Je la connais la musique...

  • Relocalisons, relocalisons …

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    Relocalisons, relocalisons …

    Les relocalisations constituent « le » thème du moment. Les médias relayent les propos d’une multitude de gens qui tiennent à faire part de leurs convictions à ce sujet. Certes, notre pays a appris à l’occasion de la pandémie du Covid-19 qu’il devrait porter une plus grande attention à un nombre limité de secteurs qu’on qualifiera de « stratégiques ». Confiés trop rapidement peut-être, ils pourraient avantageusement retrouver leur place chez nous. Mais en général, reconnaissons qu’il s’agit plutôt de balivernes, exprimées sans prise en compte des contextes et des conséquences des suggestions ou des exigences de leurs auteurs.

    Mme Suzanne de Treville, professeure de management à l’UNIL et qui se dit « spécialiste en relocalisation industrielle », a fourni récemment, dans un hebdomadaire romand (Migros Magazine du 25 mai), un bel exemple de ces propos simplistes. Elle y prétend, à propos du secteur textile, qu’en Suisse, avec un peu d’imagination et de volonté managériale et en se contentant de marges réduites (!), on peut surmonter le handicap du coût de la main d’œuvre helvétique et recommencer à produire en quantité les vêtements que les grands distributeurs achètent en Asie. Ce point de vue est d’autant plus sidérant que Mme Treville se fend, à l’appui de son affirmation, d’un paragraphe dans lequel elle affirme « qu’en trois mois de formation n’importe qui peut travailler sur des machines à coudre semi-automatisées ». La thèse de Mme Treville est curieuse et incohérente à plusieurs niveaux.

    En premier lieu, son argumentaire superficiel n’apporte aucune justification à ses convictions ni au plan de l’entreprise ni à celui de l’emploi, même à moyen terme, étant donné le différentiel salarial et des conditions de production entre les pays développés et ceux du Sud. D’autant moins, s’agissant des frais de transports, que ces derniers continueront probablement encore longtemps à bénéficier de l’absence d’une taxe sur le CO2.

    En deuxième lieu, elle apparaît en contradiction flagrante avec l’insistance mise depuis un siècle en Suisse sur la production de biens à forte valeur ajoutée. Au lieu d’inciter les habitants de ce pays de continuer à bien se former et à améliorer leur savoir professionnel en permanence, la professeure lausannoise propose le retour chez nous de métiers destinés à une main d’œuvre sans qualifications et qui pourra être que mal rémunérée.

    Enfin, il est pour le moins surprenant qu’elle ne fasse aucune référence aux conséquences dramatiques qu’auraient les relocalisations qu’elle préconise sur les populations des pays en développement.

    Pierre Kunz

     

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  • T’as plus de sous ? Demande à papa !

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    C’est manifestement le conseil que certains ont retenu de leur enfance.

    Notre conseiller d’Etat Mauro Poggia par exemple qui, confronté simultanément aux coûts des HUG enflés par la crise du Covid-19 et à la dette abyssale de nos finances publiques cantonales, demande naïvement l’aumône aux caisses maladie. Pas de raison que, selon lui, celles-ci ne puisent pas dans leurs réserves pour aider Genève. Sauf que ces réserves ne sont destinées qu’à éviter autant que se peut une hausse excessive des primes. Les caisses maladie ne sont pas autorisées par la loi qui les régit à les affecter à la couverture des déficits hospitaliers nés de la pandémie.

    Autre exemple, celui des Verts qui, pour financer les dépenses de toutes sortes qu’ils prévoient « pour entrer dans un nouveau monde », exigent de la BNS qu’elle distribue à cette fin quelques milliards. Pas de raison selon eux que notre institut d’émission ne soit pas mis à contribution. Sauf que rien dans la loi qui organise sa mission ne l’autorise, à l'exception de la distribution partielle de ses bénéfices aux cantons et à la Confédération, à distraire ces mililards des réserves qu’il a constituées pour soutenir le franc suisse et veiller à la stabilité du coût de la vie.

    Peut-être que ces acteurs, aux poches vidées par leur imprévoyance ou insuffisamment remplies pour financer leurs projets démagogiques, croient encore à la fable de François Hollande : « Ça vient de l’Etat, ça ne coûte rien ». Dès lors, pas de raisons de ne pas l’appliquer la fable aux caisses maladie et à la BNS.

    Pierre Kunz

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  • Les retraités, rouspéteurs impénitents

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    Les retraités, rouspéteurs impénitents

    Nous les seniors avons pris la fâcheuse habitude de nous plaindre de tout et de rien. Probablement parce que nous avons imprimé dans notre esprit que le reste de la société nous serait redevable de l’avoir précédée.

    La crise du Covid-19 a renforcé le phénomène et on a pu lire dans la presse écrite moult lettres de lecteurs du troisième âge se plaignant de « l’injustice qui leur était faite » avec le confinement. Certains en ont même profité pour réclamer une augmentation de leur rente AVS. Un autre, se référant à la part massive des décès parmi les couches les plus âgées de la population, a même été jusqu’à utiliser le néologisme inexcusable de « géronticide ». Après tout, il ne tenait qu’à tous ces retraités de rester actifs en interprétant avec bon sens les gestes barrière. Il ne tenait qu’à eux de continuer à faire leurs courses et à effectuer en plein air de longues ou de courtes balades.

    Au lieu d’expliquer aux jeunes générations, les accusant d’indifférence, que « c’est le moment de penser à leurs aînés », il serait temps que les seniors reconnaissent que ce sont eux qui ont une dette immense à l’égard de ces jeunes générations. Elles ont été confinées comme les anciens, précisément afin de protéger ceux-ci, cela au détriment de leur propre avenir économique et social. Alors que nos rentes de retraités, inchangées, continueront mois après mois à alimenter notre compte en banque.

    Pierre Kunz

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  • La vie politique reprend. Qui a peur de lobbies ?

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    Parmi tous les détracteurs du fonctionnement de nos démocraties quelques ONG se singularisent. C’est le cas de Transparency International qui s’est fait une spécialité de dénoncer la corruption qui, selon cette organisation, ne rongerait pas seulement les pays du Tiers-Monde mais également les nations occidentales, Suisse comprise.

    Les journalistes qui chez nous relayent ce genre de propos, las de revenir sur les dossiers éculés que sont le blanchiment d’argent, la protection des lanceurs d’alertes et le financement opaque des partis, s’acharnent à condamner les lobbies, appelés aussi groupes de pression, qu’ils accusent de manipuler le fonctionnement de nos organes législatifs fédéraux et cantonaux.

