Je la connais la musique...

  • Les jeunes et les "nouvelles sexualités"

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    La TSR a publié lundi sur son site une de ses pseudo-enquête habituelles sous le titre « Pourquoi les jeunes ont tant de peine face aux nouvelles sexualités ». Un reportage d’une superficialité consternante.

    Sur un sujet sociétal d’une aussi grande importance, on comprend mal que la TSR se soit contentée de développer son émission à partir des déclarations d’une jeune femme manifestement anxieuse et déstabilisée, ne possédant pas l’once de raison requise pour amener un commentaire utile et intéressant. Sans compter que l’intervieweuse ne semblait pas elle-même posséder suffisamment le sujet, ce qui lui a interdit d’alimenter l’échange de questions pertinentes. On s’est donc limité à un constat bien connu dont on peut rendre compte ainsi : la problématique du porno devient pressante, elle conditionne les jeunes vers une sexualité de la performance, parfois violente, et vers un conformisme sexuel froid, sans sentiments, du genre « qu’est-ce qu’on fait maintenant ma jolie (ou mon coco) ? on va prendre un burger-coca ou on va faire l’amour ? ».

    Dans une deuxième partie, les journalistes ont passé quelques coups de fils à des « expertes » dont le jugement se résume ainsi : les nouvelles technologies multiplient les difficultés pour les jeunes, l’éducation sexuelle à l’école n’est plus en adéquation avec la réalité, il faut imaginer une nouvelle manière d’enseigner la sexualité. Les experts en question se sont montrés incapables d’élever le débat et de poser un diagnostic dépassant les évidences du terrain.

    Forte des constats et des propos susmentionnés, une enquête journalistique digne de ce nom, sur un sujet aussi considérable, aurait au moins dû mettre deux hypothèses en discussion :

    • Si nombre de jeunes ont tant de peine face aux nouvelles sexualités, s’ils sont aussi gourmands de porno, voire de violence sexuelle, ne serait-ce pas parce qu’ils croient y trouver une réponse à la sexualité débridée, à laquelle ils se sentent un devoir de se conformer, celle qu’on leur enseigne depuis mai 68 ? cette sexualité que les intellectuels « avant-gardistes » et les gourous de la liberté expliquaient alors aux bourgeois et leur expliquent toujours : dans la recherche du bonheur, seuls comptent la recherche prioritaire du plaisir de la chair, la liberté de faire ce que l’on veut de son corps et l’amour « libre » ;
    • S’agissant de la réforme nécessaire de l’éducation sexuelle, ne faudrait-il pas tout simplement la fonder sur le rappel que la sexualité n’est pas une fin en soi mais qu’elle devrait être au service de l’amour et de la tendresse ?

    Plutôt que de se borner au superficiel, ce reportage aurait dû se développer sur ces hypothèses, d’autres aussi peut-être, et rechercher des réponses. Mais rien de cela, malheureusement pour les jeunes.

    Pierre Kunz

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  • Vive les radars acoustiques !

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    Vives les radars acoustiques !

    Chacun le sait, les voitures, les motos et les motocyclettes, peuvent causer des nuisances insupportables quand elles sont conduites par des imbéciles qui se saoulent au bruit qu’ils émettent. Pourtant, jusqu’à ce jour, le monde politique n’a jamais considéré que le problème méritait qu’il réfléchisse sérieusement aux moyens de mettre un terme à ces excès.

    Il paraît, selon la TdG du 24 juillet, que les choses sont enfin en train de changer. A Berne, deux conseillers nationaux socialistes ont décidé d’empoigner le problème moyennant deux initiatives parlementaires. L’une d’elle est aussi simple qu’intéressante puisqu’elle elle réclame la création de bases légales pour installer des radars acoustiques permettant de mettre à l’amende les conducteurs de véhicules conduits de manières excessivement bruyante.

    Comme il fallait s’y attendre, tel fonctionnaire a déjà agité le drapeau rouge au prétexte que « légalement il est impossible d’instaurer une valeur de bruit maximale comme on le fait avec la vitesse ». Et d’expliquer que la législation européenne ne nous autorise pas à interdire l’importation de certains véhicules homologués ailleurs en Europe.

    Comme on pouvait s’y attendre aussi, il y ceux qui, du haut de leur grosse cylindrée, considèrent bêtement que l’ambition de lutter contre le bruit ne constitue qu’une « guéguerre contre les motards ». Il faut être Genevois et tatoué pour ramener le débat à un tel niveau.

    Il ne s’agit ni d’exclure certains modèles de voitures et de deux-roues ni de discriminer les amoureux de l’asphalte mais bien de punir ceux qui se donnent un plaisir maladif à faire un vacarme du diable à toute heure du jour et de la nuit. L’objectif est la sanction de ceux qui nous cassent les oreilles, parce qu’ils ont maquillé leur véhicule ou parce qu’ils adorent en tirer le plus possible de décibels. Et à cette fin, il suffit d’installer des radars acoustiques en nombre suffisant.

    Mais pas des radars qui, comme celui installé à Genève, se prétendent « pédagogiques ». Ce qu’attendent les habitants de ce pays ce sont des radars qui enregistrent les excès de décibels, photographient les contrevenants et permettent ainsi à la police de leur adresser une contravention.

    Combien faudra-t-il d’années pour atteindre ce but ?

    Pierre Kunz

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  • Les écologistes punitifs passent à l’offensive

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    Les écologistes punitifs passent à l’offensive

    Serait-ce suite à l’avancée politique massive des Verts partout en Europe ? Toujours est-il que les intellectuels rattachés, pas officiellement bien sûr, à ce parti politique commencent à envahir les pages des médias. Lundi par exemple la TdG publiait l’interview d’un chercheur de l’EPFZ, Lorenz Keysser, dont le message est : « la transition écologique est impossible si elle compte seulement sur l’innovation technologique ». En conséquence il invite les nations « à rétrécir autoritairement l’échelle de la production et de la consommation ». Des propos qui nous enjoignent d’accepter la réduction imposée « d’en-haut » de nos niveaux de vie, seule voie de salut selon eux.

    Dans l’article en question, la vision pessimiste et orientée de Keyser ne fait pas seulement abstraction de toute la littérature scientifique disponible (*). Celle-ci montre qu’au contraire, pour autant que les gouvernements prennent les décisions d’investissements et de fiscalité requises, l’humanité dispose d’ores et déjà des outils pour faire face aux défis d’ici 2050 du réchauffement climatique sans que nous devions nous astreindre à la « sobriété énergétique » dont les Verts font la promotion.

