19/02/2013

Les Verts et leurs incohérences ; sourions mais ...

Les discours des ONG et des politiciens Verts font décidément sourire, tant ils révèlent leurs contradictions, leur pensée en zigzags et leur opportunisme. Il faut rire, en effet, des incohérences grandissante qui jalonnent, semaine après semaine, les propos que tiennent dans le plus grand désordre ces donneurs de leçons environnementales, qu’il soit question de biodiversité, de génie génétique ou d’énergie.

La biodiversité  Les écologistes s’élèvent notamment de façon récurrente contre les atteintes portées selon eux par l’Homme à l’équilibre des écosystèmes. Se fondant sur leur conception romantique de la nature, ils exigent une protection absolue des espèces peuplant la planète. Par exemple l’Union internationale pour la conservation de la nature publie à ce titre régulièrement des listes d’espèces en danger, sans égard pour leur degré d’importance dans le fonctionnement des écosystèmes, ni pour les services qu’elles rendent aux humains ou les inconvénients qu’elles représentent pour ces derniers. De leur côté, se fondant sur l’a priori que « ce qui est naturel est le meilleur », les écologistes demandent la réintroduction en Suisse d’espèces comme le loup et l’ours dont les hommes se sont débarrassés parce qu’elles étaient incompatibles avec leur mode de vie, sans que pour autant la diversité biologique se soit trouvée atteinte significativement dans son équilibre.

A l’inverse, découvrant que le chat mangent plus d’oiseaux et de petits mammifères qu’estimé jusque là, ils se mettent en tête  d’instituer « une biodiversité moins violente » et de réduire les populations de chats, feignant d’oublier que le gonflement de leur nombre résulte directement du processus d’adaptation et de sélection naturelle des espèces décrit par Darwin.

Le génie génétique  Le génie génétique fait partie des cibles visées par écologistes. Ces défenseurs radicaux de la nature s’opposent farouchement à toute expérience pratique, voire à la recherche fondamentale dans le domaine. Ils justifient leur combat en présentant ces technologies, en dehors de toutes considérations scientifiques, comme le creuset des pires malheurs pour l’humanité. Témoignages le plus récent de cet obscurantisme, leurs dernières déclarations outragées au sujet de la fin programmée par le Conseil fédéral du moratoire agricole sur les OGM.

Ici aussi, les Verts présentent une aptitude remarquable à changer de jauge suivant les circonstances. Par exemple lorsqu’ils s’abstiennent de stigmatiser l’interventionnisme de quelques chercheurs écologistes hollandais qui ont entrepris, en recourant aux opportunités du génie génétique et aux techniques de sélection classiques, de faire renaître l’auroch, cet animal disparu de la planète depuis plus de 400 ans parce qu’il n’était plus adapté à son environnement.

En la matière, le fameux « principe de précaution », pourtant élevé en vérité quasiment biblique par les écologistes, fait parfois l’objet d’une curieux mutisme. Comment expliquer, sinon par les « nécessités » électorales et politiques, que les anti-OGM se soient par exemple murés dans le silence quand les médias ont rapporté les progrès stupéfiants réalisés par une équipe américaine de chercheurs biologistes et cancérologues, progrès consistant à modifier génétiquement un virus afin d’en faire un allié dans la lutte contre certaines formes de cancer ? Politiquement il semble plus facile et plus payant d’afficher son intransigeance dans le domaine agricole par exemple.

L’énergie  S’agissant du secteur de l’énergie, nul besoin de s’étendre longuement sur l’incohérence de la lutte des Verts pour une sortie immédiate du nucléaire, lutte menée depuis Fukushima au détriment et dans l’oubli de leur cheval de bataille d’hier, à savoir la mise hors-la-loi des énergies fossiles. Comme si les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique pouvaient attendre et s’accommoder d’un recours renforcé aux énergies fossiles, le gaz en particulier.

Sourions soit ! Et prenons pour ce qu’ils sont les slogans démagogiques affichés par les Cassandre issus de ces milieux, leur dramaturgie bon marché et leurs déclarations fracassantes selon lesquelles les plus sombres prévisions s’imposent quant à l’avenir de l’humanité.

Il n’empêche, ces gesticulations et ces discours, dont Jacques Blondel (*) dirait qu’ils ressortissent d’un écologisme de pacotille et non pas de l’écologie scientifique, sont nuisibles parce qu’ils détournent l’attention du public des véritables enjeux environnementaux. Jacques Blondel qui, dans le magistral ouvrage qu’il a publié il y a peu, constatant les dégâts découlant de la récupération de l’écologie par la politique, rappelle que « la société ne peut saisir les enjeux de la recherche relative à la biodiversité que si le chercheur les lui explique clairement ». Sous entendu, il vaudrait mieux que certains milieux cessent de mettre la nature et l’environnement au service prioritaire d’ambitions électorales ou financières et que, dans nos démocraties, l’on donne davantage la parole au monde scientifique.

Pierre Kunz

(*) Jaques Blondel, L’Archipel de la vie, éditions Buchet-Chastel, 2012

07:31 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

31/01/2013

De la santé en tant que "droit humain"

Les primes d’assurance-maladie, perçues de manière indue, que la Confédération semble ne pas pouvoir faire rembourser à ceux qui les ont versées, fouettent l’imagination des assurés et de leurs défenseurs. On a ainsi pu prendre connaissance récemment dans la presse de la nouvelle « trouvaille » de ceux qui en ont marre de voir croître leurs cotisations. Ils réclament tout simplement le blocage de celles-ci.

A leur attention on rappellera que si la LaMal dysfonctionne aussi gravement c’est tout simplement parce que dans le cadre de cette loi tous les acteurs du secteur de la santé, qu’ils soient consommateurs, prescripteurs ou pourvoyeurs de prestations, ont intérêt à la surconsommation médicale. La LaMal n’offre qu’un aspect positif : les dérives que l’on constate dans les pays voisins, à savoir des trous financiers gigantesques dans les comptes de leur sécurité sociale, sont impossibles chez nous, précisément parce que chaque année les assureurs présentent aux assurés la facture de l’augmentation de leur consommation médicale. Voilà l’origine des hausses, année après année, des primes. Dans le cadre de la LaMal par conséquent, pas de blocage possible des cotisations sans mesures compensatoires dont la plus évidente est la réduction du catalogue des soins couverts par l’assurance de base. Or jusqu’à présent, au nom de « la médecine la meilleure pour tous », pratiquement personne, ni dans le monde politique ni au sein du corps médical et encore moins parmi les assurés, ne veut envisager une telle réduction.

D’où nous vient cette incapacité de nous comporter raisonnablement dans ce domaine ?

Il est probable que la croyance, apparue simultanément avec l’hédonisme et le consumérisme exacerbé, selon laquelle le bonheur et la santé feraient en quelque sorte partie des droits humains, trouve ses racines dans mai 68. A partir des années 1970, notre société, poussée par les progrès sidérants induits par la recherche dans tous les secteurs de la médecine a peu à peu mis la maladie hors la loi. La bonne santé est apparue un dû, un acquis social même. Souffrir de la grippe ou ressentir du bleu à l’âme est devenu aussi injuste qu’inacceptable.

Pas étonnant que dans un tel contexte l’on ait assisté, sous la baguette des politiciens et grâce à la complicité intéressée de nombreux acteurs économiques et médiatiques, à la multiplication des prestations sanitaires et médicales de toutes natures et des réponses médicamenteuses. Pas étonnant non plus que d’autres acteurs, institutionnels ceux-là, à savoir le corps médical privé et le corps professoral des hôpitaux publics universitaires se soient engouffrés partout en Occident sur un marché des soins en pleine expansion et qu’ils aient ainsi contribué largement à l’accroissement massif des dépenses de santé, en Suisse tout particulièrement.

Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que les hommes et les femmes de ce début de siècle aient cessé de raisonner de manière cohérente. Comment pourraient-ils en effet comprendre les contradictions inhérentes à un système d’assurance qui dérive follement mais que le monde politique continue obstinément à soutenir parce qu’il n’a pas le courage d’en remettre en question les fondements, préférant attendre la crise qui précipitera immanquablement son effondrement ?

Pierre Kunz

Article paru également sur le site www.lesobservateurs.ch

07:50 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

22/12/2012

Déchets nucléaires, l'exemple de Carlsbad (NM)

Selon les meneurs écologistes espagnoles, la décision de stocker les résidus radioactifs ibériques près de la bourgade castillane de Villar de Cañas (cf Le Temps du 22 décembre) serait « une folie environnementale et cette opération laisse présager le pire ».

