• Relocalisons, relocalisons …

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    Relocalisons, relocalisons …

    Les relocalisations constituent « le » thème du moment. Les médias relayent les propos d’une multitude de gens qui tiennent à faire part de leurs convictions à ce sujet. Certes, notre pays a appris à l’occasion de la pandémie du Covid-19 qu’il devrait porter une plus grande attention à un nombre limité de secteurs qu’on qualifiera de « stratégiques ». Confiés trop rapidement peut-être, ils pourraient avantageusement retrouver leur place chez nous. Mais en général, reconnaissons qu’il s’agit plutôt de balivernes, exprimées sans prise en compte des contextes et des conséquences des suggestions ou des exigences de leurs auteurs.

    Mme Suzanne de Treville, professeure de management à l’UNIL et qui se dit « spécialiste en relocalisation industrielle », a fourni récemment, dans un hebdomadaire romand (Migros Magazine du 25 mai), un bel exemple de ces propos simplistes. Elle y prétend, à propos du secteur textile, qu’en Suisse, avec un peu d’imagination et de volonté managériale et en se contentant de marges réduites (!), on peut surmonter le handicap du coût de la main d’œuvre helvétique et recommencer à produire en quantité les vêtements que les grands distributeurs achètent en Asie. Ce point de vue est d’autant plus sidérant que Mme Treville se fend, à l’appui de son affirmation, d’un paragraphe dans lequel elle affirme « qu’en trois mois de formation n’importe qui peut travailler sur des machines à coudre semi-automatisées ». La thèse de Mme Treville est curieuse et incohérente à plusieurs niveaux.

    En premier lieu, son argumentaire superficiel n’apporte aucune justification à ses convictions ni au plan de l’entreprise ni à celui de l’emploi, même à moyen terme, étant donné le différentiel salarial et des conditions de production entre les pays développés et ceux du Sud. D’autant moins, s’agissant des frais de transports, que ces derniers continueront probablement encore longtemps à bénéficier de l’absence d’une taxe sur le CO2.

    En deuxième lieu, elle apparaît en contradiction flagrante avec l’insistance mise depuis un siècle en Suisse sur la production de biens à forte valeur ajoutée. Au lieu d’inciter les habitants de ce pays de continuer à bien se former et à améliorer leur savoir professionnel en permanence, la professeure lausannoise propose le retour chez nous de métiers destinés à une main d’œuvre sans qualifications et qui pourra être que mal rémunérée.

    Enfin, il est pour le moins surprenant qu’elle ne fasse aucune référence aux conséquences dramatiques qu’auraient les relocalisations qu’elle préconise sur les populations des pays en développement.

    Pierre Kunz

     

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  • T’as plus de sous ? Demande à papa !

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    C’est manifestement le conseil que certains ont retenu de leur enfance.

    Notre conseiller d’Etat Mauro Poggia par exemple qui, confronté simultanément aux coûts des HUG enflés par la crise du Covid-19 et à la dette abyssale de nos finances publiques cantonales, demande naïvement l’aumône aux caisses maladie. Pas de raison que, selon lui, celles-ci ne puisent pas dans leurs réserves pour aider Genève. Sauf que ces réserves ne sont destinées qu’à éviter autant que se peut une hausse excessive des primes. Les caisses maladie ne sont pas autorisées par la loi qui les régit à les affecter à la couverture des déficits hospitaliers nés de la pandémie.

    Autre exemple, celui des Verts qui, pour financer les dépenses de toutes sortes qu’ils prévoient « pour entrer dans un nouveau monde », exigent de la BNS qu’elle distribue à cette fin quelques milliards. Pas de raison selon eux que notre institut d’émission ne soit pas mis à contribution. Sauf que rien dans la loi qui organise sa mission ne l’autorise, à l'exception de la distribution partielle de ses bénéfices aux cantons et à la Confédération, à distraire ces mililards des réserves qu’il a constituées pour soutenir le franc suisse et veiller à la stabilité du coût de la vie.

    Peut-être que ces acteurs, aux poches vidées par leur imprévoyance ou insuffisamment remplies pour financer leurs projets démagogiques, croient encore à la fable de François Hollande : « Ça vient de l’Etat, ça ne coûte rien ». Dès lors, pas de raisons de ne pas l’appliquer la fable aux caisses maladie et à la BNS.

    Pierre Kunz

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  • Les retraités, rouspéteurs impénitents

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    Les retraités, rouspéteurs impénitents

    Nous les seniors avons pris la fâcheuse habitude de nous plaindre de tout et de rien. Probablement parce que nous avons imprimé dans notre esprit que le reste de la société nous serait redevable de l’avoir précédée.

    La crise du Covid-19 a renforcé le phénomène et on a pu lire dans la presse écrite moult lettres de lecteurs du troisième âge se plaignant de « l’injustice qui leur était faite » avec le confinement. Certains en ont même profité pour réclamer une augmentation de leur rente AVS. Un autre, se référant à la part massive des décès parmi les couches les plus âgées de la population, a même été jusqu’à utiliser le néologisme inexcusable de « géronticide ». Après tout, il ne tenait qu’à tous ces retraités de rester actifs en interprétant avec bon sens les gestes barrière. Il ne tenait qu’à eux de continuer à faire leurs courses et à effectuer en plein air de longues ou de courtes balades.

    Au lieu d’expliquer aux jeunes générations, les accusant d’indifférence, que « c’est le moment de penser à leurs aînés », il serait temps que les seniors reconnaissent que ce sont eux qui ont une dette immense à l’égard de ces jeunes générations. Elles ont été confinées comme les anciens, précisément afin de protéger ceux-ci, cela au détriment de leur propre avenir économique et social. Alors que nos rentes de retraités, inchangées, continueront mois après mois à alimenter notre compte en banque.