    Au surplus, Keysser, visant à solidifier ses projets, n’hésite pas à recourirt à la démagogie. C’est ainsi que reprenant ce qui est déjà devenu une antienne, il « enjolive » sa thèse en insistant sur « l’impact écologique désastreux des 10 % les plus riches qui, dit-il, sont responsables de 43 % de l’empreinte écologique totale, contre 3 à 5 % pour les plus pauvres ». Ces chiffres ne résistent évidemment pas à l’objectivité. Ils sont mentionnés d’ailleurs sans autre référence que celle … de Bill Gates qui prend l’avion plus souvent que le commun des mortels. Alors que ces mortels communs sont des millions à voler et qu’il n’y a qu’un Bill Gates.

    Nous les mortels communs, commençons à comprendre que nous devons revoir nos comportements et notre consommation. Et nous le ferons d’autant plus vite et mieux si nous y sommes incités par les mesures correctives raisonnables et compréhensibles qui devront être prises par les gouvernements du monde. Mais il s’agira alors de mesures qui n’ont rien à voir avec celles découlant du pessimisme et des ambitions autoritaires des Verts qui ne voient pas d’issue autre que les drastiques quotas de consommation pour les humains et leur répartition dirigée « d’en haut » entre ces derniers.

    Le programme publié récemment à Genève par l’Association Noé21 (**), sorte de think tank des écolos du canton, est très représentatif de la manière dont les Verts entendent « régir » nos vies. L’ordre de leurs priorités en matière énergétique est révélateur : 1. Sobriété 2. Efficacité 3. Renouvelables. Quasiment l’inverse d’un programme libéral et humaniste.

    Pierre Kunz

    (*) Drawdown, comment inverser le cours du réchauffement climatique

    (**) Noé21, Urgence climatique : Diminuer de 60 % les émissions de C02 à Genève d’ci à 2030,      

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  • Savons-nous encore faire confiance ?

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    Dans sa dernière livraison Courrier international publie plusieurs articles, prélevés dans la presse européenne, consacrés à la notion de confiance. Cette confiance qui fonde les relations humaines et le fonctionnement de toute communauté et qui permet à celle-ci d’affronter et d’oublier, dans la solidarité, les incertitudes de la vie.

    Or, sans que nous nous en rendions compte, le besoin de faire confiance et de solidarité s’est effacé de nos consciences. En cause, l’hyper-technologisation de nos modes de vie, les progrès inouïs de la science, médicale en particulier, et bien sûr l’Etat-providence censé nous épargner les conséquences des aléas de l’existence : maladie, chômage, vieillesse. Plus personne ne songeait à la confiance, tout nous semblait « sous contrôle », tout dépendait désormais, pensions-nous, de nous-mêmes, de notre efficacité et de notre bon sens. Il suffisait que nous aimions, travaillions et consommions pour que nous soyons satisfaits et nous sentions en sécurité.

    La récente pandémie nous a cruellement fait sentir que nous nous étions aveuglés. Nombre d’entre nous se sont soudainement sentis isolés, affaiblis, apeurés. Pas habitués à ces sentiments, nous nous sommes posés moult questions. Le monde politique prend-il les bonnes décisions ? Les virologues savent-ils vraiment ce qu’est le Covid-19 et ce qu’ils nous imposent ? Les médias qui nous abreuvent de nouvelles et de chiffres relayent-t-ils les informations essentielles ?

    Confrontés aux hésitations de nos gouvernants et des médecins, nous avons redécouvert subitement l’incertitude et le danger, des notions que nous avions mises sous clé dans un coin de notre esprit. Et nous nous sommes sentis terriblement dépendants et en recherche d’espoir et de certitudes.

    Des moments comme ceux que nous avons vécus, et continuons de vivre, peuvent tourner au drame car la confiance et la solidarité qui nous sont demandées par ceux en charge, risquent de s’étioler en faveur de la méfiance, du complotisme, de la contestation voire de la révolte. S’établit dès lors un rapport délicat entre les citoyens et ceux à qui nous avons confié l’administration de nos communautés et la protection de nos vies. C’est un rapport qui ne nous laisse pas de choix et que nous sommes forcés d’assumer. Nous nous trouvons obligés de faire confiance et de parier sur la solidarité.  

    Il est des sociétés qui, grâce aux habitudes acquises dans leur histoire, grâce à leur intelligence collective et à la qualité de leurs institutions, démocratiques ou non, sauront retrouver cette confiance et oublier notre fragilité. Car nous deviendrions fous si perpétuellement nous prenions la mesure de la fragilité des choses. Elles surmonteront sans dommages sociaux et politiques graves les périls qu’elles affrontent. La Suisse en est, heureusement. Des traces profondes ne manqueront pas de marquer les autres.

    Pierre Kunz

     

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  • Netanyahu circule en rouleau compresseur

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    En ce début juillet on lit et on entend que M. Netanyahu « hésite » à franchir le premier pas de l’annexion de la Cisjordanie. C’est possible car, comme le dit l’un de ses opposants, « Israël doit s’attendre à des conséquences désagréables ».

    Mais voilà qui ne saurait retenir le premier ministre de mettre en œuvre, aujourd’hui ou plus tard, un plan soutenu, dans un enthousiasme mesuré ou claironné, par la majorité des Israéliens. « Bibi » dispose en effet de cartes très fortes dans son jeu.

    Il dirige une nation dont l’économie est la plus solide et l’armée la plus puissante de la région. Il est assuré de l’aide de son indéfectible allié, les USA. Il profite aussi de l’appui des puissantes communautés évangéliques qui, brandissant les prophéties bibliques, voient dans Israël un bastion contre l’expansion de l’islam et vivent partout dans le monde dans l’attente d’une Terre sainte réunifiée, condition du retour du Messie.  

    Au plan géostratégique, force est de reconnaître que la réunification de la Palestine sous l’égide israélienne n’est qu’une question de temps. Le peuple juif, après des siècles d’errance et de souffrances, est absolument déterminé, car animé par une foi que les rabbins ont su si fermement et si durablement entretenir dans les ghettos européens (*), à demeurer sur la terre qui, il en est convaincu, lui a été « promise ».

    Or, au Moyen-Orient, aucun pays n’est en mesure de faire mentir le constat que faisait déjà l’auteur des Sept piliers de la sagesse lorsqu’il notait que « les Arabes prennent depuis toujours leurs déclarations pour de l’action ». Les propos menaçants des dirigeants des pays de la région resteront donc une fois encore lettre morte, comme les protestations sans substance des élites politiques européennes et onusiennes, affadies et sans crédibilité.

    Au Moyen-Orient comme dans le reste du monde, l’histoire et la géopolitique ne sont que le résultat de la confrontation de forces et d’intérêts. Comment croire dès lors, même si l’éthique condamne l’attitude des Israéliens, que l’avenir de cette péninsule sous-développée, dans 50 ans ou dans un siècle, ne se concrétisera pas à l’avantage de la seule nation prête à utiliser froidement et sans égard pour le droit international les instruments culturels, économiques, diplomatiques et militaires requis par sa politique expansionniste ?

    Le vent de l’histoire ne souffle pas dans le dos des malheureux Palestiniens.

    Pierre Kunz

    (*) Le Juif errant est arrivé, Albert Londres, 1929.

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  • Reparlons des queues des Vernets

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    Ils furent nombreux les gens qui se sont patiemment mis en files afin de pouvoir bénéficier de la distribution de sacs de produits alimentaires. Les médias ont parlé de plusieurs milliers de bénéficiaires de ces dons. Les organisations caritatives, les politiciens concernés et ces médias se sont unis pour justifier ces distributions en affirmant qu’à Genève, à cause du Covid-19 et d’employeurs peu scrupuleux, « des familles avaient plongé dans la misère et des enfants ne mangeaient pas trois repas par jour ». Et de poursuivre en « jugeant révoltante une telle situation dans un canton aussi riche que Genève ».
    Il y a quelques jours, l’excellent Courrier International mettaient en évidence un aspect de la question qui a été complètement oublié dans les jugements émis alors. Il existe dans le monde, rappelle l’hebdomadaire, 164 millions de travailleurs migrants et ceux-ci, admirables, ont envoyé l’an dernier le montant colossal de 554 milliards de dollars dans leurs familles restées dans le Tiers-Monde pour les aider à mieux vivre. Admirables parce qu’à l’évidence, ces travailleurs, légaux ou illégaux, témoignant d'une solidarité exemplaire, se contentent en permanence dans leur existence d’immigrés d’un niveau de vie précaire.
    Cela étant, n’est-il abusif de tirer de l’événement des Vernets, la conclusion que ceux qui se sont déplacés pour bénéficier des distributions alimentaires l’ont fait parce qu’ils avaient faim ? La réflexion ne devrait-elle pas plutôt amener à penser que, avec le bon sens et la force qui les caractérisent, ils ont surtout voulu tirer parti d’une occasion de réduire leurs dépenses alimentaires ce qui leur permettait de maintenir l’aide qu’ils apportent à leurs familles demeurées en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie ?
    Pierre Kunz

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  • Un « monde nouveau » ? plus égalitaire ?

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    La mouvance rose-verte, les ONG et certains intellectuels sont les plus audibles et les plus visibles dans la promotion du « grand reset ou grande réinitialisation » qui devrait, au titre de « l’après-Covid », rendre les entreprises plus raisonnables dans leur recherche incessante de la croissance au détriment de la planète, les particuliers moins bêtement consuméristes et les sociétés humaines moins inégalitaires. Ils ne sont pas seuls puisque même le World Economic Forum et le Fonds monétaire international (!) ont adopté ce discours.

    Toute cette agitation n’est pas raisonnable ni crédible dès lors qu’aucun des promoteurs d’un monde nouveau n’a encore expliqué sérieusement ce qu’à ses yeux, s’élevant au-dessus de l’utopie, il conviendrait de faire pour développer « la croissance plus verte, plus intelligente et plus juste » qu’il vante.

    Prenons l’exemple des inégalités. Desquelles les défenseurs d’un monde plus juste parlent-ils ? Sont-ce les inégalités de revenus et de patrimoines au sein de l’UE et aux USA ? Des retards de développement économique et des injustices sociales au sein des peuples d’Afrique ? De quoi d'autre encore ?

    Les réponses à cette question et le silence qui règne à propos des moyens sont manifestement dus à l’inconfort intellectuel dans lequel se trouvent ces hérauts d’un monde meilleur. Car, le plus souvent, les réponses à ces problèmes appellent la mise en œuvre de ressources, d’instruments et de forces inconciliables ?

    S’agissant par exemple du fossé économique Nord-Sud, l’histoire de ces 50 dernières années a montré que le seul moyen de favoriser le développement des populations des pays pauvres n’est pas le subventionnement par nos Etats mais les investissements par les entrepreneurs occidentaux (et chinois désormais) dans les infrastructures et les industries exportatrices de ces derniers, ainsi que l’ouverture des marchés occidentaux à leurs exportations agricoles. Mais on connaît les réactions très négatives face à ces solutions aussi bien du côté des agriculteurs européens que dans les milieux tiers-mondistes outrés parce qu’ils y voient une forme d’exploitation par le Nord d’une main d’œuvre locale sous-payée.

    L’humanité lutte depuis des siècles déjà, avec un succès que nul ne saurait nier, contre la pauvreté, pour la santé des habitants de la planète et pour réduire les différences de moyens d’existence et de développement entre les peuples et les individus. Par quel miracle cette lutte compliquée pourrait-elle prendre un cours et un rythme nouveaux parce qu’un virus a sévi ?

    A l’évidence, en dépit des grands discours et des gesticulations, le monde d’après-Covid ne sera pas différent de celui que nous connaissons. Par contre, deux vrais défis, gigantesques, ont commencé à mobiliser notre attention, à savoir la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Ils conduiront, eux, immanquablement au bouleversement de nos modes de vie. Alors, cessons de nous faire frissonner avec le mirage d’un monde nouveau plus beau, plus intelligent et plus juste issu d’une pandémie. Occupons-nous des vrais enjeux

    Pierre Kunz

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  • Vous avez dit « mutualisation de la dette européenne » ?

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    Pour faire face aux conséquences de la pandémie du Covid-19, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé un plan de 500 milliards d’euros destiné à relancer l’économie européenne. Le président et la chancelière se sont gardés de le souligner, mais ces sommes considérables sont également largement destinées à l’amélioration des finances des pays en situation d’endettement préoccupante.

    Quoi qu’il en soit, d’aucuns ont vu dans cet accord un grand pas en avant vers la mutualisation des dettes constituées par les divers pays de l’UE, autrement dit l’acceptation par les pays gérés raisonnablement de prendre en charge les dépenses déraisonnables effectuées par « ceux du sud ».

