Les jeunes et les "nouvelles sexualités"

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La TSR a publié lundi sur son site une de ses pseudo-enquête habituelles sous le titre « Pourquoi les jeunes ont tant de peine face aux nouvelles sexualités ». Un reportage d’une superficialité consternante.

Sur un sujet sociétal d’une aussi grande importance, on comprend mal que la TSR se soit contentée de développer son émission à partir des déclarations d’une jeune femme manifestement anxieuse et déstabilisée, ne possédant pas l’once de raison requise pour amener un commentaire utile et intéressant. Sans compter que l’intervieweuse ne semblait pas elle-même posséder suffisamment le sujet, ce qui lui a interdit d’alimenter l’échange de questions pertinentes. On s’est donc limité à un constat bien connu dont on peut rendre compte ainsi : la problématique du porno devient pressante, elle conditionne les jeunes vers une sexualité de la performance, parfois violente, et vers un conformisme sexuel froid, sans sentiments, du genre « qu’est-ce qu’on fait maintenant ma jolie (ou mon coco) ? on va prendre un burger-coca ou on va faire l’amour ? ».

Dans une deuxième partie, les journalistes ont passé quelques coups de fils à des « expertes » dont le jugement se résume ainsi : les nouvelles technologies multiplient les difficultés pour les jeunes, l’éducation sexuelle à l’école n’est plus en adéquation avec la réalité, il faut imaginer une nouvelle manière d’enseigner la sexualité. Les experts en question se sont montrés incapables d’élever le débat et de poser un diagnostic dépassant les évidences du terrain.

Forte des constats et des propos susmentionnés, une enquête journalistique digne de ce nom, sur un sujet aussi considérable, aurait au moins dû mettre deux hypothèses en discussion :

  • Si nombre de jeunes ont tant de peine face aux nouvelles sexualités, s’ils sont aussi gourmands de porno, voire de violence sexuelle, ne serait-ce pas parce qu’ils croient y trouver une réponse à la sexualité débridée, à laquelle ils se sentent un devoir de se conformer, celle qu’on leur enseigne depuis mai 68 ? cette sexualité que les intellectuels « avant-gardistes » et les gourous de la liberté expliquaient alors aux bourgeois et leur expliquent toujours : dans la recherche du bonheur, seuls comptent la recherche prioritaire du plaisir de la chair, la liberté de faire ce que l’on veut de son corps et l’amour « libre » ;
  • S’agissant de la réforme nécessaire de l’éducation sexuelle, ne faudrait-il pas tout simplement la fonder sur le rappel que la sexualité n’est pas une fin en soi mais qu’elle devrait être au service de l’amour et de la tendresse ?

Plutôt que de se borner au superficiel, ce reportage aurait dû se développer sur ces hypothèses, d’autres aussi peut-être, et rechercher des réponses. Mais rien de cela, malheureusement pour les jeunes.

Pierre Kunz

Lien permanent 10 commentaires

Commentaires

  • "S’agissant de la réforme nécessaire de l’éducation sexuelle, ne faudrait-il pas tout simplement la fonder sur le rappel que la sexualité n’est pas une fin en soi mais qu’elle devrait être au service de l’amour et de la tendresse ?"

    Ah bon ? Vous avez été chercher ça où Monsieur Kunz ?

    Je vous encourage à lire le dernier ouvrage qui fait référence dans le domaine de la neurobiologie du professeur Robert Sapolsky, "Behave", ou ses innombrables cours en ligne de l'université de Stanford, pour comprendre que la sexualité est d'abord un programme génétique destiné à la survie de l'espèce.

    Cet éminent scientifique a su vulgariser une matière extrêmement complexe afin de la rendre accessible au plus grand nombre. Sa conclusion après d'innombrables années à étudier les singes et compiler les plus récentes découvertes sur le fonctionnement du cerveau humain est sans appel. Nous ne pouvons pas être responsable de nos comportements et nos sociétés n'ont pas encore trouvé le moyen de gérer les dérives.
    Ce qui, je l'avoue, donne un sérieux coup à la doctrine libérale qui prône la responsabilité individuelle.

    Pour en revenir à votre sujet, qui est abordé de manière tout aussi superficielle que lors de cette émission de la RTS, il s'agit de comprendre qu'effectivement l'éducation sexuelle mérite une sérieuse mise à jour. Mais elle ne va pas vous plaire, car elle ouvre tout grand la voie à tous les comportements possibles et imaginables dont les mouvements LGTBQ+ ne sont que la vitrine.