    Ils ne veulent pas comprendre que les lobbies constituent des acteurs légitimes de la démocratie parlementaire. Même s’ils sont parfois brillants, nos élus, à Berne comme dans les cantons, ne bénéficient que de connaissances lacunaires sur la plupart des objets législatifs qui leur sont soumis. Pour cette raison ils siègent en commissions au sein desquelles moult lobbies contribuent à leur travail en apportant des informations techniques utiles et des recommandations. Sur cette base, il revient ensuite aux députés de se forger une conviction et de voter en conséquence.

    En fait, les pourfendeurs des groupes de pression, mettent en cause l’honnêteté et l’intelligence de nos élus qui se laisseraient trop aisément corrompre intellectuellement par des individus motivés par des intérêts corporatistes. Nos représentants ne se révèleraient pas capables de s’élever à la hauteur de leur devoir de défendre les intérêts de leurs électeurs, submergés qu’ils seraient par la « désinformation organisée par les lobbies ». Ceux qui mettent ces derniers à l’index n’ont manifestement jamais saisi que leur rôle est d’explique en toute transparence leurs arguments en faveur de telle solution à tel objet. Ils ne disposent d’aucun pouvoir de décision, celle-ci revenant à ceux que nous avons élus.

    Reste la question des parlementaires qui participent aux conseils d’administration de sociétés jouant un rôle dans la vie économique et sociale. Le sujet le plus brûlant est bien sûr celui des caisses maladies. Mais c’est aussi le cas pour des entreprises industrielles ou financières, pour des établissements de droit public comme les CFF ou la Poste, pour les organisations syndicales et patronales et même au sein de nombre d’associations. En critiquant ces situations on met surtout en cause l’honnêteté de politiciens de milice, élus sur la base d’un projet de société, qui n’auraient pas suffisamment de bon sens et d’indépendance de vue pour gérer correctement leurs liens d’intérêts et assumer loyalement leurs responsabilités.

    Ce qui est en cause, n’est donc pas le rôle des groupes de pressions mais la confiance que nous accordons à nos parlementaires. C’est pourtant nous qui les élisons.

    Pierre Kunz

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  • Appel du 4 mai : « Un réveil différent de l’avant Covid-19 »

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    L’appel des Verts à nos élus fédéraux, en fait un texte rédigé dans la précipitation et destiné à occuper le terrain désert du 1er mai, vise à entretenir et exploiter la peur qui, à l’occasion de la crise du Covid-19, s’est insérée dans l’esprit de nombre d’entre nous et à en profiter politiquement. La peur de l’économie globalisée, de manquer d’une nourriture saine, de ne plus obtenir les médicaments essentiels, de voir disparaître les petites entreprises locales, etc.

    Utilisant l’inquiétude et les interrogations nées de la pandémie, les Verts réclament la naissance d’une société nouvelle selon eux, fondée sur une économie idéale, autrement dit « locale », rompant le plus possible avec la coopération internationale et le libre-échange. En réalité, dans leur pétition bâclée, ils n’exigent rien de plus qu’une couche supplémentaire de dépenses publiques. Ce n’est pas la Fête du travail mais celle de l’Etat-nounou.

    Les voilà, ces acteurs politiques soi-disant responsables, qui exigent le « soutien aux circuits courts » et une sévère réduction des dépendances internationales sans songer que le niveau de vie, les salaires et les prestations sociales qui caractérisent si heureusement ce pays sont financés par les exportations de la moitié des activités productrices, donc des emplois, du pays. Les voilà, qui réclament simultanément, protectionnisme, hausses salariales, subventionnements de secteurs entiers de l’économie, sans expliquer quelles ressources les financeront. Et les voilà encore, ces « humanistes », emportés par leur élan souverainiste, qui oublient tout ce que coûterait aux pays en développement une réduction massive des échanges internationaux, échanges qui leurs permettent d’extraire des millions de personnes de l’extrême pauvreté.

    Comment les Verts, eux qui se prétendent les phares de la lutte contre le réchauffement climatique, un véritable défi politique, économique et social celui-là, autrement plus exigeant que la sortie du confinement, peuvent-ils se contenter de l’assortiment d’épicerie qu’ils ont décliné dans leur « appel » opportuniste ? Au lieu de nous rappeler que nous vivons dans un monde dont nous sommes tous citoyens, au lieu d’enseigner à nos enfants à mieux traiter notre planète, leur ramassis de balivernes entend nous ramener à « villa-ça’m suffit ».

    Leur appel à « un réveil différent de l’avant Covid-19 », à contribuer « à un redémarrage humaniste local durable » passe complètement sous silence les enjeux climatiques et les bouleversantes mesures à prendre pour y répondre. Il ne nous engage en rien à vivre différemment à la lumière de ces enjeux. C’est un appel à demeurer dans le passé pas à aller vers le futur.

    Pierre Kunz

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  • Grâce au Covid-19, fin de la mondialisation ?

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    Grâce au Covid-19, fin de la mondialisation ?

    Comme souvent, en période de crise, les rêves fous prennent de la consistance et les groupes d’intérêts imaginent que « le grand soir » est arrivé, que demain, après le Covid-19, plus rien ne sera comme avant.

    Tous ces gens partagent un trait commun : ils ont oublié les enseignements de l’histoire. Ce qui influe sur son cours, ce sont les grandes découvertes et les défis auxquels fait face ou que se fixe l’humanité, pas les crises. Les grandes catastrophes n’ont quasiment jamais rien changé aux perspectives sociales, économiques et politiques des sociétés. En quoi par exemple la guerre de 39-45 ou les récentes crises financières ont-elles transformé le fonctionnement économique et social de nos sociétés occidentales ? En rien ou presque. Ce qui par contre les a profondément transformées, ce fut l’avènement de l’Etat social rendu possible par le développement économique prodigieux des « Trente glorieuses ».

    En crise, les sociétés font front et se défendent. Seuls les défis les poussent en avant.

    Il n’empêche, en cette période de pandémie, la mode est à l’annonce de la fin du capitalisme, de la mondialisation et du consumérisme. Ce sont les lobbies verts et paysans qui se sont précipités à la manœuvre de cette ambition. « Foin de la mondialisation ! Vivons plus sainement et en sécurité, disent-ils, cessons d’acheter à l’étranger, produisons et achetons localement, retrouvons l’artisanat de subsistance, destiné au quartier et au village ». Ainsi, ils ventent la « souveraineté alimentaire et énergétique », ce qui est un peu risible dans un pays comme la Suisse qui dépend à 50 % de l’étranger pour l’alimentation de la population et à 100 % pour son gaz et ses carburants. Cela paraît moins risible et franchement déraisonnable quand on s’aperçoit que ces croisés oublient d’inclure dans leurs visions toutes les entreprises exportatrices helvétiques ainsi que les dommages immenses qu’infligerait une telle politique aux pays pauvres de la planète.