Ces Cassandre prêchent dans le vide. Les 500 habitants et les autorités de cette commune qui n’a cessé de se dépeupler depuis des décennies ne voient en effet pas les choses ainsi. En cette période de crise économique et sociale profonde, rejetant les prédictions de milieux qui se nourrissent des peurs qu’ils savent susciter, faisant confiance aux scientifiques, ils considèrent au contraire bénéficier d’une aubaine, celle qui leur permettra de redonner vie et avenir à leur communauté, d’assainir ses comptes et d’y développer l’emploi.

On sait que la question du stockage sur sol suisse des déchets nucléaires de notre pays est aussi à l’ordre du jour. Les antinucléaires et les écologistes helvétiques ont commencé à affuter les armes du combat qu’ils entendent mener, quelque soit le lieu d’entreposage choisi.

A l’attention des inquiets et des sceptiques, on notera que c’est une rationalité et un optimisme identiques à celui de Villar de Cañas qui avaient guidé dans un processus semblable la petite ville américaine de Carlsbad, Nouveau Mexique, comptant 27'000 âmes aujourd’hui. Depuis 1960 elle luttait contre les conséquences démographiques et économiques du déclin de son industrie minière. Après d’efficaces démarches de lobbying auprès des autorités du pays, Carlsbad obtint ce que ses habitants considèrent plus que jamais « le privilège » de se voir confier depuis 1999 le stockage d’une partie importante des déchets nucléaires des USA.

Un privilège, car, confiait à l’auteur de ce billet la réceptionniste de l’hôtel de Carlsbad où il passa une nuit au début d’avril 2011, quelque semaines après la tragédie de Fukushima, « la région bénéficie grandement, depuis une vingtaine d’années, des retombées économiques de ce développement ; des retombées favorables aussi sur notre tourisme puisque les activités thermales et les fantastiques Carlsbad Caverns ont grandement profité de l’éclairage médiatique qui s’est porté sur notre ville ».

Evidemment, d’aucuns ne manqueront pas de stigmatiser au nom du principe de précaution une telle insouciance et de prédire que le pire, puisqu’il ne s’est pas encore produit, est encore à venir.

Pierre Kunz

14:46 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

12/12/2012

Europe, des certitudes évanouies aux populismes

Le surendettement des nations européennes marque, selon toutes probabilités, la première étape seulement d’un processus de réajustement appelé à redimensionner le pilier porteur des institutions sociales développées en Europe depuis la dernière guerre mondiale, à savoir l’Etat « redistributeur ». Les observateurs sont en effet quasiment unanimes : la crise qui a frappé le Vieux continent sera durable et ses effets seront essentiellement sociaux. Elle se manifestera par la fin de l’égalitarisme qui, au cours des dernières décennies, a inondé l’Etat social originel, l’a gonflé en Etat « nounou » et l’a conduit là où il se trouve en ce début du 21ème siècle, c’est-à dire de facto en faillite.

Un cycle de conférences mis sur pied en novembre dernier par l’Institut National Genevois a montré la corrélation de cet ébranlement avec les agitations populistes dans les nations européennes.

En Europe l’égalitarisme, cette ambition illusoire visant en l’espace d’une génération à gommer les inégalités sociales et individuelles produites par des siècles d’histoire et d’évolution compliquées, et l’Etat providence, voulu par la gauche et complaisamment cautionné par une droite, n’ont pas seulement dégradé les libertés qui avaient conduit l’Europe à la richesse et au progrès social, affaibli l’esprit d’entreprise et la résilience des individus, alourdi follement les budgets sociaux et réduit peu à peu la compétitivité économique des sociétés occidentales. Loin de rendre les humains plus heureux, ces « avancées » ont conduit simultanément à l’émergence de la société de l’envie et de la jalousie dans laquelle nous nous débattons aujourd’hui.

Les peuples européens ont ainsi été amenés à considérer qu’ils bénéficiaient d’un droit inaliénable à l’égalité ; non plus celle des chances mais celle des niveaux de vie et de consommation, indépendamment des talents et du travail de chacun. La fin programmée de l’Etat providence, par insuffisance des moyens requis pour honorer les promesses de ses thuriféraires et pour répondre aux attentes excessives de sa clientèle, constitue donc à n’en pas douter la plus grave menace pesant sur la paix sociale dans les nations européennes. Car à l’évidence, la mise en concurrence par la globalisation des échanges de tous les travailleurs de la planète, même si elle est freinée par la réintroduction d’une dose raisonnable de protectionnisme, ne manquera pas de peser non seulement sur la capacité redistributrice de l’Etat mais aussi sur les niveaux de rémunération de la majorité des individus.

Dans cette ambiance de fin d’époque l’Europe tangue dangereusement. Paraissant incapables d’affronter rationnellement et avec volontarisme les enjeux nouveaux, de s’élancer dans l’avenir et l’effort, les peuples du Vieux dispersent leurs forces vives et gaspillent leur énergie dans une lutte généralement vaine pour la « sauvegarde des acquis ». Ils se jettent dans les bras de populistes de tous bords, habiles à vanter leurs solutions fictives et à attiser les révoltes de la rue.

Il est par exemple question en ce moment du retour du Cavaliere aux affaires italiennes. On parle aussi beaucoup des excès de Melenchon en France, de ceux des extrémistes grecs ou des indépendantistes catalans. Mais les plus inquiétants de ces populistes sont sans conteste les nostalgiques rousseauistes, les écologistes malthusiens qui, pour protéger les vieux arbres, veulent empêcher les enfants de naître. Ceux qui tentent de faire croire que l’avenir de l’Europe et de la planète se trouve dans la soumission absolue des humains aux impératifs de la biodiversité et des espaces verts et, à ce titre, dans la régression démographique, forcée par la loi. Ceux qui affirment que les clés du bonheur se trouvent dans le rejet pur et simple du modèle économique occidental, la frugalité énergétique et l’autosuffisance alimentaire.

Pierre Kunz

08:30 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

24/02/2012

Du tissu au "maquis" associatif

Longtemps les associations ont formé dans nos communautés un tissu actif essentiellement dans les domaines social, syndical, sportif et religieux. Au cours des dernières décennies, en Suisse comme dans les autres pays européens, parallèlement au populisme, ce tissu s'est considérablement développé en s'étendant à de nouveaux domaines. En Suisse, des milliers de gens sont aujourd'hui salariés dans ces associations d'un nouveau genre. Et dans ces dernières on s'y autoproclame de plus en plus fermement partie au processus démocratique, on y réclame chaque semaine plus vigoureusement un droit décisionnel dans la gestion de la société, cela en dépit de l'absence complète de légitimité populaire et de responsabilité politique chez ceux qui, à la tête des associations,  s'érigent en représentants des citoyens.

Dans leurs nouveaux domaines de prédilection, la plupart des associations n'ont qu'une ambition, celle de « la défense des citoyens et de leur environnement ». Plus concrètement, elles ont pour vocation de s'opposer à la politique et aux décisions des autorités qui paradoxalement les subventionnent généreusement. Répétant avec constance que les citoyens ne se rendent pas compte des dangers qui les guettent, qu'ils ont besoin d'être défendus contre les propriétaires, que leur environnement se dégrade à toute vitesse, que leur santé est en péril, elles multiplient les barrages, lancent initiative sur référendum et entretiennent un climat général de méfiance qui favorise la multiplication des blocages dans le fonctionnement de notre démocratie. La difficulté de construire du logement à Genève (1018 unités mises sur le marché en 2011, chiffre le plus bas depuis un demi-siècle !) fournit l'exemple le plus manifeste des méfaits du « militantisme associatif et participatif ».

On ne saurait nier que, alimenté par l'enrichissement matériel général et le goût immodéré des citoyens pour les prestations publiques, l'Etat a gonflé notablement depuis les années 1960 et son emprise est devenue tentaculaire dans la vie des Suisses. De toute évidence cette évolution a amplifié le sentiment désagréable d'un lien distendu entre élus et électeurs. Aux yeux d'une grande partie de la population, l'administration publique pèse trop lourdement sur la liberté des individus et des entreprises. Elle donne de surcroît trop souvent l'image d'une machine peu efficace et habitée par une catégorie de citoyens privilégiés, les fonctionnaires.

Rien pourtant qui doive faire penser à un bouillon révolutionnaire. D'où un paradoxe frappant. D'une part on assiste à une l'extension considérable d'un monde associatif prospérant essentiellement sur le mécontentement des Helvètes à l'égard de leurs conditions d'existence et des pouvoirs publics. D'autre part ces derniers se déclarent plus heureux que tous les autres peuples de la planète.

