Réflexion sur les ennuis de Claude-Inga Barbey (27/03/2021)

Certains milieux ont exprimé, parfois de manière violente voire insultante, notamment sur la RTS mardi dernier, leur mécontentement. Pourquoi ? Parce que la talentueuse Claude-Inga Barbey s’est gentiment moquée, au nom de l’humour qu’elle maîtrise si bien, de la démarche transgenre. Il y a quelque chose de révélateur dans ces réactions outragées.

Il est admis de rire de la femme cocufiée, du mari trompé ou du demi-sourd qui prend le français pour du chinois. Pourquoi ne pourrait-on pas en faire autant à propos des minorités en général, notamment sexuelles, qui, ces dernières années, se sont largement manifestées pour faire parler d’elles ?

La réponse à ces interrogations se situe probablement dans l’évolution qui caractérise depuis quelques décennies notre société, évolution résultant de l’ambition de la gauche dite « progressiste et universaliste », d’élever partout dans le monde occidental les aspirations des minorités au niveau des droits législatifs et constitutionnels fixés par la majorité. L’ambition de faire admettre par cette gauche activiste que nous vivons désormais dans un temps où toute aspiration individuelle, pour autant qu’elle s’inscrive dans le credo progressiste, doit être considérée comme un droit.

A ce titre, les aspirations individuelles devraient contraindre les pouvoirs publics à satisfaire les demandes, sans se préoccuper d’autre chose que la volonté de ces personnes. Pourtant, souvent, cette ambition met directement en cause notre modèle démocratique, les valeurs qui le fondent et l’équilibre sur lequel fonctionne notre société.

Il convient certes de ne pas de sous-estimer les difficultés qu’affrontent, comme ceux d’autres minorités, pas seulement sexuelles, les membres de la communauté des transgenres, sujet de Claude-Inga Barbey. Mais pour respecter et protéger les minorités, il n’est pas nécessaire, au nom du progressisme, de réformer peu à peu, subrepticement, l’ensemble du système juridique, éducatif, sanitaire, sportif et professionnel. Il suffit de faire appliquer l’interdiction des discriminations, principe fondamental.

Ceux qui nous gouvernent ne devraient pas aller au-delà de ce principe, en tous cas pas de faire évoluer le droit public chaque fois qu’une minorité se manifeste. Si tel devait être l’usage, le risque apparaîtrait de construire juridiquement, au sein de notre société, en faveur des minorités, une citadelle de privilégiés de toutes sortes.

A l’évidence, la liberté d’expression n’est pas un droit absolu, la constitution suisse le rappelle. Elle doit demeurer respectueuse. Mais il serait intolérable que les minorités parfois ciblées par les humoristes et les critiques, privent la majorité de sa liberté de penser, de parler ... et de sourire.

Pierre Kunz

 

09:10 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook