25/09/2011

Egalité : bravo Mesdames !

Le groupe de presse auquel appartient la revue américaine Newsweek a procédé à une vaste enquête, touchant 165 pays, pour répondre à la question : « Où vaut-il le mieux être une femme ? ». Cinq domaines sont couverts par l'étude qui compare la situation des femmes et des hommes : égalité devant la justice, égalité dans le domaine des soins médicaux, égalité en matière d'éducation, égalité dans le secteur économique et égalité au plan des droits politiques. (*)

De l'enquête il ressort que le pays le plus avancé s'agissant de l'égalité hommes-femmes, est l'Islande. Suivent la Suède, le Canada, le Danemark, la Finlande et ... la Suisse. Viennent ensuite la Norvège, les USA, l'Australie et les Pays-Bas. La France n'apparaît qu'au 14ème rang, la Grande-Bretagne au 19ème et des pays comme l'Allemagne, l'Autriche ou l'Italie ne figurent même pas dans le classement des vingt premiers.

Outre le résultat global extrêmement satisfaisant on notera que les femmes suisses bénéficient d'une situation égalitaire particulièrement enviable, plus enviable même que dans les pays précédant l'Helvétie au classement, dans les domaines de la santé et de l'éducation. Selon l'enquête de Newsweek, c'est au plan des droits politiques que nos épouses, sœurs et filles accusent encore du retard. Elles disposent bien sûr des mêmes droits de voter, d'élire et d'être élues que les hommes. Mais, à la lecture des résultats, on peut penser qu'elles semblent s'intéresser moyennement à la politique et peinent à s'engager sur le chemin parfois tortueux d'une carrière. Si elles sont en effet, à l'instar de leurs consoeurs canadiennes, bien représentées dans les législatifs et les exécutifs locaux il en va différemment dans les parlements et les gouvernements des villes et des cantons.

On notera enfin qu'au plan de l'économie, c'est-à-dire en matières salariale et de carrière au sein des entreprises, l'étude montre que l'égalité parfaite n'est atteinte nulle part. La Suisse demeure à un stade un peu inférieur à celui atteint par les pays la précédant au classement, principalement à cause du nombre comparativement peu élevé de postes occupés par des femmes aux niveaux supérieurs des entreprises.

Pierre Kunz

 

(*) Les résultats de l'enquête ont été publiés dans Newsweek du weekend dernier

 

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09/01/2010

L'identité nationale ? Du blabla !

 

 

Nos voisins français ont l’habitude des grands débats aussi pompeux que vains. Les échanges verbaux et scripturaux que l’on observe actuellement dans l’Hexagone au sujet de la question de « l’identité nationale » illustre à merveille ce constat.

Qu’est-ce qu’ils entendent, au fond, ceux qui utilisent les mots « identité nationale »? Probablement qu'elle découle des évènements historiques d’un pays, de sa configuration géographique, de ses institutions politiques, des origines de sa population, de sa démographie, de la variété de ses expressions culturelles, de ses mythes, de l’état de son économie. Mais alors ne devrait-on pas plutôt et plus modestement parler des caractéristiques d’un pays et d’un peuple ?

Car si l’identité nationale recouvre effectivement toutes ces caractéristiques, elle ne peut être qu’en perpétuelle évolution. Si on pouvait en prendre une photo aujourd’hui chacun comprend qu’elle ne correspondrait plus demain à la réalité. A chaque instant les citoyens, dans leurs fonctions et leurs initiatives laborieuses, artistiques, sociales, scientifiques, philosophiques, sportives, vestimentaires (!), contribuent à cette évolution. Même s’ils restent très peu conscients du changement qu’ainsi ils entretiennent en permanence. Comme d’ailleurs les acteurs de la scène politiques dont jusqu'à ce jour on n’a jamais rencontré un seul représentant préoccupé par les conséquences de ses décisions sur l’identité nationale.

En quoi par conséquent une vaste enquête destinée à demander aux Français ce qu’ils pensent de l’identité nationale, de ce qu’elle implique, de ses exigences, peut-elle apporter quelque progrès au fonctionnement de leur société ? A supposer que cette enquête débouche sur une liste de références communes et cohérentes à une majorité de Français, que fera-t-on de ceux qui, citoyens eux-aussi, agissent, pensent et ressentent les choses différemment ? Les forcera-t-on à se soumettre ? Légiférera-t-on dans ce but ? Ouvrira-t-on des classes spéciales en vue de « redresser » leurs enfants ? Menacera-t-on de les exclure du pays ? Recommencera-t-on l’opération à intervalle régulier ?

L’identité nationale ça n’existe pas. L’idée de rechercher puis de décréter une identité nationale ne peut donc naître que chez un intellectuel déraisonnable ou chez un politicien avide de présence médiatique. Ou alors dans un esprit perturbé par la peur. Peur de l’autre, peur de l’avenir, peur du changement.

Qui en Suisse pourrait prétendre définir notre identité nationale ? Nos différences ne nous rassemblent-elles pas plus, ne nous identifient-elle pas davantage que ce que nous avons en commun ? Qui a déjà trouvé sous la plume d’un sociologue ou d’un historien suisse les mots « identité nationale » ?

Pierre Kunz

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27/08/2009

Rationnement des soins médicaux

 

 

 

Jean-François Mabut a fait une brève réponse à mon billet de mardi dernier. Sur le ton badin de Gilles s’adressant au Genevois qui demandait au Vaudois où sont ses fleuves, il dit « attendre avec intérêt la liste des propositions pour ne pas tomber dans le rationnement et les « death panels » que craignent les Américains.

JFM sait bien qu’en Amérique comme en Europe les soins sont rationnés. Que nous ne disposons pas tous du même accès aux hôpitaux, aux médecins les plus réputés, aux interventions les plus adéquates et aux médicaments les meilleurs.

En Grande Bretagne c’est officiellement qu’on est entré dans l’ère du rationnement. Celui-ci est avoué, reconnu par ceux qui, politiciens et acteurs, ont élaboré et font fonctionner le système. Chez nous aucun politicien et aucun médecin ne reconnaît, malgré les évidences, que nous ne sommes pas tous soignés avec la même efficacité et le même confort. Soit parce que nous ne sommes pas tous assurés de la même manière soit parce que notre âge amène les praticiens à considérer que tel traitement ou telle intervention ne se justifie pas.

Chacun peut comprendre que ce rationnement a toujours existé. Quand les moyens médicaux sont limités par l’urgence, l’espace ou les équipements les praticiens ont de tout temps été amenés à effectué des choix. « Je consacre mon temps, mon énergie et les moyens médicaux et techniques à disposition à sauver tel malade plutôt que tel autre parce que pense que ce dernier à moins de chances de s’en sortir ». Du côté des patients il est évident que certains ont toujours pu s’offrir sans compter, parce que pour eux « la santé n’a pas de prix », des services et des actes médicaux inaccessibles au commun des mortels en les achetant au prix fort.

Nous ne sommes donc pas égaux en la matière. La promesse d’un accès aux soins les plus efficaces pour tous, chère à une large tranche des politiciens helvétiques, constitue donc bien une hypocrisie. Mais reconnaître cette évidence n’est guère « correct ». Le monde politique et les acteurs de la santé, sauf en Grande Bretagne, se gardent bien par conséquent d’admettre officiellement qu’ils pratiquent une forme de rationnement.

Les Américains, très conscients de ces réalités et de ces inégalités, sont davantage disposés que nous à les accepter parce que, comme dans leur existence en général, la majorité d’entre eux, continuent de privilégier la liberté au détriment de l’égalitarisme caractéristique du Vieux Continent et à préférer la responsabilité individuelle à celle de l’Etat. Ils acceptent donc d’être contraints de limiter individuellement leur couverture d’assurance-maladie mais pas de se voir imposer ces limites ou une « assurance de base » par l’autorité publique.