La revue patronale vaudoise, se référant à des sondages réalisés scientifiquement il y a peu, nous rappelait dans sa dernière édition que 95 % de la population juge bonne voire très bonne la qualité de l'environnement autour de chez, 94 % des salariés sont satisfaits de leurs conditions de travail, 85 % de ces mêmes salariés sont contents de leur rémunération et 91 % de leurs supérieurs. Quant aux locataires, 90 % d'entre eux sont généralement contents de leurs conditions de logement.

Le climat et les circonstances décrites plus haut, nourris aussi par l'effacement du sens de la communauté et la multiplication des égoïsmes individuels, expliquent largement que la vie associative, orientée vers la défense des intérêts corporatistes voire particuliers, ait pris racine puis se soit épaissie jusqu'à constituer une entrave sérieuse à la bonne marche de la société. Mais tout de même. Comment avons-nous pu nous laisser entraîner dans le « maquis associatif » que connaît la Suisse, particulièrement la Suisse romande ? Comment avons-nous été amenés à attacher tant d'importance à nos intérêts immédiats et si peu aux exigences du futur ?

Sommes-nous devenus schizophrènes ou, gravement perturbés par notre confort matériel et nos mini-problèmes, avons-nous tout simplement perdu notre bon sens ?

Pierre Kunz

 

13:33 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

31/01/2012

20 % des Genevois se privent de soins. Et alors ?

Chacun apprend aujourd'hui dans la TdG que « près d'un Genevois sur cinq renonce à se faire soigner pour des raisons financières ». Et d'insister sur le constat, pas vraiment surprenant, que les personnes les plus touchées sont celles qui disposent des ressources financières les moins élevées. En prenant connaissance de ce titre aguicheur le lecteur se dit qu'en parcourant les quatre colonnes destinées à l'expliquer il va découvrir la réponse  aux diverses questions que lui souffle son esprit critique.

Eh bien non ! La chroniqueuse, généralement mieux inspirée, s'empresse de donner la parole au Dr Idris Guessous, médecin adjoint des HUG co-auteur de l'enquête ayant produit la conclusion susmentionnée. Celui-ci se contente, entre quelques rappels de généralités connues de tous, de souligner à gros traits que son travail met en évidence que « des cotisants paient leur assurance maladie sans en profiter » ou encore que « l'on partage la solidarité des cotisations mais pas celle des soins ».

Dans l'article est décrit ensuite le comportement irrationnel d'une assurée dont le cas est totalement hors contexte puis on se perd dans l'argumentaire, bien connu, relatif aux avantages de la prévention dont seraient privés les moins favorisés d'entre nous. Et pour faire bonne mesure le texte s'achève sur la production d'un graphique trompeur mettant en évidence que « les Suisses paient plus de leur poche » que les patients de tous les pays de la planète. Trompeur parce que nulle part n'est indiquée la part couverte chez nos voisins par l'impôt et ... les déficits publics.

Tout cela manque singulièrement de sérieux et on se permettra de noter que la journaliste aurait accompli un travail plus crédible si elle avait insisté sur les informations qui semblent n'avoir pas été recensées dans l'enquête menée par les HUG et dont l'absence enlève tout intérêt à celle-ci. Le Dr Guessous et son équipe de chercheurs auraient dû être amenés à répondre au moins aux questions suivantes.

De quels soins parle-t-on ? De soins essentiels, de médicaments, de soins de confort ? Les familles qui renoncent à recourir à la médecine se privent-elles  réellement et dangereusement de soins essentiels ? Si, comme c'est probable, les économies concernent dans quasi-totalité des cas des soins non impératifs ou de confort et des dépenses médicamenteuses, ne devrait-on pas parler de surconsommation médicale au sein des classes les plus aisées plutôt que de sous-consommation dans les milieux les moins bien lotis ?

Quant à la conclusion du responsable de l'enquête (« Nous n'avons pas l'expertise pour aller au-delà des résultats, il revient aux experts de proposer des solutions »), elle est certes compréhensible de la part d'un médecin. Mais est-il acceptable que l'auteure de l'article s'en contente ? Non, à moins que, tout simplement, au nom de l'absolue égalité pour tous en matière de santé, elle préconise implicitement un élargissement massif, notamment au domaine dentaire, du catalogue des prestations de base, l'entière gratuité des soins et le financement intégral de ceux-ci par l'impôt.

 

19:08 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

19/01/2012

Novartis, le dessous des cartes

L'avenir nous obligera peut-être à revoir ce jugement. Mais l'histoire récente de nos voisins et les problèmes dans lesquels ils se débattent nous conduisent à penser que notre pays est en premier lieu fort ... de la faiblesse de ses gouvernements fédéral et cantonaux.

Il est fort aussi de son marché étroit, de son système exemplaire de formation scolaire et professionnelle, de l'aptitude de ses habitants au travail, de son conservatisme viscéral, de son fédéralisme, des droits populaires, du pouvoir dominant de son économie et des partenaires sociaux, de l'habileté de ses diplomates et de ses négociateurs. Il est en conséquence aujourd'hui bien mieux armé que la plupart des nations industrialisées pour surmonter la crise économique et financière qui les affecte. Cela malgré le populisme qui y fleurit momentanément.

Pourtant il est illusoire de croire que la petite Suisse pourra demeurer à l'écart des conséquences de la dérive institutionnelle et financière de ses grands voisins et de l'immense redistribution des cartes géopolitiques. Nos voisins plus imprévoyants que nous ont déjà commencé à nous faire « partager » leurs soucis : chute de l'Euro et du dollar, assauts contre notre système bancaire et financier, menaces non voilées contre notre système fiscal, remises en cause des accords bilatéraux, etc.

Quant aux nouveaux équilibres planétaires en formation, ils ont des conséquences palpables et de plus en plus nombreux sur le citoyen helvétique, dans son statut de consommateur comme dans ceux de salarié et de contribuable. Le tout récent exemple de Novartis à Nyon est très illustratif.

Les emplois de la cité vaudoise sont sauvés, certes, et le citoyen-travailleur rit, même si c'est un peu jaune puisqu'il devra oeuvrer plus pour le même salaire. Mais pour le citoyen-contribuable le prix à payer n'est pas négligeable puisque l'Etat de Vaud s'est vu d'une part contraint de brader une partie du patrimoine communal au profit de la multinationale, d'autre part d'accorder à cette dernière de substantiels allègements fiscaux. Le citoyen-consommateur, de son côté,  passera à la caisse puisque manifestement dans cette affaire nos autorités fédérales ont donné leur blanc seing à la politique de dumping de Novartis, celle qui consiste à vendre en Suisse les médicaments à un prix plus élevé qu'à l'étranger.

Le prix de ce genre d'arrangements, qui ne manqueront pas de se multiplier dans les années à venir, peut paraître élevé. C'est celui auquel nous mènent les vertus et le pragmatisme que nous cultivons davantage que les autres Etats européens. Mais ce prix reste bas au regard des conditions d'existence d'une société riche, au sein de laquelle la redistribution des revenus est très vaste et d'où les affrontements sociaux violents sont quasiment absents.

Quoi qu'il en soit, c'est le prix auquel nous devrons nous habituer. Nous aurons en effet fort à faire dans les années à venir pour adapter les structures économiques, sociales et politiques helvétiques aux équilibres planétaires nouveaux induits par le grand partage des richesses de la planète au profit de tous les peuples.

Pierre Kunz

 

11:27 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

09/12/2011

Les "indignés", produits décalés d'une société narcissique

Les « indignés », sont ces gens qui manifestent bruyamment leur colère à l'égard d'une société qui selon eux a perdu sa boussole à cause des dérives causées par les rapaces de la finance. Sont-ils défendables ?

Certes, la crise économique et financière que vit l'Occident a explosé suite à la mise en lumière des tripotages du monde bancaire. Certes, les déséquilibres structurels qui en ont découlé au sein de nos sociétés industrialisées ont généré des conséquences économiques et sociales extrêmement lourdes. Certes, à cause des difficultés du secteur financier, la question des dettes souveraines à pris un relief et une ampleur auxquels personne ou presque n'était préparé.

Mais les abus du secteur financier sont-ils réellement à l'origine de la période d'austérité et, plus consternant, du déclin dans lesquels s'enfoncent les pays industrialisés ?

Comme d'autre observateurs, l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, défend le point de vue qu'en réalité le monde occidental, l'Europe latine en particulier, affronte trois crises simultanées qui s'exaspèrent mutuellement mais qui ont leur origine propre : une crise du système bancaire, une crise de compétitivité économique et une crise des dettes souveraines. Il n'en reste pas moins que la cause profonde de nos maux est unique. Elle réside dans la rupture récente et brutale de nos sociétés avec les valeurs constitutives de notre civilisation et de nos succès passés.

