• Le sexe des mots

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    En ces temps de féminisme exacerbé par des causes souvent futiles, je ne résiste pas au plaisir de rappeler Jean-François Revel, philosophe, économiste et écrivain, commentant avec talent, il y a quelques lustres, la féminisation des mots en français.

    C’était à l’époque de la présidence Mitterrand, quand la gauche faisait le forcing sur cette féminisation. La RTS et les régies publiques genevoises s’y sont mises récemment de manière officielle avec des « contributions » épicènes telles que écrivaine ou autrice et en y ajoutant les lourdeurs de l’écriture inclusive du type « citoyennes et citoyens », « téléspectateurs et téléspectatrices », et, pire s’agissant de l’écrit, « étudiant.e.x.s », « chef.fe.x.s » ou encore « un.e patient.e.x et un.e professionnel.le.x ». 

    Au-delà des motifs purement politiques voire vindicatifs des défenseurs de l’écriture inclusive et de la féminisation des mots, Revel constatait que « la querelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme. » 

    « Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux, relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. » 

    « Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille. De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ? Absurde ! Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels. »

    « Certains substantifs se féminisent tout naturellement : une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame factrice, ministresse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique. Remarquer cet inconvénient ne saurait être imputé à l’antiféminisme. »  

    « Les coupables, soulignait l’écrivain, croient s’amnistier en torturant la grammaire et l’esthétique. Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes. »

    Pierre Kunz

     

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  • Réflexion sur les ennuis de Claude-Inga Barbey

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    Certains milieux ont exprimé, parfois de manière violente voire insultante, notamment sur la RTS mardi dernier, leur mécontentement. Pourquoi ? Parce que la talentueuse Claude-Inga Barbey s’est gentiment moquée, au nom de l’humour qu’elle maîtrise si bien, de la démarche transgenre. Il y a quelque chose de révélateur dans ces réactions outragées.

    Il est admis de rire de la femme cocufiée, du mari trompé ou du demi-sourd qui prend le français pour du chinois. Pourquoi ne pourrait-on pas en faire autant à propos des minorités en général, notamment sexuelles, qui, ces dernières années, se sont largement manifestées pour faire parler d’elles ?

    La réponse à ces interrogations se situe probablement dans l’évolution qui caractérise depuis quelques décennies notre société, évolution résultant de l’ambition de la gauche dite « progressiste et universaliste », d’élever partout dans le monde occidental les aspirations des minorités au niveau des droits législatifs et constitutionnels fixés par la majorité. L’ambition de faire admettre par cette gauche activiste que nous vivons désormais dans un temps où toute aspiration individuelle, pour autant qu’elle s’inscrive dans le credo progressiste, doit être considérée comme un droit.

    A ce titre, les aspirations individuelles devraient contraindre les pouvoirs publics à satisfaire les demandes, sans se préoccuper d’autre chose que la volonté de ces personnes. Pourtant, souvent, cette ambition met directement en cause notre modèle démocratique, les valeurs qui le fondent et l’équilibre sur lequel fonctionne notre société.

    Il convient certes de ne pas de sous-estimer les difficultés qu’affrontent, comme ceux d’autres minorités, pas seulement sexuelles, les membres de la communauté des transgenres, sujet de Claude-Inga Barbey. Mais pour respecter et protéger les minorités, il n’est pas nécessaire, au nom du progressisme, de réformer peu à peu, subrepticement, l’ensemble du système juridique, éducatif, sanitaire, sportif et professionnel. Il suffit de faire appliquer l’interdiction des discriminations, principe fondamental.

    Ceux qui nous gouvernent ne devraient pas aller au-delà de ce principe, en tous cas pas de faire évoluer le droit public chaque fois qu’une minorité se manifeste. Si tel devait être l’usage, le risque apparaîtrait de construire juridiquement, au sein de notre société, en faveur des minorités, une citadelle de privilégiés de toutes sortes.

    A l’évidence, la liberté d’expression n’est pas un droit absolu, la constitution suisse le rappelle. Elle doit demeurer respectueuse. Mais il serait intolérable que les minorités parfois ciblées par les humoristes et les critiques, privent la majorité de sa liberté de penser, de parler ... et de sourire.

    Pierre Kunz

     

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  • Pierre Maudet victorieux dimanche ?

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    Les observateurs attentifs de la lutte politique qui s'achève dimanche prévoient généralement que Pierre Maudet, en dépit des erreurs qu'on a pu lui reprocher dans le passé et qu'il a publiquement regrettées, retrouvera  son siège au sein du Conseil d'Etat.