    C’est aller vite en besogne. Le monde politique technocratique bruxellois et une majorité parlementaire, au motif du « politiquement correct » (sauver l’euro et l’équilibre de l’UE), s’exprimeront probablement en faveur de ce projet. Mais il est douteux que les peuples de l’UE se révèlent aussi unanimes, eux qui pour une large part se sont toujours opposés à ce type d’intégration financière, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche et au Danemark. Les citoyens et électeurs de ces pays restent en effet réfractaires à l’idée que les fourmis, à savoir les pays bien gérés, soient condamnés à prendre en charge les traditionnels excès budgétaires des cigales du sud.

    Convaincre ces populations ne sera donc pas chose aisée. Dans ce but, la Commission européenne a mobilisé Thierry Breton, commissaire chargé du marché intérieur et soi-disant grand communicateur. Il est apparu la semaine dernière, sur les ondes de la TSR, que pour y parvenir Thierry Breton est prêt à tous les mensonges. En témoigne les paroles qu’il a prononcées : « Il ne s’agit pas que les uns paient pour les autres. On ne va pas faire rembourser la dette née du plan de relance par tel ou tel pays. C’est la Commission européenne qui la remboursera ».

    Ces propos constituent une escroquerie destinée à manipuler la grande majorité, ignorante, des citoyens. En effet, même si la dette est contractée puis remboursée par la Commission européenne, même si elle est épongée sur 30 ans, ce sont quand même les pays qui devront fournir les milliards requis, cela en fonction de leur quote-part au budget de la Commission. Or ces milliards auront été distribués selon les besoins des pays en difficultés, pas en proportion de cette quote-part. Autrement dit, contrairement à ce qu’affirme en toute mauvaise foi Thierry Breton, ce sont bien les pays économes qui règleront la dette créée par les pays dépensiers.

    Depuis la naissance au forceps du Traité de Maastricht, imposé en 1992 aux peuples qui l’avaient pourtant expressément refusé, on pouvait s’attendre à tout. Il n’empêche, le discours d’une totale mauvaise foi d’un des plus importants ministres de la Commission européenne laisse pantois.

    Pierre Kunz

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  • Relocalisons, relocalisons …

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    Relocalisons, relocalisons …

    Les relocalisations constituent « le » thème du moment. Les médias relayent les propos d’une multitude de gens qui tiennent à faire part de leurs convictions à ce sujet. Certes, notre pays a appris à l’occasion de la pandémie du Covid-19 qu’il devrait porter une plus grande attention à un nombre limité de secteurs qu’on qualifiera de « stratégiques ». Confiés trop rapidement peut-être, ils pourraient avantageusement retrouver leur place chez nous. Mais en général, reconnaissons qu’il s’agit plutôt de balivernes, exprimées sans prise en compte des contextes et des conséquences des suggestions ou des exigences de leurs auteurs.

    Mme Suzanne de Treville, professeure de management à l’UNIL et qui se dit « spécialiste en relocalisation industrielle », a fourni récemment, dans un hebdomadaire romand (Migros Magazine du 25 mai), un bel exemple de ces propos simplistes. Elle y prétend, à propos du secteur textile, qu’en Suisse, avec un peu d’imagination et de volonté managériale et en se contentant de marges réduites (!), on peut surmonter le handicap du coût de la main d’œuvre helvétique et recommencer à produire en quantité les vêtements que les grands distributeurs achètent en Asie. Ce point de vue est d’autant plus sidérant que Mme Treville se fend, à l’appui de son affirmation, d’un paragraphe dans lequel elle affirme « qu’en trois mois de formation n’importe qui peut travailler sur des machines à coudre semi-automatisées ». La thèse de Mme Treville est curieuse et incohérente à plusieurs niveaux.

    En premier lieu, son argumentaire superficiel n’apporte aucune justification à ses convictions ni au plan de l’entreprise ni à celui de l’emploi, même à moyen terme, étant donné le différentiel salarial et des conditions de production entre les pays développés et ceux du Sud. D’autant moins, s’agissant des frais de transports, que ces derniers continueront probablement encore longtemps à bénéficier de l’absence d’une taxe sur le CO2.

    En deuxième lieu, elle apparaît en contradiction flagrante avec l’insistance mise depuis un siècle en Suisse sur la production de biens à forte valeur ajoutée. Au lieu d’inciter les habitants de ce pays de continuer à bien se former et à améliorer leur savoir professionnel en permanence, la professeure lausannoise propose le retour chez nous de métiers destinés à une main d’œuvre sans qualifications et qui pourra être que mal rémunérée.

    Enfin, il est pour le moins surprenant qu’elle ne fasse aucune référence aux conséquences dramatiques qu’auraient les relocalisations qu’elle préconise sur les populations des pays en développement.

    Pierre Kunz

     

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  • T’as plus de sous ? Demande à papa !

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    C’est manifestement le conseil que certains ont retenu de leur enfance.

    Notre conseiller d’Etat Mauro Poggia par exemple qui, confronté simultanément aux coûts des HUG enflés par la crise du Covid-19 et à la dette abyssale de nos finances publiques cantonales, demande naïvement l’aumône aux caisses maladie. Pas de raison que, selon lui, celles-ci ne puisent pas dans leurs réserves pour aider Genève. Sauf que ces réserves ne sont destinées qu’à éviter autant que se peut une hausse excessive des primes. Les caisses maladie ne sont pas autorisées par la loi qui les régit à les affecter à la couverture des déficits hospitaliers nés de la pandémie.

    Autre exemple, celui des Verts qui, pour financer les dépenses de toutes sortes qu’ils prévoient « pour entrer dans un nouveau monde », exigent de la BNS qu’elle distribue à cette fin quelques milliards. Pas de raison selon eux que notre institut d’émission ne soit pas mis à contribution. Sauf que rien dans la loi qui organise sa mission ne l’autorise, à l'exception de la distribution partielle de ses bénéfices aux cantons et à la Confédération, à distraire ces mililards des réserves qu’il a constituées pour soutenir le franc suisse et veiller à la stabilité du coût de la vie.

    Peut-être que ces acteurs, aux poches vidées par leur imprévoyance ou insuffisamment remplies pour financer leurs projets démagogiques, croient encore à la fable de François Hollande : « Ça vient de l’Etat, ça ne coûte rien ». Dès lors, pas de raisons de ne pas l’appliquer la fable aux caisses maladie et à la BNS.

    Pierre Kunz

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  • Les retraités, rouspéteurs impénitents

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    Les retraités, rouspéteurs impénitents

    Nous les seniors avons pris la fâcheuse habitude de nous plaindre de tout et de rien. Probablement parce que nous avons imprimé dans notre esprit que le reste de la société nous serait redevable de l’avoir précédée.

