La vie politique reprend. Qui a peur de lobbies ?

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Parmi tous les détracteurs du fonctionnement de nos démocraties quelques ONG se singularisent. C’est le cas de Transparency International qui s’est fait une spécialité de dénoncer la corruption qui, selon cette organisation, ne rongerait pas seulement les pays du Tiers-Monde mais également les nations occidentales, Suisse comprise.

Les journalistes qui chez nous relayent ce genre de propos, las de revenir sur les dossiers éculés que sont le blanchiment d’argent, la protection des lanceurs d’alertes et le financement opaque des partis, s’acharnent à condamner les lobbies, appelés aussi groupes de pression, qu’ils accusent de manipuler le fonctionnement de nos organes législatifs fédéraux et cantonaux.

Ils ne veulent pas comprendre que les lobbies constituent des acteurs légitimes de la démocratie parlementaire. Même s’ils sont parfois brillants, nos élus, à Berne comme dans les cantons, ne bénéficient que de connaissances lacunaires sur la plupart des objets législatifs qui leur sont soumis. Pour cette raison ils siègent en commissions au sein desquelles moult lobbies contribuent à leur travail en apportant des informations techniques utiles et des recommandations. Sur cette base, il revient ensuite aux députés de se forger une conviction et de voter en conséquence.

En fait, les pourfendeurs des groupes de pression, mettent en cause l’honnêteté et l’intelligence de nos élus qui se laisseraient trop aisément corrompre intellectuellement par des individus motivés par des intérêts corporatistes. Nos représentants ne se révèleraient pas capables de s’élever à la hauteur de leur devoir de défendre les intérêts de leurs électeurs, submergés qu’ils seraient par la « désinformation organisée par les lobbies ». Ceux qui mettent ces derniers à l’index n’ont manifestement jamais saisi que leur rôle est d’explique en toute transparence leurs arguments en faveur de telle solution à tel objet. Ils ne disposent d’aucun pouvoir de décision, celle-ci revenant à ceux que nous avons élus.

Reste la question des parlementaires qui participent aux conseils d’administration de sociétés jouant un rôle dans la vie économique et sociale. Le sujet le plus brûlant est bien sûr celui des caisses maladies. Mais c’est aussi le cas pour des entreprises industrielles ou financières, pour des établissements de droit public comme les CFF ou la Poste, pour les organisations syndicales et patronales et même au sein de nombre d’associations. En critiquant ces situations on met surtout en cause l’honnêteté de politiciens de milice, élus sur la base d’un projet de société, qui n’auraient pas suffisamment de bon sens et d’indépendance de vue pour gérer correctement leurs liens d’intérêts et assumer loyalement leurs responsabilités.

Ce qui est en cause, n’est donc pas le rôle des groupes de pressions mais la confiance que nous accordons à nos parlementaires. C’est pourtant nous qui les élisons.

Pierre Kunz

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Commentaires

  • Sur youtube "Jean Dominique Michel" anthropologue de la médecine, qui a eu dés mars le corona, parle très bien des lobbys! Et je ne suis pas sûr que ce soit en bien!

  • Les lobbies pour se faire entendre, comprendre, personne ne les jugera en mal.
    Là où il y a un problème, c'est lorsque l'intérêt des lobbies priment sur l'intérêt général. Et le copinage aidant, la population trinque de ces amitiés d'intérêts. Exemple : Lobby des cigarettiers. Et toujours actuel, les Assurances.

    Dans un monde parfait, les décisions se prennent avec logique, mais le monde réel est parasité par le copinage, des intérêts ou de l'amitié.

    Et pour équilibrer le tout, il manque des lobbies qui défendent le citoyen.

    Il y a nécessité de lobbies, mais pour le moment, il y a un déséquilibre qui parfois nuit à l'intérêt général. Il y a un malaise.

  • Au moins vous avez l'honnêteté d'aborder le sujet des parlementaires et leurs conflits d'intérêts. Car les lobbyistes ne se contentent plus de la salle des pas perdus, ils sont élus. Il vous suffit de lire les articles édifiants de notre conseiller d'Etat Mauro Poggia qu'on ne pourra pas soupçonner de fustiger nos institutions pour comprendre que le système est complètement biaisé.
    Car, in fine, ce sont bien les commissaires qui déterminent les auditions pour déniaiser nos représentants. Et c'est un peu facile de nous rendre responsable de les avoir élus puisque le système est si opaque qu'il est tout simplement impossible de connaitre les liens d'intérêts d'un candidat ainsi que les commissions dont il sera saisi. Bref, quand je vous lis, j'ai le sentiment que vous nous suggérez que tout va bien pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et cette attitude me conforte dans l'idée que vous tentez tant bien que mal de sauver ce qui peut l'être de l'idéologie libérale largement responsable des dérives que nous subissons aujourd'hui.
    http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/12/index.html

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