• Le prêchiprêcha incohérent des défenseurs du climat

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    En matière de lutte contre le dérèglement climatique, la COP26 offre en ce moment au monde politique un terrain fertile aux discours théâtraux et à l’expression d’engagements plus forts que jamais. Mais nous savons depuis longtemps qu’il s’agit là, comme lors des grands raouts précédents, surtout d’effets de manche qui ne s’accompagnent ni des accords multilatéraux requis pour les mettre en œuvre, ni de mesures concrètes et programmables.

    Les politiques ne sont pas seuls à prendre leur discours pour des réformes. Si l’on excepte les scientifiques du GIEC, leurs analyses chiffrées et leurs projections clairement argumentées, ils restent peu nombreux, en Suisse comme ailleurs, les soi-disant spécialistes capables de s’extraire du prêchiprêcha déstructuré accompagnant leur « diagnostic » de la problématique climatique.

    Le plus souvent, au lieu de se concentrer sur la priorité absolue (à savoir réduire drastiquement, en trente ans, le recours désastreux aux énergies fossiles par l’humanité), ils en appellent à des « solutions globales ». Ils sont évidemment d’autant moins en mesure de décrire et mettre en œuvre ces solutions qu’ils y incorporent la conservation de la biodiversité marine et terrestre, la mer de plastic, la sobriété voire la décroissance économique, la pénurie de matières premières, la dépollution de l’air, le recyclage des déchets, la recherche d’une « répartition plus équitable des richesses », le rejet du nucléaire, la réforme de l’agriculture et de l’élevage industriels, la lutte contre les excès et les gaspillages alimentaires, etc.

    Sans compter les « volontaristes donneurs d’espoirs » qui perdent leur temps à tenter de nous convaincre que chacun peut et doit, par un comportement « sobre », apporter une contribution significative à la résolution de la crise climatique. A l’évidence, ce qu’il est convenu d’appeler « l’éco-anxiété » et la bonne volonté des citoyens exemplaires ne suffiront jamais à résoudre notre problème climatique. La solution ne peut résider que dans un effort organisé rationnellement par la science, ceux qui nous gouvernent et les entreprises.

    Pour aborder le défi climatique avec optimisme et de manière efficace, il s’agit de sortir du maelstrom évoqué ci-dessus et de mettre de l’ordre dans les décisions prioritaires et les actions à mener. Denis de Rougement, s’il était encore parmi nous, rappellerait que « pour agir il faut simplifier » et de se disperser, aurait-il ajouté. A cet éclairage, il convient de dégager le constat le plus évident.

    Il faut reconnaître une fois pour toutes que le seul véritable problème climatique réside dans le 60 % environ des émissions de gaz à effet de serre provenant des énergies fossiles utilisées par les entreprises industrielle (24 %), le secteur des transport (16 %) et le fonctionnement des bâtiments (17 %). Et souligner que le charbon et le gaz naturel demeurent les deux principales sources de l'énergie électrique qu’utilise l’humanité.

    Les efforts de remplacement de ces énergies par des sources renouvelables doivent par conséquent constituer la priorité absolue. Comme l’explique notamment Bill Gates (*), ce sont ces domaines, qui doivent bénéficier de toute notre attention et des capitaux disponibles, en matière de R+D comme pour les infrastructures requises par le renouvelable. Les autres défis, moins urgents, par exemple, la protection de la biodiversité et l’amélioration des techniques agricoles, attendront.

    Tous les pays, pour des raisons historiques et géographiques, ne sont pas capables de faire des efforts identiques et au même rythme. Le réalisme impose donc que l’Occident cesse de tergiverser et d’exiger de la Chine et de l’Inde le même délai que le sien pour atteindre la neutralité carbone et qu’il investisse massivement dans le développement et la transition énergétique des pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud.

    Pierre Kunz

    (*) Bill Gates, Comment éviter un désastre

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