La plupart des Américains perçoivent que leur système d’assurance-santé actuel doit être amélioré, qu’il n’est pas sain que ce soient les employeurs qui en demeurent les acteurs principaux, que Medicare et Medicaid sont des institutions insuffisamment dotées. Ils sont prêts à les réformer. Mais aujourd’hui comme hier ils demeurent méfiants à l’égard des déclarations des célébrités aisées, comme feu le sénateur Ted Kennedy qui a souvent prétendu que « la cause de sa vie était que tout Américain devait pouvoir recevoir le même traitement qu’un sénateur » sans jamais bien sûr expliquer les détails de sa croisade.

Non pas parce qu’ils seraient plus égoïstes que nous. Simplement parce qu’en premier lieu ils sont moins disposés à croire aux promesses de leurs élus et parce qu’en second lieu ils sont convaincus que l’individu responsable doit et peut rester maître de la conduite de son existence même dans des domaines aussi délicats que celui de la santé.

Pierre Kunz

 

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25/08/2009

L'assurance-maladie, les Américains et ... les Suisses

 

 

 

Le président Obama a donc mis en consultation son projet d’assurance-maladie universelle. Comme les connaisseurs de la société américaine s’y attendaient, cette ambition se heurte à d’énormes oppositions venant de tous les milieux et de toutes les couches sociales américaines. Quant aux lobbies opposés à la réforme proposée, ils se livrent à une surenchère stupéfiante de mauvaise foi et de caricatures.

Il faut dire que les inquiétudes alimentant l’écho que trouvent ces lobbies sont renforcées par la crise que connaît le pays. Après les désastres économiques et financiers qui se sont succédés depuis un an et demi, inimaginables voici encore dix-huit mois, tout paraît désormais possible aux yeux d’Américains plus méfiants que jamais, même les pires scénarios en matière de santé.

Reconnaissons, nous les Helvètes qui vivons depuis une dizaine d’années à l’ère de la LaMal et qui en subissons les conséquences, que les Américains ont quelques raisons de s’inquiéter. Qu’au-delà des exagérations et des arguments malhonnêtes, ils sont fondés à craindre, au vu de ce qui se passe dans les systèmes de santé européens, des dérives proches de celles auxquelles nous assistons de ce coté-ci de l’Atlantique.

De quoi ont-ils peur ? Que les coûts du système semi-public de santé envisagé explosent et avec eux les impôts et les primes d’assurance. Que l’on s’achemine vers le rationnement des soins. Que la réforme signifie à terme la fin pour le patient de la liberté de choix du médecin. Que la qualité de la médecine et des établissements hospitaliers diminue. Qu’en fin de compte le monde politique, au nom de « la même médecine de qualité pour tous », entraîne le pays dans un système de santé entièrement socialisé.

Des craintes, admettons-le, qui ne sont pas farfelues. Même si les « death panels », dont il est prétendu qu’ils pourraient être établis pour sélectionner ceux qui auront le droit de vivre encore et ceux à qui l’accès à certaines prestations médicales seront refusées, ne sont évoqués que par les opposants les plus malhonnêtes.

Ne stigmatisons-nous pas en Europe la médecine anglaise, déjà entrée officiellement dans l’ère du rationnement ? Ne sommes-nous pas tous en Suisse régulièrement outrés par les hausses des primes d’assurance ? Qui ne craint pas la fin de la liberté de contracter ? Le ministre vaudois de la santé n’a-t-il pas proposé récemment de fonctionnariser une partie des médecins indépendants ?

Les Américains se trouvent placés devant un choix de société crucial. La grande majorité des citoyens de ce pays ont conservé un attachement très fort pour la liberté et une grande méfiance à l’égard de l’égalitarisme cultivé sur le Vieux Continent. D’où leurs appréhensions.

