Réflexion sur les ennuis de Claude-Inga Barbey

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Certains milieux ont exprimé, parfois de manière violente voire insultante, notamment sur la RTS mardi dernier, leur mécontentement. Pourquoi ? Parce que la talentueuse Claude-Inga Barbey s’est gentiment moquée, au nom de l’humour qu’elle maîtrise si bien, de la démarche transgenre. Il y a quelque chose de révélateur dans ces réactions outragées.

Il est admis de rire de la femme cocufiée, du mari trompé ou du demi-sourd qui prend le français pour du chinois. Pourquoi ne pourrait-on pas en faire autant à propos des minorités en général, notamment sexuelles, qui, ces dernières années, se sont largement manifestées pour faire parler d’elles ?

La réponse à ces interrogations se situe probablement dans l’évolution qui caractérise depuis quelques décennies notre société, évolution résultant de l’ambition de la gauche dite « progressiste et universaliste », d’élever partout dans le monde occidental les aspirations des minorités au niveau des droits législatifs et constitutionnels fixés par la majorité. L’ambition de faire admettre par cette gauche activiste que nous vivons désormais dans un temps où toute aspiration individuelle, pour autant qu’elle s’inscrive dans le credo progressiste, doit être considérée comme un droit.

A ce titre, les aspirations individuelles devraient contraindre les pouvoirs publics à satisfaire les demandes, sans se préoccuper d’autre chose que la volonté de ces personnes. Pourtant, souvent, cette ambition met directement en cause notre modèle démocratique, les valeurs qui le fondent et l’équilibre sur lequel fonctionne notre société.

Il convient certes de ne pas de sous-estimer les difficultés qu’affrontent, comme ceux d’autres minorités, pas seulement sexuelles, les membres de la communauté des transgenres, sujet de Claude-Inga Barbey. Mais pour respecter et protéger les minorités, il n’est pas nécessaire, au nom du progressisme, de réformer peu à peu, subrepticement, l’ensemble du système juridique, éducatif, sanitaire, sportif et professionnel. Il suffit de faire appliquer l’interdiction des discriminations, principe fondamental.

Ceux qui nous gouvernent ne devraient pas aller au-delà de ce principe, en tous cas pas de faire évoluer le droit public chaque fois qu’une minorité se manifeste. Si tel devait être l’usage, le risque apparaîtrait de construire juridiquement, au sein de notre société, en faveur des minorités, une citadelle de privilégiés de toutes sortes.

A l’évidence, la liberté d’expression n’est pas un droit absolu, la constitution suisse le rappelle. Elle doit demeurer respectueuse. Mais il serait intolérable que les minorités parfois ciblées par les humoristes et les critiques, privent la majorité de sa liberté de penser, de parler ... et de sourire.

Pierre Kunz

 

Lien permanent 7 commentaires

Commentaires

  • Comme cela a été dit, c'est la génération des offensés. "Offensé" et intolérance vont de pair : Une caricature amène une tuerie, un mots de trop et des ados sont tués.

    La génération des "offensés" répond presque toujours par une violence disproportionné : Violences physique, harcèlements, ...

    Visiblement il y a un couac dans l'éducation. La tolérance est devenu un concept a sens unique, la majorité envers les minorités. Or le vivre ensemble n'existe pas avec une notion de communautarisme et d'intolérance des communautés envers les autres.

    On ne peut pas éviter de parler de la victimisation qui sert d'engrais ou de justification de la violence. On sait bien d'où vient le concept de victimisation.

    Pour revenir au sketch, c'est un droit sain que de pouvoir caricaturer les excès d'une minorité, ce qui ne l'est pas, c'est la moquerie par méchanceté.
    Une comédie tirée du théâtre comme "La cage aux folles" peut-elle passer à la télévision maintenant ? Je ne suis pas si sûr.

    La liberté est trop importante pour se soumettre à la dictature des "offensés".
    La gauche morale ou bobo, devrait arrêter de mettre de l'huile sur le feu avec ce concept de victimisation qui divise la société dans une plus grande intolérance.

    Soyons tolérant, rire des travers des autres et des nôtres, c'est bon pour la santé, et tant pis pour les "calvinistes" des nouvelles "religions", puisse le véganisme leur apporter le réconfort.

  • Les humoristes aiment bien se moquer de l'UDC et de ses membres et pourtant aucuns de ces derniers ne souhaite leur enlever se droit fondamental. Les nouveaux fascistes ne sont pas ceux à qui on a collé l'étiquette.

  • Le trance/genre/humour n'existe pas, même dans les ................buissons du bois de Boulogne! (Popeck le bois de Boulogne! Depuis que les gays sont devenus une puissance économico/politique tout le monde est "homophile" surtout les homophones! Les dialogues les plus homophobes sont dans les films d'Almodovar, qui est ouvertement gays, je suis étonné que les gardiennes du temple, les vestales des backrooms, n'ont pas encore déposé plainte contre lui pour homophobie!

  • «Les nouveaux fascistes ne sont pas ceux à qui on a collé l'étiquette.»

    Bien vu !

    C'est comme la dernière "sortie" de Poutine à l'attention de Biden: «C'est celui qui le dit qui l'est».

    Et pour poursuivre dans la même veine: «Nous les "ordinaires", allons défendre bec et ongle nos intérêts». Et pour commencer la fête, par respect du "vivre ensemble", exigeons que les cortèges de carnaval, soient réservés pour le jour de Carnaval.

  • L'intolérance est en train de triompher et cela n'annonce pas du tout une société apaisée ni plus égalitaire ou respectueuse. Triste époque où le seul argument c'est "interdire" et "condamner". Les lendemains seront durs pour certains car qui nous dit que le vent ne va pas tourner, se retourner en fait contre ceux qui essaient d'imposer la dictature de la bienpensance. Qui mieux que les dictateurs ont su faire taire les humoristes ? C'est le signe de l'époque et il ne me réjouit pas.
    Tout mon soutien à Mme Claude-Inga Barbey, sans réserve ni nuance.

  • Tout mon soutien à Mme Claude-Inga Barbey, sans réserve ni nuance. Le mien aussi, sans réserve ni nuance et avec admiration. Une des seules humoristes (tous genres confondus) que j'admire et que j'apprécie...

  • Eh oui c'est la cancel culture de tous ces bobos qui sont pour la diversité, SAUF bien entendu pour la diversité d'opinions. C'est la dictature de la pensée unique et de la bienpensance si bien décrite par Mathieu Bock-Côté dans ses livres en particulier celui-ci que je vous recommande:

    https://www.amazon.com/Lempire-politiquement-correct-responsabilit%C3%A9-politico-m%C3%A9diatique/dp/220411636X

    Ceci dit, Monsieur Kunz je ne comprends pas du tout comment vous pouvez critiquer ce qui arrive à Mme Barbey et prendre sa défense tout en soutenant les démocrates américains qui resprésentent le pire de cette dictature de la pensé unique et de la censure. Vous êtes un champion de l'hypocrisie ou alors un ignorant complet.

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