes demeurera aussi aisés qu'aujourd'hui et continuera de paralyser les institutions et les autorités.

    La nouvelle constitution sera, on peut en être certain, sera fermement défendue par une gauche ravie du statu quo, agrémenté par l'éligibilité communale des étrangers,  pour lequel elle s'est battue avec succès. Mais on voit mal désormais comment la droite pourrait en recommander l'adoption.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Genève n'a plus de besoins en énergie !

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    Margaret Thatcher, en son temps, a exprimé en des mots particulièrement édifiants la limite de la voie du compromis, du consensus ou encore de la convergence, puisque c'est ainsi qu'à Genève, au sein de la Constituante, on a rebaptisé ce type de fonctionnement. C'est une manière, disait-elle,  « d'abandonner toute conviction, tout principe, toute valeur et toute ligne de conduite pour une chose en laquelle personne ne croit, mais à laquelle personne ne trouve plus rien à redire ».

    S'agissant d'énergies,  la Constituante a jeudi dernier fourni une nouvelle illustration de ce jeu politicien en l'élevant non seulement au niveau de la caricature mais à celui de l'absurde. Voici le texte de l'article 169 qu'une nette majorité de constituants, en témoignage sans doute de leur « volonté de compromis et de consensus », a accepté :

    1. La politique de l'Etat en matière d'approvisionnement en énergies est fondée sur les principes suivants :

    1. un approvisionnement en énergies ;
    2. la réalisation d'économies d'énergie ;
    3. le développement prioritaire des énergies renouvelables et indigènes ;
    4. le respect de l'environnement ;
    5. l'encouragement de la recherche dans ces domaines.

    2. Les collectivités et  institutions publiques sont liées par les objectifs de la présente section, notamment pour leurs investissements et dans  l'utilisation de leurs droits sociaux.

    3. La collaboration entre l'Etat et les entreprises privées est encouragée en vue de la réalisation de ces objectifs.

    Ainsi donc le fondement de la politique de l'Etat en matière d'approvisionnement en énergies se résume à ... un approvisionnement en énergies !!! M. de Lapalisse n'aurait pas fait mieux. Plus aucune référence à l'obligation faite aux autorités d'assurer un approvisionnement suffisant en énergie. Renoncement même à la mission confiée à l'Etat de répondre aux besoins énergétiques de la population et de l'économie. A croire que le canton de Genève, sous la baguette des écologistes, a renoncé à l'économie de marché et est entré en période de rationnement.

    On notera que ces absurdités et les dangers qui vont avec ont été votés par une bonne partie de la droite.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Du tissu au "maquis" associatif

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    Longtemps les associations ont formé dans nos communautés un tissu actif essentiellement dans les domaines social, syndical, sportif et religieux. Au cours des dernières décennies, en Suisse comme dans les autres pays européens, parallèlement au populisme, ce tissu s'est considérablement développé en s'étendant à de nouveaux domaines. En Suisse, des milliers de gens sont aujourd'hui salariés dans ces associations d'un nouveau genre. Et dans ces dernières on s'y autoproclame de plus en plus fermement partie au processus démocratique, on y réclame chaque semaine plus vigoureusement un droit décisionnel dans la gestion de la société, cela en dépit de l'absence complète de légitimité populaire et de responsabilité politique chez ceux qui, à la tête des associations,  s'érigent en représentants des citoyens.

    Dans leurs nouveaux domaines de prédilection, la plupart des associations n'ont qu'une ambition, celle de « la défense des citoyens et de leur environnement ». Plus concrètement, elles ont pour vocation de s'opposer à la politique et aux décisions des autorités qui paradoxalement les subventionnent généreusement. Répétant avec constance que les citoyens ne se rendent pas compte des dangers qui les guettent, qu'ils ont besoin d'être défendus contre les propriétaires, que leur environnement se dégrade à toute vitesse, que leur santé est en péril, elles multiplient les barrages, lancent initiative sur référendum et entretiennent un climat général de méfiance qui favorise la multiplication des blocages dans le fonctionnement de notre démocratie. La difficulté de construire du logement à Genève (1018 unités mises sur le marché en 2011, chiffre le plus bas depuis un demi-siècle !) fournit l'exemple le plus manifeste des méfaits du « militantisme associatif et participatif ».

    On ne saurait nier que, alimenté par l'enrichissement matériel général et le goût immodéré des citoyens pour les prestations publiques, l'Etat a gonflé notablement depuis les années 1960 et son emprise est devenue tentaculaire dans la vie des Suisses. De toute évidence cette évolution a amplifié le sentiment désagréable d'un lien distendu entre élus et électeurs. Aux yeux d'une grande partie de la population, l'administration publique pèse trop lourdement sur la liberté des individus et des entreprises. Elle donne de surcroît trop souvent l'image d'une machine peu efficace et habitée par une catégorie de citoyens privilégiés, les fonctionnaires.

    Rien pourtant qui doive faire penser à un bouillon révolutionnaire. D'où un paradoxe frappant. D'une part on assiste à une l'extension considérable d'un monde associatif prospérant essentiellement sur le mécontentement des Helvètes à l'égard de leurs conditions d'existence et des pouvoirs publics. D'autre part ces derniers se déclarent plus heureux que tous les autres peuples de la planète.

    La revue patronale vaudoise, se référant à des sondages réalisés scientifiquement il y a peu, nous rappelait dans sa dernière édition que 95 % de la population juge bonne voire très bonne la qualité de l'environnement autour de chez, 94 % des salariés sont satisfaits de leurs conditions de travail, 85 % de ces mêmes salariés sont contents de leur rémunération et 91 % de leurs supérieurs. Quant aux locataires, 90 % d'entre eux sont généralement contents de leurs conditions de logement.

    Le climat et les circonstances décrites plus haut, nourris aussi par l'effacement du sens de la communauté et la multiplication des égoïsmes individuels, expliquent largement que la vie associative, orientée vers la défense des intérêts corporatistes voire particuliers, ait pris racine puis se soit épaissie jusqu'à constituer une entrave sérieuse à la bonne marche de la société. Mais tout de même. Comment avons-nous pu nous laisser entraîner dans le « maquis associatif » que connaît la Suisse, particulièrement la Suisse romande ? Comment avons-nous été amenés à attacher tant d'importance à nos intérêts immédiats et si peu aux exigences du futur ?

    Sommes-nous devenus schizophrènes ou, gravement perturbés par notre confort matériel et nos mini-problèmes, avons-nous tout simplement perdu notre bon sens ?

    Pierre Kunz

     

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  • Christoph Blocher, vedette du grand écran ?

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    Pour la vaste majorité des acteurs politiques du pays le petit déjeuner passa de travers ce jour de février quand, de bon matin, ils apprirent que le cinéaste Stéphane Bron s'apprêtait à tourner un film sur Christoph Blocher. Non parce qu'ils se seraient sentis submergés à ce moment par un sentiment de jalousie. C'est plutôt l'incrédulité qui les envahit, tant ce projet leur parut incongru dans le contexte suisse, tant il s'écarte de la manière dont, en Helvétie, on s'intéresse aux élus, aux conseillers fédéraux en particulier. Concordance et collégialité obligeant, de tout temps la discrétion, la grisaille et l'oubli ont prévalu sur les éclairages.

    Pourquoi cette mise en lumière surprenante ? Christoph Blocher mérite-t-il le privilège des paillettes du septième art ?

    Dans certains milieux on l'aime, on l'adore même. Ailleurs on le déteste, on l'exècre parfois. Lui-même et l'UDC ont sans nul doute atteint leur zénith. La culbute politique du mentor et celle du parti ont d'ailleurs commencé et c'est probablement ce constat qui avant tout autre motif a amené l'ancien conseiller fédéral à collaborer à ce tournage. Il est vraisemblable aussi que ce film se révèle comme l'ultime concession d'un homme de pouvoir à un ego surdimensionné.

    Quoi qu'il en soit il est juste que l'histoire retienne le rôle exceptionnel, aussi imprévu que dérangeant, de Christoph Blocher dans le déroulement des trois dernières décennies de la vie politique suisse. Avant lui, jamais en effet un politicien n'avait tant marqué et transformé le paysage politique et médiatique d'un pays ancré depuis 150 ans dans ses schémas conservateurs et la permanence. Durant tout ce temps la composition du parlement fédéral et du gouvernement de la Confédération s'est certes adaptée peu à peu à l'usure des radicaux mais les institutions n'ont pas évolué et, surtout, l'usage qu'en ont fait les partis politiques n'a jamais changé.

    Christoph Blocher est l'unique représentant de l'élite politique aux affaires helvétiques à avoir posé la question de la gouvernance du pays en des termes nouveaux. Il est, au cours des décennies qui ont suivi la fin du dernier conflit mondial, le seul homme politique suisse d'envergure ayant sérieusement ambitionné de remettre en question la concordance.

    Voici une quinzaine d'années son objectif était clairement d'éliminer le PS du Conseil fédéral, cela dans l'objectif d'une « concordance restreinte », celle fondée sur un programme de gouvernement susceptible de rassembler fermement tous les membres du collège gouvernemental et engageant chacun d'eux, de même que leur parti. Il avait compris le premier que l'évolution du monde, de notre environnement politique, social et économique impose le renforcement de notre exécutif confédéral. Et personne sinon lui, dans la sphère fédérale, a ouvertement, pendant un temps au moins, reconnu le besoin au parlement d'une majorité pro-gouvernementale structurée et solide, et parallèlement regretté l'absence aux Conseil national d'une opposition crédible.

    Il a échoué. En premier lieu parce que les dirigeants des autres groupes, viscéralement attachés au confort et aux avantages immédiats qu'ils tirent du statu quo, n'ont pas voulu adhérer à ce projet. En second lieu parce que Christoph Blocher, « dopé » par les succès électoraux de l'UDC, a probablement cru pouvoir imposer ses vues par d'autres méthodes. Il a alors peu à peu modifié son discours et son action pour formuler des exigences relevant clairement de la démagogie et du populisme. Un changement de cap malheureux qui s'est traduit par une dérive durable de la vie démocratique helvétique et par l'affaiblissement des autorités fédérales.

    Les historiens ne manqueront pas d'étudier le phénomène Blocher, les multiples facettes du personnage, son accession aux plus hautes fonctions du pays puis les raisons de son déclin comme celui, inéluctable, du parti auquel il a su donner son extraordinaire développement. Mais d'ores et déjà la trajectoire exceptionnelle de l'homme vaut bien un film.

    Pierre Kunz

     

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  • Pourquoi la gauche n'est-elle à droite ?

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    Ou pourquoi l'UDC n'est-elle pas taxée de parti d'extrême gauche ?

    On se flatte en Helvétie d'avoir développé une démocratie fonctionnant hors des schémas « simplistes » que l'on trouve partout ailleurs, ceux de l'alternance. Chez nous, enseigne-t-on très tôt aux futurs citoyens, les institutions favorisent le multipartisme et on privilégie la collégialité et les compromis. La vertu politique suprême réclamée de la part des élites politiques réside dans leur capacité à favoriser en toutes circonstances, au détriment de l'affrontement, la recherche de la voie médiane respectueuse des minorités, celle du « consensus ».

    Certes, mais comme partout ailleurs la politique suisse est fondée sur l'opposition de deux principes, aussi essentiels que contradictoires, que la vie en communautés force les citoyens à concilier en permanence. Il s'agit de la liberté et de l'égalité. C'est sur la nécessaire conciliation de ces deux principes, sur poids relatif donné à ceux-ci dans les multiples choix auxquels doivent procéder continuellement les sociétés humaines dans l'élaboration de leur « vivre ensemble », que se bâtissent, en démocratie comme dans les autres régimes, toutes les idéologies et tous les projets de société véhiculés par les partis.

    On le sait, les milieux dits « de droite » privilégient la liberté. Ils sont pourtant amenés à transiger, à des degrés divers suivant leur place sur l'échiquier politique, dans leurs ambitions libertaires au profit des aspirations égalitaristes qui caractérisent tous les êtres humains. Quant aux partis dits « de gauche », ils s'érigent d'abord en défenseurs de l'égalité. Comme leurs adversaires mais à l'inverse, ils sont perpétuellement conduits, dans leur lutte politique, à modérer plus ou moins selon leur place au sein de leur mouvance, leurs exigences égalitaristes pour répondre à la soif de liberté inextinguible de l'Homme.

    Ces rappels ne sont jamais vains. Ils n'amènent pourtant que rarement la réponse à la devinette que posait récemment un jeune garçon à l'auteur de ce billet : « Sais-tu pourquoi les égalitaristes portent l'étiquette « de gauche » et les libertaires celle « de droite » ? C'est l'excellente revue bimensuelle OKAPI, destinée aux adolescents, qui l'avait éclairé dans sa dernière édition.

    La répartition des acteurs politiques en gens de gauche et de droite remonte à 1789, plus précisément aux Etats généraux convoqués cette année-là. On se souvient que les représentants, alors réunis, avaient décidé que désormais ce ne serait plus le roi mais l'Assemblée nationale qui légiférerait. Restait à déterminer si le monarque devait ou non conserver un droit de veto sur les lois votées par le parlement. Lors des débats sur ce point, les participants aux Etats généraux se divisèrent en deux camps. Les conservateurs, qui entendaient conserver au roi quelque pouvoir, se regroupèrent à la droite du roi. Ceux, révolutionnaires, qui ne voulaient pas laisser à ce dernier le pouvoir de rejeter une loi votée par l'Assemblée, se massèrent à sa gauche.

    Une anecdote historique qui explique pourquoi Sarkozy n'est pas à gauche et Hollande pas à droite.

    Pierre Kunz

     

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  • La Constituante confirme la réforme fiscale communale

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    Hier, les débats de l'Assemblée constituante relatifs à la fiscalité communale ont été vifs et longs. Certains élus ont en effet été pris de doutes à propos de la réforme décidée lors des travaux antérieurs. Les deux missives reçues récemment par les constituants de la part de l'Association des communes genevoise d'une part, de la Vile de Genève d'autre part, n'étaient évidemment pas étrangères à ces interrogations. Quant aux conservateurs et anti-réformistes qui occupent une partie des sièges de la Constituante, ils ont bien sûr tenté de tirer le plus large parti possible de ces courriers.

    Fort heureusement la majorité de l'Assemblée ne s'est rangée ni dans le camp de ceux qui doutaient ni dans le camp de ceux qui toujours préfèrent le statu quo. Elle a pris en compte les remarques du Conseil d'Etat. Elle a considéré à sa juste mesure la lettre de l'ACG, fondée sur la crainte, compréhensible peut-être mais injustifiée, des élus communaux à l'égard d'une réforme dont les aspects législatifs et pratiques, la nouvelle péréquation intercommunale en particulier, seront réglés en temps opportun et sans précipitation par l'ACG et le Grand Conseil appelés en l'occurrence à collaborer étroitement. Elle a enfin situé la fâcherie de la Ville dans son contexte, soit celle d'une commune riche et puissante, privilégiée par le système actuellement en vigueur et qui évidemment tente de conserver sa situation envieuse.

