Temps présent, l’émotion avant l’objectivité

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Temps présent du 2 septembre a fourni un nouvel exemple du goût immodéré de ses journalistes pour l’audimat et le scandale. Scandale presque toujours amplifié hors des proportions que devrait fixer l’objectivité.

Le sujet traité jeudi dernier était évidemment chargé d’émotion puisqu’il s’agissait de ce que l’émission faisait passer pour le « le refus » des caisses-maladie de rembourser certains médicaments à des malades souffrant d’un cancer. Plusieurs de ces derniers sont apparus à l’écran, de manière particulièrement poignante quand il s’agissait d’enfants et des parents de ceux-ci. La révolte était évidente chez chacun. Leur incompréhension aussi des motifs qui empêchent les caisses-maladie d’autoriser avec remboursement la prise de tel ou tel médicament.

Certes, l’émission a donné un peu de temps à un représentant de ces dernières pour expliciter ces motifs, à savoir les exigences légales qui interdisent aux assurances de rembourser un médicament ou un traitement non agréé par l’OFSP. Pourquoi un tel interdit ? Principalement à cause de l’insuffisance de la preuve scientifique de son efficacité thérapeutique.

Il n’empêche, le téléspectateur ressentait un malaise en entendant le corps médical s’exprimer, lui, longuement. Il comprenait mal ces médecins, à l’origine des prescriptions qu’ils devaient pourtant savoir inacceptables pour les assurances, contestant sans nuance la position des caisses-maladie. Car, à aucun moment, ils n’ont évoqué une solution alternative ou tenté de justifier, avec la délicatesse voulue, devant leur patient, la position de l’OFSP et des assurances. On aurait attendu qu’au moins l’un d’eux relève le nécessaire contrôle des dépenses médicales dans notre pays, qu’il mentionne le mauvais fonctionnement de la LaMal, une loi qui, dans les faits, fait la part belle aux prescriptions médicales souvent questionnables, cela aux frais des assurés.

Il se trouve que le jour précédent ce Temps présent, le Contrôle fédéral des finances (CDF) a publié un rapport éloquent, mettant en évidence l’attitude souvent contestable du corps médical et les « excès thérapeutiques » de certains de ses membres. Un rapport qui hier soir a jeté une lumière crue sur l’émission de la TSR, empreinte d’émotion mais peu objective. Manifestement, prenant connaissance du rapport du CDF, ses concepteurs auraient mieux fait de reprogrammer leur reportage et de le concevoir différemment.

Pierre Kunz

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