• Mai 68 et Mitterrand, les deux calamités de la France d'après-guerre

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    Notre grand voisin a connu deux catastrophes au cours de la seconde moitié du 20ème siècle : Mai 68 et les présidences de Mitterrand. Toutes deux ont eu des répercutions mondiales.

    Mai 68 a certes permis de faire évoluer une société demeurée jusque-là largement patriarcale et fondée sur des relations sociales excessivement hiérarchisées. Mais ces évènements ont surtout débouché sur l’avènement d’un « gauchisme culturel » qui, porté par nombre d’intellectuels et les médias, n’a cessé depuis de faire dériver la France et l’Europe. Inquisiteur, justicier, fondement du politiquement correct, « le gauchisme culturel voit du racisme, de la xénophobie, du sexisme, de la misogynie, de la phallocratie, de l’antisémitisme, du colonialisme partout » (*).

    C’est une idéologie qui vise la création d’une société « enfin débarrassée des scories du passé » (*), d’un individu nouveau « libéré », égocentrique, en phase avec tous ses désirs et d’une dilution du sens de la responsabilité collective. Le gauchisme culturel promeut l’abolition du judéo-christianisme, du capitalisme, de la nation, du mariage, et de la famille. « A bas la dictature des normaux » réclamait en 1977 le Front homosexuel d’action révolutionnaire, ancêtre des mouvances contemporaines LGBT.

    En conséquence, effondrement de la social-démocratie. Plus de place dans tout cela ni pour la défense de la majorité ni pour celle de la classe ouvrière et des petites gens.  Par contre, naissance puis développement du Front National en France et des multiples mouvances extrémistes partout en Europe.

    La France et l’Europe refusent encore de voir tous les effets néfastes de cette idéologie perverse dans les domaines de l’Etat social, l’éducation, l’école et la culture. L’Occident s’étant fourvoyé profondément dans cette voie et englué dans son confort individualiste et matérialiste, il est probable que seul son lent et inéluctable déclassement par les pays d’Asie le forcera à réagir.

    Mais oublions pour quelques jours le gauchisme culturel. Joyeux Noël !

    PS : la deuxième calamité fera l’objet d’un billet en janvier prochain, à l’occasion du 25ème anniversaire de la mort de Mitterrand.

    (*) La Résistance au nihilisme, Michel Onfray, 2020

    Pierre Kunz

     

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  • De gauche et pour les ambitions troubles de l'UDC

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    Dans une tribune publiée mardi dernier par le quotidien Le Temps une brochette de politiciens et d’intellectuels proches du PS expliquent « pourquoi ils accepteront l’initiative visant l’interdiction du voile intégral ». Ils apportent ainsi leur eau au moulin des auteurs de l’initiative à savoir l’UDC, cette droite opportuniste qui dit agir au nom de la sécurité mais qui en réalité ne vise qu’à surfer sur la méfiance d’une bonne partie des Helvètes à l’égard de l’islam et à en tirer des gains électoraux.

    Dans leur article long et rempli d’incohérences, inhérent à l’écriture à plusieurs mains, les signataires défendent leur position à partir de considérations égalitaristes et morales. Si on les comprend bien, il ne s’agit pour eux, que de protéger les musulmanes, au nom des droits humains et de nos valeurs, d’interprétations religieuses extrémistes qui les enfermeraient « dans une prison mobile ».

    Notons d’abord, afin de ramener ce soi-disant problème à sa dimension réelle dans notre pays, que très peu de femme musulmane portent le voile intégral chez nous. C’est une coutume qui tombe rapidement en désuétude au sein de la communauté des musulmans intégrés, surtout chez les jeunes. Chacun peut en témoigner lorsqu’il déambule dans les rues des villes ou dans les centres commerciaux.

    Tentons dès lors de discerner les motifs profonds de cette tribune.

    S’agissant des motifs profonds de cette tribune, rappelons en premier lieu que nous sommes en pleine « mutation » féministe. Alors pourquoi ne pas, pour les défenseurs de la cause, profiter de l’occasion pour rappeler, au prétexte du voile intégral, toutes les discriminations réelles ou supposées dont les femmes sont victimes. Comme en Suisse ces discriminations se sont réduites drastiquement au cours du dernier demi-siècle il est pratique, « pour maintenir la pression » de cibler quelques cas insignifiants.

