• Le terrorisme islamiste, les Ouïghours et la Chine

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    Allégé de la naïveté et l’hypocrisie qui l’ont caractérisé si longtemps, l’Occident commence à se préoccuper de la nouvelle donne géostratégique issue du conflit qui vient de s’achever. Ce dernier marque en effet l’aube d’une ère géopolitique, économique et sociale nouvelle en Asie centrale, dans laquelle, chacun le sent bien, la Chine jouera le premier rôle.

    Dans un ouvrage collectif publié par le CNRS en 2018 (*), un groupe d’analystes spécialistes de cette région a montré l’ampleur du défi que représentent pour la Chine, pas seulement au Xinjiang, les diverses mouvances du terrorisme islamiste. Un défi généralement passé sous silence par les observateurs occidentaux, essentiellement occupés à stigmatiser ce qu’ils appellent « la persécution des Ouïghours » par Pékin.

    Le Xinjiang, auparavant le théâtre de conquêtes successives ou partielles par différents royaumes, tribus, empires et république, a été conquis en totalité au milieu du 18ème siècle, après diverse péripéties guerrières, par la dynastie chinoise Qing. En 1884 elle devint formellement une province de l’empire sino-mandchou. En 1932-33, des insurrections indépendantistes conduisirent, pour quelques mois seulement, à l’établissement de la première république du Turkestan oriental. De 1934 à 1941, celui-ci devint un satellite de l’URSS, après quoi la jeune république rallia le Kuomintang en guerre civile contre Mao Zedong qui, en 1949, permis à la Chine communiste d’en prendre le contrôle définitif au travers de l’Armée populaire de libération. S’en suivit ce qu’il est juste de qualifier une politique d’assimilation des ethnies locales.

    Depuis, la minorité ouïghoure n’a cessé de cultiver et de manifester sa volonté d’émancipation, profitant des évènements survenus en Asie centrale, (indépendance des anciennes républiques soviétique d’Asie centrale et guerre victorieuse des moudjahidin afghans contre l’URSS), mais également en Irak et en Syrie. Les relations entre les islamistes indépendantistes du Xinjiang et leurs voisins installés en Afghanistan et au Pakistan (Al-Qaïda, Daech) se sont alors multipliées et approfondies. C’est ainsi que des volontaires ouïghoures ont participé par milliers au conflit syrien sous la bannière du PIT (Parti indépendantiste du Turkestan) aux côtés des combattants de Daech et de Al-Qaïda.

    La menace terroriste ouïghoure en Chine s’est ainsi progressivement renforcée au cours de la dernière décennie, favorisée par la connexion réalisée entre les divers groupes menant le Djihad au plan planétaire. Cette menace, prise très au sérieux à Pékin, a conduit les Chinois à s’investir fortement dans la coopération régionale contre le terrorisme. Pékin a tenu le rôle de cheville ouvrière de plusieurs organismes créés dans ce but et regroupant les pays de l’Asie centrale (Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan). Avec l’ambition affiché de briser les mouvements indépendantistes violents du Xinjiang.

    De toutes évidences, la Chine éprouve quelques inquiétudes à propos de l’évolution politique récente de l’Afghanistan qui a une frontière commune avec la Chine. Elle considère que le terrorisme est la principale menace pour la stabilité de la périphérie chinoise. Elle compte affronter ce défi (posé en Afghanistan mais aussi au Pakistan) en utilisant ses immenses ressources financières pour soutenir économiquement les pays de la région et en les faisant participer le mieux possible aux nouvelles routes de la soie. Elle pourra capitaliser à cet effet sur les relations harmonieuses qu’elle a su tisser avec tous les gouvernements régionaux, avec les Talibans aussi désormais au pouvoir à Kaboul.

    Pierre Kunz

    (*) La Chine dans le monde, 2018, CNRS, publié sous la direction d’Alice Ekman

     

     

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  • Temps présent, l’émotion avant l’objectivité

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    Temps présent du 2 septembre a fourni un nouvel exemple du goût immodéré de ses journalistes pour l’audimat et le scandale. Scandale presque toujours amplifié hors des proportions que devrait fixer l’objectivité.

    Le sujet traité jeudi dernier était évidemment chargé d’émotion puisqu’il s’agissait de ce que l’émission faisait passer pour le « le refus » des caisses-maladie de rembourser certains médicaments à des malades souffrant d’un cancer. Plusieurs de ces derniers sont apparus à l’écran, de manière particulièrement poignante quand il s’agissait d’enfants et des parents de ceux-ci. La révolte était évidente chez chacun. Leur incompréhension aussi des motifs qui empêchent les caisses-maladie d’autoriser avec remboursement la prise de tel ou tel médicament.

    Certes, l’émission a donné un peu de temps à un représentant de ces dernières pour expliciter ces motifs, à savoir les exigences légales qui interdisent aux assurances de rembourser un médicament ou un traitement non agréé par l’OFSP. Pourquoi un tel interdit ? Principalement à cause de l’insuffisance de la preuve scientifique de son efficacité thérapeutique.

    Il n’empêche, le téléspectateur ressentait un malaise en entendant le corps médical s’exprimer, lui, longuement. Il comprenait mal ces médecins, à l’origine des prescriptions qu’ils devaient pourtant savoir inacceptables pour les assurances, contestant sans nuance la position des caisses-maladie. Car, à aucun moment, ils n’ont évoqué une solution alternative ou tenté de justifier, avec la délicatesse voulue, devant leur patient, la position de l’OFSP et des assurances. On aurait attendu qu’au moins l’un d’eux relève le nécessaire contrôle des dépenses médicales dans notre pays, qu’il mentionne le mauvais fonctionnement de la LaMal, une loi qui, dans les faits, fait la part belle aux prescriptions médicales souvent questionnables, cela aux frais des assurés.

    Il se trouve que le jour précédent ce Temps présent, le Contrôle fédéral des finances (CDF) a publié un rapport éloquent, mettant en évidence l’attitude souvent contestable du corps médical et les « excès thérapeutiques » de certains de ses membres. Un rapport qui hier soir a jeté une lumière crue sur l’émission de la TSR, empreinte d’émotion mais peu objective. Manifestement, prenant connaissance du rapport du CDF, ses concepteurs auraient mieux fait de reprogrammer leur reportage et de le concevoir différemment.

    Pierre Kunz

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