    Pierre Kunz

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  • La vie politique reprend. Qui a peur de lobbies ?

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    Parmi tous les détracteurs du fonctionnement de nos démocraties quelques ONG se singularisent. C’est le cas de Transparency International qui s’est fait une spécialité de dénoncer la corruption qui, selon cette organisation, ne rongerait pas seulement les pays du Tiers-Monde mais également les nations occidentales, Suisse comprise.

    Les journalistes qui chez nous relayent ce genre de propos, las de revenir sur les dossiers éculés que sont le blanchiment d’argent, la protection des lanceurs d’alertes et le financement opaque des partis, s’acharnent à condamner les lobbies, appelés aussi groupes de pression, qu’ils accusent de manipuler le fonctionnement de nos organes législatifs fédéraux et cantonaux.

    Ils ne veulent pas comprendre que les lobbies constituent des acteurs légitimes de la démocratie parlementaire. Même s’ils sont parfois brillants, nos élus, à Berne comme dans les cantons, ne bénéficient que de connaissances lacunaires sur la plupart des objets législatifs qui leur sont soumis. Pour cette raison ils siègent en commissions au sein desquelles moult lobbies contribuent à leur travail en apportant des informations techniques utiles et des recommandations. Sur cette base, il revient ensuite aux députés de se forger une conviction et de voter en conséquence.

    En fait, les pourfendeurs des groupes de pression, mettent en cause l’honnêteté et l’intelligence de nos élus qui se laisseraient trop aisément corrompre intellectuellement par des individus motivés par des intérêts corporatistes. Nos représentants ne se révèleraient pas capables de s’élever à la hauteur de leur devoir de défendre les intérêts de leurs électeurs, submergés qu’ils seraient par la « désinformation organisée par les lobbies ». Ceux qui mettent ces derniers à l’index n’ont manifestement jamais saisi que leur rôle est d’explique en toute transparence leurs arguments en faveur de telle solution à tel objet. Ils ne disposent d’aucun pouvoir de décision, celle-ci revenant à ceux que nous avons élus.

    Reste la question des parlementaires qui participent aux conseils d’administration de sociétés jouant un rôle dans la vie économique et sociale. Le sujet le plus brûlant est bien sûr celui des caisses maladies. Mais c’est aussi le cas pour des entreprises industrielles ou financières, pour des établissements de droit public comme les CFF ou la Poste, pour les organisations syndicales et patronales et même au sein de nombre d’associations. En critiquant ces situations on met surtout en cause l’honnêteté de politiciens de milice, élus sur la base d’un projet de société, qui n’auraient pas suffisamment de bon sens et d’indépendance de vue pour gérer correctement leurs liens d’intérêts et assumer loyalement leurs responsabilités.

    Ce qui est en cause, n’est donc pas le rôle des groupes de pressions mais la confiance que nous accordons à nos parlementaires. C’est pourtant nous qui les élisons.

    Pierre Kunz

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  • Appel du 4 mai : « Un réveil différent de l’avant Covid-19 »

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    L’appel des Verts à nos élus fédéraux, en fait un texte rédigé dans la précipitation et destiné à occuper le terrain désert du 1er mai, vise à entretenir et exploiter la peur qui, à l’occasion de la crise du Covid-19, s’est insérée dans l’esprit de nombre d’entre nous et à en profiter politiquement. La peur de l’économie globalisée, de manquer d’une nourriture saine, de ne plus obtenir les médicaments essentiels, de voir disparaître les petites entreprises locales, etc.

    Utilisant l’inquiétude et les interrogations nées de la pandémie, les Verts réclament la naissance d’une société nouvelle selon eux, fondée sur une économie idéale, autrement dit « locale », rompant le plus possible avec la coopération internationale et le libre-échange. En réalité, dans leur pétition bâclée, ils n’exigent rien de plus qu’une couche supplémentaire de dépenses publiques. Ce n’est pas la Fête du travail mais celle de l’Etat-nounou.

    Les voilà, ces acteurs politiques soi-disant responsables, qui exigent le « soutien aux circuits courts » et une sévère réduction des dépendances internationales sans songer que le niveau de vie, les salaires et les prestations sociales qui caractérisent si heureusement ce pays sont financés par les exportations de la moitié des activités productrices, donc des emplois, du pays. Les voilà, qui réclament simultanément, protectionnisme, hausses salariales, subventionnements de secteurs entiers de l’économie, sans expliquer quelles ressources les financeront. Et les voilà encore, ces « humanistes », emportés par leur élan souverainiste, qui oublient tout ce que coûterait aux pays en développement une réduction massive des échanges internationaux, échanges qui leurs permettent d’extraire des millions de personnes de l’extrême pauvreté.

    Comment les Verts, eux qui se prétendent les phares de la lutte contre le réchauffement climatique, un véritable défi politique, économique et social celui-là, autrement plus exigeant que la sortie du confinement, peuvent-ils se contenter de l’assortiment d’épicerie qu’ils ont décliné dans leur « appel » opportuniste ? Au lieu de nous rappeler que nous vivons dans un monde dont nous sommes tous citoyens, au lieu d’enseigner à nos enfants à mieux traiter notre planète, leur ramassis de balivernes entend nous ramener à « villa-ça’m suffit ».

    Leur appel à « un réveil différent de l’avant Covid-19 », à contribuer « à un redémarrage humaniste local durable » passe complètement sous silence les enjeux climatiques et les bouleversantes mesures à prendre pour y répondre. Il ne nous engage en rien à vivre différemment à la lumière de ces enjeux. C’est un appel à demeurer dans le passé pas à aller vers le futur.

    Pierre Kunz

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