    Leur pronostic se fonde en premier lieu sur la campagne de grand qualité, intense mais jamais agressive, menée par le candidat indépendant. Voilà un homme qui s'est montré capable, depuis deux mois, sept jours sur sept, de travailler jusqu'à 20 heures par jour, animé par une conviction profonde et une volonté inébranlable. Un homme qui ainsi a su tirer le meilleur parti de son travail, aussi bien sur le terrain, au contact des gens, que sur les réseaux sociaux.

    Il se fonde aussi, très largement, sur les intentions de vote des Genevois et des Genevoises, révoltés par le déferlement incessant d'insultes, d'accusations infondées et de mensonges colportés par les détracteurs de Pierre Maudet. Des insultes, accusations et mensonges qui n'ont jamais faibli, au contraire, au cours d'une campagne qui a parfois, à cause d'eux, frisé le niveau des caniveaux sur les réseaux sociaux. Une révolte qui n'a fait que se renforcer d'une part face au parti-pris et au mépris affichés par la quasi-totalité des médias, d'autre part au regard des actes et des déclarations aussi mesquines qu'impardonnables de certains membres du Conseil d'Etat visant clairement à détruire Pierre Maudet. 

    Par ailleurs, comme les électeurs, ces observateurs ont pu se convaincre, en suivant les débats qui ont balisé cette campagne, que Pierre Maudet possède, plus que ses concurrents, les idées claires, les projets, les compétences, la force de travail et la volonté d'agir, toutes ces capacités qui forgent un homme d'Etat. Des capacités si essentielles en ces temps lourds de difficultés économiques et d'incertitudes sociales.

    Enfin, ils ne craignent en aucune manière, ces observateurs, les soi-disant "difficultés institutionnelles" agitées par certains à propos de sa réintégration au sein du Conseil d'Etat. En observant, durant ces derniers mois, l'évolution intime de Pierre Maudet, ces observateurs ont pu se convaincre que celui-ci, lorsqu'il aura pris ses fonctions, saura contribuer à l’émergence d’une saine collaboration avec ses collègues. Rien ne s’opposera alors à ce que notre gouvernement retrouve l'énergie, la volonté et l'intelligence collectives qui lui ont cruellement fait défaut depuis deux ans.

    Pierre Kunz

     

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  • "Toxique" Maudet ?

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    Serge Hiltpold (à ne pas confondre avec l’ancien conseiller national Hugues Hiltpold) est chef d’entreprise et député au Grand Conseil. Il a claqué la porte de la Chambre de commerce et d’industrie au motif que celle-ci a décidé de soutenir le 27 mars Pierre Maudet, un homme « toxique » selon les propos qu’a tenus ce mécontent face aux caméras de la TSR.

    Voilà bien un mot dont son utilisateur n’a pas mesuré le sens et la portée. Selon le Larousse, « toxique se dit d’une substance dangereuse pour les organismes vivants ». Pierre Maudet serait donc un homme dangereux. Dangereux pour qui ? Peut-être et seulement pour ceux qui, au PLR, au sein du Conseil d’Etat et sur certains médias, mènent depuis plus de deux ans une campagne de dénigrement qui a finalement non seulement lassé mais outré le peuple de Genève. Mais en aucun cas pour Genève.

    En réalité, ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Maudet » est une mise en scène dramatique de l’intolérance. La haine et la pensée étroite de ses ennemis ont débouché sur une profonde injustice, sur l’exigence de sa démission immédiate, sur un procès médiatique entièrement à charge, sur le lynchage d’un homme qui pourtant non seulement a reconnu avoir commis une erreur mais en a demandé le pardon.

    Cette campagne de destruction, Pierre Maudet, n’y a pas cédé. Fort de sa conscience et de sa conviction profonde, il a refusé avec une énergie que ses adversaires ne soupçonnaient pas, de quitter le pouvoir pour une faute dont il a toujours été convaincu qu’elle ne méritait pas une telle issue. Le 7 mars dernier, les électeurs du canton lui ont donné raison en le qualifiant pour le deuxième tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat.

    Il y a près de 500 ans, Calvin, maître absolu de Genève, ne qualifiait pas ceux qu’il voulait envoyer au bûcher de « toxiques ». Leur niant toute liberté de conscience, il les accusait d’être « hérétiques », qualificatif suffisant pour les conduire à la mort. Gageons qu’alors Pierre Maudet, parce qu’il ne pense pas et n’agit pas comme ses ennemis, n’aurait pas échappé au châtiment requis hors de toute justice par Calvin.

    Pierre Kunz

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  • Le rapport Fonjallaz selon Le Temps

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    Madame Fati Mansour croque pour son journal depuis plusieurs décennies les questions judiciaires qui mobilisent la République. Elle le fait avec un talent littéraire incontestable. Pourtant, sur l’orientation qu’elle donne à ses articles on s’interroge souvent. Pourquoi prend-elle si régulièrement parti au lieu de faire la part des faits et de les situer dans leur contexte ?