    Un protectionnisme ciblé et justifié par des considérations stratégiques ou sociales, comme le pratique déjà la Suisse pour l’agriculture, peut certes se justifier. Mais les effets du « paradis cloisonné » dont rêvent certains seraient désastreux sur les emplois, les salaires, les prestations sociales et le pouvoir d’achat des Helvètes.

    Non, le libre-échange n’est pas une invention du capitalisme. Il répond à l’aspiration éternelle des peuples à davantage de bien-être. Evidemment, il s’agit pour le politique de l’organiser de manière socialement équilibrée et de le museler afin qu’il cesse de détruire l’environnement, ce qui n’a pas été entrepris à ce jour. 

    Dans les années à venir un vrai défi, celui du changement climatique, imposera lui une mutation profonde au fonctionnement des marchés. En attendant, malgré les ambitions corporatistes des uns et les utopies des autres, la crise du Covid-19, à quelques relocalisations près, ne changera pas le capitalisme libre-échangiste. Ou alors si peu.

    Pierre Kunz

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  • Covid-19 ; l’impréparation des nations

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    La Suisse se dirige, lentement vers le déconfinement. Elle s’achemine aussi vers le temps du bilan d’une crise qui, une fois de plus, a mis en évidence que l’humanité n’est jamais préparée à affronter les catastrophes, qu’elles soient sanitaires, migratoires, militaires ou naturelles. Jamais préparée en dépit des mises en garde des experts les plus perspicaces. Personne n’a envie ni le temps de les entendre, préoccupés que nous sommes par des problèmes « tellement plus urgents ».

    Par la force des choses, l’énergie de ceux qui nous gouvernent s’éparpille vers les primes d’assurance maladie, le prix des logements, la lutte contre les inégalités, les réformes scolaires, la libre circulation des personnes, l’augmentation des rentes vieillesse, la protection des paysans, etc. Constat évident : les exigences électorales sont telles en démocratie qu’il est simplement impossible de conduire un pays en intégrant dans les stratégies politiques et budgétaires des Etats la prévision de catastrophes possibles. Les dictatures n’y parviennent pas davantage.

    Les Etats-Unis, eux qui ont pourtant été capables de mobiliser les moyens financiers, humains et techniques colossaux exigés par la conquête de la lune, fournissent probablement la plus stupéfiante liste d’exemples de ces impréparations, inhérentes au fonctionnement des sociétés humaines. Qu’on songe seulement au 11 septembre 2001, à la crise bancaire de 2007, à celle de la pandémie du Covid-19, ou plus anciennement, dans la guerre contre le Japon, au désastre de Pearl Harbour en 1941 puis à la débâcle de MacArthur aux Philippines. Les services de renseignement américains et les spécialistes savaient dans chacun de ces cas qu’existait un danger potentiel. Mais l’Etat lui n’a « rien vu venir ».

    Mais ce qui importe est de se souvenir que dans toutes ces occurrences, le pays, comme tous ceux confrontés à des tragédies du même ordre, a su ou saura rassembler les ressources nécessaires pour relever le défi. Même si ce fut ou ce sera à un coût humain et économique considérable.

    Il en ira de même avec le réchauffement climatique. Depuis 30 ou 40 ans, des scientifiques de renom mettent en garde l’humanité contre les dangers des gaz à effets de serre. Or ce n’est que tardivement, depuis le moment où nos sens ont commencé à éprouver les conséquences du réchauffement, que les gouvernements ont trouvé la légitimité, l’ambition et le courage de l’affronter.

    S’agissant du Covid-19, on entend déjà l’avalanche bruyante des récriminations que les donneurs de leçons ne manqueront pas, en Suisse comme ailleurs, de déverser sur des autorités qui se sont révélées « si imprévoyantes ». Comment est-il possible, criera-t-on, qu’elles n’aient pas songé à constituer « en temps utile » des stocks de de ventilateurs, de masques, de lotion hydroalcoolique et bien sûr de chloroquine ?

    Il conviendra de leur rappeler que c’est parce que ces braillards n’ont cessé de confisquer l’action et les budgets gouvernementaux afin de résoudre les problèmes d’intendance politique qui leur paraissaient « prépondérants ».

    Pierre Kunz

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  • COVID-19 ; Edouard a des doutes et des scrupules

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    Confronté aux conséquences du Covid-19, Edouard, retraité depuis plusieurs années, s’efforce pourtant de considérer le bon côté des choses. « Après tout, souligne-t-il, les capacités hospitalières et médicales sont en mesure de faire face à la pandémie et les effets de celle-ci sur les statistiques de la mortalité helvétique (70’000 décès par an) seront à peine détectables. Restons donc optimistes et actifs durant cette période et allons de l’avant ».

    Il a ressorti l’ordinateur dont il avait fait il y a longtemps son adversaire au jeu des échecs ; il lit beaucoup, s’est abonné à Courrier International, pour remplacer les médias suisses qui ne font plus que du matraquage Covid-19 anxiogène ; refusant de se sédentariser, il s’est mis à la randonnée et, se conformant rigoureusement aux directives de distanciation sociale, il continue à se rendre dans son magasin alimentaire car il déteste les achats en ligne.

    Edouard n’aime pas le terme de « guerre » que certains utilisent pour qualifier notre lutte contre la pandémie et ne comprends pas ceux qui font un procès à nos autorités qui n’auraient pas été assez prévoyantes. « Il est plus confortable, relève-t-il, d’être indigné que responsable ».

    N’empêche qu’il éprouve des doutes grandissants (et encore davantage au moment où l’on entend parler de « déconfinement par tranches d’âge » !), s’agissant de la politique de confinement retenue par la Suisse. Il s’explique mal que, au prétexte de l’impossibilité d’un dépistage massif, on ait choisi de mettre le pays à l’arrêt économique, scolaire, culturel et sportif. Pourtant on sait depuis plus de deux mois que la pandémie, sauf exceptions, n’est dangereuse que pour les personnes âgées et celles, plus jeunes, fragilisées par d’autres pathologies.

    Pourquoi n’avoir pas limité, comme voulait le faire le canton d’Uri et comme l’a décidé la Suède, le confinement à ces catégories de la population ? Pourquoi avoir ainsi privé inutilement les jeunes générations d’une grande partie de leur liberté et de leurs activités ?

    En conséquence de la voie choisie, la tâche de reconstruction du pays s’avère d’ores et déjà extrêmement lourde, coûteuse et longue. « Le moment venu, note Edouard, nous les personnes âgées, devrons nous rappeler avec gratitude que c’est pour notre sauvegarde que nos jeunes compatriotes, pour lesquels le Covid-19 représente un mal à peine plus désagréable qu’une grippe traditionnelle, ont accepté de renoncer à vivre normalement et de voir les entreprises qui les emploient ou qu’ils possèdent être mises en péril. Une gratitude d’autant plus méritée que ce sont les jeunes générations, pas la nôtre, qui auront la charge de remettre la Suisse sur pieds ».

     Pierre Kunz

     

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  • "Notre santé vaut plus que leurs profits"

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    C’est le slogan à la mode en ces temps de pandémie. Mais comment faut-il l’interpréter ? que signifie-t-il vraiment dans l’esprit de ceux qui le véhiculent ?

    Chez ceux qui vitupèrent sur les réseaux sociaux et dans les médias que « notre santé vaut plus que leurs profits », se manifeste généralement une profonde méconnaissance des rouages de notre une société moderne, une grande incompréhension des équilibres, des solidarités profondes et des interactions imperceptibles qui mêlent les générations et les classes.

    Cette méconnaissance et cette incompréhension est frappante chez certains médecins généralistes qui exigent un confinement général. Chez les syndicalistes qui réclament la fermeture de toutes les entreprises « non essentielle » et veulent empêcher les apprentis de continuer à apprendre par souci d’égalité avec les écoliers privés d’école. Même chez quelques politiciens qui, au prétexte de la protection absolue des travailleurs et des citoyens, veulent mettre un terme aux déplacements des frontaliers dont vit la Suisse.

    Les activistes qui préconisent ces interdictions semblent ne pas se rendre compte qu’il est nécessaire, pendant la crise et pour en préparer la sortie, que le plus grand nombre possible de producteurs et de commerçants ne ferment pas boutique. D’abord parce qu’un homme et une femme au travail, à condition qu’ils se protègent efficacement, sont bien plus heureux que si on les confine. Ensuite parce qu’il s’agit d’éviter un effondrement de notre tissu économique et de préserver le plus d’emplois possibles, notamment ceux des classes sociales les moins favorisées.

    Il y ceux aussi qui se réjouissent de la chute vertigineuse des bourses dans laquelle ils voient une sorte de « justice divine ». Ce serait le prix que le ciel ferait payer aux banquiers et aux riches. Cette Schadenfreude révèle un aveuglement consternant puisque les principales victimes de la crise boursière ne sont ni ceux-ci ni ceux-là (ils s’en remettront aisément) mais bien les petits épargnants et les caisses de pension qui risquent de voir leur fortune s’évaporer et les rentes qu’elles nous ont promises mises en péril.  

    Notre santé, certes, même celle du plus faible d’entre nous. Mais en nous rappelant avec les professeur Raoult que « ce n’est pas le virus qui tue, ce sont les pathologies chroniques qui peuvent le rendre fatal ». Et pas en mettant la Suisse sous cloche au risque de casser les ressorts économiques de notre société.

    Pierre Kunz

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  • Fallait-il vraiment fermer les chantiers ?

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    On peut s'interroger quant aux véritables motifs ayant conduit les gouvernements genevois et vaudois à exiger la fermeture de tous les chantiers des deux cantons.

    On notera en premier lieu que cet interventionnisme s'écarte des prescriptions fédérales qui laissent aux responsables des entreprises, s'ils entendent poursuivre leurs activités, de prendre les dispositions requises par la santé de leur personnel.

    Précisément, la protection des travailleurs est l'argument utilisé par les syndicats, patronaux et ouvriers. On remarquera tout de même que la population concernée (moyenne d'âge de moins de 45 ans) n'est pas particulièrement à risque, pas davantage en tous cas que les employés des stations-essence, les transports et des commerces alimentaires par exemple. Au surplus, la promiscuité du personnel sur les chantiers est en général plus faible que dans les professions susmentionnées.

    Se pourrait-il donc que la décision des deux gouvernements relève plus de l'opportunisme politique que de la raison ? qu'il y ait une autre motivation à l'activisme des patrons et des syndicalistes qui ont convaincu les deux gouvernements d'agir ? par exemple la facilité que représente le pactole libéré par la Confédération pour indemniser le chômage technique décrété par les entreprises ?

    Quoi qu'il en soit, il est peu probable que le personnel concerné, qui travaille généralement au grand air, soit très heureux de se retrouver dès lundi prochain confiné à la maison, lui qui est pourtant conscient, comme tous les travailleurs demeurant à leur poste, des enjeux sanitaires et qui sait "tenir ses distances".

    Sans compter que plus l'économie ressortira cassée de l'épreuve que nous vivons, plus le retour à la normale sera long et douloureux. Le but de nos autorités devrait donc être aussi de soutenir, en particulier dans le secteur de la construction, les entreprises qui peuvent éviter le "shut down" sans mettre en péril la santé de leurs employés.

    Pierre Kunz

     

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  • Covid-19 ; préserver et sauver le plus faible d'entre nous

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    Contrairement à ce que nous laisse penser la mobilisation générale décrétée par le Conseil fédéral, contrairement à ce qu’affirmait Macron jeudi dernier, le Covid-19 ne constitue certainement pas la plus grave menace sanitaire depuis un siècle. C’est ce qu’on réalise lorsqu’on consulte les archives relatives aux pandémies du même type que celle que nous affrontons. Celles-ci ont été autrement plus meurtrières que l’actuelle, en tous cas si l’on en croit les prévisions y relatives des spécialistes. Qu’on en juge.

    La fameuse grippe espagnole a fait entre 1918 et 1919 plus de trente millions de morts dans le monde. S’agissant simplement de Genève, Benjamin Chaix souligne dans la TdG de ce jour les dégâts humains (25'000 personnes atteintes, plus de 3000 décès sur les 176'000 habitants du canton) qu’elle y a engendrés à cause de l’espèce de fatalisme voire de l’indifférence qui régnait alors dans le canton. Cette pandémie, comme les précédentes, restait pour nos aïeux dans l’ordre des choses, eux qui à l’époque ne savaient même pas comment se transmettait la maladie ni pourquoi elle tuait

    On se rappelle aussi la grippe dite "asiatique" de 1957 qui a touché des millions de personnes sur la planète et, rien que dans l'Hexagone, a causé la mort de 100'000 personnes. On se souvient encore d’une autre grippe du même type, qui en 1968/69 a tué entre 2 et 3 millions d’êtres humains et été à l'origine de 338'000 morts aux USA et de 17'000 en France.

    Dans ces deux cas également, les interventions publiques sont demeurées quasi-inexistantes.

    Heureusement, les connaissances scientifiques sur les maladies virales se sont spectaculairement accrues. Nous savons désormais non seulement que nous pouvons faire face à ce type de pandémie mais aussi ce que nous devons entreprendre pour limiter leurs effets dramatiques sur nos sociétés. En 2020, nous comprenons donc pourquoi les autorités politiques et sanitaires nous mobilisent et nous l’acceptons.

    D’aucuns se demandent peut-être, cyniquement, si les conséquences et le coût colossal de tous les bouleversements et restrictions qui nous sont imposés au plan social et économique se justifient. Après tout, dans le passé, la pandémie se résorbait naturellement après quelques temps, au prix certes de quelques centaines ou milliers de victimes, mais sans perturber la vie de nos sociétés.

    Ceux qui posent le problème ainsi ont oublié ce qui constitue l’essence de notre civilisation. « La tradition occidentale, disait Louis Pauwels, voit le centre de tout dans la personne ». Elle impose dans la situation que nous subissons, puisque désormais nous en avons les moyens, les efforts de tous pour préserver et sauver le plus faible d’entre nous.


    Pierre Kunz

     

     

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  • Comment les Américains peuvent-ils voter Sanders ?

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    Les observateurs de la vie économique, politique et sociale américaine connaissent la méfiance que toutes les classes sociales de la société éprouvent depuis 1776 à l’égard des idées socialistes et de l’Etat providence cher aux Européens. Ces observateurs se trouvent donc bien démunis lorsqu’ils essaient de comprendre, comment Bernie Sanders, qui affiche des idées qui ne dépareraient pas la panoplie des thèses des socialistes helvétiques, parvient à mobiliser des foules et des sommes considérables à l’appui de sa candidature à la présidence des USA.

    Joseph Stiglitz apporte dans son dernier ouvrage (*) une réponse convaincante à ces interrogations. Interpellant le peuple américain, il y dresse un sombre tableau de la situation extrêmement dégradée dans laquelle vivent nombre de ses concitoyens. Depuis une quarantaine d’années, écrit-il, l’ascenseur social fonctionne de moins en moins, le système scolaire est gravement défaillant, la discrimination raciale et de classes reste forte, le niveau des bas salaires stagne, la croissance ne profite qu’à une minorité des citoyens. Plus choquant encore, « dans le pays le plus riche du monde » l’espérance de vie est en baisse.

    L’économiste discerne deux grandes causes à cette situation.

    En premier lieu, il stigmatise la politique fiscale menée depuis les années 1980 par les autorités successives. Elle a consisté à exonérer massivement les revenus des classes les plus aisées, celle des grands entrepreneurs principalement, au prétexte qu’elles investiraient dans la production et l’emploi. Or le peuple américain découvre aujourd’hui que ces gains fiscaux n’ont pas été équitablement réinvestis dans la société et qu’ils ont largement été utilisés à des fins de spéculation financière.

    En second lieu, Stiglitz, sans remettre en cause les grands objectifs de la mondialisation, souligne qu’elle a été conduite de manière excessivement rapide et malhonnête. Les multinationales et le secteur financier ont été notoirement avantagés au détriment du niveau de vie de la main d’œuvre insuffisamment qualifiée du pays. Pour l’auteur, dans la grande empoignade mondiale, les autorités ont clairement failli dans leur responsabilité d’accompagner et d’aider les Américains mal armés car insuffisamment qualifiés.

    On comprend à l’éclairage de ces constats que la masse importante d’électeurs américains qui en sont les victimes, ne fasse plus confiance aux élites de Washington qui, depuis l’ère Carter, n’ont cessé de se discréditer. Pas étonnant donc qu’elle se tourne vers un homme qui, reprenant une bonne partie des thèses de Stiglitz, propose un programme ancré très à gauche que, voici une décennie encore, aucun média et aucun acteur politique n’aurait pris au sérieux.

    Sanders n’a pratiquement aucune chance d’être désigné par son parti pour affronter Trump en novembre prochain. Mais serait surprenant que son combat ne marque pas durablement la vie politique et sociale américaine.

    Pierre Kunz

    (*) Joseph Stiglitz, « Peuple, pouvoir & profits », 2019

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  • Les seniors, chouchous de l'Etat social

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    Est-ce parce que les seniors représentent un électorat souvent déterminant ou s’agit-il d’une honnête préoccupation pour les problèmes propres à cette catégorie de la population ? Toujours est-il que nos élus, à Berne comme dans les cantons, leur attachent un intérêt vif et constant.  A tel point que les aînés sont devenus les « chouchous » de l’Etat social.

    On ne saurait évidemment contester les bienfaits de l’AVS au milieu du siècle dernier afin de garantir une retraite et une fin de vie dignes aux aînés. Il se trouve pourtant qu’au cours des dernières décennies notre société a grandement changé. Grâce à l’introduction du 2ème pilier, aux multiples mesures prises dans la loi et les entreprises afin de protéger les travailleurs âgés, le niveau de vie des seniors s’est fortement amélioré. Au surplus, ils bénéficient désormais d’un nombre considérable de petits et de grands privilèges dans la vie de tous les jours sur présentation de leur carte AVS : rabais sur le prix des activités culturelles et sportives, sur celui des transports publics, etc.

    Par ailleurs, ce ne sont pas les pensionnés qui subissent les conséquences de l’assainissement des caisses de pension mais bien les actifs. Il en va de même avec les coûts de la santé qui, au nom de la « solidarité intergénérationnelle » sont supportés, par les jeunes générations, largement au profit des personnes âgées. Enfin, en matière de logement, les aînés bénéficient, parce qu’ils y vivent depuis longtemps, d’appartements dont les loyers sont très inférieurs à ceux que les jeunes sont obligés d’accepter.

    Et voilà que les Chambres fédérales envisagent une nouvelle mesure sociale, en l’occurrence une « rente-pont », destinée exclusivement aux chômeurs âgés. Comme le rappelle Jérôme Cosandey dans un excellent papier daté du 27 février dernier, « la proportion de chômeurs de longue durée est certes deux fois plus élevée chez les travailleurs de 55 ans et plus que chez les jeunes. Mais contrairement à ce qui se dit, les personnes âgées perdent moins souvent leur emploi que ces derniers. Selon le SECO, le plus grand risque de perdre son emploi et d’arriver en fin de droit n’est pas pour eux ; il est supporté par les personnes de 25 à 34 ans ».

