23/03/2012

DE la LaMal à l'AVS +

Si l'on se réfère au sens des mots, ce qu'il est convenu d'appeler « la solidarité intergénérationnelle » devrait s'exercer dans les  deux sens, des jeunes vers les anciens et inversement. Or depuis quelques décennies force est de constater que cette solidarité, dans sa forme publique en tous cas, tend exclusivement à bénéficier aux classes âgées de la population et au détriment des plus jeunes. Les « seniors » sont devenus les chouchous de l'Etat social.

C'est vrai en ce qui concerne l'assainissement des caisses de pension. Les mesures prises obligent les actifs à accepter des hausses de cotisations tout en remettant en cause les prestations futures, tout cela afin de maintenir presque inchangées les pensions versées aux rentiers actuels.

C'est vrai aussi pour le domaine du logement dans les cantons urbains en général mais en particulier à Genève. Le marché n'y règle plus rien, la législation interventionniste y perpétue la pénurie et crée au profit des retraités des « rentes de situations » parce que ces derniers, occupant depuis longtemps leurs logements trop vastes pour eux mais bon marché, sont incités à les thésauriser au détriment des jeunes familles dans le besoin.

C'est vrai enfin dans le secteur de l'assurance maladie. Les jeunes générations supportent dans le montant de leurs primes la majeure partie des dépenses occasionnées par les patients âgés et il faut admettre que les charges exorbitantes qu'au prétexte de la solidarité intergénérationnelle cette assurance impose aux jeunes assurés sont profondément injustes. A tel point que la recherche d'un nouveau modèle de répartition des coûts découlant des soins requis par le « quatrième âge » est devenue cruciale. Les médias et les spécialistes s'en font d'ailleurs depuis quelques temps l'écho de façon pressante.

Ce nouveau modèle, qui ne pourra évidemment plus se fonder sur le présupposé de la prime unique, pourrait s'inspirer de l'idée émise en son temps par feu l'ancien conseiller national Peter Tschopp. En visionnaire il avait proposé voici une quinzaine d'années déjà la création d'une assurance « AVS + » destinée à prendre en charge les frais médicaux des plus âgés, financée par l'Etat et qui s'accompagnerait d'un abaissement massif des primes maladies exigées des jeunes générations. Ce projet prend aujourd'hui un intérêt tout particulier, notamment parce que son financement devrait pourvoir être aisément assuré grâce aux économies réalisées dans les budgets publics qui sont actuellement lourdement grevés par le très large subventionnement des primes d'assurance.

Pierre Kunz

 

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03/09/2009

"La faim dans le monde"

 

 

 

A l’occasion de l’actuelle édition du Forum Medias Nord-Sud, les quotidiens de ce jour font la part belle à Mme Liliane Ortega, membre de la Direction au développement et à la coopération (DDC). Cette collaboratrice de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey en profite pour dire ce qu’elle a sur le cœur. Malheureusement les émotions qu’elle exprime sont si peu empreintes de recul, de nuances et de bon sens qu’elles en deviennent caricaturales.

« Le monde, dit-elle, n’a jamais été aussi riche. Et pourtant une personne sur sept est sous-alimentée. Notre modèle est en faillite ». Il est possible qu’en ce début de millénaire 15 % des habitants de la planète ne sont pas en mesure de se nourrir convenablement. Mais peut-elle pour autant prétendre que notre modèle économique, sous-entendu celui du libre échange mondialisé, en est la cause et en faillite ? L’exemple chinois, grand bénéficiaire de l’ouverture des marchés mondiaux à ses entreprises et à ses travailleurs, où en trente ans 400 millions de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté, montre exactement le contraire de ce qu’affirme avec une légèreté coupable Mme Ortega.

« Il y a une politique volontaire, déclare-t-elle ailleurs, pour maintenir les pays pauvres dans une dépendance alimentaire. Des pays ont été menés à abandonner l’agriculture ; ils sont aujourd’hui contraints d’importer des vivres. Un estabishment international croit détenir les réponses à la faim Le résultat est qu’un milliard de personnes sont sous-alimentées dans le monde ». Il s’agit d’une suite d’affirmations et de jugements fondés sur une observation simpliste, totalement erronée même, du monde.