    Son texte paru dans Le Temps du 11 mars ne fait pas exception. Elle se contente de reprendre tous les éléments du rapport à charge de Pierre Maudet. Celui-ci serait « à l’origine d’une crise extraordinairement grave, se serait montré autoritaire et exigeant sans faire preuve d’empathie à l’égard de personnes mises sous pression ». On veut bien croire que Pierre Maudet, habitué à commander, ne fasse pas toujours la part de l’empathie qu’un chef doit à ses collaborateurs, surtout lorsque qu’ils se trouvent stressés.

    Mais tout de même. Une journaliste objective commentant le rapport Fonjallaz et la crise révélée par celui-ci, n’aurait pas manqué de nuancer ses conclusions.

    Si elle avait fait la part de l’objectivité, Mme Mansour aurait commencé par rappeler le contexte. Celui du statut de la fonction publique qui, à force de surprotéger les serviteurs de l’Etat, leur fait perdre le goût de l’initiative individuelle, le sens des responsabilités, la disponibilité et la capacité de résister à un stress qui est inhérent à la vie d’une entreprise qui vit et qui bouge, comme la voulait Pierre Maudet dans son département et comme c’est le cas dans le secteur privé.  

    Ces carences des ressources humaines de la fonction publique genevoise et notamment du département de Pierre Maudet ont, en ces temps troublés, éclaté en pleine lumière. Mais reprocher à Pierre Maudet « le non-respect des temps de repos par l’envoi de courriels la nuit et le weekend » ne peut provenir que d’un « expert », qui a toujours travaillé au sein d’un pouvoir judiciaire très fonctionnarisé, qui brille partout davantage par sa lenteur que par son dynamisme et sa rapidité.

    Par ailleurs, Mme Mansour aurait insisté sur le constat que durant la période concernée Pierre Maudet était contraint d’avancer vite à cause des conséquences de la crise sanitaire sur l’économie genevoise et d’exiger beaucoup de ses collaborateurs dont le nombre avait été limité intentionnellement par le Conseil d’Etat.

    Enfin, Mme Mansour aurait mis en évidence la partialité scandaleuse du premier rapport relatif à cette affaire, rapport qui a été immédiatement utilisé par le Conseil d’Etat pour nuire encore un peu plus à Pierre Maudet.

    Pierre Kunz

     

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  • Discrimination salariales hommes-femmes, le mythe enfin démonté

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    Discrimination salariales hommes-femmes, le mythe enfin démonté

    A l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, comme lors de chaque manifestation des féministes, celles-ci et les médias ressassent haut et fort les prétendues « discriminations salariales » entre les hommes et les femmes de notre pays. Une fois de plus on a entendu décliner la légende selon laquelle les femmes, à travail et à compétences égaux, y gagneraient, aux dernières fausses nouvelles, 14,4 % de moins que leurs collègues masculins.

    Certains observateurs plus attentifs que les autres suggèrent depuis des années qu’il s’agit-là d’un slogan fondé sur l’interprétation erronée de la méthode de calcul et des chiffres publiés à ce sujet. Ils soulignent qu’évidemment, diviser la masse salariale annuelle payée aux hommes par le nombre d’emploi, faire la même chose pour les femmes et comparer le résultat des deux divisions ne peut que conduire à un écart.

    Ces observateurs assurent depuis longtemps qu’en réalité, partout dans le pays, les hommes et les femmes reçoivent, à fonctions égales, les mêmes salaires. La différence mise en avant de manière trompeuse par les rouleaux-compresseurs de la cause féminine, réside dans le fait que les femmes sont nettement moins nombreuses que les hommes à occuper, dans les entreprises publiques et privées, petites ou grandes, les postes de cadres et de direction. Pas étonnant donc que le mode de calcul choisi débouche sur une différence de 15 %.

    Une enquête menée dans les pays occidentaux par la société Equileap (reprise par Le Temps du 5 mars) a enfin mis clairement en évidence le biais qui fausse l’interprétation des données salariales dans les pays développés, en Suisse aussi. Selon cette enquête, dans notre économie et dans nos administrations publiques, les femmes, même si la situation s’améliore, sont fortement sous-représentées dans les postes hiérarchiquement les plus élevés et les mieux rémunérés. Elles sont par contre surreprésentées dans les emplois de niveau moins élevés.

    Cette étude est essentielle parce qu’elle met en évidence une vraie discrimination : les femmes sont insuffisamment considérées lorsqu’il s’agit de pourvoir les postes de direction. Elle importe aussi parce qu’elle explique pourquoi les soi-disant discriminations salariales sont uniquement le fruit de statistiques interprétées, volontairement ou non, de manière erronée.