    L’argument qui motive les députés soutenant ce projet reste le même qu’en 1947 : il s’agit d’assurer « un vieillissement digne à chacun ». Mais dans le contexte actuel la rente promise prend la couleur de la facilité et de la démagogie. Au lieu d’aider les chômeurs à conserver leur dignité en leur ouvrant davantage les portes d’une participation à la vie active, l’Etat s’apprête en ouvrant sa bourse à les faire glisser dans une dépendance accrue.

    Pierre Kunz

     

     

     

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  • Qui a peur de la libre circulation des personnes ?

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    La plus désastreuse des décisions prises par les « têtes pensantes » de l’Union européenne est sans conteste la création de la monnaie unique. Il en est une autre presque aussi stupide, aujourd’hui lourde de conséquences, à savoir la libre circulation des personnes, dont les racines plongent dans l’idéalisme des pères fondateurs de l’UE.

    Celle-ci est perçue de plus en plus par les Européens comme une source d’insécurité. Même si ce sentiment n’est encore guère avoué par les élites pro-européennes, la question devient chaque mois, socialement et politiquement, davantage prégnante voire explosive.

    Un article paru récemment dans les médias montre de manière frappante les effets néfastes de la liberté de circulation telle qu’elle se concrétise en ce début de 20ème siècle. Autour de Genève : 44 % des actifs du Genevois français travaillent dans la riche Genève. Le département s’en trouve socialement déséquilibré et l’avenir de moult entreprises établies en France voisine se voit compromis, elles qui se font siphonner le personnel qualifié qu’elles ont formé.

    De telles situations, tout aussi insupportables durablement, sont observables en nombre dans toute l’UE. C’est ainsi que la Grande Bretagne s’est sentie submergée, avec les conséquences que l’on sait, par les travailleurs venus de toute l’Europe. Les Polonais qualifiés continuent d’émigrer et le pays est obligé, pour les remplacer, d’importer de la main d’œuvre ukrainienne et bulgare. Les médecins allemands et roumains quittent le pays qui les a formés, privant les patients de leurs compétences. Etc.

    La Suisse est concernée elle aussi, depuis une vingtaine d’années, par le défi de la libre circulation. Mais contrairement à ce que certains milieux helvétiques veulent nous faire croire, les diplomates, les autorités et les partenaires sociaux ont su habilement, grâce aux mesures d’accompagnement, protéger l’équilibre social du pays.

    Ainsi, dans les faits, les dangers politiques et sociaux de la libre circulation s’avèrent bien plus lourds au sein de l’UE que chez nous. A tel point que l’on voit mal comment, dans les années à venir, cette liberté, qui ne correspond plus aux impératifs de notre temps, pourrait ne pas être restreinte, probablement selon un modèle identique à celui, fondé sur des quotas, que vient d’annoncer la Grand Bretagne. Voilà qui conviendra fort bien à la Suisse.

    Dans ces conditions, il apparaît d’autant plus stupide de mettre les bilatérales en péril en acceptant le 17 mai l’initiative de l’UDC dite « pour une immigration limitée ». 

    Pierre Kunz

     

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  • Anker chez Gianadda

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    Pour ceux qui sont sensibles à la peinture, il y a bien sûr Hopper à la Fondation Beyeler. Mais il y a aussi Anker à la Fondation Gianadda.

    En ce début d’année, celle-ci a accroché à ses cimaises la très riche collection d’œuvres suisses assemblée par Christophe Blocher, admirateur et collectionneur compulsif des tableaux de Anker, mais aussi de Hodler, Vallotton, Dietrich, Giacometti, d’autres encore.

    Il s’agit d’une exposition somptueuse qu’il faut absolument visiter. Pour découvrir certes la richesse de l’art pictural helvétique, mais aussi et surtout pour se laisser émouvoir, en particulier par la finesse, la méticulosité quasi photographique et la tendresse bouleversante des portraits réalisés par Anker au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle. Les portraits de l’artiste bernois, ceux des enfants, sérieux, et des vieillards appliqués, ne respirent pas la gaieté. Ils nous attendrissent car à travers eux nous percevons la vie qu’affrontaient encore nos ancêtres voici un siècle et demi. Une existence de labeurs, frugale, lente, remplie d’incertitudes.

    C’était une Suisse agricole, qui pourtant souffrait fréquemment de disette et qui conservait le souvenir vivace de la famine qui, en 1816, avait frappé les populations du pays. Une Suisse, humble, misérable même, dont 500'000 habitants, chassés par la pauvreté, ont été forcé d’émigrer durant ce siècle.

    On l’aura compris, les tableaux de Anker ne sont pas seulement magnifiques. Ils nous transportent. Ils nous ramènent à nos racines et éclairent une tranche de notre histoire.

    Pierre Kunz

     

     

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  • Genève, une législature déjà perdue

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    Relire aujourd’hui, à la fin du premier tiers de la législature, le discours de Saint-Pierre et le programme de législature 2018-2023 du Conseil d’Etat constitue un exercice aussi amusant que désespérant. Amusant à cause de l’emphase des propos figurant dans ces documents et d’un lyrisme qui fait sourire au regard de la situation du canton en ce début 2020. Désespérant, parce qu’en cette fin janvier 2020 on s’aperçoit que, si l’on excepte les grands travaux lancés et les grands enjeux définis par les gouvernements précédents (loi sur la laïcité, Papyrus, extension du réseau TPG), aucune des réformes promises en 2018 n’a été lancée.

    Rien donc, d’ici au printemps 2023, ne sera réalisé. Nous ne verrons pas d’ici-là la nouvelle patinoire, ni la prison des Dardelles, ni la première pierre des nouveaux quartiers du PAV, des Cherpines, de Bernex. Nous ne verrons probablement pas non plus la concrétisation de la réforme annoncée des services de protection de la jeunesse et des adultes.

    Les finances cantonales sont au plus mal. Les engagements hors bilan ajoutés à la dette comptabilisée dépassent le seuil des 20 milliards de francs. Les dépenses de fonctionnement continuent de croître systématiquement plus rapidement que les revenus. Le budget 2020 présenté par le gouvernement est catastrophique (600 millions de déficit) et, en dépit des circonstances (baisse de la fiscalité des entreprise et recapitalisation de la CPEG), il ne marque aucune volonté d’en finir avec la croissance démesurée des charges de fonctionnement. Pour le faire « entrer dans les clous de la loi », le Conseil d’Etat en a été réduit, paroxysme de la mauvaise gestion, à accepter la suspension du frein au déficit.