    Comment vous en vouloir ? Vous faites partie de ceux qui ont vécu une époque si sereine que vous vous permettez de cracher sur l'héritage soixante-huitard dont vous êtes pourtant le produit. Avec une nostalgie romantique coupable de ne pas tenir compte des avancées scientifiques qui ne permettent plus aujourd'hui de se voiler la face et d'enfouir sa tête dans le sable.

    J'en suis aussi. Mais je remercie tous les jours d'avoir pu vivre à une telle période d'avancées spectaculaires dans une liberté que nous n'avons jamais connue auparavant et que vraisemblablement les suivants ne vivront plus avant longtemps. Les hippies de l'époque ne disposaient pas encore de ces informations validées aujourd'hui. Ils agissaient intuitivement en se fondant sur leurs émotions afin de se rapprocher de ces valeurs d'amour et de tendresse que vous évoquez pour mieux les dénigrer.

    Peut-être devriez-vous envisager de rejoindre les rangs conservateurs qui semblent plus en phase avec vos sensibilités. L'UDC a bien besoin de figures de proue pour espérer survivre dans notre canton.

  • Monsieur Jenni,
    Il me semble que vous faites une curieuse salade et surtout que vous m'attribuez des caractéristiques et des héritages qui ne sortent que de votre imagination.
    1. Ainsi donc, nous ne serions pas responsables de nos comportements ! Si vous partagez l'avis de ce M. Sapolsky, pour autant que vous ayez expliqué fidèlement sa pensée, ce que je mets en doute, je vous plains sincèrement ... et l'humanité toute entière.
    2. Votre référence aux LGBTQ+ est totalement hors sujet.
    3. J'ai toujours considéré l'héritage soixante-huitard comme une catastrophe pour nos sociétés. C'est donc presque me faire insulte que de laisser croire que j'ai profité de leur vision maladive de l'être humain.
    4. Quant à votre mention de l'UDC, j'avoue ne pas la comprendre. Que vient faire ce parti dans la question de la sexualité des jeunes ?

  • Vous prônez l'adoption d'une conception de la sexualité qui est la vôtre. Soit.

    Vous demandez à ce que l'Etat fasse, avec les deniers publics, la propagande de vos conceptions. Non !

    N'auriez-vous de libéral que le nom de votre parti ? N'y aurait-il pour vous qu'une liberté ? Serait-ce liberté économique et financière ? Seriez-vous Radicalement libéral ?

  • Je pense que vous avez raison, même avec votre conclusion.
    Si les conclusions des recherches mentionnées par M. Jenni sont très probablement valides, et que nous sommes très (ou même complètement() déterminés biologiquement dans le fait que la sexualité a pour but essentiel la procréation et la survie de l'espèce, cela n'empêche pas qu'une proportion importante des couples poursuivent autre chose que cela en se réunissant pour s'adonner à un plaisir, même une joie et un amour partagé, s'ils le ressentent ainsi.
    En effet, les lois de l'évolution n'exigent pas que tous les les individus d'une espèce suivent les mêmes trajectoires pour que celle-ci se perpétue: l'abstention sexuelle, l'homosexualité et toutes les variantes de couples ou de pratiques de l'espèce humaine dans le domaine de la sexualité, comme dans les autres domaines d'ailleurs n'empêchent pas, pour autant qu'elles ne représentent pas une majorité, que les gènes puissent continuer à se mélanger et à survivre.
    Outre le jeu de ces déterminations et de ces exceptions biologiques et donc génétiques,, il existe aussi ce que certains appellent le jeu des "mèmes" (les éléments cultures, pour faire simple). En font partie, les sentiment (avec leurs illusions romantiques) qui continue heureusement, malgré les lois fondamentales de la biologie, à jouer leur rôle, à embellir nos vies et à à nourrir nos arts.
    Ma fille de 19 ans, très au fait de la physiologie et du fonctions de son corps (y compris donc la sexualité), a un amoureux tout aussi instruit qu'elle, et leurs sentiments, comme leurs comportements ne sont pas pas tellement différents qu'on pourrait l'imaginer de ceux que je me souviens avoir ressenti "à mon époque" avec ma chérie.
    La différence principale étant qu'à part les modalités de la contraception, nous deviens à mon époque rechercher tous les coins de la ville et des environs pour satisfaire l'aspect pulsionnel de nos envies, les domiciles de nos parents étant des terrains interdits.

