Contester loi sur le CO2 c'est oublier l'origine du problème

Imprimer

A l’évidence, nous serons tous, directement et indirectement, touchés par la hausse du prix de l’essence et par celle du prix des billets d’avion, même si les taxes ainsi prélevées par la Confédération seront largement redistribuées aux particuliers et aux entreprises les plus vertueux, climatiquement parlant. Osons l’affirmer, dans les décennies à venir, si la Suisse entend participer comme elle s’y est engagée à la lutte contre le réchauffement climatique, tout laisse penser que la pression fiscale à caractère climatique sur nos habitudes dépensières ne pourra que croître. Pourquoi ?

L’histoire récente nous montre que, profitant du boom économique des « Trente glorieuses » et de la multiplication par 4 voire 5 entre 1950 et 2020 de leur pouvoir d’achat moyen, tous les ménages de l’Helvétie, ceux surtout disposant de revenus peu élevés et moyens, se sont rués dès l’après-guerre, sur les produits et services aujourd’hui considérés comme les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre : voitures, appareils ménagers, voyages internationaux, téléphones, informatique, logements spacieux, consommation décuplée de fruits exotiques, achats massifs de textiles asiatiques, etc. Tous produits et services n’ayant jamais intégré dans leur prix le coût de la protection et de réparation de l’environnement qu’ils ont contribué et contribuent encore à détruire.

Soit dit en passant, ce constat se vérifie pour l’ensemble du monde occidental.

Ainsi, prétendre comme le font les référendaires que « la loi sur le CO2 est injuste car elle touche surtout les petits et moyens revenus » procède d’une argumentation démagogique. Il n’y a en effet rien d’injuste à faire participer l’ensemble des Helvètes à l’effort climatique puisque les classes à revenus modestes et moyens, soit 80 à 90% de la population, sont celles qui ont le plus profité, en termes de consommation, de l’accroissement de leur pouvoir d’achat au cours des dernières décennies et en même temps le plus contribué à nos émissions de gaz à effet de serre.

Comme on aime le dire chez nos amis anglo-saxons : « There is no free meal, someone has to pay for it ».  En l’occurrence, il est demandé logiquement à chacun d’entre nous de réparer (oh si peu !) aujourd’hui l’environnement dont nous nous sommes servis à crédit depuis ¾ de siècle.

Pierre Kunz

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • Dès l'instant où l'on cherche des fautifs la cause est perdue.

    Plutôt que de tondre la laine sur le dos des moutons fiers de leur servitude volontaire, il serait plus utile de faire d'abord l'inventaire des prédateurs, des cupides et des sournois afin de commencer par balayer pacifiquement les pires du tableau.

    Puis, avec parcimonie et honnêteté, cette dernière étant un mot difficile à entendre comme à écrire de nos jours, tenter de proposer des chemins communs vers une alliance nouvelle entre les esprits entreprenants, vifs, pragmatiques, dominateurs et désireux de conserver des privilèges obtenus de longue date à travers des droits de succession taillés sur mesure pour conserver la fortune de leurs ancêtres, et ces classes moyennes fort éduquées et cultivées depuis les années d'après la seconde guerre mondiale du 20ème siècle, classes qui voient leurs enfants aussi bien éduqués et cultivés qu'elles-mêmes se trouver face à des défis qui grandissent plus rapidement que les capacités des institutions officielles sensées y répondre.

    Il n'existe aucune solution qui soit capable de résoudre magiquement tous les problèmes de cette planète emportée par l'irrésistible attrait de la paix et de la prospérité pour tout le monde.

    Soit on fait preuve de cynisme, et là tout est réglé en deux ou trois coups de tyrannie à géométrie variable, soit on fait le travail que l'on a promis de faire en se présentant au suffrage du peuple, et une chance existe alors d'allier démocratie et survie de nos civilisations technologiques.

    Dire ce que l'on va faire, et faire ce que l'on a dit.

    Rien que d'écrire cette phrase j'ai la sensation de vivre à une autre vitesse que celle du temps présent. Plus vite que la musique, et plus lentement que l'orchestre.

    Merci pour votre attention.

  • "...la multiplication par 4 voire 5 entre 1950 et 2020 de leur pouvoir d’achat moyen..."

    Dommage. Par cette petite phrase malhonnête, c'est tout le discours qui perd sa crédibilité. Car l'augmentation du pouvoir d'achat s'est inversée depuis au moins vingt ans. Réduisant à néant toutes les projections économiques des modèles dits "libéraux" et invalidant les fondamentaux des précurseurs tel Adam Smith et sa fameuse main invisible. D'ailleurs plus aucun économiste ne sait à quel saint se vouer dorénavant et nous naviguons tous à vue en attendant le grande secousse qui propulsera le "reset" des allumés de Davos.

  • Monsieur Jenni,
    Rien n'est malhonnête dans le chiffre que vous contestez. Il est correct.
    Il me semble que vous confondez deux notions, le pouvoir d'achat et les revenus des ménages. Ces derniers, en Suisse en tous cas, ont peut-être cessé de croître aussi fortement que dans la deuxième moitié du 20ème siècle mais globalement ils n'ont pas baissé. Par contre le pouvoir d'achat, lui, a continué de progresser, principalement grâce à la baisse du prix de nombreux produits et services (voyages en avion et en bateau, appareils ménagers, électronique, habillement, etc.).
    Quant à la main invisible de Adam Smith, les projections des économistes et le Forum de Davos, ils n'ont rien à voir avec mon texte.

Les commentaires sont fermés.