• Reparlons des queues des Vernets

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    Ils furent nombreux les gens qui se sont patiemment mis en files afin de pouvoir bénéficier de la distribution de sacs de produits alimentaires. Les médias ont parlé de plusieurs milliers de bénéficiaires de ces dons. Les organisations caritatives, les politiciens concernés et ces médias se sont unis pour justifier ces distributions en affirmant qu’à Genève, à cause du Covid-19 et d’employeurs peu scrupuleux, « des familles avaient plongé dans la misère et des enfants ne mangeaient pas trois repas par jour ». Et de poursuivre en « jugeant révoltante une telle situation dans un canton aussi riche que Genève ».
    Il y a quelques jours, l’excellent Courrier International mettaient en évidence un aspect de la question qui a été complètement oublié dans les jugements émis alors. Il existe dans le monde, rappelle l’hebdomadaire, 164 millions de travailleurs migrants et ceux-ci, admirables, ont envoyé l’an dernier le montant colossal de 554 milliards de dollars dans leurs familles restées dans le Tiers-Monde pour les aider à mieux vivre. Admirables parce qu’à l’évidence, ces travailleurs, légaux ou illégaux, témoignant d'une solidarité exemplaire, se contentent en permanence dans leur existence d’immigrés d’un niveau de vie précaire.
    Cela étant, n’est-il abusif de tirer de l’événement des Vernets, la conclusion que ceux qui se sont déplacés pour bénéficier des distributions alimentaires l’ont fait parce qu’ils avaient faim ? La réflexion ne devrait-elle pas plutôt amener à penser que, avec le bon sens et la force qui les caractérisent, ils ont surtout voulu tirer parti d’une occasion de réduire leurs dépenses alimentaires ce qui leur permettait de maintenir l’aide qu’ils apportent à leurs familles demeurées en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ?
    Pierre Kunz

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  • Un « monde nouveau » ? plus égalitaire ?

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    La mouvance rose-verte, les ONG et certains intellectuels sont les plus audibles et les plus visibles dans la promotion du « grand reset ou grande réinitialisation » qui devrait, au titre de « l’après-Covid », rendre les entreprises plus raisonnables dans leur recherche incessante de la croissance au détriment de la planète, les particuliers moins bêtement consuméristes et les sociétés humaines moins inégalitaires. Ils ne sont pas seuls puisque même le World Economic Forum et le Fonds monétaire international (!) ont adopté ce discours.

    Toute cette agitation n’est pas raisonnable ni crédible dès lors qu’aucun des promoteurs d’un monde nouveau n’a encore expliqué sérieusement ce qu’à ses yeux, s’élevant au-dessus de l’utopie, il conviendrait de faire pour développer « la croissance plus verte, plus intelligente et plus juste » qu’il vante.

    Prenons l’exemple des inégalités. Desquelles les défenseurs d’un monde plus juste parlent-ils ? Sont-ce les inégalités de revenus et de patrimoines au sein de l’UE et aux USA ? Des retards de développement économique et des injustices sociales au sein des peuples d’Afrique ? De quoi d'autre encore ?

    Les réponses à cette question et le silence qui règne à propos des moyens sont manifestement dus à l’inconfort intellectuel dans lequel se trouvent ces hérauts d’un monde meilleur. Car, le plus souvent, les réponses à ces problèmes appellent la mise en œuvre de ressources, d’instruments et de forces inconciliables ?

    S’agissant par exemple du fossé économique Nord-Sud, l’histoire de ces 50 dernières années a montré que le seul moyen de favoriser le développement des populations des pays pauvres n’est pas le subventionnement par nos Etats mais les investissements par les entrepreneurs occidentaux (et chinois désormais) dans les infrastructures et les industries exportatrices de ces derniers, ainsi que l’ouverture des marchés occidentaux à leurs exportations agricoles. Mais on connaît les réactions très négatives face à ces solutions aussi bien du côté des agriculteurs européens que dans les milieux tiers-mondistes outrés parce qu’ils y voient une forme d’exploitation par le Nord d’une main d’œuvre locale sous-payée.

