Les chiffres irrelevants de Dominique Bourg (05/07/2021)

S’agissant du diagnostic à poser sur l’état du climat et de la planète, on peut faire confiance au professeur honoraire à l’UNIL. Par contre ne comptons pas sur lui pour décliner des solutions réalistes aux défis économiques et sociaux qui se posent à l’humanité.

L’interview qu’il a donné à la TdG du 29 juin en témoigne, il ne croit pas vraiment possible de changer nos comportements consuméristes sans l’engagement des politiques, sans un cadrage clair par les gouvernements et sans l’imposition par ceux-ci de la fiscalité requise par les échéances climatiques. Malheureusement, au lieu de le dire clairement, il s’exprime sans oser prendre le parti du réalisme et de l’efficacité. Alors, timidement, il se content de défendre « une agroécologie de proximité » et, plus généralement « un partage des efforts après un débat démocratique ».

D. Bourg n’est pas seulement timide, il complique les enjeux. Pourquoi diable, quand il scrute la question importante de la répartition des efforts entre les diverses couches de populations, cite-t-il des chiffres qui n’ont rien à voir avec la réalité sociale et environnementale des pays industrialisés, de la Suisse en particulier ? S’il n’est guère contestable en effet qu’au plan mondial « les 10 % les plus riches de la planète provoquent 52 % des émissions et les pauvres seulement 7 % », ces chiffres sont totalement irrelevants en Occident. Dans notre partie du monde, ce sont au contraire les classes moyennes et modestes qui sont responsables, par leur consumérisme débridé, de probablement 85 % des émissions.

En argumentant comme il le fait, D. Bourg amplifie et dramatise en Europe la problématique de la répartition des efforts et des coûts de la transition climatique. Rien ne justifie qu’en Europe on cherche à résoudre ce problème de la même manière qu’en Afrique ou en Amérique du Sud. Chez nous, contrairement à ce qu’il affirme, l’équité veut qu’on le règle sur la base du principe du pollueur-payeur. Un principe nuancé bien sûr de manière socialement raisonnable et équilibré par des accords internationaux. Un principe sur lequel se fonde la nécessaire introduction du seul instrument fiscal incitatif vraiment efficace, la future taxe sur le CO2.

Pierre Kunz

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