AVS : inventer la misère pour ne rien changer

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Le sujet de l’AVS et de l’adaptation de l’âge de la retraite est complexe. Pour le commun des mortels il est difficile d’en prendre complètement la mesure. Sans surprise, une partie de la classe politique en profite pour cultiver son marché électoral, quitte à utiliser les arguments les plus insensés et les plus démagogiques. Les élus fédéraux Verts et socialistes sont les plus en vue dans la campagne réactionnaire menée sur ce sujet, avec à leur têt, les inévitables conseillers nationaux Léonore Porchet et Samuel Ben Dahan.

En dépit de tous les enseignements des actuaires et des démographes, ils s’accrochent au status quo. Aveugles et sourds volontaires, ils refusent d’admettre l’évidence : reculer l’âge de la retraite est une nécessité si en notre pays entend relever les défis financiers que pose à l’AVS l’évolution démographique.

A l’appui de leur rhétorique, ils manient les peurs, tonnent contre les inégalités et la soi-disant injustice des réformes envisagées, prédisent un gonflement massif du chômage et mélangent allègrement les enjeux de l’AVS et du 2ème pilier. En se gardant bien sûr de rappeler que l’AVS est un des systèmes les plus sociaux et redistributeurs du monde puisque son financement est assuré par des prélèvements proportionnels aux revenus des cotisants alors que les rentes distribuées sont les mêmes pour tous les bénéficiaires.

Pour convaincre, ces conservateurs obstinés comptent sur la misère qu’ils inventent. Et pour combler les trous énormes du compte de l’AVS que ne manquera pas de creuser le status quo, ils suggèrent de taxer les riches, les entreprises et de prélever les réserves de la BNS.

En fait, ces pseudo-progressistes sont des acteurs du passé animés par une vision anachronique du « travail ». Ils en sont restés au 19ème siècle, celui des fondateurs du socialisme, quand les prolétaires, misérablement payés, croulaient sous la lourdeur et l’insanité de leur labeur, dans des journées interminables. Selon eux, le travail est demeuré une punition et l’objectif qu’ils font valoir est de bosser le moins longtemps possible pour ces salauds de patrons.

Or, aujourd’hui, la très vaste majorité des Helvètes, les enquêtes de satisfaction le montrent, sont heureux dans leurs emplois (soit rappelé en passant, les mieux rémunérés du monde !). Il est pour eux une source de réalisation personnelle et un lieu d’enrichissement social. Et, lorsqu’ils y songent, les heureux Helvètes se rendent bien compte qu’en repoussant l’âge de leur retraite ils pourront conserver, pendant un ou deux ans supplémentaires, un revenu plus élevé que les rentes AVS et de leur caisse de pension dont ils bénéficieront.

Pierre Kunz

Lien permanent 10 commentaires

Commentaires

  • Le système AVS tel quel ne convient plus à la réalité.
    Se fonder sur la croissance de la population est une idiotie. Se fonder sur l'espérance de vie, une ânerie sans nom : C'est le nombre d'années de vieillesse qui augmente, pas de jeunesse, ce qui implique, que les difficulté liées à l'âge, espérance de vie ou pas, reste.
    Je veux bien croire qu'un écrivain ou journaliste peut travailler longtemps, mais les métiers qui demandent les facultés au top, que ce soit physique ou intellectuel, c'est inconcevable puisque l'économie préférera puiser à l'étranger que de garder des gens moins performants.

    Les pays qui vont dans ce sens vont se planter. Il y aura 2 mondes. Celui où l'âge est moindre importance pour le travail, et les autres qui iront en partie à l'aide sociale.

    L'AVS doit être repensée. Je répète : L'augmentation d l'espérance de vie augmente la vieilles pas la jeunesse. Alors cessons de croire dans cette société concurrentielle qu'il suffit d'augmenter l'âge de la retraite.

    Vous voulez un système qui augmente l'âge de la retraite en fonction de l'espérance de vie, alors à la base il faut des quotas de "vieux" dans les entreprises.
    Mais au final, on gagnera que quelques années, ce système est caduque. Il faut réinventer un autre système qui fonctionne indépendamment de la démographie.

  • " ... alors que les rentes distribuées sont les mêmes pour tous les bénéficiaires."

    Les rentes dépendent du montant des cotisations. La rente minimale est égale au double de la rente maximale. En cas de durée de cotisation incomplète la rente est réduite.

    Du simple au double. Le commun des mortels en a conscience. Sans doute que vous-mêmes et vos pairsLR bénéficient tous de la rente maximale.

  • Bonjour

    Et revoilà l'éternel discours sur l'AVS. Votre Blog est quelque peu réducteur. Il ne tient pas compte de nombreux paramètre. Exemple : Si vous augmentez l'âge de la retraite cela signifie que mathématiquement il y aura moins de places de travail étant donné que les vieux ne partiront pas. Autres exemples qui voudra engager un vieux de 60 ans et plus quand on voit qu'à 50 ans on est obsolète pour les employeurs. En outre de nombreuses entreprises virent les "vieux" pour faire des économies quid de la protection de ces travailleurs. Mon grand père me disait quand tu veux quelques choses il faut te donner les moyens pour te le payer. Nous voulons une AVS pérenne alors il faut se la payer et l'augmentation du départ à la retraite n'est pas vraiment la bonne solution.

  • Le commentaire de motus me paraît très sensé. Il me paraîtrait utile qu'il soit soumis à un examen approfondi.