  • "Il me semble que vous faites une curieuse salade et surtout que vous m'attribuez des caractéristiques et des héritages qui ne sortent que de votre imagination."

    Bon, j'ai du mal m'exprimer. Je vais tenter d'y remédier ici en répondant à vos remarques.

    "1. Ainsi donc, nous ne serions pas responsables de nos comportements ! Si vous partagez l'avis de ce M. Sapolsky, pour autant que vous ayez expliqué fidèlement sa pensée, ce que je mets en doute, je vous plains sincèrement ... et l'humanité toute entière. "

    Oui, ce fut pour moi une révélation difficile car j'ai toujours prôné la responsabilité individuelle. Je découvre aujourd'hui que les éléments qui mènent à un comportement sont si complexes et remontent à si loin dans l'histoire de l'humanité que je reconnais en toute humilité que je me suis trompé. Cette discussion est profonde et il faut lire l'ouvrage de Sapolsky pour commencer à comprendre que le libre arbitre est effectivement une fiction. Je vous laisse faire vos recherches à ce sujet si vous en avez la curiosité, mais je doute que vous soyez prêt à remettre en question vos convictions à ce sujet.

    "2. Votre référence aux LGBTQ+ est totalement hors sujet. "

    Là vous êtes décevant. Votre billet parle de sexualité. Elle ne saurait se limiter au couple conventionnel et votre titre parle bien des "nouvelles sexualités". Je pense au contraire être en plein sujet.

    "3. J'ai toujours considéré l'héritage soixante-huitard comme une catastrophe pour nos sociétés. C'est donc presque me faire insulte que de laisser croire que j'ai profité de leur vision maladive de l'être humain."

    C'est là que j'ai du mal exposer mon propos car je suggère justement l'inverse. Je comprends bien que vous répudiez cet héritage, comme Décaillet d'ailleurs. Avec une violence suspecte. Non, vous n'avez pas profité de cette vision, si ce n'est pour mieux la démolir. Heureusement, elle est gravée dans l'Histoire et nos descendants y feront référence comme une époque bénie avec une nostalgie qui n'a rien à envier à la vôtre.

    "4. Quant à votre mention de l'UDC, j'avoue ne pas la comprendre. Que vient faire ce parti dans la question de la sexualité des jeunes ?"

    Bon, je reconnais que c'est une provocation gratuite. Je fais référence à ce parti qui me semble plus en phase avec votre approche conservatrice de la sexualité qui n'est étayée par aucune base scientifique. Votre cri du coeur ne fait pas même effleurer le sujet. Il n'est que la projection de votre nostalgie pour un romantisme qui peine à garder une place importante dans les relations sexuelles à notre époque. J'ajouterais en complément que ce romantisme est souvent la cause des séparations et des procédures qui en découlent avec leur lot de dégâts collatéraux sur le couple et la famille. Lorsqu'on sait que la moyenne des divorces est de plus de 50% après quatre ans de vie commune, on pourrait commencer à envisager d'autres formes d'unions que le mariage et les différents PACS pour en venir à des contrats simples ou à durée limitée comme ceux qui ont cours dans le business. Mais c'est une autre discussion.

  • M. Jenni,
    Entendons-nous bien.
    Etre responsable de notre comportements et de nos actes ne signifie pas que nous soyons au bénéfice d'un libre-arbitre total. Il va de soi que nous sommes en permanence sous de multiples influences mais cela ne signifie pas que nous ne puissions surmonter et dépasser, précisément au nom de notre responsabilité individuelle et de notre raison, ces multiples influences. Celles-ci ne constituent pas un conditionnement rigide et insurmontable et il revient à chacun de décider du cours qu'il entend donner à son existence et à ses plaisirs.
    Quant aux LGBTQ+, j'ai considéré que vos propos étaient hors sujet parce que ces personnes font partie des jeunes perturbés par les "nouvelles sexualités". Les LGBTQ+ sont inclus dans les des jeunes qui font l'objet de mon article.