    Dans le domaine des dépenses de fonctionnement, les réformes promises pour freiner l’évolution désastreuse de l’administration publique sont en effet restées lettre morte : la modernisation de l’échelle des salaires SCORE a été enfoui dans un tiroir ; celle du statut des fonctionnaires n’a même pas été ébauchée ; la mutation annoncée des relations canton-commune n’a pas leur avancé d’un cran.

    Au plan politique, le gouvernement s’est révélé incapable de faire vivre le programme de législature 2018-2023 dont il s’est doté et que les partis gouvernementaux (PS, PDC, Verts, MCG et PLR) s’étaient engagés à soutenir. Ce programme a donc rapidement volé en éclats : les députés socialistes, verts, MCG et PLR ont tour à tour trahi leurs engagements en s’opposant au gouvernement sur la réforme fiscale des entreprises, sur la réforme de la caisse de pension de la fonction publique et sur le budget 2020.

    Le Conseil d’Etat, malgré la masse de juristes dont il s’est entouré, se fait régulièrement « retoqué » par les autorités judiciaires : la planification hospitalière qu’il visait a échoué devant le Tribunal administratif fédéral ; la Cour de Justice l’a désavoué s’agissant de la question des annuités du personnel de l’Etat ; la même Cour de Justice a cassé son projet d’internalisation des prestations dans les EMS.

    Passif sur grands enjeux, le Conseil d’Etat, depuis 20 mois, s’est montré par contre beaucoup trop disert et visible sur les questions populistes et les faux problèmes : guéguerres internes ; inauguration en grande pompe du Léman Express ; catapultage sur la place publique d’un crédit de 20 millions pour des tablettes numériques scolaires ; introduction d’un macaron anti-pollution ; soutien au sketch imaginé par la Ville de « dégenrer » les panneaux piétons ; opposition à la 5G et aux abattages d’arbres par le biais de moratoires d’ailleurs inopérants.

    Le discours d’investiture du Conseil d’Etat, le 31 mai 2018, se terminait sur cette exhortation : « Le peuple nous demande de chercher l'entente et le dialogue. Il est fatigué des luttes stériles. Les illusionnistes ne font plus recette. Le peuple veut que ses autorités travaillent ».

    Manifestement, c’est raté.

    Pierre Kunz

     

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  • L'autoritarisme pour sauver l'humanité ?

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    Tim Jackson est un intellectuel anglais auteur d’un livre intitulé « Prospérité sans croissance ». L’auteur y constate que le capitalisme moderne, fondé sur la croissance, est malsain car il oriente les individus vers l’individualisme, le matérialisme et le consumérisme. Il affirme par ailleurs que ce système économique, malgré les prouesses scientifiques de l’humanité, ne permettra pas à celle-ci de surmonter simultanément ses quatre grands défis actuels : conservation du niveau de vie de l’Occident, augmentation de la population de la planète, éradication de la pauvreté dans le monde et lutte pour la protection du climat, des ressources naturelles et de la biodiversité. 

    Convenons-en, le constat de Tim Jackson sur la société occidentale d’aujourd’hui n’est contestable que sur des points de détail. Par contre rejetons son affirmation, qu’il ne parvient pas d’ailleurs à justifier, que la société libérale et capitaliste serait incapable d’affronter ses défis humanitaires et environnementaux. 

    Anticapitaliste, Tim Jackson imagine une société et une économie nouvelles qui seules selon lui pourraient faire face aux impératifs environnementaux tout en garantissant la prospérité et le bien-être des gens. A cette fin il remet en cause toutes les notions intégrées par nos sociétés depuis les Lumières. L’entreprise devient une sorte de service public ; le progrès et la croissance sont remplacés par la sobriété matérielle et « la bonne vie » ; la réussite matérielle est dévalorisée. 

    Tim Jackson, à l’appui de son projet rousseauiste, forge l’hypothèse que les individus, retrouvant la sagesse, seront heureux de passer de la société consumériste à la frugalité, cela en contrepartie des « capacités d’épanouissement » que la nouvelle société est supposée leur apporter. Pourtant, il ne croit pas vraiment à cette sagesse du peuple. Comment se comportera-t-il lorsque celui-ci se trouvera confronté aux effets d’un Etat privé d’une grande partie de ses ressources par l’érosion de ses revenus, avec l’austérité et l’instabilité qui en découleront immanquablement ? 

    Dès lors, il juge indispensable que « les gouvernements s’engagent afin de transformer la logique sociale du consumérisme, qu’ils poussent les peuples à accepter les bonnes décisions à long terme ». Et il ajoute que « dans les faits le régime nouveau imposerait des dispositifs privilégiant les choix sociaux définis a priori. Il serait fondé à interdire les impacts structurels pernicieux qui accroissent les inégalités et réduisent le bien-être ». 

    Autrement dit, au prétexte de l’urgence climatique et du consumérisme débilitant, Tim Jackson nous invite à accepter l’instauration d’une société qui s’écarte peu du totalitarisme. Il n’est pas isolé. Nombre d’écologiste partagent cette ambition. 

    Méfions-nous des cassandres et des collapsologues qui instillent la peur et qui l’exploite dans de tels buts. Conservons plutôt optimisme et confiance en la capacité de l’humanité de résoudre, comme elle l’a toujours fait, les problèmes, sérieux certes, qui se posent à nous aujourd’hui. Ne nous en remettons pas à un régime autoritaire qui nous entraînerait sur la voie de l’austérité. Continuons au contraire à croire en la liberté et l’initiative individuelle. Veillons, dans notre cadre démocratique, à borner l’économie de marché là où cela est nécessaire afin que cette dernière continue à contribuer à la richesse générale tout en sauvegardant les ressources de la planète. Rien à ce jour n’a prouvé que cela serait impossible. 

    Pierre Kunz

     

     

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  • La détresse des Soraliens et l’inaction du Conseil d’Etat

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    C’est un véritable calvaire que vivent les habitants de Soral depuis une vingtaine d’années. 

    Pourquoi ? Parce que notre Conseil d’Etat, probablement pour plaire aux Verts et se pavaner sur un sujet à la mode, préfère se donner un peu de vernis écolo en intervenant à coups de vignettes sur la qualité de l’air (qui n’a pourtant jamais été meilleur) en centre-ville. Parce que, incapable de faire face à ses responsabilités, manquant de détermination et d’ambition, discourant beaucoup mais n’agissant pas, il reporte lors de chaque législature le traitement de la problématique du scandaleux trafic des pendulaires à Soral, à savoir 10 à 12'000 mouvements journaliers à travers le village.