En place de ces valeurs, soit la spiritualité, l'esprit d'entreprise, le travail, l'épargne, le sens du devoir et les solidarités traditionnelles, nous nous sommes précipités dès la fin de la dernière guerre dans la culture du matérialisme, des loisirs, de l'individualisme, des droits, de l'immédiateté et du crédit ; dans un égalitarisme insensé aussi, exacerbé par l'Etat providence, veau d'or du 20ème siècle. Consommateurs invétérés, nous avons enfin succombé à l'égoïsme et à la cécité volontaire à l'égard des autres pays de la planète qui ne nous ont plus intéressés que comme destinations touristiques.

Nous avons vécu dans un confort, une sécurité et des facilités, dont aucun peuple n'avait aussi amplement disposé jusqu'ici, oubliant avec une étonnante facilité qu'ils nous ont été offerts par le labeur séculaire de nos prédécesseurs. Nous comprenons douloureusement aujourd'hui que si nous en avons tant profité c'est largement en contrepartie de l'endettement déraisonnable de nos collectivités publiques, celles qui se trouvent aujourd'hui dans la tourmente non pas à cause de leurs créanciers mais par la faute de leur imprévoyance et de leur légèreté.

L'avenir assombri dont prennent douloureusement conscience les jeunes générations n'est donc que le résultat d'une arrogance et d'un aveuglement qui nous ont empêchés de discerner que nos « acquis » étaient désormais contestés par les peuples que nous avions assujettis à nos intérêts pendant des siècles. Ces peuples qui, portés, eux, par les valeurs qui nous ont échappé, prennent part depuis quelques décennies au « grand partage » des ressources et des opportunités de la planète.

Les « indignés » sont certes les victimes malchanceuses de la société dont ils héritent et dont tout indique qu'elle sera désormais plus exigeante qu'égalitariste. Mais ils sont aussi la représentation la plus caricaturale de notre inaptitude  à accepter les réalités de l'environnement planétaire contemporain. Des réalités qui exigent urgemment détermination et efforts partagés plutôt que manifestations et accusations.

Les « indignés » paradent et discourent dans une absence totale de raison et de réflexion. Leurs « solutions » sont simplistes et incohérentes. Ils nient la gravité de l'endettement public et refusent tout simplement d'en accepter les conséquences austères, réclamant au contraire le maintien des soi-disant « acquis sociaux et matériels ». Ils militent pour la fin du libre échangisme mondialisé au prétexte qu'il ne profiterait qu'aux pays émergents, accusés d'avoir mis leurs peuples en esclavage industriel. Ils exigent le démantèlement des multinationales arguant qu'elles délocaliseraient par pure cupidité. Quand ils oublient momentanément de réclamer la taxation massive des riches, ils s'expriment carrément en faveur de la banqueroute des Etats endettés jusqu'au cou et tant pis pour les créanciers voraces.

Leur projet immédiat se résume à l'effacement radical des engagements et au maintien absolu des droits. Quant à leur vision de l'avenir, elle se ramène à un retour au protectionnisme voire à l'impérialisme, à ce temps « béni » où l'Europe et les USA profitaient d'une Terre entièrement organisée à leur avantage et qui offrait aux habitants de ces nations la possibilité de mener grand train grâce au travail et aux ressources des pays aujourd'hui libérés et économiquement émergents. Ce temps béni où la société prétendait offrir à chacun « de travailler conformément à son rythme et son idéal de vie mais de recevoir selon ses besoins matériels », et où, confronté aux images de la pauvreté des peuples du Sud, chacun se donnait bonne conscience en militant pour l'aide au développement.

Un programme infantile, conçu par des gens ayant jusqu'à hier vécu dans un environnement fictif, imaginé par des politiciens et des technocrates qui avaient oublié les leçons de l'histoire. Des gens qui n'ont qu'une excuse, celle d'avoir été si mal instruits sur les choses de la vie.

Il en existe pas mal en Suisse romande.

Pierre Kunz

 

Article publié dans Le Temps de ce jour

 

 

 

 

11:33 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

24/10/2011

La faim dans le monde, Ziegler contre Charvet

Les difficultés alimentaires dont les médias se sont fait l'écho ces dernières années conduisent immanquablement à se demander si les exploitations agricoles de la planète suffiront à assurer une production susceptible de nourrir la totalité de l'espèce humaine qui comptera 9 milliards d'individus en 2050, soit 3 de plus qu'aujourd'hui

On peut bien sûr aborder la problématique de l'alimentation mondiale sur le mode de la croisade. C'est le ton qu'a choisi Jean Ziegler. Passionné, fidèle à la rhétorique du militant outragé à laquelle il nous a habitués, le sociologue genevois ne se prive pas, dans le livre (*) qu'il vient de signer, du recours aux substantifs et aux adjectifs qu'il affectionne. Rassemblée en deux phrases sa thèse se rédigerait ainsi : « La faim dans le monde est le fruit d'un crime organisé par des requins-tigres, des prédateurs féroces qui opèrent au sein de la bourse des matières premières de Chicago et parmi les dirigeants des hedge funds installés au bout du Léman. Ces criminels bénéficient de surcroît de la complaisance de l'OMC, du FMI et de la Banque mondiale ».

Mais on peut traiter la question de manière plus approfondie, plus constructive aussi. C'est à cette tâche que se livre le Jean-Paul Charvet, professeur à l'université de Paris Ouest, dans l'ouvrage remarquable qu'il a publié voici quelques mois (**). Dans les pages de l'atlas consacrées à la problématique de l'alimentation mondiale, l'auteur ouvre les yeux du lecteur sur trois constats éclairants.

Le premier est d'ordre général. « Il a été montré clairement, dit-il, que, particulièrement en Afrique, les crises alimentaires sont moins liées aux crises climatiques qu'à des conflits d'ordre politique à l'intérieur des Etats ou à des conflits armés entre Etats. » Dans son ouvrage le professeur français ne met que marginalement en cause la spéculation, les achats de terres agricoles par les pays riches et les grands organismes cités plus haut. Il insiste principalement sur l'impéritie des gouvernements des pays pauvres, le poids des pays émergents dans la problématique et le protectionnisme des Etats occidentaux.

Le deuxième constat concerne plus directement l'agriculture africaine. Les cultures commerciales d'exportation (café, cacao, coton, huile de palme, etc.) y ont été trop souvent présentées comme antagonistes aux cultures vivrières, alors qu'elles sont dans bien des cas complémentaires ». Et l'auteur de souligner plutôt combien « l'agriculture africaine souffre d'abord de ses encadrements : balkanisation de ses marchés et problèmes de gouvernance ». Il est urgent insiste-t-il d'assurer un retour aux investissements consacrés à l'intensification des productions en même temps qu'une protection suffisante des productions locales contre les importations à bas prix venues du marché mondial ».

Le troisième constat nous mène au Brésil. L'agriculture vivrière, exploitée en petites exploitation le plus souvent familiale, y « participe très largement à l'alimentation de la population brésilienne ». La grande agriculture capitaliste qui s'y est fortement développée en parallèle est quant à elle principalement tournée vers l'exportation, domaine où le pays devance désormais les USA pour nombre de produits. Le Brésil est devenu d'ailleurs le premier exportateur mondial de sucre, de café et d'éthanol.

Au-delà des polémiques, quelles pistes le professeur français invite-t-il l'humanité à suivre si elle entend répondre au défi alimentaire du demi-siècle qui s'est ouvert ?

En premier lieu, la bonne gouvernance des pays pauvres doit les conduire à protéger leurs structures agricoles. Quant aux grands acteurs planétaires, il leur revient de mieux encadrer et réglementer les marchés, ne serait-ce que pour limiter les effets de la spéculation qui, il faut le rappeler, n'est que la conséquence de leur mauvais fonctionnement. « Mettre en compétition sur un même marché mondial des agricultures dont les productivité par unité de main d'œuvre varient de 1 à 1000 n'a pas de sens ».

En deuxième lieu, Jean-Paul Charvet, juge incontournable l'inversion de la « transition nutritionnelle » observable actuellement partout dans le monde, à savoir le passage de rations alimentaires fondées sur la consommation directe de céréales et de féculents vers une consommation accrue de protéines animales qui finalement augmente la demande de grains.

En troisième lieu, l'auteur relève que « pour seulement maintenir le niveau moyen actuel de consommation de céréales par habitant, la production mondiale de grains devra passer de 2 à 3 milliards de tonnes entre 2000 et 2050 ». Il s'agira donc inéluctablement de mettre en exploitation en tout cas partielle les principales réserves de terres agricoles nouvelles qui se trouvent sur les surfaces boisées des forêts tropicales sud-américaines, africaines et sud-asiatiques. Tout aussi indispensable s'avère un large recours aux techniques agricoles « productivistes »,  celles qui seules permettront d'atteindre l'objectif, c'est-à-dire, le recours renforcé à l'irrigation, aux intrants  d'origine industrielle et aux semences issues des biotechnologies.

Il ne suffit pas, comme le fait Jean Ziegler, de crier au scandale de la mauvaise utilisation des ressources alimentaires de la planète. Encore faut-il procéder à l'analyse scientifique de cette question essentielle pour l'avenir de l'humanité. Exercice auquel se livre de manière convaincante le professeur Jean-Paul Charvet.

Pierre Kunz

 

17:29 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

07/09/2011

M. Budry, et la déontologie bordel !

Le journaliste de la Tdg a fait depuis des lustres la preuve de la qualité de sa plume. On connaît son intérêt constant pour la politique genevoise. Et il y a longtemps que les Genevois se sont habitués à ce qu'on appellera son « amabilité » dans le traitement des thèmes chers à certains partis et élus situé à gauche de l'échiquier.

Mais la façon dont le journaliste rapporte dans la « Julie » de ce mercredi, la première des plénières automnales de l'Assemblée constituante, tenue mardi, dépasse les limites de l'objectivité. On passe carrément dans le domaine de la complaisance crasse. Non pas à cause de sa manière de relayer les positions exprimées par les groupes. Le vieux routier qu'il est a en effet bien compris que ces déclarations ne sont que des bornes appelées à baliser le chemin des débats qui attendent les constituants. Des débats fondés, comme le souligne Eric Budry, sur un accord estival partiel et fragile d'une part parce qu'il ne porte que sur certains des sujets litigieux, d'autre part parce que les enjeux restent considérables.

C'est dans le paragraphe qu'il consacre à l'intervention du conseiller d'Etat François Longchamp qu'Eric Budry s'écarte de manière impardonnable de ce qu'il est convenu d'appeler la déontologie journalistique. Qu'a-t-il retenu des propos de notre ministre venu en représentant de l'ensemble du Conseil d'Etat et qui s'est adressé longuement aux constituants ? Une seule phrase : « Le gouvernement invite les constituants à plus d'audace pour le bien de Genève et de ses citoyens ».

Il n'est pas excessif de soutenir qu'il s'agit-là d'une véritable trahison. Car François Longchamp ne s'est pas contenté de cette envolée lyrique; il a indiqué précisément les domaines dans lesquels le Conseil d'Etat unanime réclame des réformes profondes. Lesquels ?

Le Conseil d'Etat unanime, par la bouche du chef du Département de la solidarité et de l'emploi, attend en effet de l'Assemblée constituante qu'elle mette en œuvre trois réformes essentielles à ses yeux : l'introduction de l'imposition communale au lieu du domicile, l'augmentation des exigences dans l'utilisation des droits populaires et une répartition précise des compétences entre les communes et le canton. Pour notre gouvernement la démarche de la Constituante, sans ces avancées, resterait un exercice vain et se ramènerait à un simple toilettage de la constitution genevoise en vigueur.

Chacun comprend que cette partie du discours de François Longchamp est de la plus haute importance. En premier lieu parce qu'elle souligne les obstacles constitutionnels à surmonter pour améliorer la gouvernabilité du canton. Elle indique aussi les critères principaux auxquels le Conseil d'Etat se réfèrera lorsqu'il jugera le texte qui sera soumis au peuple et lorsqu'il s'agira pour lui de dire s'il le soutient ou non.

Pourquoi, se demandera-t-on, Eric Budry est-il passé comme chat sur braise, sur ces informations ? Serait-ce à cause d'un manque de jugeote ? Impossible, Eric Budry n'est pas un journaliste incompétent.

La réponse est plus inquiétante. Il se trouve que les avancées réclamées par le Conseil d'Etat sont celles que rejettent le plus vigoureusement les groupes de gauche de la Constituante. Elles touchent précisément les questions qui n'ont pas pu être réglées lors des négociations de l'été. Et manifestement  Eric Budry, au mépris de son devoir d'information le plus élémentaire à l'égard de la population genevoise, a choisi de ne pas retranscrire le message de François Longchamp, afin de limiter la portée de ce dernier et de ne pas nuire aux « intérêts » de ses amis politiques.

Pierre Kunz, constituant

 

15:31 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

31/08/2011

Prévenir, légiférer, bureaucratiser et ... payer

Les parlements de ce pays, dans les cantons comme à Berne, ont détecté depuis plusieurs décennies un moyen efficace pour justifier leur rôle. Il s'agit de la mise en œuvre des innombrables mesures destinées dans pratiquement tous les domaines à la « prévention ». A Genève, poussée par cette mode, la Constituante a d'ailleurs failli tomber dans le stade ultime de la prévention et n'a échappé que de justesse (pour le moment en tout cas !) à l'inscription dans le futur texte constitutionnel auquel elle travaille du périlleux « principe de précaution ».

Qu'on comprenne bien ! Depuis que les êtres humains vivent en communautés et qu'ils ont entrepris leur lutte pour dompter le mieux possible les éléments naturels ils se sont contraints à la prévoyance et à la prévention. A leurs dépends ils ont en effet rapidement compris que faute d'une telle prudence ils s'exposaient aux pires catastrophes. Notre société contemporaine et chacun d'entre nous bénéficient grandement des expériences et des initiatives de nos prédécesseurs, en particulier dans le domaine de la santé publique.

Mais notre Etat s'égare lorsqu'il prétend, officiellement parce que « prévenir vaut mieux que guérir » mais en réalité parce qu'il semble ne plus croire à la capacité des individus de surmonter leurs problèmes, s'immiscer dans ce qui de tout temps a découlé de notre responsabilité personnelle, celle de construire notre existence, de lui donner du contenu, du sens et de l'équilibre. Une responsabilité qui s'est toujours développée essentiellement dans le cercle familial et avec l'aide de ce dernier.

Mais que penser des innombrables lois de prévention déjà  édictées et des multiples projets de mesures que nos autorités nous préparent encore ? Des mesures qui ne concernent plus vraiment l'intérêt général mais qui par contre contribuent de manière significative au gonflement de la bureaucratie publique.

Prévention du tabagisme, prévention de l'alcoolisme, prévention de la dépendance au jeu, prévention de l'achat compulsif, prévention de l'obésité chez l'enfant, prévention du cancer de la prostate, prévention de la dépendance à internet, etc. Avec à chaque occasion la mise en place d'un coûteux « observatoire » servi par quelques employés de l'Etat. Quant aux effets de ces "efforts" de prévention, il est bien rare qu'ils fassent l'objet d'une information, probablement parce qu'ils demeurent le plus souvent insignifiants.

Comment ne pas voir qu'en intervenant à ce point dans les comportements individuels l'Etat contribue à dévaloriser l'éducation familiale, à réduire le rôle des cercles sociaux à la portion congrue et à déresponsabiliser les personnes concernées, à les conforter même dans leur détresse ?

Et si nos élus replaçaient dans leurs réflexions le rôle essentiel de la famille et de la responsabilité parentale en matière d'éducation ? Et dans l'enseignement que dispensent nos écoles, si nos élus faisaient davantage la part de la responsabilité individuelle et des exigences d'une vie réussie ?

Pierre Kunz

 

12:28 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

23/08/2011

Provenance de l'énergie fournie par les SIG

Tous les ménages du canton, avec la plus récente facture de leur fournisseur, ont reçu une information détaillée à propos de l'origine de l'énergie électrique consommée au bout du lac en 2010. Tableau statistique à l'appui, les SIG soutiennent que « plus de 87 % de l'énergie électrique fournie est d'origine renouvelable ». Les informations présentées montrent de surcroît que 86, 8 % est d'origine hydraulique, que le gaz naturel compte pour 12,1 % et que dans l'électricité consommée à Genève il n'y a pas trace du moindre électron nucléaire.

Ces chiffres ne résistent pas à une analyse sérieuse. En effet, depuis la catastrophe de Fukushima, ceux qui n'en avaient pas encore conscience savent désormais que 40 % environ de l'énergie électrique produite en Suisse est d'origine nucléaire. Sachant que 20,2 % de l'approvisionnement des SIG provient des autres cantons helvétiques, on calcule logiquement qu'au moins 8 % de l'électricité produite en Helvétie et consommée par les ménages et l'économie genevoise est d'origine nucléaire.

Le bilan dressé par les SIG montre aussi que 58,0 % de l'électricité qu'ils distribuent est livrée par des pays européens. Or on se rappelle qu'au sein de l'Union européenne 35 % de la production totale de l'électricité sont assurés par des centrales nucléaires. On doit donc déduire de ces deux constats qu'au moins 20 % de celle que nous importons de producteurs étrangers est également d'origine nucléaire. Sans tenir compte du fait que nos deux principaux fournisseurs sont la France, dont la part de l'électronucléaire s'élève à 78 %, et l'Allemagne où elle est encore de 29 %, le reste étant majoritairement produit dans des centrales à charbon.