    L’humanité lutte depuis des siècles déjà, avec un succès que nul ne saurait nier, contre la pauvreté, pour la santé des habitants de la planète et pour réduire les différences de moyens d’existence et de développement entre les peuples et les individus. Par quel miracle cette lutte compliquée pourrait-elle prendre un cours et un rythme nouveaux parce qu’un virus a sévi ?

    A l’évidence, en dépit des grands discours et des gesticulations, le monde d’après-Covid ne sera pas différent de celui que nous connaissons. Par contre, deux vrais défis, gigantesques, ont commencé à mobiliser notre attention, à savoir la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Ils conduiront, eux, immanquablement au bouleversement de nos modes de vie. Alors, cessons de nous faire frissonner avec le mirage d’un monde nouveau plus beau, plus intelligent et plus juste issu d’une pandémie. Occupons-nous des vrais enjeux

    Pierre Kunz

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  • Vous avez dit « mutualisation de la dette européenne » ?

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    Pour faire face aux conséquences de la pandémie du Covid-19, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé un plan de 500 milliards d’euros destiné à relancer l’économie européenne. Le président et la chancelière se sont gardés de le souligner, mais ces sommes considérables sont également largement destinées à l’amélioration des finances des pays en situation d’endettement préoccupante.

    Quoi qu’il en soit, d’aucuns ont vu dans cet accord un grand pas en avant vers la mutualisation des dettes constituées par les divers pays de l’UE, autrement dit l’acceptation par les pays gérés raisonnablement de prendre en charge les dépenses déraisonnables effectuées par « ceux du sud ».

    C’est aller vite en besogne. Le monde politique technocratique bruxellois et une majorité parlementaire, au motif du « politiquement correct » (sauver l’euro et l’équilibre de l’UE), s’exprimeront probablement en faveur de ce projet. Mais il est douteux que les peuples de l’UE se révèlent aussi unanimes, eux qui pour une large part se sont toujours opposés à ce type d’intégration financière, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche et au Danemark. Les citoyens et électeurs de ces pays restent en effet réfractaires à l’idée que les fourmis, à savoir les pays bien gérés, soient condamnés à prendre en charge les traditionnels excès budgétaires des cigales du sud.

    Convaincre ces populations ne sera donc pas chose aisée. Dans ce but, la Commission européenne a mobilisé Thierry Breton, commissaire chargé du marché intérieur et soi-disant grand communicateur. Il est apparu la semaine dernière, sur les ondes de la TSR, que pour y parvenir Thierry Breton est prêt à tous les mensonges. En témoigne les paroles qu’il a prononcées : « Il ne s’agit pas que les uns paient pour les autres. On ne va pas faire rembourser la dette née du plan de relance par tel ou tel pays. C’est la Commission européenne qui la remboursera ».

    Ces propos constituent une escroquerie destinée à manipuler la grande majorité, ignorante, des citoyens. En effet, même si la dette est contractée puis remboursée par la Commission européenne, même si elle est épongée sur 30 ans, ce sont quand même les pays qui devront fournir les milliards requis, cela en fonction de leur quote-part au budget de la Commission. Or ces milliards auront été distribués selon les besoins des pays en difficultés, pas en proportion de cette quote-part. Autrement dit, contrairement à ce qu’affirme en toute mauvaise foi Thierry Breton, ce sont bien les pays économes qui règleront la dette créée par les pays dépensiers.

    Depuis la naissance au forceps du Traité de Maastricht, imposé en 1992 aux peuples qui l’avaient pourtant expressément refusé, on pouvait s’attendre à tout. Il n’empêche, le discours d’une totale mauvaise foi d’un des plus importants ministres de la Commission européenne laisse pantois.

    Pierre Kunz

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