• Le scandale de la dette genevoise

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    Notre ministre des finances se demandait récemment dans Le Temps si la dette de notre canton était aussi scandaleuse que d’aucuns le prétendent. Cela, pour répondre qu’à son avis ce n’est pas le cas.

    Certes, le niveau anormalement élevé de cette dette et, surtout, sa folle croissance des trois dernières décennies, ne lui sont pas imputables, ni à ses collègues du gouvernement actuel. Par contre on peut lui reprocher, sur la base de son article, sa complaisance, son immobilisme et une distorsion de la vérité historique.

    Complaisance. Nathalie Fontanet banalise le phénomène de la dette du canton. Elle explique notamment que les déficits qui alimentent année après année cette dette sont en réalité bénéfiques pour les générations futures (!). Par ailleurs, elle constate que par rapport au PIB cantonal la dette reste faible, oubliant de relever que les autres cantons helvétiques présentent tous un rapport plus favorable que Genève entre dette et PIB.

    Immobilisme. Comme les conseillers et conseillères d’Etat qui l’ont précédée dans sa fonction, Nathalie Fontanet, depuis son élection, n’a pris aucune mesure pour casser l’engrenage de la hausse. Au contraire, elle a cautionné pour 2021, après les créations d'emplois de 2019 et 2020, l’engagement de plus de 800 nouveaux fonctionnaires.

    Distorsion de la vérité. La chef du département des finances n’a manifestement pas étudié avec sérieux l'évolution et les causes de notre dette publique, faute de quoi elle n’aurait pas osé prétendre que si Genève s’est beaucoup et régulièrement endetté c’est parce que notre canton a beaucoup investi « pour le bonheur de la population ». En réalité, ce ne sont pas les investissements, même si ceux-ci ont toujours été importants, qui plombent nos budgets et notre dette. (Soit dit en passant, contrairement à ce qu’affirme Nathalie Fontanet, si on prend en compte les engagements hors bilan du canton cette dette est plus proche des 20 milliards que des 11,8 qu’elle mentionne). Ce sont les rubriques de dépenses courantes qui la gonfle, à savoir principalement les charges salariales de la fonction publiques et la masse des subventions versées tous azimuts.

    La complaisance et l’immobilisme dont il est fait état ici montre que notre ministre des finances actuelle n’a rien retenu de ce que clamait Martine Brunschwig Graf, alors chef du DF, au début de ce siècle : « Il est dangereux et inacceptable qu'année après année Genève emprunte pour payer les salaires de son personnel et faire face aux dépenses courantes ». Elle n’a pas été entendue. A preuve, le niveau exorbitant de la dette aujourd’hui.

    Au vu du passé et de la mollesse du Conseil d’Etat, on peine à croire Nathalie Fontanet et à lui faire confiance lorsqu’elle déclare : « Demain il s’agira de stabiliser la dette et après-demain de revenir à un niveau de dépenses inférieur à celui des recettes fiscales ».

    C’est quand demain ? C’est quand après-demain ?

    Pierre Kunz

     

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  • De la collégialité gouvernementale

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    Lors d’un récent débat organisé par Lémanbleu entre Cyril Aellen et Pierre Maudet le premier s’est prononcé pour la recherche d’une action collégiale au sein de gouvernement genevois. Le second a déclaré que cette collégialité est un vain mot et qu’elle ne constitue pas un instrument efficace au service de notre canton.

    A l’évidence, un gouvernement capable d’agir collégialement obtient de meilleurs résultats qu’une équipe disparate. A condition cependant que cette collégialité soit fondée sur des objectifs et un programme d’action communs. Or, force est de constater qu’à Genève, depuis des décennies, cette collégialité, évoquée dans les discours, n’a débouché sur aucune réalisation institutionnelle, économique ou sociale. Les quelques grandes réalisations qui ont marqué Genève au cours du dernier quart de siècle sont nées dans l’esprit et grâce à la détermination d’une forte personnalité, pas du collège. C’est Christian Grobet qui a corseté l’ensemble du droit du logement, c’est Guy-Olivier Segond qui a pensé et mis en oeuvre les grandes réformes sociales genevoises, c’est à Robert Cramer que l’on doit le CEVA, c’est à Pierre Maudet que reviennent l'opération Papyrus, la nouvelle loi sur la police et celle sur la laïcité.

    Pourquoi le collège gouvernemental, en tant que tel, est-il si faible et si improductif ? Pourquoi notre canton n’est-il pas gouverné mais seulement administré, quasiment au jour le jour ?

    Ce n’est pas parce que les sept hommes et femmes appelés à gouverner Genève ont des personnalités différentes, que certaines sont plus compétentes que d’autres ou au contraire faibles voire négligentes. C’est parce que rien, politiquement et institutionnellement ne les relie. Ils ont simplement été élus le même jour. Les partis qui les ont désignés ne se sont pas préalablement entendus et engagés sur un programme et des objectifs de législature. Ils n’avaient qu0un but : conserver ou conquérir leur ou leurs sièges.

    Le Discours de Saint-Pierre n’est qu’une improvisation post-électorale vide d’effets. Dès le lendemain de son élection, on sent le Conseil d’Etat tiraillé par ses divisions idéologiques. Et plus le temps passe plus il s’efface. Même le budget annuel, soi-disant l’acte politique le plus important de l’exécutif, reste une opération purement administrative ne reflétant aucune ambition politique. Il n’est destiné qu’à satisfaire une majorité de circonstance au parlement et ... l’administration publique.

    Cyril Aellen a raison d’aspirer à la collégialité. Mais Pierre Maudet est fondé à prétendre qu’institutionnellement et avec la culture politique genevoise elle reste inatteignable.