    La Constituante a en conséquence logiquement persisté sur le chemin réformateur qu'elle s'est tracé depuis longtemps en matière de fiscalité des communes. A une large majorité elle a confirmé sa volonté d'inscrire dans la future constitution le principe d'une fiscalité communale fondée désormais sur une perception au lieu de domicile, à l'image de ce qui se fait partout ailleurs en Suisse.

    Contrairement à ce que d'aucuns veulent faire croire, cette réforme n'est pas le fruit de l'entêtement, de l'aveuglement et de la surdité des élus qui la soutiennent. Elle n'est pas non plus le résultat d'une politique machiavélique destinée à « casser » la Ville. En vérité cette réforme consiste dans quelques articles essentiels pour l'avenir du canton et la capacité de ce dernier à affronter les défis que nous réserve l'avenir.

    Les dispositions en question amèneront généralement davantage d'équité dans la répartition des recettes fiscales entre les communes riches et celles moins bien loties. Elles auront surtout un effet capital dans le secteur de la construction de logements, si déficiente actuellement, principalement parce que, forte du nouveau système fiscal, les communes éprouveront à l'avenir un véritable intérêt dans l'accueil de nouveaux habitants plutôt que de favoriser à tout prix la multiplication des emplois.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Le CA de la Ville sait-il ce qu'est une constitution ?

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    Le Conseil administratif a choisi le début de ce mois de février, dans un courrier de trois pages, pour faire part aux membres de l'Assemblée constituante de ses « vives préoccupations » à propos d'un certain nombre d'articles, tels qu'ils sont issus des débats de l'automne dernier. Que faut-il penser des réactions de l'exécutif de la Ville ?

    Sautant aux yeux, le premier constat  est que cette missive s'inscrit dans son effort contestable, entrepris il y a quelques semaines déjà, destiné à mobiliser l'ensemble des maires des communes genevoises contre le nouveau projet de constitution.

    Quel objectif poursuit la Ville ?

    Manifestement celui de conserver aux autorités de cette dernière la plus grosse part possible des avantages que lui procurent le système fiscal et l'organisation territoriale actuels. Quitte, dans cette démarche, à procéder à une large désinformation des élus des autres communes qui ne semblent pas avoir compris la portée et l'intérêt pour leurs administrés du contenu de la nouvelle constitution. Pas plus qu'ils ne semblent avoir perçu les motivations de leurs collègues de la Ville.

    Quels sont les articles qui déplaisent au CA de la Ville ?

    « Genève, écrivent les signataires de la lettre susmentionnée, a besoin d'une nouvelle charte tournée vers l'avenir, porteuse, novatrice et permettant d'anticiper les développements à venir de notre région ». Or ce sont précisément les quelques dispositions réellement réformatrices qui sont contestée par la Ville, celles qui forceront le canton à prendre la mesure de la région, permettront de débloquer les crises du logement et de la mobilité, renforceront les moyens d'action des communes dans les secteurs où elles sont appelées à agir et apporteront plus d'équité dans la répartition des recettes fiscales entre ces communes.

    Certes, la Ville sera amenée par ces réformes à quelques renoncements dans son fonctionnement et à quelques adaptations dans sa manière d'administrer ses quartiers. Rien pourtant qui soit susceptible de justifier la réaction courroucée adressée à la Constituante.

    Se référant au rôle de « Ville-centre » qu'elle s'est taillé grâce à son statut fiscal privilégié au détriment des autres communes et en « doublonnant » souvent l'administration cantonale, craignant de ne plus disposer des ressources financières requises par les missions qu'elle a pris l'habitude d'accomplir au profit, prétend-elle, « de l'ensemble de la population du canton voire de la région », la Ville condamne les réformes voulues par la Constituante. Oubliant toute cohérence, sinon celle que lui dicte la conservation de ses privilèges, elle rejette sans nuances la nouvelle fiscalité, plus favorable certe aux autres communes qu'à elle, et refuse abruptement l'idée de céder au canton les institutions de caractère cantonal et régional qu'elle éprouve pourtant de plus en plus de peine à gérer correctement.

    On peut penser que les arguments auxquels elle recourt pour justifier la prise de position négative discutée ici ressortissent à la mauvaise foi. Comment, à première vue, expliquer autrement les propos menaçants voire humiliants qui  sont utilisés. C'est ainsi que, pêle-mêle, on suspecte les motivations profondes des constituants, on les accuse de superficialité dans les études ayant mené aux décisions et on prétend insuffisante la qualité du travail effectué.

    Mais peut-être, on veut le croire, cette attitude s'explique-t-elle plus prosaïquement par l'incompréhension chez les élus de la Ville de ce qu'est une charte fondamentale. A preuve, le reproche fait par les signataires à la Constituante de n'avoir pas été au-delà des principes dans les questions qui les préoccupent. Ils auraient même voulu que la nouvelle constitution ait fait l'objet d'études d'impact (!).

    Or s'il est dans la mission de la Constituante de fixer le principe d'un nouveau système fiscal communal et de la nouvelle péréquation intercommunale qui l'accompagnera, il ne s'agit pas pour elle d'en déterminer les mesures d'application. Pas plus qu'elle n'est appelée à définir dans le détail la répartition des tâches entre les communes et le canton, son rôle se limitant à sceller la règle, soit le principe de la subsidiarité, qui commandera à cette répartition. Dans leur lettre les élus de la Ville s'expriment comme s'ils ne savaient pas qu'il reviendra au Grand Conseil de mettre en œuvre les principes posés dans le texte constitutionnel. Comme s'ils ne comprenaient pas que c'est au parlement cantonal, lorsque le peuple aura accepté la nouvelle constitution, que l'ACG sera appelée à présenter ses propositions et ses exigences.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • 20 % des Genevois se privent de soins. Et alors ?

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    Chacun apprend aujourd'hui dans la TdG que « près d'un Genevois sur cinq renonce à se faire soigner pour des raisons financières ». Et d'insister sur le constat, pas vraiment surprenant, que les personnes les plus touchées sont celles qui disposent des ressources financières les moins élevées. En prenant connaissance de ce titre aguicheur le lecteur se dit qu'en parcourant les quatre colonnes destinées à l'expliquer il va découvrir la réponse  aux diverses questions que lui souffle son esprit critique.

    Eh bien non ! La chroniqueuse, généralement mieux inspirée, s'empresse de donner la parole au Dr Idris Guessous, médecin adjoint des HUG co-auteur de l'enquête ayant produit la conclusion susmentionnée. Celui-ci se contente, entre quelques rappels de généralités connues de tous, de souligner à gros traits que son travail met en évidence que « des cotisants paient leur assurance maladie sans en profiter » ou encore que « l'on partage la solidarité des cotisations mais pas celle des soins ».

    Dans l'article est décrit ensuite le comportement irrationnel d'une assurée dont le cas est totalement hors contexte puis on se perd dans l'argumentaire, bien connu, relatif aux avantages de la prévention dont seraient privés les moins favorisés d'entre nous. Et pour faire bonne mesure le texte s'achève sur la production d'un graphique trompeur mettant en évidence que « les Suisses paient plus de leur poche » que les patients de tous les pays de la planète. Trompeur parce que nulle part n'est indiquée la part couverte chez nos voisins par l'impôt et ... les déficits publics.

