Inquiétantes les initiatives dites "phytos"

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Les auteurs des deux initiatives susmentionnées sont d’avis que les produits de synthèse utilisés dans l’agriculture suisse et mondiale sont toxiques pour les sols et les rivières (ce qui est vrai lorsqu’ils sont utilisés de manière abusive) et dangereux pour les consommateurs (ce qui est faux). Ils veulent nous faire croire que s’ils sont suivis, l’agriculture suisse passera au 100 % bio. Pire, ils croient sérieusement que cet ilot que serait la Suisse servira d’exemple au reste de l’humanité.

Rappelons en préambule que le bio n’a jamais eu vocation, aux yeux de ses concepteurs, à nourrir plus sainement les Suisses mais à faire de la marge. Le bio est une niche commerciale détectée il y a une vingtaine d’années par les grands distributeurs et exploitée avec succès par ceux-ci depuis lors.

Soulignons aussi que les Suisses profitent d’un environnement parmi les plus sains du monde et que la qualité des aliments non-bio vendus en Suisse, importés ou produits localement, est très élevée. Ces produits ne mettent aucunement en danger la santé de nos concitoyens quand ils s’en nourrissent de manière équilibrée et diversifiée. Les services de contrôle sanitaire publics y veillent.

S’agissant des producteurs suisses, certains ont profité marginalement de la mode bio. Ils ont certes été rémunérés un peu mieux mais leurs rendements ont baissé et leur travail s’est compliqué. Au demeurant on se demande bien comment, si ces initiatives étaient adoptées, ils pourraient survivre face à la concurrence étrangère, sachant que notre pays couvre la moitié seulement de ses besoins alimentaires.

S’agissant de l’alimentation de l’humanité, le dogmatisme des initiants et leur méconnaissance effarante des réalités démographiques et alimentaires mondiales les égarent. C’est ce que conduisent à penser les enseignements de Jean-Paul Charvet, professeur en géographie agricole et rurale à Paris. Il nous dit (*) que « la nourriture du terrien « moyen » était produite sur 0,45 hectare en 1960 et sur 0,25 hectare en l’an 2000. Pour nourrir la population mondiale en 2050 il va falloir le faire sur 0,15 hectare. Les terres arables de la planète étant limitées, seul un recours large aux techniques agricoles « productivistes » permettra d’atteindre l’objectif. A savoir, en limitant évidemment au mieux les problèmes écologiques inhérents, le recours renforcé à l’irrigation et aux intrants (engrais et pesticides) d’origine industrielle et aux semences issues des biotechnologies (OGM) ».

Manifestement, interdire drastiquement l’usage des pesticides chimiques, comme l’ambitionnent des initiants, c’est conduire l’humanité au désastre. Gardons-nous donc de les suivre.

Pierre Kunz  

(*) Atlas de l’agriculture mondiale

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • La population mondiale va grimpé de 50-100% avant de redescendre.
    Le petit paysan bio ne vont pas survivre, c'est certain.

    Il faut aussi dire bio ne veut pas dire sans pesticide, mais sans pesticides de synthèse. L'efficacité est moindre, ils en mettent donc plus. D'où ma curiosité de connaitre l'impact sur l'environnent pout comparer les 2 pesticides. Et puis les pesticides bio ne semblent pas facile à produire en quantité.

    En tant qu'habitant de ville, je fais confiance à nos paysans qui n'ont pas intérêt à détruire l'environnement, eux-mêmes y tiennent.

    Et et puis, en cas de oui, est-ce vraiment mieux de manger du bio venu par camions d'Espagne que manger des produit non bio d'ici ?

  • "Et et puis, en cas de oui, est-ce vraiment mieux de manger du bio venu par camions d'Espagne que manger des produit non bio d'ici ?"
    C'est la première bonne question. La deuxième, c'est de savoir si le bio venant d'Espagne est réellement bio...
    Deux fois NON à ces initiatives extrémistes ! Bien que je comprenne parfaitement que les gens se fassent du souci à propos de leur alimentation...

  • Merci pour ce billet qui pose les bonnes questions. Mais qui, à mon humble avis, n'y répond pas de manière satisfaisante.
    En préambule il serait judicieux d'étudier les questions démographiques et les besoins de la planète, pas juste la Suisse qui n'échappe pas au libre-échangisme.
    Ensuite il serait important de comparer le rapport qualité-prix de la production afin de séparer le bon grain de l'ivraie.
    Enfin, la technologie permet aujourd'hui déjà de produire beaucoup plus avec moins de ressources, comme le pratiquent déjà les Japonais qui manquent de surface en cultivant en hauteur dans des espaces contraints qui permettent des économies substantielles et notamment celle des pesticides qui ne sont plus nécessaires dans cet environnement.

  • « la nourriture du terrien « moyen » était produite sur 0,45 hectare en 1960 et sur 0,25 hectare en l’an 2000. Pour nourrir la population mondiale en 2050 il va falloir le faire sur 0,15 hectare.»

    Tout le problème est là. Ça serait peut-être bien de commencer par essayer de stabiliser la jauge, disons à mi-parcours: 1970.

    Quand aux "encombrants" "boomers"; ce ne sont pas eux le problème. Ils étaient déjà là en 1970.

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