  • Puisque Mère-Grand suggère que l'on procède à un "examen approfondi" du commentaire de Motus, permettez que j'en prenne l'initiative. Principalement pour relever les inexactitudes formulées par ce dernier.
    1. Il est juste de dire que notre législation AVS ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui, marquée par non seulement par un allongement de la vie par rapport à 1949 mais aussi par une fécondité en baisse. C'est bien pour cela qu'il faut la réformer, la faire évoluer.
    2. Il est un peu farfelu d'affirmer que ces sont les années de jeunesse qui augmentent et non les années de vieillesse. Le septuagénaire que je suis a vu combien les hommes et les femmes parvenant à 65 ans dans les années 1950 étaient en triste état physique et mental, quasiment au bord de la tombe. Alors qu'aujourd'hui, au même âge ,leur santé est souvent très bonne et leur espérance de vie dépasse les vingt ans. C'est bien pour cela, si l'on excepte les métiers pénibles, qu'ils sont en mesure et qu'ils seront heureux d'accomplir quelques années d'activité professionnelle supplémentaires travailler plus longtemps.
    3. A noter que la problématique des métiers pénibles ne peut pas trouver sa solution dans le cadre de l'AVS. C'est au deuxième pilier (caisses de pension professionnelles) de le prendre en charge.
    4. Prétendre qu'élever l'âge la retraite augmenterait le chômage, notamment celui des vieux, est sans fondement. En fait, la Suisse manque de main-d'oeuvre et rien ne justifie le pessimisme affiché à ce sujet par les politiciens démagogues.
    5. Il est bon au surplus de rappeler que l'AVS n'est pas une assurance chômage, ni une assurance invalidité. Ce sont d'autres institutions qui couvrent ces problèmes, avec bien sûr l'aide sociale.
    6. Tonner par ailleurs qu'il faut réinventer le système d'assurance vieillesse est aisé. Il en va de même lorsqu'on prétend que partout les systèmes de prévoyance "vont se planter". Mais ne rien proposer ni démontrer sur ces sujets manque de sérieux.

  • J'ai beaucoup apprécié le commentaire de Monsieur Motus.

    Et il me semble qu'un des points de départ d'une réflexion à propos d'une AVS nouvelle serait d'abord de quantifier avec le plus de précision possible les besoins financiers de l'AVS pour le cours des vingt ou trente années suivantes, voire cinquante.

    Avec des statistiques officielles, des projections scientifiquement établies et des hypothèses de travail diversifiées ( en lien avec les accidents possibles, environnementaux, sociaux, migratoires, sanitaires, etc... ).

    Une fois ces besoins mis au clair, et cela sans biais idéologiques délétères, il pourrait être alors possible de proposer sereinement des types de financement et de fonctionnement alternatifs.

    Pour l'instant nous avons les sempiternelles jérémiades de la droite qui annonce l'apocalypse financière pour demain, et les virevoltantes espérances de la gauche qui affirme que tout cela se règlera à l'amiable dans une communion confédérale musclée et de bon aloi ainsi que nos prédécesseurs l'on fait depuis 1947.

    Bref, billevesées et fanfreluches sont aux commandes et le réel fonce ailleurs, comme d'habitude.

  • Les systèmes de retraites par répartition (tels l'AVS) ne sont rien d'autre que des pyramides de Ponzi, qui ne peuvent tenir que tant que le nombre des entrants est suffisant pour rémunérer les sortants. Ce qui était le cas à l'époque du Baby boom, lorsque tous ces systèmes ont été mis en place.

    Malheureusement après les années 70, la donne a quelque peu changé, et l'on ne cesse depuis lors d'essayer de "boucher les trous", soit:
    - en important de nouveaux entrants par l'immigration, avec plus ou moins de succès, du fait que le chômage reste très élevé dans certaines catégories d'immigrés, mais également que ceux-ci ont, après une génération, tendance à faire aussi peu d'enfants que nous (d'où la tentation d'encourager encore plus d'immigration, au risque de déclencher des réactions identitaires)
    - en "tapant" dans d'autres caisses (TVA, BNS, impôts directs) pour obtenir des sources de financement totalement déconnectées du marché du travail, à l'encontre de toute forme de rationnalité.

    Bref, un système qui à terme, ne pourra que faire faillite, lorsque les états et les économies n'auront plus les moyens de compenser le déficit, à moins de couper drastiquement dans les rentes. On a embastillé un certain Madoff pour moins que ça...

  • M. Levaseur,
    La probabilité que les systèmes de retraite par répartition fassent faillite est très faible. Pour les faire durer, il suffit à terme soit de trouver des financements annexes (c'est ce que propose la gauche en prélevant les bénéfices de la BNS ou d'augmenter les injections financières des Etats), soit en abaissant les rentes, ce que personne ne veut. Pour les prochaines décennies tous les systèmes misent sur un allongement de la durée du travail, ce qui paraît raisonnable et efficace.

  • Il conviendrait de rappeler dans ce débat passionné et passionnant que l'âge de l'AVS choisi à l'époque a été de 65 ans parce que tout simplement c'était l'espérance de vie ! Il convenait donc de financer la vieillesse de celles et ceux qui vivaient au-delà de cette espérance toute mathématique et statistique.
    Dire le le système doit évoluer, c'est une évidence. Mais - tout comme pour le 2ème pilier - il n'y a guère de solutions autres que soit augmenter le financement (cotisation et autre), soit diminuer les prestations. Or l'augmentation de l'âge limite permet les deux options puisqu'il engendrerait une augmentation des rentrées et une diminution des sorties. Mais le débat , au-delà de l'aspect actuariel et technique est avant tout une enjeu de politique sociale. Et le courage de décider n'est pas le propre de nos dirigeants.

  • La Chine nous a proposé une solution innovante sous la forme d'un virus éradicateur des personnes de plus de 70 ans.

    Mais la résistance à l'innovation a été forte dans le reste du monde, et tout est à recommencer.

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