    La crise du Covid-19 a renforcé le phénomène et on a pu lire dans la presse écrite moult lettres de lecteurs du troisième âge se plaignant de « l’injustice qui leur était faite » avec le confinement. Certains en ont même profité pour réclamer une augmentation de leur rente AVS. Un autre, se référant à la part massive des décès parmi les couches les plus âgées de la population, a même été jusqu’à utiliser le néologisme inexcusable de « géronticide ». Après tout, il ne tenait qu’à tous ces retraités de rester actifs en interprétant avec bon sens les gestes barrière. Il ne tenait qu’à eux de continuer à faire leurs courses et à effectuer en plein air de longues ou de courtes balades.

    Au lieu d’expliquer aux jeunes générations, les accusant d’indifférence, que « c’est le moment de penser à leurs aînés », il serait temps que les seniors reconnaissent que ce sont eux qui ont une dette immense à l’égard de ces jeunes générations. Elles ont été confinées comme les anciens, précisément afin de protéger ceux-ci, cela au détriment de leur propre avenir économique et social. Alors que nos rentes de retraités, inchangées, continueront mois après mois à alimenter notre compte en banque.

    Pierre Kunz

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  • La vie politique reprend. Qui a peur de lobbies ?

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    Parmi tous les détracteurs du fonctionnement de nos démocraties quelques ONG se singularisent. C’est le cas de Transparency International qui s’est fait une spécialité de dénoncer la corruption qui, selon cette organisation, ne rongerait pas seulement les pays du Tiers-Monde mais également les nations occidentales, Suisse comprise.

    Les journalistes qui chez nous relayent ce genre de propos, las de revenir sur les dossiers éculés que sont le blanchiment d’argent, la protection des lanceurs d’alertes et le financement opaque des partis, s’acharnent à condamner les lobbies, appelés aussi groupes de pression, qu’ils accusent de manipuler le fonctionnement de nos organes législatifs fédéraux et cantonaux.

    Ils ne veulent pas comprendre que les lobbies constituent des acteurs légitimes de la démocratie parlementaire. Même s’ils sont parfois brillants, nos élus, à Berne comme dans les cantons, ne bénéficient que de connaissances lacunaires sur la plupart des objets législatifs qui leur sont soumis. Pour cette raison ils siègent en commissions au sein desquelles moult lobbies contribuent à leur travail en apportant des informations techniques utiles et des recommandations. Sur cette base, il revient ensuite aux députés de se forger une conviction et de voter en conséquence.

    En fait, les pourfendeurs des groupes de pression, mettent en cause l’honnêteté et l’intelligence de nos élus qui se laisseraient trop aisément corrompre intellectuellement par des individus motivés par des intérêts corporatistes. Nos représentants ne se révèleraient pas capables de s’élever à la hauteur de leur devoir de défendre les intérêts de leurs électeurs, submergés qu’ils seraient par la « désinformation organisée par les lobbies ». Ceux qui mettent ces derniers à l’index n’ont manifestement jamais saisi que leur rôle est d’explique en toute transparence leurs arguments en faveur de telle solution à tel objet. Ils ne disposent d’aucun pouvoir de décision, celle-ci revenant à ceux que nous avons élus.

    Reste la question des parlementaires qui participent aux conseils d’administration de sociétés jouant un rôle dans la vie économique et sociale. Le sujet le plus brûlant est bien sûr celui des caisses maladies. Mais c’est aussi le cas pour des entreprises industrielles ou financières, pour des établissements de droit public comme les CFF ou la Poste, pour les organisations syndicales et patronales et même au sein de nombre d’associations. En critiquant ces situations on met surtout en cause l’honnêteté de politiciens de milice, élus sur la base d’un projet de société, qui n’auraient pas suffisamment de bon sens et d’indépendance de vue pour gérer correctement leurs liens d’intérêts et assumer loyalement leurs responsabilités.

    Ce qui est en cause, n’est donc pas le rôle des groupes de pressions mais la confiance que nous accordons à nos parlementaires. C’est pourtant nous qui les élisons.

    Pierre Kunz

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  • Appel du 4 mai : « Un réveil différent de l’avant Covid-19 »

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    L’appel des Verts à nos élus fédéraux, en fait un texte rédigé dans la précipitation et destiné à occuper le terrain désert du 1er mai, vise à entretenir et exploiter la peur qui, à l’occasion de la crise du Covid-19, s’est insérée dans l’esprit de nombre d’entre nous et à en profiter politiquement. La peur de l’économie globalisée, de manquer d’une nourriture saine, de ne plus obtenir les médicaments essentiels, de voir disparaître les petites entreprises locales, etc.

    Utilisant l’inquiétude et les interrogations nées de la pandémie, les Verts réclament la naissance d’une société nouvelle selon eux, fondée sur une économie idéale, autrement dit « locale », rompant le plus possible avec la coopération internationale et le libre-échange. En réalité, dans leur pétition bâclée, ils n’exigent rien de plus qu’une couche supplémentaire de dépenses publiques. Ce n’est pas la Fête du travail mais celle de l’Etat-nounou.

    Les voilà, ces acteurs politiques soi-disant responsables, qui exigent le « soutien aux circuits courts » et une sévère réduction des dépendances internationales sans songer que le niveau de vie, les salaires et les prestations sociales qui caractérisent si heureusement ce pays sont financés par les exportations de la moitié des activités productrices, donc des emplois, du pays. Les voilà, qui réclament simultanément, protectionnisme, hausses salariales, subventionnements de secteurs entiers de l’économie, sans expliquer quelles ressources les financeront. Et les voilà encore, ces « humanistes », emportés par leur élan souverainiste, qui oublient tout ce que coûterait aux pays en développement une réduction massive des échanges internationaux, échanges qui leurs permettent d’extraire des millions de personnes de l’extrême pauvreté.

    Comment les Verts, eux qui se prétendent les phares de la lutte contre le réchauffement climatique, un véritable défi politique, économique et social celui-là, autrement plus exigeant que la sortie du confinement, peuvent-ils se contenter de l’assortiment d’épicerie qu’ils ont décliné dans leur « appel » opportuniste ? Au lieu de nous rappeler que nous vivons dans un monde dont nous sommes tous citoyens, au lieu d’enseigner à nos enfants à mieux traiter notre planète, leur ramassis de balivernes entend nous ramener à « villa-ça’m suffit ».