Les Européens, qui devraient être échaudés par leurs propres expériences en la matière, affichent pourtant surprise et incrédulité devant ce qui se passe entre New York et Los Angeles. Leur « Européo-centrisme » les empêche probablement d’imaginer que les structures sanitaires (mais cela vaut aussi pour les autres domaines) que leurs élus ont élaborées au nom de la justice et de l’égalité sociale ne sont pas obligatoirement ce qui se fait de mieux et qu’elles ne répondent peut-être pas réellement à l’intérêt général.

Pierre Kunz

18:59 Publié dans Société - People | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

26/04/2009

La jacquerie, vieille coutume française

 

Nombreux sont ceux qui, en Suisse, ont été stupéfaits en prenant connaissance des coups de force menés depuis quelques temps par le monde ouvrier français. Des opérations violentes qui ont pris la forme de la paralysie d'installations portuaires, du séquestre de dirigeants d’entreprises, de l’envahissement de locaux de ces dernières et du saccage de bâtiments publics. Comment est-il possible que ces agissements aberrants, aussi chimériques qu’improductifs, qu’on croyait caractéristiques de pays à la démocratie encore incertaine, puissent au début du 21ème siècle se produire à notre frontière ?

La « jacquerie », car c’est bien de cela qu’il s’agit, constitue en fait une ancienne coutume gauloise. Ce mot, nous dit le Larousse, signifie « soulèvement des classes pauvres contre les classes riches » et le premier exemple en est celui de l’insurrection paysanne qui éclata dans le Beauvais en 1358. Une insurrection qui se termina mal pour les « jacques » à cause de leur attitude indisciplinée et brutale. Une indiscipline et une brutalité anarchique qui caractérisent les événements, faisant l’objet de ce billet, qu’il faut bien appeler encore aujourd’hui des jacqueries.

Nos voisins n’ont jamais renoncé à la jacquerie et l’histoire récente nous en donne plusieurs illustrations : l’appropriation par les ouvriers des usines Lipp à Besançon en 1973, l’insurrection des mineurs dans le bassin houiller en 1963, la révolte estudiantine de mai 1968 ou encore les opérations de vandalisme menées voici quelques années par José Bové et ses sectateurs. Cette histoire nous montre aussi que chaque fois ces mouvements se sont achevés sur un échec.

Pourquoi donc la France ne parvient-elle pas à s’extraire de ces soubresauts illusoires ? On peut donner une triple réponse à cette question.

En premier lieu il faut mentionner que le droit du travail, en France, ne se décline qu’en termes législatifs. Le monde syndical, faiblement représentatif, divisé et par conséquent porté à l’outrance, tend à n’interpréter ce droit qu’à l’éclairage de la lutte des classes, le plus violemment possible. Fait manifestement défaut, entre le législateur et le monde de l’entreprise, un échelon de lubrification, celui qui est construit chez nous autour du faisceau des conventions collectives et de l’habitude de la négociation.

On ne saurait nier par ailleurs que les Français sont demeurés enracinés dans les reflexes propres à un peuple monarchiste. Ils sont ainsi poussés, chaque fois qu’une crise sociale ou économique survient, à lever la tête vers le pouvoir, à tendre les mains vers lui et à attendre, comme au temps du Roi soleil, qu’il résolve les problèmes de la nation. Comme si le peuple n’y pouvait rien.

Enfin, il y a le populisme et la démagogie si caractéristiques de la vie politique française. Avec un président qui, chaque fois qu’il se trouve confronté à la contestation d’une partie de la population, ne peut s’empêcher de la prendre à son compte et de s’enferrer dans des promesses intenables. Et avec des députés qui, régulièrement se laissent aller à des propositions délirantes, comme celle visant à nationaliser les usines manifestement non rentables que leurs propriétaires entendent fermer.

Dans ces conditions on voit mal la France évoluer vers davantage de pragmatisme et de raison. Tout laisse donc penser que la jacquerie, cette coutume d’un autre âge souvent flattée par des médias mal inspirés, continuera encore longtemps à alimenter l’histoire du pays.

Pierre Kunz

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