  • Je vous entend très bien Monsieur Kunz.
    Mon propos consiste justement à vous faire part de mes récentes découvertes qui me permettent de comprendre aujourd'hui que ce que je croyais maîtriser est le produit de quantité d'évènements micro et macroscopiques qui peuvent nous donner provisoirement l'illusion que nous décidons.
    Non seulement j'ai découvert que celui qui prétend être aux commandes (Je) n'a pas d'existence propre, mais en sus il suit des logiques qui le dépassent largement, dont il n'a aucune idée des tenants. Tout au plus "choisit" il parmi les options qui se présentent à lui, en fonction des circonstances. Nous naviguons à vue. Et ceux qui prétendent le contraire font soit preuve d'une ignorance regrettable soit d'une arrogance coupable.
    C'est pourquoi je vous encourageais à prendre connaissance des travaux de Robert Sapolsky.
    Mais comme vous ne le ferez pas, je vais circonscrire le champ à une petite vidéo sympathique qui vous permettra de jeter un oeil sur cette notion de libre arbitre traitée par cet éminent spécialiste.
    https://www.youtube.com/watch?v=ihhVe8dKNSA

  • Au secours! Quelqu'un me ferait-il l'honneur de réagir à mon intervention, ne serait-ce que pour la démolir avec des arguments autres que des préférences personnelles assorties de sous-entendus.
    P.S. Ma plus récente références de lectures qui touche au sujet est "From Bacteria to Bach and Back: the Evolution of Minds" de Daniel C. Dennett.
    P.S. Tous ces philosophes biologistes (notamment) ont curieusement des barbes qui semblent inspirées par celle de Charles Darwin lui-mème. "Coincidence?" comme on dit parfois.

  • "Au secours! Quelqu'un me ferait-il l'honneur de réagir à mon intervention, ne serait-ce que pour la démolir avec des arguments autres que des préférences personnelles assorties de sous-entendus."

    Aïe !...

    C'est un peu le risque avec ces blogs. Celui qui voudrait creuser risque de lancer une discussion sans fin qui déborde sur tous les aspects connexes du sujet traité.

    Prenons cette petite phrase de Mère-Grand qui appelle au secours. A elle seule elle mériterait une thérapie d'une vingtaine de séances. Je me dis souvent que j'ai raté ma vocation. Je me verrais bien en psy. Sauf que... je ne peux pas les blairer.
    J'ai bien envisagé de réagir. Non pas pour démolir, mais pour cadrer. Ramener à l'essentiel qui consistait ici à rappeler que les comportements, tous et pas seulement ceux en rapport avec le sexe, sont déterminés par des éléments si nombreux et complexes que nous ne saurions être responsables des éventuelles conséquences. Les exceptions ne faisant que confirmer la règle.

    Mais pour réagir, je n'ai d'autre ressource que de faire appel à ma raison, aux informations dont je dispose en ce moment et qui sont forcément personnelles.
    Pas le moindre sous-entendu, une rigueur presque austère et une honnêteté que je revendique même si elle est souvent la cause de malentendus.

    Dennet est l'apôtre de l'illusion. Il ne fait qu'en rajouter quelques couches à mon propos qui bouscule l'idéologie libérale de responsabilisation individuelle. Ces philosophes rebondissent sur les découvertes expérimentales de Benjamin Libet dans les années 80 qui a mis en évidence l'absence de libre arbitre en étudiant le fonctionnement du cerveau et la latence entre un fait et notre réaction. Aujourd'hui ces travaux ont été confirmés par de nombreux neurologues et Sapolsky en fait l'écho dans ses conférences lorsqu'il évoque la capacité de l'amygdale de court-circuiter le cortex frontal pour imposer une réaction immédiate face à ce qui est considéré, à tort ou à raison, comme un danger.

    Alors, Mère-grand, lorsque vous vous dites en accord avec les réflexions de Pierre Kunz, vous ne faites que nous proposer, comme moi et lui et tous les autres, votre avis personnel qui, s'il n'est pas forcément une préférence, reste bourré de sous-entendus qui mériteraient développement. Surtout après avoir lu Dennet.

  • Puisque nous sommes presque en Chine, pourquoi ne pas pratiquer le 无为 (Wuwei) ? C'est à dire agir en conformité avec le mouvement de la nature et le 道 (Dao), surfer sur les évènements en gardant la tête hors de l'eau boueuse, comme le lotus... -> https://fr.wikipedia.org/wiki/Wuwei_(philosophie_chinoise)

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