Savons-nous encore faire confiance ?

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Dans sa dernière livraison Courrier international publie plusieurs articles, prélevés dans la presse européenne, consacrés à la notion de confiance. Cette confiance qui fonde les relations humaines et le fonctionnement de toute communauté et qui permet à celle-ci d’affronter et d’oublier, dans la solidarité, les incertitudes de la vie.

Or, sans que nous nous en rendions compte, le besoin de faire confiance et de solidarité s’est effacé de nos consciences. En cause, l’hyper-technologisation de nos modes de vie, les progrès inouïs de la science, médicale en particulier, et bien sûr l’Etat-providence censé nous épargner les conséquences des aléas de l’existence : maladie, chômage, vieillesse. Plus personne ne songeait à la confiance, tout nous semblait « sous contrôle », tout dépendait désormais, pensions-nous, de nous-mêmes, de notre efficacité et de notre bon sens. Il suffisait que nous aimions, travaillions et consommions pour que nous soyons satisfaits et nous sentions en sécurité.

La récente pandémie nous a cruellement fait sentir que nous nous étions aveuglés. Nombre d’entre nous se sont soudainement sentis isolés, affaiblis, apeurés. Pas habitués à ces sentiments, nous nous sommes posés moult questions. Le monde politique prend-il les bonnes décisions ? Les virologues savent-ils vraiment ce qu’est le Covid-19 et ce qu’ils nous imposent ? Les médias qui nous abreuvent de nouvelles et de chiffres relayent-t-ils les informations essentielles ?

Confrontés aux hésitations de nos gouvernants et des médecins, nous avons redécouvert subitement l’incertitude et le danger, des notions que nous avions mises sous clé dans un coin de notre esprit. Et nous nous sommes sentis terriblement dépendants et en recherche d’espoir et de certitudes.

Des moments comme ceux que nous avons vécus, et continuons de vivre, peuvent tourner au drame car la confiance et la solidarité qui nous sont demandées par ceux en charge, risquent de s’étioler en faveur de la méfiance, du complotisme, de la contestation voire de la révolte. S’établit dès lors un rapport délicat entre les citoyens et ceux à qui nous avons confié l’administration de nos communautés et la protection de nos vies. C’est un rapport qui ne nous laisse pas de choix et que nous sommes forcés d’assumer. Nous nous trouvons obligés de faire confiance et de parier sur la solidarité.  

Il est des sociétés qui, grâce aux habitudes acquises dans leur histoire, grâce à leur intelligence collective et à la qualité de leurs institutions, démocratiques ou non, sauront retrouver cette confiance et oublier notre fragilité. Car nous deviendrions fous si perpétuellement nous prenions la mesure de la fragilité des choses. Elles surmonteront sans dommages sociaux et politiques graves les périls qu’elles affrontent. La Suisse en est, heureusement. Des traces profondes ne manqueront pas de marquer les autres.

Pierre Kunz

 

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Commentaires

  • Vous décrivez avec subtilité un ensemble de raisons qui minent le sentiment général de confiance en le monde et sa marche.
    Je m'étonne que vous passiez sous silence la corruption avérée qui règne dans milieux politiques et d'autres milieux de pouvoir.
    Ils ne constituent pas une majorité de transactions humaines, bien sûr, mais chaque abus de ce pouvoir est multiplié dans l'esprit de ceux qui en subissent les dommages, au point parfois de se faire sentir dans l'opinion qu'ils se font, non point d'un individu mais de tout le groupe qu'il représente, et cela pour le reste de leur vie: opinion qu'ils s'en font, appuis qu'ils apportent ou non à leurs revendications, sentiment qu'ils transmettent à leurs descendants, participation à la vie publique et aux processus électoraux et ainsi de suite.

  • "En cause, l’hyper-technologisation de nos modes de vie" Vraiment ? Ce ne serait pas un effet de l'hyper-inflation de populations qui n'ont pas du tout la même culture que nous ? La Suisse avait une culture paysanne où une seule poignée de mains suffirait à conclure un marché. Et de nos jours, si vous abandonnez votre moissonneuse-batteuse sur un champ plus d'une heure, un camion va s'arrêter pour l'emmener vers d'autres cieux...

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