    Leur appel à « un réveil différent de l’avant Covid-19 », à contribuer « à un redémarrage humaniste local durable » passe complètement sous silence les enjeux climatiques et les bouleversantes mesures à prendre pour y répondre. Il ne nous engage en rien à vivre différemment à la lumière de ces enjeux. C’est un appel à demeurer dans le passé pas à aller vers le futur.

    Pierre Kunz

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  • Grâce au Covid-19, fin de la mondialisation ?

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    Comme souvent, en période de crise, les rêves fous prennent de la consistance et les groupes d’intérêts imaginent que « le grand soir » est arrivé, que demain, après le Covid-19, plus rien ne sera comme avant.

    Tous ces gens partagent un trait commun : ils ont oublié les enseignements de l’histoire. Ce qui influe sur son cours, ce sont les grandes découvertes et les défis auxquels fait face ou que se fixe l’humanité, pas les crises. Les grandes catastrophes n’ont quasiment jamais rien changé aux perspectives sociales, économiques et politiques des sociétés. En quoi par exemple la guerre de 39-45 ou les récentes crises financières ont-elles transformé le fonctionnement économique et social de nos sociétés occidentales ? En rien ou presque. Ce qui par contre les a profondément transformées, ce fut l’avènement de l’Etat social rendu possible par le développement économique prodigieux des « Trente glorieuses ».

    En crise, les sociétés font front et se défendent. Seuls les défis les poussent en avant.

    Il n’empêche, en cette période de pandémie, la mode est à l’annonce de la fin du capitalisme, de la mondialisation et du consumérisme. Ce sont les lobbies verts et paysans qui se sont précipités à la manœuvre de cette ambition. « Foin de la mondialisation ! Vivons plus sainement et en sécurité, disent-ils, cessons d’acheter à l’étranger, produisons et achetons localement, retrouvons l’artisanat de subsistance, destiné au quartier et au village ». Ainsi, ils ventent la « souveraineté alimentaire et énergétique », ce qui est un peu risible dans un pays comme la Suisse qui dépend à 50 % de l’étranger pour l’alimentation de la population et à 100 % pour son gaz et ses carburants. Cela paraît moins risible et franchement déraisonnable quand on s’aperçoit que ces croisés oublient d’inclure dans leurs visions toutes les entreprises exportatrices helvétiques ainsi que les dommages immenses qu’infligerait une telle politique aux pays pauvres de la planète.

    Un protectionnisme ciblé et justifié par des considérations stratégiques ou sociales, comme le pratique déjà la Suisse pour l’agriculture, peut certes se justifier. Mais les effets du « paradis cloisonné » dont rêvent certains seraient désastreux sur les emplois, les salaires, les prestations sociales et le pouvoir d’achat des Helvètes.

    Non, le libre-échange n’est pas une invention du capitalisme. Il répond à l’aspiration éternelle des peuples à davantage de bien-être. Evidemment, il s’agit pour le politique de l’organiser de manière socialement équilibrée et de le museler afin qu’il cesse de détruire l’environnement, ce qui n’a pas été entrepris à ce jour. 

    Dans les années à venir un vrai défi, celui du changement climatique, imposera lui une mutation profonde au fonctionnement des marchés. En attendant, malgré les ambitions corporatistes des uns et les utopies des autres, la crise du Covid-19, à quelques relocalisations près, ne changera pas le capitalisme libre-échangiste. Ou alors si peu.

    Pierre Kunz

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  • Covid-19 ; l’impréparation des nations

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    La Suisse se dirige, lentement vers le déconfinement. Elle s’achemine aussi vers le temps du bilan d’une crise qui, une fois de plus, a mis en évidence que l’humanité n’est jamais préparée à affronter les catastrophes, qu’elles soient sanitaires, migratoires, militaires ou naturelles. Jamais préparée en dépit des mises en garde des experts les plus perspicaces. Personne n’a envie ni le temps de les entendre, préoccupés que nous sommes par des problèmes « tellement plus urgents ».

    Par la force des choses, l’énergie de ceux qui nous gouvernent s’éparpille vers les primes d’assurance maladie, le prix des logements, la lutte contre les inégalités, les réformes scolaires, la libre circulation des personnes, l’augmentation des rentes vieillesse, la protection des paysans, etc. Constat évident : les exigences électorales sont telles en démocratie qu’il est simplement impossible de conduire un pays en intégrant dans les stratégies politiques et budgétaires des Etats la prévision de catastrophes possibles. Les dictatures n’y parviennent pas davantage.

    Les Etats-Unis, eux qui ont pourtant été capables de mobiliser les moyens financiers, humains et techniques colossaux exigés par la conquête de la lune, fournissent probablement la plus stupéfiante liste d’exemples de ces impréparations, inhérentes au fonctionnement des sociétés humaines. Qu’on songe seulement au 11 septembre 2001, à la crise bancaire de 2007, à celle de la pandémie du Covid-19, ou plus anciennement, dans la guerre contre le Japon, au désastre de Pearl Harbour en 1941 puis à la débâcle de MacArthur aux Philippines. Les services de renseignement américains et les spécialistes savaient dans chacun de ces cas qu’existait un danger potentiel. Mais l’Etat lui n’a « rien vu venir ».

    Mais ce qui importe est de se souvenir que dans toutes ces occurrences, le pays, comme tous ceux confrontés à des tragédies du même ordre, a su ou saura rassembler les ressources nécessaires pour relever le défi. Même si ce fut ou ce sera à un coût humain et économique considérable.

    Il en ira de même avec le réchauffement climatique. Depuis 30 ou 40 ans, des scientifiques de renom mettent en garde l’humanité contre les dangers des gaz à effets de serre. Or ce n’est que tardivement, depuis le moment où nos sens ont commencé à éprouver les conséquences du réchauffement, que les gouvernements ont trouvé la légitimité, l’ambition et le courage de l’affronter.

    S’agissant du Covid-19, on entend déjà l’avalanche bruyante des récriminations que les donneurs de leçons ne manqueront pas, en Suisse comme ailleurs, de déverser sur des autorités qui se sont révélées « si imprévoyantes ». Comment est-il possible, criera-t-on, qu’elles n’aient pas songé à constituer « en temps utile » des stocks de de ventilateurs, de masques, de lotion hydroalcoolique et bien sûr de chloroquine ?

    Il conviendra de leur rappeler que c’est parce que ces braillards n’ont cessé de confisquer l’action et les budgets gouvernementaux afin de résoudre les problèmes d’intendance politique qui leur paraissaient « prépondérants ».

