Bizarre, la transition énergétique selon le Conseil d’Etat

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En matière de transition énergétique, le Conseil d’Etat a des objectifs élevés. C’est bien. Sauf qu’il fait comme si cette transition impliquerait de consommer moins d’énergie.

Le Conseil d’Etat entend « offrir à la population genevoise un avenir durable et une meilleure qualité de vie grâce au développement de nos énergies locales, durables et propres ». A cet effet, il précise les principales orientations de son plan directeur de l’énergie : sortir du chauffage fossile, rénover massivement le par bâti, développer les réseaux thermiques et valoriser les énergies renouvelables locales. Toutes mesures qui effectivement vont aider Genève à réduire de 60 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990) et atteindre la neutralité carbone vers 2050.

Mais on se demande bien pourquoi il se fixe un autre objectif, carrément insensé celui-là, à savoir, « diviser par 3,5 la consommation d’énergie du canton à l’horizon 2050 au prétexte de la société à 2000 watts ». Un objectif insensé parce qu’on ne voit pas pourquoi la diminution de la consommation d’énergie des Genevois, donc leur confort et leur niveau de vie, devrait constituer un objectif stratégique de la lutte contre le réchauffement climatique. Surtout quand on sait que, selon les SIG, l’électricité fournie aux habitants du canton est, déjà aujourd’hui, issue de sources 100 % renouvelables.

Remplacer, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, le parc de véhicule à essence par une flotte électrifiée n’impose pas que les Genevois se privent de leur bagnole. Pas plus que, remplaçant leur chaudière à mazout par une pompe à chaleur, ils doivent réduire leur confort. Certes, les particuliers et les entreprises seraient heureux de consommer moins et de pouvoir payer moins pour cette énergie si leur facture mensuelle se trouvait amoindrie. Mais il s’agit-là de bénéfices qui n’ont rien à voir avec la transition énergétique et qui relèvent de décisions opportunistes individuelles.

Il faut le souligner, la société à 2000 W invoquée par le Conseil d’Etat, est une utopie née dans le cerveau d’intellectuels débordant d’imagination. Elle est pourtant véhiculée par certains partis politiques et est devenue l’argument préféré d’écologistes qui, oublieux du potentiel de la recherche scientifique, ne voient la lutte contre le réchauffement climatique que dans la décroissance. C’est une vision dangereusement pessimiste et absurde : depuis 10'000 ans chaque génération de l’humanité a toujours amélioré son niveau de vie grâce aux progrès techniques et à la découverte de nouvelles sources d’énergie.

Notre défi n’est pas de consommer moins d’énergie. Il consiste à trouver d’ici 2050, et de les mettre en œuvre, les technologies et les sources d’énergies renouvelables qui permettront à l’humanité d’éliminer les 51 milliards de tonnes de gaz à effet de serre que nos économies recrachent aujourd’hui. C’est absolument possible.

Pierre Kunz

 

 

 

 

 

Lien permanent 7 commentaires

Commentaires

  • La société à 2000W ne vise pas seulement la transition climatique. Elle vise la transition écologique et notamment la préservation des ressources naturelles, des terres rares. Consommer moins est donc essentiel dans le cadre de la transition écologique. Le mieux consommer n'est pas suffisant, la fabrication des batteries des VE, des panneaux solaires, etc. utilise des ressources naturelles et des terres rares