    Pierre Kunz

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  • Le soi-disant péril islamique et la burqa

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    L’UDC ne s’y est pas trompée, il existe un climat d’incompréhension et de crainte, propice à la récupération électoraliste, au sujet de la communauté musulmane helvétique et du danger qu’elle représenterait pour notre « culture » et notre « patrie ». De toute évidence, son initiative dite « anti-burqa » entend profiter de nos peurs d’un imaginaire complot islamique visant à renverser nos institutions.

    Les chiffres tirés par un journaliste de la TSR, des publications de l’Office fédéral de la statistique (OFSP) montrent que ces peurs sont totalement déraisonnables. Rappelons ces chiffres :

    • Les résidents de plus de 15 ans se déclarant musulmans représentent moins de 400’000 individus, soit environ 5 % de la population totale.
    • Près d’un tiers d’entre eux sont originaires des Balkans.
    • Les statistiques de l'OFS montrent également que, parmi les différentes confessions du pays (catholique, protestante, catholique-chrétienne, juive) les musulmans sont les moins pratiquants. Près de la moitié d’entre eux déclarent ne pas participer aux services religieux de leur communauté.
    • 35 % des musulmans qui vivent en Suisse ont un passeport helvétique.

    Outre le « féministe » dont ils se drapent, mais dont les véritables défenseurs des femmes se rient, les promoteurs du « oui » à l’initiative anti-burqa ne manquent jamais une occasion de soulever la question du fondamentalisme. Ils prétendent ainsi justifier, par amalgame, le texte qui sera soumis au peuple le 7 mars. Le port du voile imposé aux femmes par des barbares ne constituerait qu’un des volets de ce fondamentalisme.

    Les chiffres cités plus haut, et surtout le degré d’intégration élevé des musulmans de Suisse, montrent éloquemment que le salafisme, même s’il compte chez nous quelques centaines de propagandistes et d’adeptes ne saurait constituer plus qu’un phantasme pour notre société. Ces salafistes, à surveiller certes, restent d’ailleurs chez nous moins nombreux que les intégristes catholiques, protestants ou juifs. Et ils sont bien peu efficaces. A preuve, comme le relevait la conseillère fédérale K. Keller-Suter, « il n’y a pas plus de trente femmes qui portent la burqa dans notre pays ».

    Votons « Non » le 7 mars.

    Pierre Kunz

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  • La dette du canton, les déficits et Pierre Maudet

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    Un téléspectateur, plus ironique que curieux, s’est étonné des documents que j’avais sous la main lors du débat auquel Pascal Décaillet nous avait conviés, Alexandre de Senarclens et moi, jeudi dernier. Je lui en donne la liste bien volontiers : Quarantaine, l’ouvrage publié il y a quelques jours par Pierre Maudet, le torchon du Syndicat de la police judiciaire, l’article publié récemment par l’ancien président du PLR et des chiffres concernant la situation dramatique des finances du canton.

    Comme je n’ai pas eu l’occasion de parler de celles-ci, je profite de ces lignes pour me rattraper.

    Au sein du Conseil d’Etat et dans la classe politique on a reproché à Pierre Maudet d’avoir refusé de soutenir les budgets de 2020 et 2021. Le motif qu’il avait alors invoqué était l’évidence que ces budgets manifestaient, une fois encore, l’incapacité de Conseil d’Etat d’engager les réformes structurelles requises pour mettre un terme à la dérive financière de Genève.

    Rappelons que notre canton est celui qui comptabilise la dette publique la plus élevée de Suisse, soit plus de 20 milliards de francs, et que son administration, sans être la plus efficace, est la plus lourde et la plus coûteuse du pays. Pourtant l’inaction de la classe politique à ce sujet reste totale. Ainsi, au cours des six dernières années, le nombre des fonctionnaires a augmenté de plus de 12 % (+ 4775 emplois plein temps) alors que l’inflation est demeurée inférieure à 1 % et que la population genevoise n’a même pas grossi de 4%.

    Qu’à cela ne tienne, en septembre 2020, le gouvernement a présenté un budget pour l’exercice à venir bouclant sur un déficit colossal de 846 millions de francs et prévoyant l’engagement de 656 fonctionnaires supplémentaires.

    Pierre Maudet fut le seul à s’opposer à ce nouvel exemple de démission collective du Conseil d’Etat, du Grand conseil et des partis soi-disant gouvernementaux (PLR, PS, PDC, MCG et Verts). Comme il l’explique dans Quarantaine, Pierre Maudet, en véritable homme d’Etat, refuse de cautionner cette attitude de laisser-aller absolument incompatible avec les valeurs d’un conseiller d’Etat qui se sent responsable de l’avenir de Genève.

    Jeudi dernier, Alexandre de Senarclens mettait en avant les « valeurs du PLR » pour justifier le lâchage et le lynchage de Pierre Maudet. Mais où se sont perdues la structure vertébrale et les véritables valeurs politiques du PLR, particulièrement l’engagement centenaire de ce parti de veiller à la saine gestion de notre République ?

    Pierre Maudet, lui, s’est toujours accroché aux principes fondateurs du libéralisme et du radicalisme, son action l’a prouvé. Il a témoigné en permanence de sa détermination à affronter avec courage et rigueur les problèmes du canton. Il a aussi prouvé sa capacité à rassembler une majorité politique autour de lui pour mettre en œuvre les réformes qu’il a entreprises, s’agissant notamment de la nouvelle Loi sur la Police et de la nouvelle Loi sur la laïcité.

    Qui veut suivre la meute qui s’est assemblée avec l’objectif de le détruire afin de régler des comptes, par opportunisme médiatique, parce qu’il dérange certains milieux, ou encore par pure jalousie ? Qui veut priver Genève de ses compétences au Conseil d’Etat ?

    Pierre Kunz

     

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