• Grâce au Covid-19, fin de la mondialisation ?

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    Comme souvent, en période de crise, les rêves fous prennent de la consistance et les groupes d’intérêts imaginent que « le grand soir » est arrivé, que demain, après le Covid-19, plus rien ne sera comme avant.

    Tous ces gens partagent un trait commun : ils ont oublié les enseignements de l’histoire. Ce qui influe sur son cours, ce sont les grandes découvertes et les défis auxquels fait face ou que se fixe l’humanité, pas les crises. Les grandes catastrophes n’ont quasiment jamais rien changé aux perspectives sociales, économiques et politiques des sociétés. En quoi par exemple la guerre de 39-45 ou les récentes crises financières ont-elles transformé le fonctionnement économique et social de nos sociétés occidentales ? En rien ou presque. Ce qui par contre les a profondément transformées, ce fut l’avènement de l’Etat social rendu possible par le développement économique prodigieux des « Trente glorieuses ».

    En crise, les sociétés font front et se défendent. Seuls les défis les poussent en avant.

    Il n’empêche, en cette période de pandémie, la mode est à l’annonce de la fin du capitalisme, de la mondialisation et du consumérisme. Ce sont les lobbies verts et paysans qui se sont précipités à la manœuvre de cette ambition. « Foin de la mondialisation ! Vivons plus sainement et en sécurité, disent-ils, cessons d’acheter à l’étranger, produisons et achetons localement, retrouvons l’artisanat de subsistance, destiné au quartier et au village ». Ainsi, ils ventent la « souveraineté alimentaire et énergétique », ce qui est un peu risible dans un pays comme la Suisse qui dépend à 50 % de l’étranger pour l’alimentation de la population et à 100 % pour son gaz et ses carburants. Cela paraît moins risible et franchement déraisonnable quand on s’aperçoit que ces croisés oublient d’inclure dans leurs visions toutes les entreprises exportatrices helvétiques ainsi que les dommages immenses qu’infligerait une telle politique aux pays pauvres de la planète.

    Un protectionnisme ciblé et justifié par des considérations stratégiques ou sociales, comme le pratique déjà la Suisse pour l’agriculture, peut certes se justifier. Mais les effets du « paradis cloisonné » dont rêvent certains seraient désastreux sur les emplois, les salaires, les prestations sociales et le pouvoir d’achat des Helvètes.

    Non, le libre-échange n’est pas une invention du capitalisme. Il répond à l’aspiration éternelle des peuples à davantage de bien-être. Evidemment, il s’agit pour le politique de l’organiser de manière socialement équilibrée et de le museler afin qu’il cesse de détruire l’environnement, ce qui n’a pas été entrepris à ce jour. 

    Dans les années à venir un vrai défi, celui du changement climatique, imposera lui une mutation profonde au fonctionnement des marchés. En attendant, malgré les ambitions corporatistes des uns et les utopies des autres, la crise du Covid-19, à quelques relocalisations près, ne changera pas le capitalisme libre-échangiste. Ou alors si peu.

    Pierre Kunz

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  • Covid-19 ; l’impréparation des nations

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    La Suisse se dirige, lentement vers le déconfinement. Elle s’achemine aussi vers le temps du bilan d’une crise qui, une fois de plus, a mis en évidence que l’humanité n’est jamais préparée à affronter les catastrophes, qu’elles soient sanitaires, migratoires, militaires ou naturelles. Jamais préparée en dépit des mises en garde des experts les plus perspicaces. Personne n’a envie ni le temps de les entendre, préoccupés que nous sommes par des problèmes « tellement plus urgents ».

    Par la force des choses, l’énergie de ceux qui nous gouvernent s’éparpille vers les primes d’assurance maladie, le prix des logements, la lutte contre les inégalités, les réformes scolaires, la libre circulation des personnes, l’augmentation des rentes vieillesse, la protection des paysans, etc. Constat évident : les exigences électorales sont telles en démocratie qu’il est simplement impossible de conduire un pays en intégrant dans les stratégies politiques et budgétaires des Etats la prévision de catastrophes possibles. Les dictatures n’y parviennent pas davantage.

    Les Etats-Unis, eux qui ont pourtant été capables de mobiliser les moyens financiers, humains et techniques colossaux exigés par la conquête de la lune, fournissent probablement la plus stupéfiante liste d’exemples de ces impréparations, inhérentes au fonctionnement des sociétés humaines. Qu’on songe seulement au 11 septembre 2001, à la crise bancaire de 2007, à celle de la pandémie du Covid-19, ou plus anciennement, dans la guerre contre le Japon, au désastre de Pearl Harbour en 1941 puis à la débâcle de MacArthur aux Philippines. Les services de renseignement américains et les spécialistes savaient dans chacun de ces cas qu’existait un danger potentiel. Mais l’Etat lui n’a « rien vu venir ».