    Tout cela manque singulièrement de sérieux et on se permettra de noter que la journaliste aurait accompli un travail plus crédible si elle avait insisté sur les informations qui semblent n'avoir pas été recensées dans l'enquête menée par les HUG et dont l'absence enlève tout intérêt à celle-ci. Le Dr Guessous et son équipe de chercheurs auraient dû être amenés à répondre au moins aux questions suivantes.

    De quels soins parle-t-on ? De soins essentiels, de médicaments, de soins de confort ? Les familles qui renoncent à recourir à la médecine se privent-elles  réellement et dangereusement de soins essentiels ? Si, comme c'est probable, les économies concernent dans quasi-totalité des cas des soins non impératifs ou de confort et des dépenses médicamenteuses, ne devrait-on pas parler de surconsommation médicale au sein des classes les plus aisées plutôt que de sous-consommation dans les milieux les moins bien lotis ?

    Quant à la conclusion du responsable de l'enquête (« Nous n'avons pas l'expertise pour aller au-delà des résultats, il revient aux experts de proposer des solutions »), elle est certes compréhensible de la part d'un médecin. Mais est-il acceptable que l'auteure de l'article s'en contente ? Non, à moins que, tout simplement, au nom de l'absolue égalité pour tous en matière de santé, elle préconise implicitement un élargissement massif, notamment au domaine dentaire, du catalogue des prestations de base, l'entière gratuité des soins et le financement intégral de ceux-ci par l'impôt.

     

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  • Au revoir M. Kappeler

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    Les lecteurs du quotidien Le Temps ont appris vendredi que Beat Kappeler entendait désormais se consacrer à d'autres activités que celles du spectateur engagé qu'il n'a cessé d'incarner depuis deux décennies. Heureusement, il très improbable que le jeune retraité ait totalement renoncé à s'exprimer lorsqu'à l'avenir il le jugera utile, en toute liberté et avec la fine intelligence qui l'a toujours caractérisé.

    Il n'empêche, ses fidèles lecteurs regretteront grandement ses éditoriaux hebdomadaires. Sa compréhension de nos sociétés industrialisées est en effet d'une étendue et d'une profondeur qu'on ne retrouve guère parmi ses pairs, même au sein du gotha des professeurs d'économie, nobelisés ou pas encore, avides d'éclairage médiatique et académique, qui viennent de se réunir à Davos. Ses observations, ses analyses critiques et ses recommandations relatives au fonctionnement social, économique et politique de l'Occident, de la Suisse en particulier, étaient fondées sur un parcours professionnel et intellectuel d'une rare richesse.

    Beat Kappeler s'est depuis longtemps distancé des théoriciens de l'économie accrochés aux « modèles », pratiques mais si éphémères, grâce à un profond bon sens qui ne l'a jamais quitté et qui a toujours guidé ses recherches et ses réflexions. Contrairement aux technocrates de tout poil et aux célèbres Stiglitz et autres Krugman, le Bernois, libéral convaincu, mais au sens philosophique et humaniste du terme, n'a en aucun cas cédé aux modes, à la tentation de plaire et aux solutions dictées par la seule urgence ou le court terme socio-économique. Soulignant avec constance les échéances financières inéluctables des Etats européens et américain, il n'a eu de cesse de rappeler les vertus qui ont animé nos aïeuls, ceux qui ont fait la richesse du monde industrialisé, et n'a jamais renoncé aux valeurs qui conditionnent le fonctionnement durable d'une société démocratique et économiquement libérale.

    Au revoir M. Kappeler ; vous vous manquerez.

    Pierre Kunz

     

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  • Constituante, tentative de suicide

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    Au cours des discussions de coulisses qui ont eu lieu ces dernières semaines dans le but de trouver une solution aux profondes divergences subsistant entre les groupes sur certaines questions d'importance, le PS et les Verts n'ont cessé de renforcer leurs exigences dans des domaines considérés pourtant, par les groupes de la droite et la majorité des électeurs du canton comme essentiels. Tirant parti des divisions régnant au sein de cette droite et du rôle trouble qu'y joue l'UDC, la gauche a quasiment imposé ses conditions. A tel point qu'elles sont devenues inacceptables et qu'elles mettent gravement en péril l'aboutissement positif des travaux de la Constituante.

    Qu'à cela ne tienne, probablement enivrés par le succès de leur tactique de « négociations » et décidés à profiter au maximum de la situation, les élus PS et Verts ont montré hier, lors de la réunion plénière de l'Assemblée, qu'ils n'étaient pas prêts à modérer leur appétit. Sur plusieurs sujets cruciaux, ils ont imposé leur volonté à des élus de droite incapables de résister, les uns parce qu'ils se sentaient liés par les accords conclus en coulisses malgré le déséquilibre flagrant de ceux-ci, les autres prisonniers de leur incohérence et de leurs divisions.

    Faisant le forcing, « jusqu'au-boutiste » dans leurs exigences, le PS et les Verts ont fait ressortir l'éligibilité communale des étrangers des dispositions transitoires où ils satisfaisaient une large majorité et obtenu le retour de cet article dans le texte constitutionnel puis ils ont fait inscrire dans ce dernier une nouvelle réduction des conditions d'exercice des droits populaires. Ils n'ont épargné que le quorum électoral du Grand Conseil, sans larmes bien sûr, puisque ce faisant ils étaient certains de compliquer les prochaines échéances électorales de l'extrême-gauche.

    Il faut savoir que par ailleurs le PS et les Verts ambitionnent de supprimer, et sont décidés en tous cas à les vider de leur substance, deux autres dispositions, capitales aux yeux de la droite et pour l'avenir de Genève, adoptées lors de la première lecture. Il s'agit du frein à l'endettement et de la réforme de la fiscalité communale.

    On verra ce qu'il ressortira des débats à venir. Mais d'ores et déjà on peut affirmer que mardi soir la Constituante a commis une véritable tentative de suicide. Elle n'est pas encore morte mais le croque-mort a été mobilisé. Que pèsent en effet aux yeux de la population le toilettage et la modernisation de façade de l'ancienne constitution à côté des aberrations politiques entérinées hier ?

    Se rappelle-t-on la pluie constante des plaintes, des lamentations, des accusations portées dans tous les médias, pendant les deux premières années d'existence de la Constituante, par tous les groupes de gauche unis dans le même effort ? Une droite qualifiée alors de méprisante, de fossoyeuse des acquis, de néolibérale aveugle, d'arrogante.

    Le temps passe, la gauche sait en prendre la mesure à son bénéfice. Quant à la droite, elle reste bête.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Novartis, le dessous des cartes

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    L'avenir nous obligera peut-être à revoir ce jugement. Mais l'histoire récente de nos voisins et les problèmes dans lesquels ils se débattent nous conduisent à penser que notre pays est en premier lieu fort ... de la faiblesse de ses gouvernements fédéral et cantonaux.

    Il est fort aussi de son marché étroit, de son système exemplaire de formation scolaire et professionnelle, de l'aptitude de ses habitants au travail, de son conservatisme viscéral, de son fédéralisme, des droits populaires, du pouvoir dominant de son économie et des partenaires sociaux, de l'habileté de ses diplomates et de ses négociateurs. Il est en conséquence aujourd'hui bien mieux armé que la plupart des nations industrialisées pour surmonter la crise économique et financière qui les affecte. Cela malgré le populisme qui y fleurit momentanément.