De ce qui précède l'objectivité et l'honnêteté conduisent à la conclusion que contrairement à ce qu'affirment les SIG l'électricité que nous utilisons est pour au moins un tiers d'origine nucléaire.

Quel tour de passe-passe les SIG, sous la pression du Conseil d'Etat, d'une partie des députés et de ContrAtom, utilisent-ils pour oser faire croire à la population que, contrairement aux évidences, à Genève on ne consomme que de l'électricité propre ? Ils concluent, disent-ils, avec des fournisseurs se prêtant à ce jeu contestable, des « contrats d'approvisionnement excluant les énergies produites à partir de l'atome et du charbon ». Des contrats totalement fictifs.

Fictifs en premier lieu parce que nul, EOS pas davantage que EDF, n'est en mesure de sélectionner, avant de les distribuer, les électrons d'origine nucléaire et charbonnière de ceux provenant d'une autre source d'énergie primaire. Fictifs également parce que les quotas de KwH « réservés » par les SIG auprès de leurs deux principaux fournisseurs forcent simplement nos voisins de Saint-Julien et du Pays de Gex d'acquérir auprès de ces derniers les KwH d'électricité « sale » dont les SIG ne veulent pas. EOS et EDF n'ont donc pas produit ni distribué un KwH propre de plus ou de moins et l'équilibre régional en matière d'approvisionnement électrique n'a pas changé.

Des contrats fictifs donc, mais qui ont conduit les SIG, toujours sous la pression du Conseil d'Etat, d'une partie du Grand Conseil et de ContAtom, à adopter un marketing qu'il n'est pas excessif de qualifier de « trompeur ». En vertu de ce qui précède comment en effet désigner autrement la curieuse palette d'énergies plus ou moins vertes et de prix plus ou moins élevés que notre régie propose aux habitants et aux entreprises du canton ?

Pierre Kunz

 

15:58 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

18/08/2011

Et si la médecine privée se libérait du Tarmed ?

 

Il est un reproche qu'on ne saurait faire à Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses, celui de ne pas être honnête dans ses propos. Cette semaine encore il a eu des mots d'une grande clarté : « la gauche défend mieux les médecins ! ».

On doit pourtant se demander si les objectifs stratégiques qu'il poursuit dans le cadre de ses fonctions sont bien compris par les médecins dont il affirme défendre les intérêts. Il est en effet surprenant de constater que les praticiens restent quasiment sans réactions face à la fonctionnarisation voire à la socialisation progressive de la profession qu'ambitionne semble-t-il leur président.

Certes, les difficultés qu'ils rencontrent sont nombreuses. Elles ont pour origine la LaMal, une loi fondamentalement mauvaise, qui, outre ses nombreux autres graves défauts, emprisonne la médecine privée. A tel point que le carcan pesant aujourd'hui sur celle-ci a dépouillé la profession de l'étiquette « libérale » qu'elle portait jusque dans les années 1990.

Mais ces difficultés découlent aussi de ce qu'on se permettra d'appeler l'espèce de « fatalisme », quand ce n'est pas la peur, qui paralyse les énergies et brise les velléités de réactions de ceux qui restent attachés à l'exercice libre de leur art. Ceux-ci sont exaspérés par la lourdeur des processus administratifs qu'on leur impose mais ne semblent plus croire à la possibilité de rompre avec un système dont pourtant le bon sens conduit à la conclusion qu'il ne saurait survivre en l'état sur le long terme.  Alors, sous la conduite de leur président et avec l'assistance des Maillard, Rossini et consorts, ils s'en prennent de manière déraisonnable et avec une constance inutile aux deux cibles les plus commodes, soit les assurances-maladie et les conseillers fédéraux, épargnant dans leurs attaques les seuls véritables responsables, à savoir les législateurs fédéraux, socialistes en tête. Or les assurances ne sont en définitive que les organes d'exécution de la loi et le Conseil fédéral est condamné en permanence à régler des questions d'intendance.

Les médecins privés oseront-ils se souvenir que l'exercice libre de la médecine est toujours possible dans ce pays ? Que rien ne les oblige à se conformer au Tarmed ? Qu'il leur reste encore le droit de refuser de subir les lourdeurs administratives liées à ce tarif ?

Bien sûr, le Tarmed constitue une garantie de « non concurrence tarifaire » entre les médecins et donne aux médecins un sentiment, largement fictif d'ailleurs, de sécurité en matière de revenu. Mais, comme le statut de la fonction publique genevoise, il est surtout une prison destructrice des libertés, de l'initiative personnelle, de la diversité et de l'indépendance.

Dire « non » au Tarmed, rompre avec la bureaucratie médicale, voilà la voie que le président de la FMH devrait promouvoir, voilà le défi qu'il devrait inciter la corporation à relever. Mais comment imaginer un socialiste, candidat au Conseil national, disposé à se lancer dans une telle bataille ?

Pierre Kunz

 

 

12:42 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/08/2011

L'insoutenable légèreté d'Alain Berset

 

La TdG a fait une large place dans ses colonnes de jeudi dernier au conseiller aux Etats fribourgeois. Ce dernier en a profité pour inviter « le pays tout entier à dire stop aux spéculateurs ! », pour stigmatiser le Conseil fédéral qui ne ferait rien « pour lutter contre le franc fort » et pour livrer ses soi-disant recettes. Les déclarations du Fribourgeois sont très révélatrices de la légèreté avec laquelle lui et ses collègues socialistes s'expriment sur les questions économiques et financières qui préoccupent l'ensemble de la planète.

L'interview de Jean-Pierre Danthine, numéro trois de la Banque nationale, parue le même jour dans le quotidien Le Temps, mettait d'ailleurs cruellement en relief le volontarisme de pacotille et les recettes simplistes affichés par l'élu fribourgeois.

Malhonnêteté intellectuelle ? Electoralisme ? Incompétence ? Quoi qu'il en soit, Alain Berset s'écarte d'emblée d'un traitement sérieux du sujet en attribuant l'origine des graves problèmes économiques et financiers de la Suisse aux spéculateurs. S'il se voulait crédible le Fribourgeois se serait penché sur les causes profondes du mal et aurait reconnu que dans une économie libérale les spéculateurs, institutionnels ou privés, interviennent comme des « arbitres ». Ceux-ci, au même titre que la ménagère comparant les prix et allant au meilleur marché, ne font que mettre en évidence les déséquilibres de l'offre et de la demande tout en cherchant à en profiter.

S'il avait voulu traiter ces questions de manière raisonnable, le conseiller aux Etats aurait commencé par admettre que les déséquilibres à l'origine de la spéculation actuelle sont les conséquences des politiques publiques désastreuses menées par les pays occidentaux au cours des dernières décennies. Il aurait admis parallèlement que les remous monétaires et boursiers du moment sont nés dans les déficits annuels et l'endettement colossal accumulé par les pays européens et les USA. Il aurait enfin rappelé que les vrais responsables de la situation sont les politiciens à qui les citoyens de ces pays ont confié le pouvoir et dont ils ont écouté les promesses excessivement généreuses.

Mais Alain Berset ne reconnaîtra probablement jamais ces évidences. Pourquoi ? Principalement parce que, socialiste convaincu, il ne voudrait pas ce faisant cautionner la capacité de l'économie de marché à révéler, à coups de crises et grâce à ses arbitres, ses dysfonctionnements et ceux des gouvernements. Il voit au contraire dans la crise actuelle l'occasion de réduire le rôle du secteur privé et renforcer le rôle de l'Etat fédéral comme celui des cantons.

Il ne sera jamais davantage disposé à admettre les évidences susmentionnées. D'une part parce que l'Etat providence, partout en Europe, est né principalement sous la pression de ses amis socialistes. D'autre part parce que, partout en Europe, c'est lorsque ses ces derniers étaient au pouvoir que les politiques publiques en cause ont été portées à leur paroxysme.

Grâce au conservatisme et à la prudence du peuple, à son fédéralisme, aux droits populaires, au frein à l'endettement et à un parlement enraciné majoritairement à droite, la Suisse a fort heureusement a largement échappé à la dérive de ses voisins. Mais, ancrée dans une économie mondialisée dans laquelle elle puise plus que jamais sa richesse, elle n'en subit pas moins les conséquences.

Des conséquences que le Conseil fédéral, auquel l'élu fribourgeois s'en prend, ne peut que tenter de limiter en concertation avec la BNS. Ce que l'un et l'autre ont déjà entrepris de la seule manière qui convient, sans précipitation, de manière sélective, avec la conscience des forces et faiblesses structurelles de notre pays et en songeant à l'avenir de celui-ci ... plutôt qu'aux prochaines élections.