    Mais ce qui importe est de se souvenir que dans toutes ces occurrences, le pays, comme tous ceux confrontés à des tragédies du même ordre, a su ou saura rassembler les ressources nécessaires pour relever le défi. Même si ce fut ou ce sera à un coût humain et économique considérable.

    Il en ira de même avec le réchauffement climatique. Depuis 30 ou 40 ans, des scientifiques de renom mettent en garde l’humanité contre les dangers des gaz à effets de serre. Or ce n’est que tardivement, depuis le moment où nos sens ont commencé à éprouver les conséquences du réchauffement, que les gouvernements ont trouvé la légitimité, l’ambition et le courage de l’affronter.

    S’agissant du Covid-19, on entend déjà l’avalanche bruyante des récriminations que les donneurs de leçons ne manqueront pas, en Suisse comme ailleurs, de déverser sur des autorités qui se sont révélées « si imprévoyantes ». Comment est-il possible, criera-t-on, qu’elles n’aient pas songé à constituer « en temps utile » des stocks de de ventilateurs, de masques, de lotion hydroalcoolique et bien sûr de chloroquine ?

    Il conviendra de leur rappeler que c’est parce que ces braillards n’ont cessé de confisquer l’action et les budgets gouvernementaux afin de résoudre les problèmes d’intendance politique qui leur paraissaient « prépondérants ».

    Pierre Kunz

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  • COVID-19 ; Edouard a des doutes et des scrupules

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    Confronté aux conséquences du Covid-19, Edouard, retraité depuis plusieurs années, s’efforce pourtant de considérer le bon côté des choses. « Après tout, souligne-t-il, les capacités hospitalières et médicales sont en mesure de faire face à la pandémie et les effets de celle-ci sur les statistiques de la mortalité helvétique (70’000 décès par an) seront à peine détectables. Restons donc optimistes et actifs durant cette période et allons de l’avant ».

    Il a ressorti l’ordinateur dont il avait fait il y a longtemps son adversaire au jeu des échecs ; il lit beaucoup, s’est abonné à Courrier International, pour remplacer les médias suisses qui ne font plus que du matraquage Covid-19 anxiogène ; refusant de se sédentariser, il s’est mis à la randonnée et, se conformant rigoureusement aux directives de distanciation sociale, il continue à se rendre dans son magasin alimentaire car il déteste les achats en ligne.

    Edouard n’aime pas le terme de « guerre » que certains utilisent pour qualifier notre lutte contre la pandémie et ne comprends pas ceux qui font un procès à nos autorités qui n’auraient pas été assez prévoyantes. « Il est plus confortable, relève-t-il, d’être indigné que responsable ».

    N’empêche qu’il éprouve des doutes grandissants (et encore davantage au moment où l’on entend parler de « déconfinement par tranches d’âge » !), s’agissant de la politique de confinement retenue par la Suisse. Il s’explique mal que, au prétexte de l’impossibilité d’un dépistage massif, on ait choisi de mettre le pays à l’arrêt économique, scolaire, culturel et sportif. Pourtant on sait depuis plus de deux mois que la pandémie, sauf exceptions, n’est dangereuse que pour les personnes âgées et celles, plus jeunes, fragilisées par d’autres pathologies.

    Pourquoi n’avoir pas limité, comme voulait le faire le canton d’Uri et comme l’a décidé la Suède, le confinement à ces catégories de la population ? Pourquoi avoir ainsi privé inutilement les jeunes générations d’une grande partie de leur liberté et de leurs activités ?

    En conséquence de la voie choisie, la tâche de reconstruction du pays s’avère d’ores et déjà extrêmement lourde, coûteuse et longue. « Le moment venu, note Edouard, nous les personnes âgées, devrons nous rappeler avec gratitude que c’est pour notre sauvegarde que nos jeunes compatriotes, pour lesquels le Covid-19 représente un mal à peine plus désagréable qu’une grippe traditionnelle, ont accepté de renoncer à vivre normalement et de voir les entreprises qui les emploient ou qu’ils possèdent être mises en péril. Une gratitude d’autant plus méritée que ce sont les jeunes générations, pas la nôtre, qui auront la charge de remettre la Suisse sur pieds ».

     Pierre Kunz

     

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