    Pourtant il est illusoire de croire que la petite Suisse pourra demeurer à l'écart des conséquences de la dérive institutionnelle et financière de ses grands voisins et de l'immense redistribution des cartes géopolitiques. Nos voisins plus imprévoyants que nous ont déjà commencé à nous faire « partager » leurs soucis : chute de l'Euro et du dollar, assauts contre notre système bancaire et financier, menaces non voilées contre notre système fiscal, remises en cause des accords bilatéraux, etc.

    Quant aux nouveaux équilibres planétaires en formation, ils ont des conséquences palpables et de plus en plus nombreux sur le citoyen helvétique, dans son statut de consommateur comme dans ceux de salarié et de contribuable. Le tout récent exemple de Novartis à Nyon est très illustratif.

    Les emplois de la cité vaudoise sont sauvés, certes, et le citoyen-travailleur rit, même si c'est un peu jaune puisqu'il devra oeuvrer plus pour le même salaire. Mais pour le citoyen-contribuable le prix à payer n'est pas négligeable puisque l'Etat de Vaud s'est vu d'une part contraint de brader une partie du patrimoine communal au profit de la multinationale, d'autre part d'accorder à cette dernière de substantiels allègements fiscaux. Le citoyen-consommateur, de son côté,  passera à la caisse puisque manifestement dans cette affaire nos autorités fédérales ont donné leur blanc seing à la politique de dumping de Novartis, celle qui consiste à vendre en Suisse les médicaments à un prix plus élevé qu'à l'étranger.

    Le prix de ce genre d'arrangements, qui ne manqueront pas de se multiplier dans les années à venir, peut paraître élevé. C'est celui auquel nous mènent les vertus et le pragmatisme que nous cultivons davantage que les autres Etats européens. Mais ce prix reste bas au regard des conditions d'existence d'une société riche, au sein de laquelle la redistribution des revenus est très vaste et d'où les affrontements sociaux violents sont quasiment absents.

    Quoi qu'il en soit, c'est le prix auquel nous devrons nous habituer. Nous aurons en effet fort à faire dans les années à venir pour adapter les structures économiques, sociales et politiques helvétiques aux équilibres planétaires nouveaux induits par le grand partage des richesses de la planète au profit de tous les peuples.

    Pierre Kunz

     

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  • La productivité croît, les salaires stagnent, vivent les vacances !

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    « Depuis 1995, la productivité a augmenté de 20 % en Suisse mais les salaires n'ont progressé que de 4 % », s'offusque Josiane Aubert, conseillère nationale vaudoise socialiste pour justifier l'initiative de la gauche et des syndicats qui entend faire passer de 4 à 6 semaines les vacances annuelles des travailleurs du pays.

    Cette dame est certainement remplie de bonnes intentions. Mais avant de s'exprimer elle et ses amis auraient avantage à méditer la formule célèbre d'Agénor de Gasparin : « Méfiez-vous des idées généreuses ; plus elles le paraissent au départ et moins elles le sont à l'arrivée ». Elle devrait également, comme ses collègues syndicalistes, prendre la peine d'améliorer sa compréhension du fonctionnement de l'économie helvétique et de l'ampleur des défis auxquels sont confrontées les entreprises qui en forment le tissu productif.

    Prétendre justifier par un droit à des vacances supplémentaires une augmentation de 4 % de la masse des salaires distribués en Suisse procède du simplisme et de la démagogie. C'est dans le meilleur des cas le résultat d'une méconnaissance inquiétante de la manière dont une telle mesure se répercuterait sur la santé des entreprises et sur le marché de l'emploi.

    On ne contestera pas ici les deux chiffres cités plus haut, leur ordre de grandeur étant vraisemblable Il est effectivement probable que seul le cinquième des gains de productivité des entreprises suisses a été redistribué en moyenne aux salariés sous forme d'augmentations salariales au cours des 15 dernières années. Où est passé le reste ? Contrairement à ce que soutiennent les auteurs de l'initiative, il n'est allé que modestement aux actionnaires et peu, malgré quelques extravagances insupportables, aux managers.

    En fait la quasi-totalité des gains de productivité ont été « mangés » par les investissements et les réductions de prix imposées aux entreprises par leurs concurrents étrangers sur leurs produits finis. L'appréciation d'au moins 25 % du franc suisse intervenue depuis une quinzaine d'années par rapport à la quasi-totalité des monnaies étrangères, l'Euro, le $ et la £ en particulier, est passée par là.

    En répercutant un cinquième de ses gains de productivité sur les salaires, l'économie suisse a accompli en vérité une performance digne d'éloges. Des éloges qui doivent s'accompagner de gratitude car la capacité des entreprises à améliorer à raison de 20 % leur productivité sur une quinzaine d'années explique presque seule la bonne santé économique et sociale du pays et la faiblesse du chômage qui le caractérise. C'est bien cet accroissement de la productivité qui a permis à nos firmes, malgré la concurrence féroce régnant sur les marchés, de continuer à produire de manière compétitive, de renforcer l'emploi et de verser à leur personnel comme dans le passé les rémunérations les plus élevés du monde.

    On n'oubliera pas, évidemment, dans ce constat réjouissant la contribution essentielle des salariés. Des salariés qui accomplissent des efforts de formation scolaires et professionnelle considérables et permanents et qui sont prêts dans ce pays à travailler davantage que leurs voisins et de manière plus intensive.

    Leurs « défenseurs » leur rendent par conséquent un bien mauvais service en leur laissant miroiter qu'ils « méritent deux semaines de vacances supplémentaires ». Un discours malsain qui ne peut conduire qu'à l'affaiblissement des conditions de l'emploi. Les salariés ne sont d'ailleurs pas dupes et ne réclament pas de travailler moins mais d'être payés davantage si faire si peut. On notera pour le surplus que, si l'on en croit la dernière enquête de satisfaction menée par un institut spécialisé, 80 % des Suisses interrogés déclarent être heureux ou très heureux dans leur vie professionnelle et familiale.

    Pierre Kunz

     

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  • La France en AA+, Genève en AA-. Et alors ?

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    Depuis Louis XIV les élites françaises se sont toujours vues dans le rôle du donneur de leçons. Elles considèrent encore non seulement faire partie des premiers de classe dans tous les domaines mais aussi de tenir le rang le plus élevé dans le concert des nations européennes.

    On comprend donc le choc que ces élites, les acteurs politiques surtout, ont ressenti lorsqu'a été publiée la dégradation de AAA à AA+ de la note de solidité financière à laquelle vient de les condamner l'agence de notation financière Standard & Poor's. Les marchés avaient pour leur part anticipé cette annonce qui a donc essentiellement un caractère médiatique et qui restera à moyen terme sans conséquences ou presque. Reste que la classe politique du pays est ainsi mise sous pression et invitée de manière spectaculaire à couper dans son administration publique hypertrophiée, à modérer le goût des Français pour les prestations et les allocations de l'Etat, à élever l'âge de la retraite des salariés et à améliorer la compétitivité de l'économie en conviant les travailleurs à accroître le nombre de ses heures d'activité hebdomadaires.

    Mais cette affaire ne saurait bouleverser demain le fonctionnement et les habitudes du pays. L'exemple genevois est significatif.

    Malgré les difficultés financières bien connues et graves du canton, les autorités sont restées largement inactives au cours des dernières années et les problèmes restent entiers. L'endettement public n'a que peu diminué et demeure de loin le plus élevé des cantons suisses. Au bout du lac les effectifs de l'administration ont continué de gonfler fortement, les investissements publics ont atteint un niveau démesuré et seule quelques mesures cosmétiques ont été prise à propos de à l'assainissement des caisses de pension cantonales. Quant aux dépenses de fonctionnement de l'Etat, elles ont poursuivi leur croissance régulière sans rapport avec l'inflation, la hausse de la population et l'évolution des recettes structurellement assurées.

    Pourtant notre canton, qui trainait depuis longtemps la note médiocre de A+, a vu l'an dernier Standard & Poor's à relever son appréciation des finances publiques cantonales à AA-, note moins médiocre. Comment l'agence en est-elle arrivée à cette conclusion ? Les observateurs sérieux se perdent en conjectures lorsqu'ils tentent de répondre à cette question, surtout lorsqu'ils comparent l'évolution de la notation vaudoise entre 2006 et 2011. Entre ces deux dates en effet, grâce à un sérieux et fructueux ensemble de réformes (réduction de plus de 60 % de la dette, stabilisation des dépenses de fonctionnement, limitation des investissements) Standard & Poor's a élevé la notation du canton de Vaud de A+ à AA+.

    Il serait erroné, ou trop commode, de conclure des propos ci-dessus que les agences de notation sont inutiles. Il s'agit au contraire de saisir que leur rôle a pris l'ampleur qu'on lui connaît depuis la fin de la dernière décennie parce que leurs interventions jettent une lumière crue sur la manière malsaine dont ont été menée l'activité politique et gérées les finances publiques dans les Etats occidentaux depuis les années 1980. Fort opportunément et dans l'intérêt des citoyens du monde occidental la pression qu'elles exercent, associée à celle des marchés, force désormais les gouvernements à agir. Leur objectivité relative et les points qu'elles distribuent ont finalement moins d'importance que le signal donné.

    Pierre Kunz

     

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  • Régies genevoises : les anti-réformistes au front

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    Les opposants à la nouvelle loi sur l'organisation des institutions de droit public ont donc franchi la première partie de la lutte qu'ils entendent mener contre les réformes voulues par le Conseil d'Etat et le Grand Conseil. Des réformes considérées indispensables par la Constituante également qui en a adopté en décembre dernier les bases constitutionnelles.

    Rappelons qu'en résumé, l'extrême gauche, le PS et le MCG contestent la nouvelle loi au prétexte qu'elle affaiblirait le « contrôle démocratique », celui de la société civile sur la gouvernance des grandes régies du canton, à savoir celles à qui l'Etat a délégué une partie de ses prérogatives. Mais la vérité impose de souligner que l'objectif poursuivi par ces milieux est en réalité beaucoup plus prosaïque et corporatiste. Il s'agit presque exclusivement pour les partis politiques en question de défendre une source de financement non négligeable de leurs activités. Chacun sait en effet que les jetons de présence distribués très généreusement aux représentants des partis dans les conseils de ces institutions sont en bonne partie destinés aux partis qu'ils représentent.

    Ce que vise la nouvelle loi, ce qui importe, c'est le contrôle efficace de la gestion des établissements en question, dont certains figurent parmi les plus gros employeurs du canton et dont les budgets dépassent souvent les 500 millions de francs. Il s'agit d'assurer la qualité et l'efficacité de leur gouverance, de leur gestion et de leur fonctionnement, d'assurer le respect des objectifs statutaires et légaux de ces établissements. Et chacun sait que les conseils des institutions de droit public élus sur la base de la loi actuelle, c'est-à-dire sans égards ou presque pour la compétence des individus désignés par les partis, sont peu capables de répondre à ces exigences.

    Le « contrôle démocratique » invoqué par les anti-réformistes n'est pas seulement une illusion, mais un anachronisme dangereux. La démocratie « participative », celle des civils, des associations, des syndicats et des fractions politiques, dont on nous rebat les oreilles ne saurait répondre aux exigences d'une gestion moderne. Au contraire, et les exemples ne manquent pas dans le passé très récent, elle ne peut que nuire au fonctionnement des institutions concernées. Ce qui garantira le véritable contrôle des citoyens sur les entités qu'ils financent ne peut être que d'une part la qualité et les compétences des membres des conseils des institutions, d'autre part la structure à laquelle ont adhéré depuis des décennies toutes les administrations publiques modernes et les entreprises privées sérieuses. A savoir la mise sur pied d'un système à trois niveaux, soit un contrôle interne solide, un organisme d'audit interne perspicace et une  procédure de révision externe indépendant. C'est d'ailleurs cette structure qu'imposera le texte issu des travaux de la Constituante.

    Il convient de rappeler qu'à Genève existe déjà un établissement en mains de l'Etat, dont le conseil n'est occupé depuis quelques années que par des personnes ayant les compétences requises et dont la gouvernance est fondée sur les principes évoqués ci-dessus. Il s'agit de la Banque cantonale genevoise. Cela ne veut pas dire que le monde politique es texclu du conseil de la BCGe ; la loi prévoit en effet expressément que les grandes sensibilités politiques du canton y sont représentées par des gens compétents. Et le résultat est là : la BCGe vient de se voir octroyer un niveau amélioré de cotation par Standard & Poor's.

    C'est en vertu de ces constats que le Conseil d'Etat, le Grand Conseil et la Constituante sont revenus sur le vote populaire de 2008 auquel les opposants se réfèrent  commodément mais qui n'a été acquis que dans le cadre d'une campagne de méfiance et de dénigrement. Celle qui s'annonce sera menée dans un contexte bien différent et elle placera la gouvernance des régies publiques à l'éclairage des exigences de notre temps, au-delà des intérêts partisans et des discours démagogiques.

    Pierre Kunz

     

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  • La police n'est plus la solution, c'est le problème

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    La police genevoise semble encore bénéficier d'une bonne image au sein de la population genevoise. Il n'en reste pas moins, quelques évènements récents le confirment, qu'elle est devenue un problème politique majeur. Comment en est-on arrivé là ?

    La première cause du malaise réside manifestement dans l'évolution récente de notre société et dans les perversions juridiques et humanitaristes qui l'ont accompagnée. La responsabilité de cette dégradation repose sans conteste au sein d'un monde politique incapable de résister aux milieux « bien-pensants » et aux modes du « politiquement correct ».

    Nulle part plus que dans notre canton le corps de police ne subit les conséquences paralysantes du juridisme insensé qui nous a emportés depuis trois décennies. Nulle part plus qu'au bout du lac on a porté à ce point d'absurdité la protection de la personne des délinquants au détriment de l'action sécuritaire efficace des défenseurs de l'ordre public. A tel point que, pour effectuer son travail et respecter les règlements qui ont envahi la profession, le policier doit désormais consacrer plus de temps au poste qu'à la rue. Pour prévenir par exemple les accusations inventées de mauvais traitements il est forcé de prendre une multitude de précautions et se trouve désormais dans l'impossibilité d'agir seul. Quant à la plainte déposée par un citoyen pour détroussement, au lieu de mobiliser une simple employée administrative, elle peut occuper plusieurs policiers pendant des heures.

    Ce fonctionnement absurde non seulement coûte horriblement cher à la collectivité mais il est surtout extrêmement démotivant pour les policiers. Ceux-ci ne pratiquent désormais leur métier qu'à peine durant la moitié du temps qu'ils lui consacrent.