    Rappelons-nous toutes les études et pseudo-études annoncées depuis vingt ans, par le Conseil d’Etat. Souvenons-nous de toutes les promesses, jamais tenues, qu’il a faites aux Soraliens durant toutes ces dernières années. Demandons-nous dans quels tiroirs sont tombés les multiples projets de routes d’évitements qui ont été envisagés par les services de l’Etat. Et concluons : le canton de Genève n’est plus gouverné depuis longtemps dans l’intérêt de ses citoyens, il est juste vaguement, et pas de la meilleure manière, administré.

    Au bout du lac le monde politique aime se glorifier du « Grand Genève ». Mais il est incapable depuis des décennies, de construire, sur des terres inhabitées, quelques hectomètres de route d’évitement au profit de villageois exaspérés. Alors qu’en Chine, pour faire face aux conséquences potentielles du coronavirus, les autorités sont en mesure, elles, de décider, dans l’urgence, la construction d’un hôpital de 1000 lits et de le réaliser en … deux semaines.

    « Meunier tu dors … »

    Pierre Kunz

     

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  • La propagande trompeuse d'Oxfam

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    Le chiffre affiché par l’ONG Oxfam selon lequel « 2153 milliardaires détiendraient plus d’argent (autrement dit de patrimoine ou de fortune) que 60 % de l’humanité » est certes spectaculaire mais il n'est pas correct de ne pas le nuancer et de ne pas le mettre en perspective. Pour s’en persuader il suffit une fois encore de se référer à Thomas Piketty. C’est pour sûr un marxiste mais lui est honnête.

    Voici comment ce dernier recense la répartition des patrimoines européens aujourd’hui :

    • la part détenue par les 10 % les plus riches s’élève aujourd’hui à 55 % (contre 50 % en 1980 et 90 % en 1914).
    • la part des 50 % les plus pauvres se situe à 7 % (contre 10 % en 1980 et 2 % en 1914).
    • la part des 40 % du milieu, soit les classes moyennes, atteint 38 % (contre 40 % en 1980 et 8 % en 1914).

    Quant à la sous-catégorie du 1 % des hyper-riches, soit en gros les milliardaires, ils en possèdent 22 % (contre 18 % en 1980 et 50 % en 1914)

    Pour être juste, il faut noter qu’aux USA les riches et les milliardaires ont fortement accru leurs patrimoines au cours des 5 ou 6 dernières décennies sous l’effet des baisses d’impôts scandaleuses et ridicules dont ils ont bénéficié.

    Mais il n’en reste pas moins que la répartition des patrimoines (c’est le cas aussi de celle des revenus) est devenue nettement plus égalitaire depuis un siècle, cela principalement grâce à l’augmentation du niveau de vie de toutes les couches des populations. C’est particulièrement vrai en Europe et ça l’est aussi aux USA. Certes dans les pays en développement et parmi ceux qui accèdent depuis quelques années à l’opulence, les inégalités entre les hyper-riches et les plus pauvres sont souvent injustifiables, surtout vues de l’Occident.

    L’ONG, par souci d’honnêteté, aurait dû souligner aussi que les milliardaires dont elle parle ne sont pas des salopards assis sur leurs tas d’or. C’est vrai, ils ne contribuent pas partout suffisamment par leurs impôts au bon fonctionnement de l’Etat, constat qui résulte en premier lieu de l’impéritie des gouvernements. Mais on ne saurait nier que Jeff Bezos, Bill Gates et consorts sont les actionnaires de sociétés qu’ils ont créées et que celles-ci ont généré des millions d’emplois à travers le monde.

    Quant à l’interprétation du pavé d’Oxfam qu’en font l’ONG et les médias en insistant sur les inégalités qui partout perturberaient le bon fonctionnement du monde, elle est ridicule. Contrairement à ce qu’ils prétendent avec une légèreté coupable, les « 2153 milliardaires » n’ont rien à voir avec les discriminations faites aux femmes. Ni avec les jacqueries des gilets jaunes et des syndicats français ou les troubles qui secouent le Liban, Hong Kong et Santiago du Chili.

    Pierre Kunz

     

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  • "Temps présent" ou le besoin de faire peur

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    "Temps présent" constitue une parfaite illustration du besoin qu’éprouvent une bonne partie des médias de faire naître puis de cultiver l’angoisse au sein de la population. Cela dans le but évident de gonfler l’audimat.

    L’émission que "Temps présent" a fait défiler jeudi soir sur les écrans en témoigne. Il s’agissait pour ses animateurs d’attirer l’attention des Genevois, surtout dans certains quartiers, sur les « immenses » dangers qu’ils courent en respirant, un air « scandaleusement saturé de dioxyde de carbone et de particules fines ».

    L’émission, on l’a ressenti à travers tout l’enchaînement des images et des propos diffusés, visait un but clair : démontrer la gravité d’une situation que les réalisateurs avaient a priori définie comme telle. A cette fin ils se sont ingénié à agencer et à formater, autrement dit à restreindre aux extraits les plus susceptibles de soutenir la thèse susmentionnée, les déclarations des participants. Particulièrement révélatrice, l’interview du médecin qui s’est exprimé : à entendre ses explications, très certainement largement amputées, les Genevois habitants au bord de certaines rues ont déjà un pied dans la tombe.

    Le goût des animateurs pour le sensationnel et le besoin de frapper les esprits ne s’est embarrassé d’aucune nuance ni d’un minimum d’objectivité. Par exemple, on aurait dû rappeler, par souci d’équilibre, le contenu des rapports du ROPAG (Réseau d’Observation de la Pollution de l’Air à Genève). Ceux-ci montrent que la qualité de l’air s’améliore continuellement à Genève. Pour les poussières fines les limites légales sont respectées depuis plusieurs années. S’agissant du dioxyde d’azote, les taux baissent régulièrement et ne restent que légèrement au-dessus des valeurs limites fédérales. Enfin, les concentrations excessives d’ozone sont rares, limitées aux journées caniculaires, et ne concernent quasiment pas les milieux urbains.

    Il est vrai que le directeur de ce service, interrogé, aurait dû insister lui-même sur les constats de ses collaborateurs. Il ne l’a pas fait mais allez savoir si ses propos n’ont pas été supprimés.

    Quoi qu'il en soit, ce fut une émission indigne d'un journalisme de qualité.

    Pierre Kunz

     

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