  • A l'attention de Patricia.
    La société à 2000W prétend faire vivre chaque humain avec 3 fois moins d'énergie qu'aujourd'hui, notamment en nous convaincant de consommer moins de tout ce qui agrémente notre existence. C'est évidemment un objectif insensé.
    En fait deux problèmes se posent à nos sociétés occidentales. Le premier réside dans le consumériste exacerbé et on peut penser qu'il serait bon de changer de cap, d'autant que cela est possible sans remettre en question notre confort et notre niveau de vie. Cette question n'est liée que marginalement au sauvetage du climat
    Le second problème est beaucoup plus complexe. Il s'agit pour l'humanité de se débarrasser des 51 milliards de CO2 qu'elle recrache dans l'atmosphère chaque année. Autrement dit de repenser complètement nos modes d'existence et le fonctionnement de nos entreprises sans que ces bouleversements portent atteinte au niveau de vie des Occidentaux tout en favorisant le développement économique et social des pays pauvres de la planète. Tout cela en mettant un terme au pillage des ressources naturelles.
    Les tenant de l'écologie intégriste pensent que ce n'est pas possible et entendent nous convaincre que la solution à ce dilemme réside dans une décroissance qui amènerait guerres et misère sur terre.
    Heureusement nous pouvons nous épargner cet avenir cauchemardesque en faisant confiance à la science. Grâce à elle, nous pourront consommer de plus en plus d'énergie, améliorer encore le niveau de vie de tous les humains et, d'ici 2050 atteindre l'objectif prioritaire d'un monde décarboné, tout en sauvegardant les ressources naturelle et l'environnement.
    C'est en tous cas ce qu'affirment les chercheurs les plus crédibles en matière de protection du climat. Le dernier en date qui s'est exprimé sur la question est Bill Gates.

  • On connaît tous des gens qui consommaient moins, ce sont ceux qu'on appelle généralement les pauvres, et leur sort n'est certes pas enviable!

  • Merci pour votre réflexion sur la Société à 2000 watts. Cependant, votre contribution contient quelques imprécisions que je souhaite corriger.

    Vous annoncez que les citoyens vont perdre en confort en cas de diminution par trois de leur consommation d'énergie. Sur ce point, je vous propose trois exemples démontrant le contraire.

    1) Les bases méthodologiques de la Société à 2000 watts précisent qu'il faut diminuer par trois la consommation d'énergie primaire et non la consommation d'énergie finale. En effet, dans le calcul de la consommation d'énergie primaire, toute l'énergie grise nécessaire à l'extraction, à la transformation et au transport de l'énergie est prise en considération. Par exemple, la mise à disposition de 1 kWh d'électricité dans la prise électrique de votre logement, nécessite environ 2 kWh supplémentaires pour sa fabrication et son transport, notamment car le mix de consommation suisse actuel est toujours basé en partie sur l'énergie nucléaire et sur l'importation du mix européen produit par des centrales à charbon. En sortant du nucléaire et en développant les énergies renouvelables indigènes, le mix de consommation suisse va s'améliorer durant les 30 prochaines années et par conséquent, consommer 1 kWh dans votre prise électrique ne va nécessiter plus que 0.5 kWh. Vous allez donc presque diminuer par trois votre consommation d'énergie primaire sans pour autant toucher à votre confort, car vous aurez toujours 1 kWh d'électricité disponible dans votre prise électrique.

    2) Prenons maintenant l'exemple d'une villa individuelle construite dans les années 80 avec un chauffage à mazout. En assainissant énergétiquement cette villa (fenêtres, enveloppe, toiture), il est possible technique de diminuer par deux, voire par trois les besoins en énergie. Est-ce que votre confort va changer ? Non. Vous aurez toujours une maison dans laquelle il sera agréable d’y vivre. Et maintenant, si à la place d'une chaudière à mazout, vous optez pour une pompe à chaleur, vous allez encore diminuer par 3 votre énergie primaire, car la pompe à chaleur va extraire environ 2/3 de son énergie de l'environnement (air / sondes). Imaginez encore que vous profitez de l'assainissement de votre toiture pour y installer des panneaux photovoltaïques ?

    3) Prenons maintenant l’exemple d’un véhicule à essence acheté il y 5 ans. Lorsque vous roulez, un tiers de l’énergie extraite du moteur à combustion sera utilisée pour déplacer le véhicule et environ deux tiers seront évacués sous forme de chaleur dans l’environnement. C’est bien pratique en hiver pour chauffer l’habitacle, mais c’est surtout un énorme gaspillage énergétique,c car le rendement d'un moteur thermique est d’environ 35%. Un moteur électrique au contraire a un rendement d’environ 90%. Donc il faut presque 3 fois moins d’énergie pour parcourir un kilomètre en véhicule électrique qu’avec un véhicule thermique. Votre confort a-t-il été alterné ? Non, vous avez dans le deux situations parcourus 1 km. Le rendement est encore plus important si au lieu de prendre une voiture thermique, vous prenez un vélo (classique ou électrique) ou les transports publics.