Ce n’est pas « on », sous entendu les multinationales assoiffées de profit, mais bien leurs élites corrompues qui ont amenés les pays dont il question à abandonner une agriculture dont ils sont dépendants. Au surplus le renoncement à certains secteurs de la production agricole ne constitue pas par définition un crime ; à condition bien sûr que le pays qui les abandonne soit capable de produire d’autres biens, industriels par exemple, ou services exportables sur les marchés mondiaux et générateurs des devises qui permettront l’importation à des conditions favorables de certains des vivres nécessaires à l’alimentation de sa population. Là aussi, lorsque ces équilibres ne sont pas respectés, ce n’est pas « l’establishment international » qui est en cause mais bien l’impéritie et la corruption des élites des pays pauvres.

Des pays pauvres qui, Mme Ortega devrait le savoir, ont d’autant plus de probabilité de sortir de leur sous-dévelopement qu’ils sont en mesure de participer au libre-échangisme mondialisé. Et c’est là que se situe le vrai problème, à savoir le protectionnisme des états industrialisés qui prive les pays pauvres d’un accès suffisant à leurs marchés. Voilà le vrai scandale, celui que Mme Ortega devrait souligner.

Pierre Kunz

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17/05/2009

Retraites : le choc dont personne ne veut encore parler

L’enquête de Swisscanto, dont le résultat a été publié la semaine dernière, n’a au fond qu’un seul mérite, celui de chiffrer de manière relativement précise les dégâts occasionnés par la crise boursière sur l’équilibre des caisses de pension privées helvétique. Tant il est vrai qu’il n’était jusque là pas réservé aux polytechniciens de comprendre qu’une large partie de ces caisses étaient depuis un an en sous-couverture.

Les observateurs attentifs savent en effet depuis bien des années que, s’ajoutant à l’évolution démographique et à la péjoration du rapport actifs/non actifs, il suffirait d’une baisse marquée des marchés boursiers et/ou d’une chute des taux d’intérêt pour que les institutions de prévoyance se retrouvent en majorité dans les chiffres rouges. Et que, bien évidemment, elles soient forcées d’envisager de faire supporter, au titre de leur assainissement, des sacrifices à leurs rentiers et à leurs cotisants.

Ces sacrifices, auxquels les employeurs seront d’ailleurs amenés à participer sous forme de renflouements des caisses et de l’augmentation de leurs propres cotisations, n’apparaissent choquants qu’aux yeux de ceux qui ont naïvement cru que dans une structure fondée sur la capitalisation les prestations de retraites peuvent être garanties en toutes circonstances et pour toujours. Dans ce domaine comme dans d’autre le réveil est douloureux même si, il convient de la souligner, dans son ensemble la formule des trois piliers (AVS, caisse de pension et épargne privée) que nous connaissons constitue certainement le système le plus efficace du monde, à condition qu’on le considère à l’aune du réalisme et de l’honnêteté politique et que la responsabilité individuelle n’en soit pas exclue.

Or c’est précisément ce manque d’honnêteté politique qui, particulièrement en Suisse romande, masque le deuxième choc, à venir, dans le secteur des caisses de pension. Il s’agit de l’état autrement grave des institutions de prévoyance publiques telles que la CIA genevoise. Nous allons bientôt apprendre que le taux de couverture de cette dernière, dont les prestations sont plus généreuses que la quasi-totalité des caisses privées du canton, s’est probablement abaissé en-dessous de 60 % et que l’effort de son assainissement, ajouté à celui des autres caisses publiques du canton en sous-couverture, portera sur 3 à 5 milliards de francs.

Certes, rien n’oblige à procéder à court terme à cet assainissement, celui-ci pouvant s’opérer sur plusieurs décennies. Il n’en reste pas moins que ce sont les contribuables qui devront prendre en charge quasiment l’entièreté de cette coûteuse opération de renflouage. Des contribuables qui auront été obligés de consentir de pénibles sacrifices pour remettre à flots leur propre caisse de pension et qui ne manqueront pas, on les comprend, de manifester bruyamment et violemment leur révolte.