Pierre Kunz

 

12:05 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

17/07/2011

Après les scandales Salerno, Sommaruga, Cramer, Dandres, etc ...

Il y a eu les révélations relatives aux loyers particulièrement avantageux dont, à l'instar de quelques uns de leurs collègues de droite, bénéficient les élus de la gauche genevoise. Chacun se demande maintenant si ces derniers, grands défenseurs et politiquement grands profiteurs de la pénurie actuelle de logements, vont continuer à parader à la tête de l'Asloca. Auront-ils le culot de poursuivre leur lutte pour le maintien de la LDTR et de toute la panoplie législative et réglementaire liée à cette loi ?

Question légitime. Il est en effet plus évident que jamais que ce sont bien l'Asloca et le tissu législatif absurde qu'elle a fait engendrer qui sont à l'origine de la pénurie de logements dont souffre la population du canton. Comme il est évident que ce sont bien l'Asloca et le contrôle du prix des loyers, destiné soi-disant à la « protection  des locataires », qui se trouvent à l'origine des injustices criantes qui viennent d'être mises au grand jour.

Il est malheureusement naïf de penser que la gauche, démasquée, va faire amende honorable. A preuve, cette déclaration stupéfiante du président du PS genevois, René Longet, qui disait récemment à un journaliste que « si nous baissons la garde de la protection des locataires, ce sera pire. Plein de gens ne pourraient plus se loger. Comprendre pourquoi les prix de l'immobilier explosent, voilà la vraie question » poursuivait-il.

Une déclaration stupéfiante car elle ne peut provenir que d'un démagogue de la pire espèce ou d'un ignare en matière économique. Il y a probablement des deux chez René Longet, ce qui laisse d'autant plus songeur que cet homme prétendait tout récemment disposer des compétences pour se faire élire à la Cour des Comptes !

Pourquoi les prix de l'immobilier explosent-ils ? Tout simplement parce que l'on ne construit pas suffisamment d'habitations au bout du lac et que, tout étudiant de première année en HES de gestion le sait, lorsque l'offre est insuffisante pour satisfaire la demande les prix ne peuvent que monter. Et pour un bien aussi essentiel que le logement la conséquence inéluctable d'une telle situation est la multiplication des avantages de situation, des passe-droits, des combines entre « copains ».

Dans les faits l'Asloca et la LDTR ont créé artificiellement un dramatique rationnement de la construction de logements à Genève. Obsédés par la « rente foncière et les soi-disant gains spéculatifs des propriétaires » les Grobet, Sommaruga, Dandrès et Cie, renforcés par les phobies des Verts, ont rendu quasiment impossibles les déclassements de terrains nécessaires à la création de logements. Sans honte, tout ce beau monde a de surcroît entrepris récemment de lutter contre les surélévations d'immeubles.

Ainsi donc, au prétexte de « lutter contre la spéculation immobilière et protéger les locataires », les politiciens proches de l'Asloca  ont organisé la pénurie, l'injustice et les inégalités les plus scandaleuses entre les locataires. Et pour bloquer définitivement la machine à leur bénéfice partisan, profitant de la détresse et de la crédulité de la population, ces démagogues incendiaires ont élevé la source des blocages au niveau constitutionnel en abusant des droits populaires.

En vertu de ce qui précède on ne peut qu'inviter les Genevois à prendre conscience des réalités, à cesser d'écouter les discours trompeurs des démagogues, à comprendre que la solution à la pénurie ne peut provenir que de deux réformes profondes. La première, destinée à favoriser la construction rapide des habitations qu'ils réclament, réside dans la mise à disposition sans délai de nouveaux terrains constructibles. Le périmètre des Cherpines ne saurait en effet suffire puisque c'est de 30 à 50'000 logements nouveaux dont nous avons besoin d'ici à 2030 si nous entendons endiguer le gonflement du nombre des pendulaires.

La seconde consiste, en parallèle, à libéraliser, sur une période de dix ans au moins afin de prévenir les hausses de loyers brutales, le contrôle des loyers tel qu'il existe actuellement. Nous mettrons fin ainsi aux injustices entretenus par les rentes de situation et le copinage qui pénalisent toute une catégorie de la population, celle des jeunes en particulier.

Pierre Kunz

 

16:00 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/07/2011

Le "bio" nous tourne en bourriques !

Les produits  « bio », constate l'observateur de bon sens, présente trois caractéristiques principales. L'une est économique : le label « bio » aide les agriculteurs de ce pays à vivre mieux en créant et en occupant ce qu'il est convenu d'appeler des niches de marché et à écouler leurs productions à des prix qu'ils ne pourraient obtenir autrement. C'est aussi un instrument au service des milieux protectionnistes qui agitent avec une vigueur retrouvée le drapeau de « l'autosuffisance alimentaire ».

Les deux autres caractéristiques sont carrément mercantiles et mettent en évidence  notre candeur de consommateur : d'une part il s'agit pour les distributeurs de l'opportunité de s'offrir des marges bénéficiaires plus fortes ; d'autre part, pour ces mêmes distributeurs et leurs fournisseurs, il convient de profiter du ramdam médiatique incessant relatif aux soi-disant dangers des produits non « bio » que nous consommons pourtant depuis des décennies. Ces acteurs tirent en l'occurrence opportunément parti des peurs ainsi générées au sein de nombreuses familles.

La Coop illustre parfaitement la façon dont un gros distributeur s'y prend pour abuser sa clientèle et pour augmenter son chiffre d'affaires et ses marges. Qui n'a pas encore remarqué que, sur les étalages de ses magasins, la part des produits « bio » est d'autant plus grande que la concurrence est faible ? Aux Diablerets, par exemple, où la Coop bénéficie d'un quasi monopole alimentaire, il est souvent impossible de trouver un produit alternatif à celui labellisé « bio ». Presque tout est « bio », donc cher : le pain, les fruits, les légumes, les produits laitiers, l'huile, les céréales, etc. Dernière trouvaille dans le filon, les fleurs « bio » !

Et quand cette coopérative se sent tout de même contrainte de présenter les deux types de produits, celui non « bio » n'est comme par hasard vendu qu'en grosse quantité. Ainsi les bananes « bio » sont vendues à la pièce à plus de Fr. 3.20 le kg, celles étiquetées simplement Max Havelaar, qui coûtent Fr 2,10 le kg, ne peuvent être acquises qu'en emballages de 1000 ou 1500 grammes.

S'agissant des bienfaits du « bio », on se contentera de rappeler que tous les nutritionnistes sérieux ont déjà montré que le « bio » n'est absolument pas nécessaire à l'alimentation équilibrée et à la bonne santé des humains. Il s'agit simplement pour ces derniers de ne pas succomber à l'uniformité alimentaire, celle du « bio » ne valant pas mieux que l'autre. Notre organisme est parfaitement adapté à la qualité des mets apprêtés avec les produits contrôlés et autorisés par nos autorités de surveillance.

En désespoir de cause scientifique, les promoteurs du « bio » en sont réduits à se muer en défenseurs de la planète. Selon eux la culture « bio » serait nécessaire à la protection de notre environnement. Il faut selon eux lutter contre la culture intensive fondée sur l'utilisation des engrais chimiques, des pesticides et des OGM. Massivement relayée par les intégristes de l'écologie cette attitude, si elle devait convaincre une majorité d'entre nous, ne pourrait conduire l'humanité qu'au désastre alimentaire.

L'accroissement de la population mondiale et par ailleurs la disponibilité limitée des terres fertiles, des ressources naturelles, de l'eau et de l'énergie en particulier, pose un défi colossal à l'humanité. Or seul le recours aux méthodes de productions intensives, essentiellement celles ouvertes par les biotechnologies, nous permettra de relever ce défi. En améliorant les rendements agricoles tout en préservant les écosystèmes (semences plus résistantes aux parasites, requérant moins d'irrigation, etc.). Cette option et ces technologies sont seules susceptibles de nourrir les 9 milliard d'individus que devrait porter la Terre en 2050.

Le futur de l'humanité se trouve donc dans l'exact contrepied des cultures « bio », chères et à faibles rendements.

A cet éclairage on prend la portée réelle du « bio ». Il est et restera le privilège, le luxe, que peut s'offrir une infime minorité de l'humanité.

Pierre Kunz

 

15:31 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

03/07/2011

Cité Carl-Vogt; égoïsmes et tromperies

L'ambition de l'Hospice général de surélever de deux étages des immeubles de logements locatifs construits dans les années 1960 est emblématique. Elle met en évidence tous les ingrédients de la salade servie jour après jour aux Genevois en guise de solution à la pénurie lancinante de logements dont ils souffrent.

