Un « monde nouveau » ? plus égalitaire ?

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La mouvance rose-verte, les ONG et certains intellectuels sont les plus audibles et les plus visibles dans la promotion du « grand reset ou grande réinitialisation » qui devrait, au titre de « l’après-Covid », rendre les entreprises plus raisonnables dans leur recherche incessante de la croissance au détriment de la planète, les particuliers moins bêtement consuméristes et les sociétés humaines moins inégalitaires. Ils ne sont pas seuls puisque même le World Economic Forum et le Fonds monétaire international (!) ont adopté ce discours.

Toute cette agitation n’est pas raisonnable ni crédible dès lors qu’aucun des promoteurs d’un monde nouveau n’a encore expliqué sérieusement ce qu’à ses yeux, s’élevant au-dessus de l’utopie, il conviendrait de faire pour développer « la croissance plus verte, plus intelligente et plus juste » qu’il vante.

Prenons l’exemple des inégalités. Desquelles les défenseurs d’un monde plus juste parlent-ils ? Sont-ce les inégalités de revenus et de patrimoines au sein de l’UE et aux USA ? Des retards de développement économique et des injustices sociales au sein des peuples d’Afrique ? De quoi d'autre encore ?

Les réponses à cette question et le silence qui règne à propos des moyens sont manifestement dus à l’inconfort intellectuel dans lequel se trouvent ces hérauts d’un monde meilleur. Car, le plus souvent, les réponses à ces problèmes appellent la mise en œuvre de ressources, d’instruments et de forces inconciliables ?

S’agissant par exemple du fossé économique Nord-Sud, l’histoire de ces 50 dernières années a montré que le seul moyen de favoriser le développement des populations des pays pauvres n’est pas le subventionnement par nos Etats mais les investissements par les entrepreneurs occidentaux (et chinois désormais) dans les infrastructures et les industries exportatrices de ces derniers, ainsi que l’ouverture des marchés occidentaux à leurs exportations agricoles. Mais on connaît les réactions très négatives face à ces solutions aussi bien du côté des agriculteurs européens que dans les milieux tiers-mondistes outrés parce qu’ils y voient une forme d’exploitation par le Nord d’une main d’œuvre locale sous-payée.

L’humanité lutte depuis des siècles déjà, avec un succès que nul ne saurait nier, contre la pauvreté, pour la santé des habitants de la planète et pour réduire les différences de moyens d’existence et de développement entre les peuples et les individus. Par quel miracle cette lutte compliquée pourrait-elle prendre un cours et un rythme nouveaux parce qu’un virus a sévi ?

A l’évidence, en dépit des grands discours et des gesticulations, le monde d’après-Covid ne sera pas différent de celui que nous connaissons. Par contre, deux vrais défis, gigantesques, ont commencé à mobiliser notre attention, à savoir la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Ils conduiront, eux, immanquablement au bouleversement de nos modes de vie. Alors, cessons de nous faire frissonner avec le mirage d’un monde nouveau plus beau, plus intelligent et plus juste issu d’une pandémie. Occupons-nous des vrais enjeux

Pierre Kunz

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