    Pierre Kunz

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  • COVID-19 ; Edouard a des doutes et des scrupules

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    Confronté aux conséquences du Covid-19, Edouard, retraité depuis plusieurs années, s’efforce pourtant de considérer le bon côté des choses. « Après tout, souligne-t-il, les capacités hospitalières et médicales sont en mesure de faire face à la pandémie et les effets de celle-ci sur les statistiques de la mortalité helvétique (70’000 décès par an) seront à peine détectables. Restons donc optimistes et actifs durant cette période et allons de l’avant ».

    Il a ressorti l’ordinateur dont il avait fait il y a longtemps son adversaire au jeu des échecs ; il lit beaucoup, s’est abonné à Courrier International, pour remplacer les médias suisses qui ne font plus que du matraquage Covid-19 anxiogène ; refusant de se sédentariser, il s’est mis à la randonnée et, se conformant rigoureusement aux directives de distanciation sociale, il continue à se rendre dans son magasin alimentaire car il déteste les achats en ligne.

    Edouard n’aime pas le terme de « guerre » que certains utilisent pour qualifier notre lutte contre la pandémie et ne comprends pas ceux qui font un procès à nos autorités qui n’auraient pas été assez prévoyantes. « Il est plus confortable, relève-t-il, d’être indigné que responsable ».

    N’empêche qu’il éprouve des doutes grandissants (et encore davantage au moment où l’on entend parler de « déconfinement par tranches d’âge » !), s’agissant de la politique de confinement retenue par la Suisse. Il s’explique mal que, au prétexte de l’impossibilité d’un dépistage massif, on ait choisi de mettre le pays à l’arrêt économique, scolaire, culturel et sportif. Pourtant on sait depuis plus de deux mois que la pandémie, sauf exceptions, n’est dangereuse que pour les personnes âgées et celles, plus jeunes, fragilisées par d’autres pathologies.

    Pourquoi n’avoir pas limité, comme voulait le faire le canton d’Uri et comme l’a décidé la Suède, le confinement à ces catégories de la population ? Pourquoi avoir ainsi privé inutilement les jeunes générations d’une grande partie de leur liberté et de leurs activités ?

    En conséquence de la voie choisie, la tâche de reconstruction du pays s’avère d’ores et déjà extrêmement lourde, coûteuse et longue. « Le moment venu, note Edouard, nous les personnes âgées, devrons nous rappeler avec gratitude que c’est pour notre sauvegarde que nos jeunes compatriotes, pour lesquels le Covid-19 représente un mal à peine plus désagréable qu’une grippe traditionnelle, ont accepté de renoncer à vivre normalement et de voir les entreprises qui les emploient ou qu’ils possèdent être mises en péril. Une gratitude d’autant plus méritée que ce sont les jeunes générations, pas la nôtre, qui auront la charge de remettre la Suisse sur pieds ».

     Pierre Kunz

     

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  • "Notre santé vaut plus que leurs profits"

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    C’est le slogan à la mode en ces temps de pandémie. Mais comment faut-il l’interpréter ? que signifie-t-il vraiment dans l’esprit de ceux qui le véhiculent ?

    Chez ceux qui vitupèrent sur les réseaux sociaux et dans les médias que « notre santé vaut plus que leurs profits », se manifeste généralement une profonde méconnaissance des rouages de notre une société moderne, une grande incompréhension des équilibres, des solidarités profondes et des interactions imperceptibles qui mêlent les générations et les classes.

    Cette méconnaissance et cette incompréhension est frappante chez certains médecins généralistes qui exigent un confinement général. Chez les syndicalistes qui réclament la fermeture de toutes les entreprises « non essentielle » et veulent empêcher les apprentis de continuer à apprendre par souci d’égalité avec les écoliers privés d’école. Même chez quelques politiciens qui, au prétexte de la protection absolue des travailleurs et des citoyens, veulent mettre un terme aux déplacements des frontaliers dont vit la Suisse.

    Les activistes qui préconisent ces interdictions semblent ne pas se rendre compte qu’il est nécessaire, pendant la crise et pour en préparer la sortie, que le plus grand nombre possible de producteurs et de commerçants ne ferment pas boutique. D’abord parce qu’un homme et une femme au travail, à condition qu’ils se protègent efficacement, sont bien plus heureux que si on les confine. Ensuite parce qu’il s’agit d’éviter un effondrement de notre tissu économique et de préserver le plus d’emplois possibles, notamment ceux des classes sociales les moins favorisées.

    Il y ceux aussi qui se réjouissent de la chute vertigineuse des bourses dans laquelle ils voient une sorte de « justice divine ». Ce serait le prix que le ciel ferait payer aux banquiers et aux riches. Cette Schadenfreude révèle un aveuglement consternant puisque les principales victimes de la crise boursière ne sont ni ceux-ci ni ceux-là (ils s’en remettront aisément) mais bien les petits épargnants et les caisses de pension qui risquent de voir leur fortune s’évaporer et les rentes qu’elles nous ont promises mises en péril.  

    Notre santé, certes, même celle du plus faible d’entre nous. Mais en nous rappelant avec les professeur Raoult que « ce n’est pas le virus qui tue, ce sont les pathologies chroniques qui peuvent le rendre fatal ». Et pas en mettant la Suisse sous cloche au risque de casser les ressorts économiques de notre société.

    Pierre Kunz

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  • Fallait-il vraiment fermer les chantiers ?

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    On peut s'interroger quant aux véritables motifs ayant conduit les gouvernements genevois et vaudois à exiger la fermeture de tous les chantiers des deux cantons.

    On notera en premier lieu que cet interventionnisme s'écarte des prescriptions fédérales qui laissent aux responsables des entreprises, s'ils entendent poursuivre leurs activités, de prendre les dispositions requises par la santé de leur personnel.

    Précisément, la protection des travailleurs est l'argument utilisé par les syndicats, patronaux et ouvriers. On remarquera tout de même que la population concernée (moyenne d'âge de moins de 45 ans) n'est pas particulièrement à risque, pas davantage en tous cas que les employés des stations-essence, les transports et des commerces alimentaires par exemple. Au surplus, la promiscuité du personnel sur les chantiers est en général plus faible que dans les professions susmentionnées.

    Se pourrait-il donc que la décision des deux gouvernements relève plus de l'opportunisme politique que de la raison ? qu'il y ait une autre motivation à l'activisme des patrons et des syndicalistes qui ont convaincu les deux gouvernements d'agir ? par exemple la facilité que représente le pactole libéré par la Confédération pour indemniser le chômage technique décrété par les entreprises ?

