• Haro sur les réserves des caisses-maladie

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    Les médias relatent ce jour la décision d’Assura, qualifiée de « coup de tonnerre », de réduire à 150 % de son taux de solvabilité le montant de ses réserves. Et le journaliste de la TSR d’espliquer : si l’autorité fédérale donne son aval à l’opération et si le même pas est franchi par les autres assureurs-maladie « les assurés se verront rembourser quelques milliards de primes payées en trop ».

    Affirmation susceptible de faire saliver nombre d’entre nous. Mais ça fait combien au juste pour chacun des assurés ?

    Les réserves cumulées de toutes les assurances sont estimées à 11,3 Md de francs. Elles se situent à 203 % du taux de solvabilité des compagnies d’assurance-maladie, 100 % étant le minimum prévu par la loi. Cela étant on calcule que si ce pourcentage est réduit à 150 %, le montant à distribuer se situe approximativement à 2,8 milliards. Répartie sur tous les assurés, soit autour de 8 millions d’adultes et d’enfants, cette somme se réduit en moyenne à un versement unique de … 350 francs par personne. 

    Ce n’est pas négligeable certes, et bon à prendre. Mais quand on compare ce chiffre avec le montant de la prime payée mensuellement par les assurés on cesse de saliver. Et on se rend compte que pour réduire effectivement et durablement la prime en question il faudra trouver d’autres solutions.

    Pierre Kunz

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  • Contester loi sur le CO2 c'est oublier l'origine du problème

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    A l’évidence, nous serons tous, directement et indirectement, touchés par la hausse du prix de l’essence et par celle du prix des billets d’avion, même si les taxes ainsi prélevées par la Confédération seront largement redistribuées aux particuliers et aux entreprises les plus vertueux, climatiquement parlant. Osons l’affirmer, dans les décennies à venir, si la Suisse entend participer comme elle s’y est engagée à la lutte contre le réchauffement climatique, tout laisse penser que la pression fiscale à caractère climatique sur nos habitudes dépensières ne pourra que croître. Pourquoi ?

    L’histoire récente nous montre que, profitant du boom économique des « Trente glorieuses » et de la multiplication par 4 voire 5 entre 1950 et 2020 de leur pouvoir d’achat moyen, tous les ménages de l’Helvétie, ceux surtout disposant de revenus peu élevés et moyens, se sont rués dès l’après-guerre, sur les produits et services aujourd’hui considérés comme les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre : voitures, appareils ménagers, voyages internationaux, téléphones, informatique, logements spacieux, consommation décuplée de fruits exotiques, achats massifs de textiles asiatiques, etc. Tous produits et services n’ayant jamais intégré dans leur prix le coût de la protection et de réparation de l’environnement qu’ils ont contribué et contribuent encore à détruire.

    Soit dit en passant, ce constat se vérifie pour l’ensemble du monde occidental.

    Ainsi, prétendre comme le font les référendaires que « la loi sur le CO2 est injuste car elle touche surtout les petits et moyens revenus » procède d’une argumentation démagogique. Il n’y a en effet rien d’injuste à faire participer l’ensemble des Helvètes à l’effort climatique puisque les classes à revenus modestes et moyens, soit 80 à 90% de la population, sont celles qui ont le plus profité, en termes de consommation, de l’accroissement de leur pouvoir d’achat au cours des dernières décennies et en même temps le plus contribué à nos émissions de gaz à effet de serre.

    Comme on aime le dire chez nos amis anglo-saxons : « There is no free meal, someone has to pay for it ».  En l’occurrence, il est demandé logiquement à chacun d’entre nous de réparer (oh si peu !) aujourd’hui l’environnement dont nous nous sommes servis à crédit depuis ¾ de siècle.

    Pierre Kunz

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  • Inquiétantes les initiatives dites "phytos"

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    Les auteurs des deux initiatives susmentionnées sont d’avis que les produits de synthèse utilisés dans l’agriculture suisse et mondiale sont toxiques pour les sols et les rivières (ce qui est vrai lorsqu’ils sont utilisés de manière abusive) et dangereux pour les consommateurs (ce qui est faux). Ils veulent nous faire croire que s’ils sont suivis, l’agriculture suisse passera au 100 % bio. Pire, ils croient sérieusement que cet ilot que serait la Suisse servira d’exemple au reste de l’humanité.

    Rappelons en préambule que le bio n’a jamais eu vocation, aux yeux de ses concepteurs, à nourrir plus sainement les Suisses mais à faire de la marge. Le bio est une niche commerciale détectée il y a une vingtaine d’années par les grands distributeurs et exploitée avec succès par ceux-ci depuis lors.