    Est-ce que les objectifs de la Société à 2000 watts sont réellement insensés ? Les trois exemples ci-dessus démontrent que les objectifs sont réalistes et qu’ils sont le résultat de l’ensemble des actions et mesures prises par les cantons et la confédération dans le cadre de la transition énergétique acceptée par le peuple en 2017. Ces actions et mesures auront non seulement un impact sur la diminution d’énergie primaire, mais également sur les émissions de gaz à effet de serre grâce à la décarbonisation de nos agents énergétiques qui aura aussi un impact important sur notre confort et notre qualité de vie.

    Les objectifs restent certes ambitieux, cependant, ils se basent sur des réflexions scientifiques tenant compte des évolutions technologiques actuelles et ne sortent pas de cerveaux d’intellectuels débordant d’imagination.

    Jérôme Attinger
    Pour le programme de la Société à 2000 watts de SuisseEnergie pour les communes

  • Monsieur Attinger,
    Vous vous donnez beaucoup de peine pour démontrer que les économies du "colibri" ne sont pas inutiles. Je vous rejoins sur ce point.
    Mais la société à 2000 watts c'est autre chose. Elle est fondée sur l'hypothèse que nous pourrions réduire des deux tiers notre consommation d'énergie, ce qui est effectivement insensé. Pourquoi ? Parce que, à part quelques ascètes, personne n'est prêt à abaisser son bien-être dans de telles proportions, d'autant moins que de tels efforts sont inutiles pour sauver le climat. Vous avez certainement lu Drawdown, ouvrage scientifique et optimiste qui vous a certainement convaincu. Les instruments à notre disposition pour sauver le climat existent déjà presque tous, cela sans obliger les peuples à retourner 80 ans en arrière, comme l'exige la société à 2000 watts.

  • Monsieur Kunz,
    L'énergie pour l'habitat, pour la mobilité et les appareils électriques représentent pour un individu environ 50% de sa consommation. Les autres 50% sont consommés pour l'alimentation et les autres achats (loisirs, achats non alimentaires, etc.).
    Dans les trois exemples que j'ai décrit ci-dessus, pouvez vous préciser où vous voyez une perte de confort ou de bien être individuel ? Les principes de la Société à 2000 watts se basent principalement sur l'efficacité et la décarbonisation de nos consommations énergétiques. Les prestations fournies (par la maison ou par le véhicule) sont les mêmes quand bien même elles consomment trois fois moins d'énergie. Ces investissements doivent se faire lorsqu'ils seront renouvelés pour soit maintenir la valeur immobilière de l'objet, soit car la voiture arrive en fin de vie. Je n'ai pas lu Drawndown (mais je le mets sur ma wishlist) dorénavant que l'atteinte de la Société à 2000 watts ne nécessite pas un retour en 1940, mais bien à exploiter de manière efficace et durable les ressources disponibles sur notre planète.

  • Monsieur Attinger,
    Là où l'efficacité des systèmes peut être augmentée il y aura effectivement une réduction de consommation d'énergie. C'est une économie pour l'utilisateur. Mais il n'y a aucune raison que ce dernier, ayant fait cette économie énergétique et financière, ne décide pas d'augmenter en proportion sa consommation d'énergie dans un autre domaine, par exemple en achetant un téléphone plus performant et plus consommateur d'électricité. C'est ce genre de transfert qui montre, à mon avis, que le concept de la société à 2000W est une rêverie d'intellectuels ou de Verts intégriste. Elle ne correspond tout simplement pas aux comportements des humains. Au surplus, dans la lutte contre le réchauffement climatique, ce qui importe, comme je l'ai déjà écrit, l'important n'est pas de consommer moins d'énergie mais de passer à une économie et des sources d'énergie décarbonées. C'est tout à fait possible.

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