    Quoi qu'il en soit, il est peu probable que le personnel concerné, qui travaille généralement au grand air, soit très heureux de se retrouver dès lundi prochain confiné à la maison, lui qui est pourtant conscient, comme tous les travailleurs demeurant à leur poste, des enjeux sanitaires et qui sait "tenir ses distances".

    Sans compter que plus l'économie ressortira cassée de l'épreuve que nous vivons, plus le retour à la normale sera long et douloureux. Le but de nos autorités devrait donc être aussi de soutenir, en particulier dans le secteur de la construction, les entreprises qui peuvent éviter le "shut down" sans mettre en péril la santé de leurs employés.

    Pierre Kunz

     

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  • Covid-19 ; préserver et sauver le plus faible d'entre nous

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    Contrairement à ce que nous laisse penser la mobilisation générale décrétée par le Conseil fédéral, contrairement à ce qu’affirmait Macron jeudi dernier, le Covid-19 ne constitue certainement pas la plus grave menace sanitaire depuis un siècle. C’est ce qu’on réalise lorsqu’on consulte les archives relatives aux pandémies du même type que celle que nous affrontons. Celles-ci ont été autrement plus meurtrières que l’actuelle, en tous cas si l’on en croit les prévisions y relatives des spécialistes. Qu’on en juge.

    La fameuse grippe espagnole a fait entre 1918 et 1919 plus de trente millions de morts dans le monde. S’agissant simplement de Genève, Benjamin Chaix souligne dans la TdG de ce jour les dégâts humains (25'000 personnes atteintes, plus de 3000 décès sur les 176'000 habitants du canton) qu’elle y a engendrés à cause de l’espèce de fatalisme voire de l’indifférence qui régnait alors dans le canton. Cette pandémie, comme les précédentes, restait pour nos aïeux dans l’ordre des choses, eux qui à l’époque ne savaient même pas comment se transmettait la maladie ni pourquoi elle tuait

    On se rappelle aussi la grippe dite "asiatique" de 1957 qui a touché des millions de personnes sur la planète et, rien que dans l'Hexagone, a causé la mort de 100'000 personnes. On se souvient encore d’une autre grippe du même type, qui en 1968/69 a tué entre 2 et 3 millions d’êtres humains et été à l'origine de 338'000 morts aux USA et de 17'000 en France.

    Dans ces deux cas également, les interventions publiques sont demeurées quasi-inexistantes.

    Heureusement, les connaissances scientifiques sur les maladies virales se sont spectaculairement accrues. Nous savons désormais non seulement que nous pouvons faire face à ce type de pandémie mais aussi ce que nous devons entreprendre pour limiter leurs effets dramatiques sur nos sociétés. En 2020, nous comprenons donc pourquoi les autorités politiques et sanitaires nous mobilisent et nous l’acceptons.

    D’aucuns se demandent peut-être, cyniquement, si les conséquences et le coût colossal de tous les bouleversements et restrictions qui nous sont imposés au plan social et économique se justifient. Après tout, dans le passé, la pandémie se résorbait naturellement après quelques temps, au prix certes de quelques centaines ou milliers de victimes, mais sans perturber la vie de nos sociétés.

    Ceux qui posent le problème ainsi ont oublié ce qui constitue l’essence de notre civilisation. « La tradition occidentale, disait Louis Pauwels, voit le centre de tout dans la personne ». Elle impose dans la situation que nous subissons, puisque désormais nous en avons les moyens, les efforts de tous pour préserver et sauver le plus faible d’entre nous.


    Pierre Kunz

     

     

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  • Comment les Américains peuvent-ils voter Sanders ?

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    Les observateurs de la vie économique, politique et sociale américaine connaissent la méfiance que toutes les classes sociales de la société éprouvent depuis 1776 à l’égard des idées socialistes et de l’Etat providence cher aux Européens. Ces observateurs se trouvent donc bien démunis lorsqu’ils essaient de comprendre, comment Bernie Sanders, qui affiche des idées qui ne dépareraient pas la panoplie des thèses des socialistes helvétiques, parvient à mobiliser des foules et des sommes considérables à l’appui de sa candidature à la présidence des USA.

    Joseph Stiglitz apporte dans son dernier ouvrage (*) une réponse convaincante à ces interrogations. Interpellant le peuple américain, il y dresse un sombre tableau de la situation extrêmement dégradée dans laquelle vivent nombre de ses concitoyens. Depuis une quarantaine d’années, écrit-il, l’ascenseur social fonctionne de moins en moins, le système scolaire est gravement défaillant, la discrimination raciale et de classes reste forte, le niveau des bas salaires stagne, la croissance ne profite qu’à une minorité des citoyens. Plus choquant encore, « dans le pays le plus riche du monde » l’espérance de vie est en baisse.

    L’économiste discerne deux grandes causes à cette situation.

    En premier lieu, il stigmatise la politique fiscale menée depuis les années 1980 par les autorités successives. Elle a consisté à exonérer massivement les revenus des classes les plus aisées, celle des grands entrepreneurs principalement, au prétexte qu’elles investiraient dans la production et l’emploi. Or le peuple américain découvre aujourd’hui que ces gains fiscaux n’ont pas été équitablement réinvestis dans la société et qu’ils ont largement été utilisés à des fins de spéculation financière.

    En second lieu, Stiglitz, sans remettre en cause les grands objectifs de la mondialisation, souligne qu’elle a été conduite de manière excessivement rapide et malhonnête. Les multinationales et le secteur financier ont été notoirement avantagés au détriment du niveau de vie de la main d’œuvre insuffisamment qualifiée du pays. Pour l’auteur, dans la grande empoignade mondiale, les autorités ont clairement failli dans leur responsabilité d’accompagner et d’aider les Américains mal armés car insuffisamment qualifiés.

    On comprend à l’éclairage de ces constats que la masse importante d’électeurs américains qui en sont les victimes, ne fasse plus confiance aux élites de Washington qui, depuis l’ère Carter, n’ont cessé de se discréditer. Pas étonnant donc qu’elle se tourne vers un homme qui, reprenant une bonne partie des thèses de Stiglitz, propose un programme ancré très à gauche que, voici une décennie encore, aucun média et aucun acteur politique n’aurait pris au sérieux.

    Sanders n’a pratiquement aucune chance d’être désigné par son parti pour affronter Trump en novembre prochain. Mais serait surprenant que son combat ne marque pas durablement la vie politique et sociale américaine.

    Pierre Kunz

    (*) Joseph Stiglitz, « Peuple, pouvoir & profits », 2019

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