Mais de cela les autorités cantonales, genevoises en particulier, semblent se moquer. Elles ont bien entamés une lente procédure de réunification de certaines caisses. Mais cette procédure demeure essentiellement cosmétique, n’apporte pas de mieux en matière de désendettement et ne vise absolument pas à remettre en cause le principe de la primauté des prestations ou à accroître la part de cotisation à charge fonctionnaires. L’Etat continue donc de promouvoir le déséquilibre des caisses de prévoyance publiques et à payer … ce que les contribuables de demain devront rembourser.

Voilà pourtant qui ne retient pas le ministre en charge de cette problématique, M. David Hiler, de poursuivre sa campagne pour sa réélection au nom … du développement durable. Allez comprendre !

Pierre Kunz

 

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28/02/2009

La crise est là, les inégalités de revenus vont se réduire (mais pas celles des retraites)

Jacques Marseille est professeur à la Sorbonne où il dirige l’Institut d’histoire économique et sociale. Il a publié en ce début d’année un ouvrage intitulé : « L’Argent des Français, les chiffres et les mythes », ouvrage dans lequel il tord le cou à un certain nombre d’idées reçues, pas seulement chez nos voisins. C’est en particulier le cas de celles relatives aux inégalités des revenus et des retraites.

L’auteur met en relief un fait que plus personne ne nie : depuis deux siècles les inégalités de revenus entre les mieux rémunérés et les moins payés n’ont cessé de se réduire et cela massivement. Ce constat est également vrai en Suisse.

Mais une surprise accompagne ce constat tendanciellement incontestable. C’est durant les périodes de dépression économique que la réduction des inégalités de revenus se marque de la manière la plus claire. Pendant les périodes de croissance, au contraire, ces inégalités se renforcent.

Voilà qui bouscule sérieusement le discours de ceux qui font une obsession (mais aussi un instrument de propagande politique) de ce qu’ils appellent « les inégalités scandaleuses entre les riches et les pauvres ». Et qui incite Jacques Marseille à soumettre deux questions à ses lecteurs.

Imaginons deux pays, appelés A et B, à une date déterminée. La dispersion des revenus y est parfaitement identique. Les 10 % les plus riches perçoivent 100 et le décile le plus pauvre 10. Bien des années plus tard, dans le pays A, les 10 % les plus riches reçoivent 2000 et le décile des moins bien lotis 150. Alors que dans le pays B les 10 % les plus riches obtiennent 150 et le dernier décile 30.

Faut-il préférer vivre dans le pays A, où les inégalités de revenus se sont amplifiées, ou dans le pays B où l’égalité des revenus a grandi ?

La deuxième question concerne les raisons de l’évolution globale différente des revenus dans les deux pays. Imaginons que dans le pays A l’explosion des revenus des plus riches ait été liée à un mouvement de création d’entreprises innovantes qui aurait considérablement augmenté le revenu des créateurs sans que soit affecté en aucune manière le revenu des plus pauvres.

Ne devrait-on pas considérer cette inégalité accrue comme globalement positive ?

En réalité, socialement, le vrai problème de l’inégalité se pose dans des termes bien différents de ceux utilisés par les milieux populistes et démagogiques. La justice sociale réside d’une part dans une répartition raisonnable et équitable des fruits du travail collectif et de celui des individus. Elle se mesure aussi aux voies et aux moyens offerts à chacun de s’élever, par ses efforts et son talent, dans l’échelle des revenus.

Mais elle impose surtout que nos sociétés occidentales revoient de fond en combles les systèmes de retraites qui forment aujourd’hui les vraies sources d’inégalités. Comment peut-on justifier que, dans le même pays, tel travailleur ne touche sous forme de pension qu’un franc pour chacun de ceux qu’il a apportés durant sa vie active sous forme de cotisations alors que tel employé, pour les mêmes cotisations, se verra gratifié lui de 2, 3 voire 4 francs ? Autrement dit, comment peut-on justifier que dans un même pays certains se trouvent soumis à la primauté des cotisations quand les autres, privilégiés, bénéficient de la primauté des prestations ?

Pierre Kunz

15:17 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook