07/07/2010

La Ressource humaine

La pause estivale nous extrait, en tout cas par instant, aux pressions de nos activités habituelles. Alors profitons de notre esprit quelque peu libéré pour accompagner sur le cours de leurs pensées quelques grands philosophes. Par exemple à propos du comportement de l’Homme de ce début du 21ème siècle, de sa vision du bonheur, des chemins que dans sa quête il emprunte.

Dans un ouvrage publié il y a plus d’un quart de siècle déjà, Samuel Pisar écrivait : « La ressource humaine est sans limite. Si nous puisons dans cette source infinie, des sociétés naîtront qui relègueront au Moyen Age la sueur et le capital ». Qu’avons-nous fait de cet enseignement optimiste dans le fonctionnement de nos sociétés occidentales ? Dans nos entreprises, avons-nous su contribuer au développement et à l’épanouissement des « ressources humaines » ?

La réponse la plus synthétique et la plus approfondie à ces questions nous a été livrée par John Saul dans un livre, paru en 1992 au milieu de l’ultime crise économique du siècle dernier et intitulé « Les Bâtards de Voltaire ». L’auteur, dans un exposé qui demeure totalement pertinent, y remettait en cause notre culte grandissant de la rationalité et de l’efficacité. Il y critiquait vigoureusement une forme de pensée qui constitue une perversion de l’esprit des Lumières, celle qui coupe la raison d’un ensemble de qualités humaines dont elle n’est pourtant qu’une partie. Celle qui oublie que la raison n’est pas une valeur mais une méthode. Celle qui au nom de la raison et du rationnel chasse la spiritualité, l’imaginaire et le créatif.

Il suffit de lever les yeux sur ce qui nous entoure aujourd’hui pour mesurer les dégâts de cette dérive. L’humanisme s’est dégradé en humanitarisme. Les droits sociaux ont englouti les devoirs individuels. La solidarité sociale a tué la générosité et la charité. La méthode est devenue la solution. Les normes ont supplanté le bon sens. La technocratie et les experts se sont substitués à l’interrogation et au doute. Les certitudes ridiculisent les émotions. Les héros ont cédé le pas aux « people ». Le maître a disparu sous le fardeau de la pédagogie. Le marché occupe la place des dieux et des mythes. Le consumérisme écrase les sens. La spéculation a détrôné l’effort. Le rêve a été immolé sur l’autel des organigrammes et des structures.

Illustrant la prophétie d’Erich Fromm, l’homme « civilisé » a échangé une partie de ses chances de bonheur contre une certaine sécurité. Entièrement soumis à la raison et au plan, il a perdu son authenticité. Il a égaré ses convictions pour ne conserver que des opinions et des préjugés. Il a des règles, des préférences et des aversions mais il est sans volonté. Il est conformiste et tant préoccupé par son image qu’il s’enferme et se rapetisse. Il ne recherche plus le défi mais la stimulation, l’excitation et l’exaltation. Il aime la réussite mais évite d’affronter les épreuves. Il se méfie et calcule mais pense peu. Il est sans foi et sans courage mais rempli d’espoirs. Il insiste sur son droit au bonheur mais rejette sa responsabilité dans ses malheurs.

La solution au malaise qui s’agrippe à l’Occident depuis quelques décennies passe par la nécessaire redécouverte des fondements de l’esprit des lumières. L’Europe, si elle entend demeurer le phare économique et culturel qu’elle est encore dans une large mesure doit réapprendre les valeurs humanistes dans sa manière de gérer ses Etats et ses entreprises. Elle doit reprendre l’exploration de l’imaginaire, stimuler toutes les formes de son expression. Elle doit aussi et surtout remettre au centre de son fonctionnement l’exigence et la vertu, sources pour chacun de l’éveil et de l’enchantement.

Pierre Kunz

18:43 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook