Inquiétantes les initiatives dites "phytos" (11/05/2021)

Les auteurs des deux initiatives susmentionnées sont d’avis que les produits de synthèse utilisés dans l’agriculture suisse et mondiale sont toxiques pour les sols et les rivières (ce qui est vrai lorsqu’ils sont utilisés de manière abusive) et dangereux pour les consommateurs (ce qui est faux). Ils veulent nous faire croire que s’ils sont suivis, l’agriculture suisse passera au 100 % bio. Pire, ils croient sérieusement que cet ilot que serait la Suisse servira d’exemple au reste de l’humanité.

Rappelons en préambule que le bio n’a jamais eu vocation, aux yeux de ses concepteurs, à nourrir plus sainement les Suisses mais à faire de la marge. Le bio est une niche commerciale détectée il y a une vingtaine d’années par les grands distributeurs et exploitée avec succès par ceux-ci depuis lors.

Soulignons aussi que les Suisses profitent d’un environnement parmi les plus sains du monde et que la qualité des aliments non-bio vendus en Suisse, importés ou produits localement, est très élevée. Ces produits ne mettent aucunement en danger la santé de nos concitoyens quand ils s’en nourrissent de manière équilibrée et diversifiée. Les services de contrôle sanitaire publics y veillent.

S’agissant des producteurs suisses, certains ont profité marginalement de la mode bio. Ils ont certes été rémunérés un peu mieux mais leurs rendements ont baissé et leur travail s’est compliqué. Au demeurant on se demande bien comment, si ces initiatives étaient adoptées, ils pourraient survivre face à la concurrence étrangère, sachant que notre pays couvre la moitié seulement de ses besoins alimentaires.

S’agissant de l’alimentation de l’humanité, le dogmatisme des initiants et leur méconnaissance effarante des réalités démographiques et alimentaires mondiales les égarent. C’est ce que conduisent à penser les enseignements de Jean-Paul Charvet, professeur en géographie agricole et rurale à Paris. Il nous dit (*) que « la nourriture du terrien « moyen » était produite sur 0,45 hectare en 1960 et sur 0,25 hectare en l’an 2000. Pour nourrir la population mondiale en 2050 il va falloir le faire sur 0,15 hectare. Les terres arables de la planète étant limitées, seul un recours large aux techniques agricoles « productivistes » permettra d’atteindre l’objectif. A savoir, en limitant évidemment au mieux les problèmes écologiques inhérents, le recours renforcé à l’irrigation et aux intrants (engrais et pesticides) d’origine industrielle et aux semences issues des biotechnologies (OGM) ».

Manifestement, interdire drastiquement l’usage des pesticides chimiques, comme l’ambitionnent des initiants, c’est conduire l’humanité au désastre. Gardons-nous donc de les suivre.

Pierre Kunz  

(*) Atlas de l’agriculture mondiale

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