    La seconde cause trouve par contre sa source à l'intérieur du corps de la police, même si elle découle partiellement de la précédente. La police a manifestement été noyautée par des syndicalistes particulièrement virulents qui profitent depuis plusieurs années du mécontentement de la base pour quereller régulièrement un Conseil d'Etat pusillanime, se réfugiant dans des compromis navrants à chaque orage et incapable depuis plus de dix ans de jouer son rôle de patron de la police genevoise.

    Pour désolant que soit la faiblesse du Conseil d'Etat en la matière, le syndicat pourrait faire œuvre utile en contribuant activement à l'indispensable modernisation de la police genevoise. Dans l'intérêt général il pourrait devenir source de propositions en vue d'extraire celle-ci de son carcan actuel, de la réorganiser en fonction des défis sécuritaires contemporains, de la faire passer aux outils informatiques modernes et d'améliorer l'efficacité du travail des agents sur le terrain. Au lieu de cela il consacre toute son énergie à cultiver les intérêts  corporatistes de la police et à multiplier les exigences matérielles et démagogiques : plus d'effectifs, plus de salaire, plus d'indemnités pour les heures supplémentaires, plus de compensations pour le travail de nuit, etc. Il parvient presque à faire oublier que le corps de police est depuis longtemps au bénéfice d'avantages considérables, en particulier une multitudes de privilèges en matière de défraiements ainsi que la prise de retraite cinq à dix ans avant les autres fonctionnaires grâce à une caisse de pensions subventionnée année après année par l'Etat plus généreusement que toutes les autres caisses de prévoyance publiques.

    Il était donc temps que, par la voix d'Isabel Rochat, le Conseil d'Etat réagisse avec vigueur à l'égard de syndicalistes manifestement plus préoccupés par les égoïsmes corporatistes que par la mission de service public des policiers qu'ils disent représenter. En attendant, espérons-le, que ce Conseil d'Etat se réapproprie pleinement son rôle de patron de la police et qu'il prenne enfin les rênes de la modernisation de celle-ci.

    Pierre Kunz

     

     

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  • L'Abbé Pierre et l'austérité en Occident

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    En ce jour de Noël, alors que l'Occident industrialisé, pressé par une sphère politique déboussolée et des médias appauvris, s'aveugle dans ses indignations et s'étouffe dans son déni des réalités qu'il a pourtant créées, il est bon pour l'équilibre de notre raison autant que pour la sérénité de notre âme de nous replonger dans ce qu'écrivaient sur l'avenir du monde quelques-uns des penseurs et acteurs du siècle précédent. Les écrits de l'Abbé Pierre sont particulièrement édifiants, même à propos de questions sur lesquelles on l'attend peu, celle de la libéralisation mondialisée des échanges et des conséquences de celle-ci par exemple.

    En parcourant un ouvrage que l'Abbé a publié il y a une quinzaine d'années (*) le lecteur se heurte à ce paragraphe prémonitoire :

    « Le monde va très probablement traverser des crises graves qui obligeront les nations les plus développées à faire un choix : soit de repliement en privilégiant l'ordre et les intérêts en place (ce qui à terme s'avérera intenable et engendrera la dictature), soit d'ouverture. Cette seconde voie implique un effort de chacun, un renoncement pour beaucoup à bien des privilèges, et à une redistribution des moyens permettant à chaque peuple de développer à son tour ses propres richesses. »

    On n'aurait pu expliquer en termes plus simples d'une part le « grand partage » que connaît la planète depuis trois décennies, d'autre part les difficultés socio-économiques que ne peuvent manquer de générer dans les sociétés privilégiées du Nord cette colossale redistribution des cartes.

    Joyeux Noël !

    Pierre Kunz

    (*) Mémoire d'un croyant, Fayard, 1997

     

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  • Les Verts veulent une Genève maigre

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    Leur récente défaite électorale ne leur aura donc rien appris. Les Verts persistent dans leurs objectifs de « frugalité » et de décroissance et se lancent à l'attaque du nouveau plan directeur d'aménagement cantonal récemment dévoilé par le Conseil d'Etat.

    Certes, ce nouveau plan directeur est largement contesté dans les communes qui, une fois de plus, ne semblent pas avoir été correctement consultées lors de son élaboration. Il n'est donc pas surprenant qu'elles lui trouvent plus de défauts que de qualités et qu'elles exigent qu'on lui apporte des correctifs. Mais les Verts franchissent un pas supplémentaire en insistant sur le retrait pur et simple de ce plan au prétexte qu'il « ne fait que dégager des surfaces constructibles » et qu'il ne s'agirait selon eux que « d'une opération destinée à commercialiser le territoire genevois ».

    Un comble quand on sait que tous les Genevois sont au moins d'accord sur un constat : le canton souffre de l'énorme déficit accumulé dans la construction de logements. Un déficit qui explique pratiquement toutes les nuisances qui pourrissent la vie des habitants, le coût élevé des habitations disponibles, la pollution sonore et les encombrements routiers en particulier.

    Au delà de l'intégrisme inquiétant d'un parti qui reste attaché à une vision malthusienne de la société occidentale, l'attitude des Verts qui ne cessent de faire la leçon aux Genevois au sujet de la région et qui prétendent conduire Genève en participant au Conseil d'Etat, est d'une incohérence surprenante. D'une part, contrairement à ce que prétendent leurs porte-paroles, l'équilibre de la zone agricole genevoise n'est aucunement mis en péril par le nouveau plan directeur. D'autre part c'est de l'équilibre et de la répartition des tâches au sein de l'agglomération franco-valdo-genevoise qu'il est question dans le nouveau plan directeur.

    Faut-il rappeler que la surface occupée actuellement par le bâti, réseau routier compris, représente moins de 20 % de la surface du canton ? Les Verts, qui préconisent une « agglomération durable, équilibrée et solidaire », envisagent-ils sérieusement de continuer à exporter en France voisine et en dans le Pays de Vaud la construction des logements nécessaires à nos enfants qui veulent travailler à Genève ? En opposition aux constituants de tous bords qui ont, eux, compris les enjeux, entendent-ils contester le texte de la nouvelle constitution qui stipule clairement que « le plan directeur cantonal prévoit la mise à disposition en suffisance de terrains constructibles » ?

    Genève s'apprête à vivre une décennie économiquement et socialement difficile durant laquelle la tâche de nos autorités consistera bien davantage à gérer la diminution du PIB cantonal et des recettes fiscales que la croissance économique. Dans ce contexte il est stupéfiant d'entendre le maire Vert de Chêne-Bougerie déclarer à l'appui de son rejet du plan directeur «  qu'on ne peut se contenter de stimuler la croissance ».  La fonction de maire de commune rendrait-elle sourd et aveugle aux défis du canton ?

    Pierre Kunz

     

     

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  • Le "patriotisme économique", dernière née des gauloiseries

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    L'histoire foisonne de ces périodes où, lorsque leur avenir s'assombrit et que les incertitudes se multiplient, les nations succombent au mirage des « bienfaits » du repli et de la désignation des « coupables » venus d'ailleurs. Animés par des autorités religieuses et politiques particulièrement déterminées, les peuples de France, au cours du dernier millénaire, ont fourni un nombre élevé d'illustrations de ces moments troubles qui ont chaque fois coïncidé avec des résurgences de la barbarie.

    « Formatée » qu'elle est par une généalogie remontant très loin dans le passé, il n'est pas vraiment étonnant de retrouver la classe politique française contemporaine aux prises avec ses vieux  démons. Surtout en période électorale. La presse, depuis quelques jours s'est fait largement l'écho des « solutions » proposées par les chefs de file des partis. La « dé-mondialisation » Montebourg dixit, le « pacte national pour produire en France » selon Hollande, « la protection des frontières et des écluses douanières » pour Le Pen.

