Vous avez dit « mutualisation de la dette européenne » ?

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Pour faire face aux conséquences de la pandémie du Covid-19, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé un plan de 500 milliards d’euros destiné à relancer l’économie européenne. Le président et la chancelière se sont gardés de le souligner, mais ces sommes considérables sont également largement destinées à l’amélioration des finances des pays en situation d’endettement préoccupante.

Quoi qu’il en soit, d’aucuns ont vu dans cet accord un grand pas en avant vers la mutualisation des dettes constituées par les divers pays de l’UE, autrement dit l’acceptation par les pays gérés raisonnablement de prendre en charge les dépenses déraisonnables effectuées par « ceux du sud ».

C’est aller vite en besogne. Le monde politique technocratique bruxellois et une majorité parlementaire, au motif du « politiquement correct » (sauver l’euro et l’équilibre de l’UE), s’exprimeront probablement en faveur de ce projet. Mais il est douteux que les peuples de l’UE se révèlent aussi unanimes, eux qui pour une large part se sont toujours opposés à ce type d’intégration financière, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche et au Danemark. Les citoyens et électeurs de ces pays restent en effet réfractaires à l’idée que les fourmis, à savoir les pays bien gérés, soient condamnés à prendre en charge les traditionnels excès budgétaires des cigales du sud.

Convaincre ces populations ne sera donc pas chose aisée. Dans ce but, la Commission européenne a mobilisé Thierry Breton, commissaire chargé du marché intérieur et soi-disant grand communicateur. Il est apparu la semaine dernière, sur les ondes de la TSR, que pour y parvenir Thierry Breton est prêt à tous les mensonges. En témoigne les paroles qu’il a prononcées : « Il ne s’agit pas que les uns paient pour les autres. On ne va pas faire rembourser la dette née du plan de relance par tel ou tel pays. C’est la Commission européenne qui la remboursera ».

Ces propos constituent une escroquerie destinée à manipuler la grande majorité, ignorante, des citoyens. En effet, même si la dette est contractée puis remboursée par la Commission européenne, même si elle est épongée sur 30 ans, ce sont quand même les pays qui devront fournir les milliards requis, cela en fonction de leur quote-part au budget de la Commission. Or ces milliards auront été distribués selon les besoins des pays en difficultés, pas en proportion de cette quote-part. Autrement dit, contrairement à ce qu’affirme en toute mauvaise foi Thierry Breton, ce sont bien les pays économes qui règleront la dette créée par les pays dépensiers.

Depuis la naissance au forceps du Traité de Maastricht, imposé en 1992 aux peuples qui l’avaient pourtant expressément refusé, on pouvait s’attendre à tout. Il n’empêche, le discours d’une totale mauvaise foi d’un des plus importants ministres de la Commission européenne laisse pantois.

Pierre Kunz

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