    Soulignons aussi que les Suisses profitent d’un environnement parmi les plus sains du monde et que la qualité des aliments non-bio vendus en Suisse, importés ou produits localement, est très élevée. Ces produits ne mettent aucunement en danger la santé de nos concitoyens quand ils s’en nourrissent de manière équilibrée et diversifiée. Les services de contrôle sanitaire publics y veillent.

    S’agissant des producteurs suisses, certains ont profité marginalement de la mode bio. Ils ont certes été rémunérés un peu mieux mais leurs rendements ont baissé et leur travail s’est compliqué. Au demeurant on se demande bien comment, si ces initiatives étaient adoptées, ils pourraient survivre face à la concurrence étrangère, sachant que notre pays couvre la moitié seulement de ses besoins alimentaires.

    S’agissant de l’alimentation de l’humanité, le dogmatisme des initiants et leur méconnaissance effarante des réalités démographiques et alimentaires mondiales les égarent. C’est ce que conduisent à penser les enseignements de Jean-Paul Charvet, professeur en géographie agricole et rurale à Paris. Il nous dit (*) que « la nourriture du terrien « moyen » était produite sur 0,45 hectare en 1960 et sur 0,25 hectare en l’an 2000. Pour nourrir la population mondiale en 2050 il va falloir le faire sur 0,15 hectare. Les terres arables de la planète étant limitées, seul un recours large aux techniques agricoles « productivistes » permettra d’atteindre l’objectif. A savoir, en limitant évidemment au mieux les problèmes écologiques inhérents, le recours renforcé à l’irrigation et aux intrants (engrais et pesticides) d’origine industrielle et aux semences issues des biotechnologies (OGM) ».

    Manifestement, interdire drastiquement l’usage des pesticides chimiques, comme l’ambitionnent des initiants, c’est conduire l’humanité au désastre. Gardons-nous donc de les suivre.

    Pierre Kunz  

    (*) Atlas de l’agriculture mondiale

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  • Bizarre, la transition énergétique selon le Conseil d’Etat

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    En matière de transition énergétique, le Conseil d’Etat a des objectifs élevés. C’est bien. Sauf qu’il fait comme si cette transition impliquerait de consommer moins d’énergie.

    Le Conseil d’Etat entend « offrir à la population genevoise un avenir durable et une meilleure qualité de vie grâce au développement de nos énergies locales, durables et propres ». A cet effet, il précise les principales orientations de son plan directeur de l’énergie : sortir du chauffage fossile, rénover massivement le par bâti, développer les réseaux thermiques et valoriser les énergies renouvelables locales. Toutes mesures qui effectivement vont aider Genève à réduire de 60 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990) et atteindre la neutralité carbone vers 2050.

    Mais on se demande bien pourquoi il se fixe un autre objectif, carrément insensé celui-là, à savoir, « diviser par 3,5 la consommation d’énergie du canton à l’horizon 2050 au prétexte de la société à 2000 watts ». Un objectif insensé parce qu’on ne voit pas pourquoi la diminution de la consommation d’énergie des Genevois, donc leur confort et leur niveau de vie, devrait constituer un objectif stratégique de la lutte contre le réchauffement climatique. Surtout quand on sait que, selon les SIG, l’électricité fournie aux habitants du canton est, déjà aujourd’hui, issue de sources 100 % renouvelables.

    Remplacer, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, le parc de véhicule à essence par une flotte électrifiée n’impose pas que les Genevois se privent de leur bagnole. Pas plus que, remplaçant leur chaudière à mazout par une pompe à chaleur, ils doivent réduire leur confort. Certes, les particuliers et les entreprises seraient heureux de consommer moins et de pouvoir payer moins pour cette énergie si leur facture mensuelle se trouvait amoindrie. Mais il s’agit-là de bénéfices qui n’ont rien à voir avec la transition énergétique et qui relèvent de décisions opportunistes individuelles.

    Il faut le souligner, la société à 2000 W invoquée par le Conseil d’Etat, est une utopie née dans le cerveau d’intellectuels débordant d’imagination. Elle est pourtant véhiculée par certains partis politiques et est devenue l’argument préféré d’écologistes qui, oublieux du potentiel de la recherche scientifique, ne voient la lutte contre le réchauffement climatique que dans la décroissance. C’est une vision dangereusement pessimiste et absurde : depuis 10'000 ans chaque génération de l’humanité a toujours amélioré son niveau de vie grâce aux progrès techniques et à la découverte de nouvelles sources d’énergie.

    Notre défi n’est pas de consommer moins d’énergie. Il consiste à trouver d’ici 2050, et de les mettre en œuvre, les technologies et les sources d’énergies renouvelables qui permettront à l’humanité d’éliminer les 51 milliards de tonnes de gaz à effet de serre que nos économies recrachent aujourd’hui. C’est absolument possible.

    Pierre Kunz

     

     

     

     

     

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