    Plus sérieusement, il faut se souvenir que partout en Europe le socialisme (en attendant de mourir ?) se dénature. Depuis les années 1970, il a été dévoyé par les intellectuels qui y foisonnent et a perdu, surtout au profit de l’extrême-droite, son électorat traditionnel, la classe ouvrière et les petites gens. Comme le souligne Michel Onfray (*), il ne veut plus changer la société pour abattre son inégalité profonde, il veut éduquer, il veut changer les mentalités. Il se dit universaliste et progressiste.

    Dans ce contexte il s’intéresse désormais à la défense des minorités. Pour la gauche, toute défense de minorité, significative ou non, est bonne à prendre car chacune d’elle constitue une vitrine politique et un objet électoral intéressant : les sans-papiers, les réfugiés, le mariage gay, les transgenres, les travailleurs d’Uber, etc.

    On comprend à cet éclairage que l’initiative de l’UDC ait été repérée par les auteurs de l’article dont il est question ici, comme une réelle opportunité.

    (*) Michel Onfray, La Résistance au nihilisme, 2020

    Pierre Kunz

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  • La Chine superpuissance malgré nos « certitudes »

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    La Chine est désormais leader de l’économie mondiale. Son PIB a dépassé cette année celui des USA et, sous son égide, 15 pays d’Asie et du Pacifique viennent de conclure le plus grand accord de libre-échange du monde. Il concernera 2 milliards d’habitants et représentera 30 % du PIB mondial.

    C’est le moment que choisit un excellent journaliste romand, qui depuis vingt ans doutait de la capacité du régime chinois de durer, pour se poser une question qui met bien en évidence le désenchantement d’une grande partie des intellectuels et occidentaux : Pourquoi les Chinois ne haïssent-ils pas leur gouvernement ?

    Une interrogation qui marque la fin des « certitudes », véhiculées depuis longtemps par les médias et les classes dirigeantes occidentales, de voir passer la Chine du marxisme au capitalisme et au libéralisme, contrainte et forcée par la puissance de l’économie de marché et des valeurs démocratiques. Mais rien ne s’est passé comme annoncé.

    La Chine, de fabricant des objets bon marché alimentant le capitalisme mondial, est devenue un concurrent de l’Europe et des USA dans tous les domaines, même ceux des produits les plus évolués technologiquement. Le pays a vu le niveau de vie des gens s’améliorer massivement et 700 millions d’entre eux s’extraire de l’extrême pauvreté. Pourtant elle est restée soumise à un régime de type communiste, certes réformé mais toujours marqué de l’empreinte exclusive du parti unique. Pas étonnant donc que les prévisionnistes occidentaux se trouvent bien mal à l’aise pour expliquer leurs pronostics erronés.

    Ces « occidentalo-centristes », obnubilés par la culture du Vieux continent et par les droits de l’Homme, égarés dans leur compréhension unilatérale des attentes des peuples, avaient commis deux erreurs. Premièrement, croire que ce qui est bon pour l’Occident est indispensable pour le monde, deuxièmement, être incapables d’imaginer un régime politique, social et économique efficace autre que le libéralisme démocratique.

    Or les autorités chinoises et la population, héritières d’une histoire sociale, politique et militaire, n’ayant rien à voir avec la nôtre, dépositaires d’un Confucianisme (qui recommande la soumission au prince et privilégie les intérêts de la collectivité au détriment de ceux des individus) sans rapport avec le judéo-christianisme, hantées par des siècles de guerres civiles et de famines, ont évidemment des droits humains une interprétation sans rapport avec celle que nous prétendons illustrer et étendre à la planète entière.

    Les maîtres de Pékin ont donc saisi depuis longtemps que leurs citoyens sont moins avides de liberté individuelle que de sécurité alimentaire, de stabilité intérieure et de développement de leur niveau de vie. Forts de ces constats, les dirigeants chinois continuent de maintenir, au-delà des fondements idéologiques de leur régime, une forte centralisation des décisions économiques et de tenir toujours aussi serrées les rennes de leur pouvoir.

    Chacun peut comprendre, au vu des progrès apportés à leur populations depuis 30 ans, au vu aussi des catastrophes sociales qu’a amené avec lui au cours des dernières décennies le libéralisme dans les démocraties balbutiantes d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique, au vu enfin de l’effacement progressif de l’Occident sur la scène géopolitique mondiale que Xi Jinping n’éprouve guère de difficultés à maintenir son régime autoritaire en place ... et à poursuivre sa conquête économique de la planète.

    Pierre Kunz 

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