    Ce genre de propos, on ne les entend et on ne les lit que dans l'Hexagone. Jamais dans les cercles politiques britanniques, espagnols ou portugais, pourtant confrontés à des difficultés économiques et financières au moins aussi graves que celles de la France, on ne s'exprime ainsi. Même Berlusconi, pourtant peu avare d'outrances, ne s'est jamais abaissé en Italie à tenir des discours aussi lamentables. Des discours révélateurs de la mentalité de l'ensemble de la classe politique française, démagogique, populiste, malsaine, disposée aux pires compromissions pour accéder au pouvoir.

    Eloignés du simple bon sens, oublieux des enseignements du passé, fermant volontairement les yeux sur les raisons du succès économiques des voisins de la France, ces aboyeurs laissent croire à leurs auditeurs crédules que supprimer la concurrence étrangère ne manquera pas de conduire au remplissage des caisses publiques, à la renaissance des emplois disparus et à l'amélioration des salaires et des conditions de vie de ceux qui ont conservé le leur.

    Certes, dans tous les pays du monde les politiciens, soumis à la pression de difficultés sectorielles parfois considérables et de lobbies puissants, se laissent séduire par des entorses aux engagements de libre-échange qu'ils ont signés. Mais nulle part, sinon en France, ces « faiblesses » ne sont érigées en programme politique.

    Il est très improbable que la classe politique française réforme sa manière de fonctionner. Pourtant elle serait tellement plus respectable et utile au pays si elle entreprenait enfin d'expliquer aux Français que le monde a changé, que d'autres peuples entendent, par leur labeur et leur intelligence, prendre part désormais au partage des richesses de la planète. De leur expliquer aussi que la France dispose des moyens de faire face à ce défi à condition que, comme les Allemands, les Suédois ou les Néerlandais par exemple, elle accepte de vivre conformément à ses moyens et ... que les Français se mettent à travailler davantage pour accroître ces derniers.

    Pierre Kunz

     

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  • Les "indignés", produits décalés d'une société narcissique

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    Les « indignés », sont ces gens qui manifestent bruyamment leur colère à l'égard d'une société qui selon eux a perdu sa boussole à cause des dérives causées par les rapaces de la finance. Sont-ils défendables ?

    Certes, la crise économique et financière que vit l'Occident a explosé suite à la mise en lumière des tripotages du monde bancaire. Certes, les déséquilibres structurels qui en ont découlé au sein de nos sociétés industrialisées ont généré des conséquences économiques et sociales extrêmement lourdes. Certes, à cause des difficultés du secteur financier, la question des dettes souveraines à pris un relief et une ampleur auxquels personne ou presque n'était préparé.

    Mais les abus du secteur financier sont-ils réellement à l'origine de la période d'austérité et, plus consternant, du déclin dans lesquels s'enfoncent les pays industrialisés ?

    Comme d'autre observateurs, l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, défend le point de vue qu'en réalité le monde occidental, l'Europe latine en particulier, affronte trois crises simultanées qui s'exaspèrent mutuellement mais qui ont leur origine propre : une crise du système bancaire, une crise de compétitivité économique et une crise des dettes souveraines. Il n'en reste pas moins que la cause profonde de nos maux est unique. Elle réside dans la rupture récente et brutale de nos sociétés avec les valeurs constitutives de notre civilisation et de nos succès passés.

    En place de ces valeurs, soit la spiritualité, l'esprit d'entreprise, le travail, l'épargne, le sens du devoir et les solidarités traditionnelles, nous nous sommes précipités dès la fin de la dernière guerre dans la culture du matérialisme, des loisirs, de l'individualisme, des droits, de l'immédiateté et du crédit ; dans un égalitarisme insensé aussi, exacerbé par l'Etat providence, veau d'or du 20ème siècle. Consommateurs invétérés, nous avons enfin succombé à l'égoïsme et à la cécité volontaire à l'égard des autres pays de la planète qui ne nous ont plus intéressés que comme destinations touristiques.

    Nous avons vécu dans un confort, une sécurité et des facilités, dont aucun peuple n'avait aussi amplement disposé jusqu'ici, oubliant avec une étonnante facilité qu'ils nous ont été offerts par le labeur séculaire de nos prédécesseurs. Nous comprenons douloureusement aujourd'hui que si nous en avons tant profité c'est largement en contrepartie de l'endettement déraisonnable de nos collectivités publiques, celles qui se trouvent aujourd'hui dans la tourmente non pas à cause de leurs créanciers mais par la faute de leur imprévoyance et de leur légèreté.

    L'avenir assombri dont prennent douloureusement conscience les jeunes générations n'est donc que le résultat d'une arrogance et d'un aveuglement qui nous ont empêchés de discerner que nos « acquis » étaient désormais contestés par les peuples que nous avions assujettis à nos intérêts pendant des siècles. Ces peuples qui, portés, eux, par les valeurs qui nous ont échappé, prennent part depuis quelques décennies au « grand partage » des ressources et des opportunités de la planète.

    Les « indignés » sont certes les victimes malchanceuses de la société dont ils héritent et dont tout indique qu'elle sera désormais plus exigeante qu'égalitariste. Mais ils sont aussi la représentation la plus caricaturale de notre inaptitude  à accepter les réalités de l'environnement planétaire contemporain. Des réalités qui exigent urgemment détermination et efforts partagés plutôt que manifestations et accusations.

    Les « indignés » paradent et discourent dans une absence totale de raison et de réflexion. Leurs « solutions » sont simplistes et incohérentes. Ils nient la gravité de l'endettement public et refusent tout simplement d'en accepter les conséquences austères, réclamant au contraire le maintien des soi-disant « acquis sociaux et matériels ». Ils militent pour la fin du libre échangisme mondialisé au prétexte qu'il ne profiterait qu'aux pays émergents, accusés d'avoir mis leurs peuples en esclavage industriel. Ils exigent le démantèlement des multinationales arguant qu'elles délocaliseraient par pure cupidité. Quand ils oublient momentanément de réclamer la taxation massive des riches, ils s'expriment carrément en faveur de la banqueroute des Etats endettés jusqu'au cou et tant pis pour les créanciers voraces.

    Leur projet immédiat se résume à l'effacement radical des engagements et au maintien absolu des droits. Quant à leur vision de l'avenir, elle se ramène à un retour au protectionnisme voire à l'impérialisme, à ce temps « béni » où l'Europe et les USA profitaient d'une Terre entièrement organisée à leur avantage et qui offrait aux habitants de ces nations la possibilité de mener grand train grâce au travail et aux ressources des pays aujourd'hui libérés et économiquement émergents. Ce temps béni où la société prétendait offrir à chacun « de travailler conformément à son rythme et son idéal de vie mais de recevoir selon ses besoins matériels », et où, confronté aux images de la pauvreté des peuples du Sud, chacun se donnait bonne conscience en militant pour l'aide au développement.

    Un programme infantile, conçu par des gens ayant jusqu'à hier vécu dans un environnement fictif, imaginé par des politiciens et des technocrates qui avaient oublié les leçons de l'histoire. Des gens qui n'ont qu'une excuse, celle d'avoir été si mal instruits sur les choses de la vie.

    Il en existe pas mal en Suisse romande.

    Pierre Kunz

     

    Article publié dans Le Temps de ce jour

     

     

     

     

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