    Pierre Kunz

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  • Election du 7 mars, les responsables de l'échec du PLR

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    Alexandre de Senarclens et ceux qui se défaussent sur lui de la sale besogne d’expliquer aux médias l’échec du PLR, persistent dans l’erreur. Le responsable de l’échec du PLR en ce dimanche électoral genevois n’est pas Pierre Maudet. Ni Cyril Aellen, dont la défaite n’est pas due à ses compétences ou à la campagne de qualité qu’il a dû mener sous le poids du fardeau que représentait le soutien d’un parti qui a joué un rôle moteur dans le développement de la crise dont ce 7 mars est l’aboutissement.

    Seul en effet le PLR est responsable, lui qui n’a pas su se montrer à la hauteur des enjeux et préserver l’unité du parti. Ou plutôt, sont responsables les quelques personnalités qui, au sein de la direction du parti, dès la fin 2018, n’ont eu de cesse de se débarrasser de Pierre Maudet au lieu de se tenir en retrait dans l’attente du verdict de la justice et de maintenir ainsi l’unité du parti. Des personnalités qui, se comportant comme des cathéchumènes récitant les règles de la morale, n’ont jamais pris en compte la valeur, le bilan politique et la solidité du Conseiller d’Etat qu’ils voulaient abattre. Pas plus qu’ils n’ont pris la mesure de celui à qui ils avaient affaire.

    Les urnes ont révélé ce dimanche les divisions qu’a générées l’attitude de ces personnalités : le PLR a vu en ce dimanche 40 % de son électorat le lâcher.

    Souhaitons que la direction de notre parti retienne les leçons de ce résultat et qu’elle se focalisera dès demain sur l’indispensable et urgent rassemblement de ses adhérents, ne serait-ce que pour préparer les échéances de 2023. Les décisions qu’elle prendra au sujet de ses recommandations concernant le deuxième tour de l’élection partielle seront évidemment déterminantes dans ce retour à l’unité.

    Pierre Kunz

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  • L'étonnante démocratie israélienne

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    Il y a peu, un quotidien romand attirait l’attention de ses lecteurs sur certaines caractéristiques curieuses de la démocratie israélienne qui présente effectivement plusieurs caractéristiques étonnantes.

    La principale est son parlement, élu quasiment sans quorum, donc très éparpillé, ouvert à la multitude de petits partis. Ce système électoral confère un pouvoir qu’on peut qualifier d’exorbitant aux diverses fractions religieuses intégristes qui constituent un puissant moteur de la société civile et politique israélienne.

    Généralement, on présente l’Etat d’Israël comme « le » modèle démocratique de la région, comme le contre-exemple de ses voisins, notamment de la République islamique d’Iran et de la monarchie saoudienne. Et il est vrai que la démocratie y fonctionne, cela d’une manière d’autant plus surprenante que le pays est entouré d’ennemis déclarés. Elle nous interroge, nous Occidentaux, en particulier parce qu’elle elle n’intègre pas la laïcité à laquelle nous sommes habitués. La religion juive, en Israël, n’a jamais été séparée de l’Etat. C’est ce constat qui fait dire à d’aucuns qu’Israël est aussi une théocratie.

    Contrairement à ce qu’imaginaient ses pères fondateurs, sous la pression des promoteurs du judaïsme conservateur, la démocratie israélienne s’affirme aujourd’hui comme « l’Etat-nation du peuple juif ». Benyamin Netanyahou a d’ailleurs expressément repris à son compte l’idée que « Israël est l’Etat d’un seul peuple, le peuple juif ».

    Autrement dit, selon le premier ministre, qui n’est pas exempt bien sûr d’arrière-pensées géopolitiques, même si tous les citoyens disposent des droits politiques et civils, même si la religion juive n’a jamais été déclarée religion d’Etat, et même si la constitution garantit la liberté de culte à toutes les communautés religieuses, seuls les Israéliens de religion juive sont les « vrais » citoyens d’Israël. Au plan des droits humains ces propos sont évidemment contestables.

    S’agissant de la vie des minorités religieuses juives orthodoxes et arabe, Israël a su se montrer pragmatique. Michel Abitbol le soulignait voici quelques lustres dans un de ses écrits : « Israël est l’un des rares pays démocratiques qui abandonne des pans entiers de sa juridiction à des tribunaux religieux dont les juges sont rétribués par l’État au même titre que les magistrats des cours civiles. Les tribunaux religieux ont compétence en tout ce qui concerne les mariages et les divorces qui sont régis exclusivement par la Halakha juive ou la Shari’a musulmane ».

    De toutes évidences, cette délégation, impensable dans nos Etats laïcs, d’une partie du pouvoir judiciaire à des tribunaux privés met intelligemment de l’huile dans les rouages du fonctionnement harmonieux de la société israélienne.

    Pierre Kunz

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