Une salade malsaine faite bien sûr de l'incapacité de nos autorités à construire. Faite aussi, cela étant, des inquiétudes sincères mais également de l'égoïsme inébranlable de nombre de nos concitoyens. Faite aussi des tromperies constantes et de la démagogie révoltante des certains milieux politiques.

Les peurs, c'est au sein de la population qu'elles se sont développées graduellement à cause de la difficulté grandissant qu'une partie d'entre elle éprouve à se loger à des conditions raisonnables, surtout celle qui est jeune, qui vient de fonder famille ou qui est nouvellement arrivée à Genève. Les habitants du canton se disent solidaires de celle-ci. En réalité ils se fichent de ses problèmes car, pour le 90 % d'entre eux, ils s'estiment bien logés, à un coût acceptable, considèrent que « c'est bien la moindre des choses ». Ils ne songent qu'à éviter toute diminution, même provisoire, de leur confort. Dans cette attitude, d'où a disparu le sens de l'intérêt général et du bien commun, fleurit un égoïsme contribuant grandement à la paralysie générale de la construction de nouvelles habitations.

Parmi les politiciens, ceux prêts à toutes les compromissions et tous les mensonges pour « faire carrière », fondent avec succès depuis trois décennies leurs ambitions personnelles sur l'exploitation de ces inquiétudes et de cet égoïsme. Ils ont obtenu plusieurs renforcements du contrôle des loyers puis la multiplication des lois relatives à la construction et la transformation des immeubles locatifs. Comment ? En faisant croire aux locataires genevois crédules que, grâce à ce dispositif, on allait construire quantité de logements bon marché et qu'ils pourraient désormais se loger à un « prix convenable ».

On connaît le résultat des blocages qui ont découlé de ces promesses. D'une part les promoteurs ne veulent plus ou ne peuvent plus construire à Genève. C'est ainsi que le tiers des gens qui aujourd'hui occupent un travail à Genève se sont trouvés forcés d'aller habiter avec leur famille hors des frontières cantonales. D'autre part les inégalités de traitement entre les locataires sont devenues tout simplement scandaleuses. Dans le cas de la Cité Carl-Vogt, par exemple, qui peut trouver équitable que pour le même appartement M. X. paie Fr. 600.- par mois alors qu'à l'étage au-dessus le contrat de bail de Mme Y. l'oblige à verser Fr 2'000.- ? Sans compter que, pour un appartement de même type, le loyer peut ailleurs dans le canton dépasser Fr. 4'000.-

Depuis l'apparition de ces constats les soi-disant « défenseurs des locataires » utilisent une multitude de moyens pour en nier la réalité ou pour les retourner en toute mauvaise foi à leur profit, notamment en recourant systématiquement et abusivement aux droits populaires. Tous ces moyens sont marqués au sceau de leurs intérêts électoraux immédiats et à celui de l'absence totale de scrupules.

On se rappelle qu'en matière de surélévation d'immeubles locatifs l'Asloca (c'est évidemment de ce « pôle » et des « célébrités politiques » qui gravitent autour qu'il est question) avait commencé par menacer d'un référendum la loi qui instituait cette possibilité de réduire quelque peu la pénurie d'habitations. Après avoir négocié avec le Conseil d'Etat un certain nombre de concessions elle avait finalement accepté de ne pas s'y opposer en votation populaire, une votation qui s'est avérée largement favorable à la nouvelle loi.

Qu'à cela ne tienne. Dans le cas de la surélévation planifiée des barres de la Cité Carl-Vogt, reniant sa promesse de coopérer avec les autorités cantonales, capitalisant sur l'égoïsme des habitants installés et prêts à tout pour ne pas avoir à affronter les immanquables désagréments temporaires liés aux travaux destinés à faire place à de nouveaux locataires, M. Rémy Pagani et ses collègues de gauche du Conseil administratif de la Ville, sont entrés en opposition au projet. Où M. Pagani est-il allé prendre ses instructions ? Chez le député socialiste Christian Dandres, avocat à l'Asloca  et habitant, probablement à très bon compte, ... dans l'un des immeubles de la Cité.

Résultat ? Dans le meilleur des cas, construction de plusieurs dizaines de logement retardée. Dans tous les cas, plusieurs dizaines de Genevois supplémentaires contraints de s'installer en France voisine ou dans le canton de Vaud et ... plusieurs dizaines de frontaliers de plus.

Il est vrai que la gauche genevoise, qui se gargarise de « solidarité sociale et intergénérationnelle » nous a habitués depuis longtemps à la charité bien ordonnée, celle qui commence par soi-même.

Pierre Kunz

 

 

18:13 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/06/2011

Un avenir plus laborieux et plein de promesses

Dans un fort intéressant article publié par le professeur Simon  J. Evenett dans la revue bimensuelle d'une grande banque helvétique, l'auteur montre de manière saisissante comment a évolué le PIB des grands producteurs de la planète entre le début du premier millénaire et le commencement du nôtre. Saisissant parce qu'il y a mille ans le PIB cumulé de la Chine et de l'Inde représentait près de 60 % de l'ensemble de la production mondiale contre seulement environ 10 % à la fin des années 1960.

Pour les grandes puissances occidentales (Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, France et Etats-Unis), durant le même laps de temps, l'évolution a été presque exactement inverse, puisque leur part au PIB mondial a passé de 10 à 55 %. De surcroît, en 2008 déjà, le PIB additionné des deux pays les plus peuplés de la planète avait déjà franchi la barre des 25 % du total.

A la lecture de cet article et de ces chiffres, devant la fulgurante progression indienne et chinoise favorisée par la libéralisation mondialisée des échanges, qui ne serait amené à réfléchir aux deux questions pressantes qui nous préoccupent, en Europe comme aux USA.

Cette résurgence de la Chine et de l'Inde, qui sera bientôt suivie de l'émergence d'autres grands pays du Sud, explique-t-elle pleinement les tourments économiques et sociaux que vivent les sociétés démocratiques occidentales ?

Sommes-nous condamnés à voir notre niveau de vie se réduire en proportion de la diminution de notre rôle économique relatif dans le monde ?

A la première interrogation il convient de répondre largement par l'affirmative. Ils ont définitivement passé les cinq siècles durant lesquels l'Europe puis les Etats-Unis ont organisé l'exploitation de la planète à leur seul profit, aidés en cela par leur puissance militaire, leur avance scientifique et technologique, le mercantilisme, le colonialisme, le protectionnisme.  Une fin brutale parce que nos sociétés, jusque là au bénéfice de privilèges aussi immenses qu'infondés, n'ont pas su ou pas voulu prendre la mesure du profond changement issu des « trente glorieuses ». Artificiellement protégé et ayant vécu au-dessus de ses moyens depuis près de trente ans, l'Occident se retrouve endetté comme jamais et incapable de maintenir le train de vie social qu'il avait cru pouvoir garantir à ses populations. Les « droits acquis » ne le sont plus, les prestations publiques deviennent aléatoires, l'emploi se précarise, les caisses de pensions ne peuvent plus verser les rentes généreuses promises.

Par contre, il faut le dire avec force, le bouleversement de notre environnement ne nous condamne pas à la baisse inéluctable de notre niveau de vie. Nous sommes en mesure de le maintenir à son seuil élevé parce que l'économie mondiale n'est pas un jeu à somme nulle où ceux qui gagnent font automatiquement perdre les autres.

Certes, le futur ne sera plus aussi aisé que le passé. Nous avons désormais à faire avec des concurrents libérés des contraintes anciennes, aussi intelligents et entreprenants que nous, prêts à travailler sans compter leurs heures et dans le cadre d'une protection sociale qui demeure lacunaire, au bénéfice par conséquent d'avantages comparatifs considérables. En conséquence, les secteurs ayant traditionnellement offert leur emploi à une large partie d'entre nous, continueront de se restreindre.

Certains imaginent que la solution à nos problèmes réside dans un retour, plus ou moins rapide, étendu et rigoureux selon les avis, au monde protectionniste d'antan, largement fermé à la circulation des savoirs, des biens, des services et des personnes. C'est un leurre, propagé par des ignorants et des démagogues. A l'évidence, la libéralisation mondialisée des échanges a été conduite à un rythme inadéquat et en prenant insuffisamment en compte ses conséquences économiques et sociales sur nos sociétés occidentales. Il convient donc de négocier un processus ralenti avec les pays émergents. Mais il ne saurait être question de prétendre leur imposer un retour à la situation qui nous convenait si bien, sauf à vouloir transformer la planète en champ de bataille.

Quel que soit le rythme auquel se développeront nos nouveaux concurrents, il paraît pourtant évident que, si nous entendons conserver notre niveau de vie tout en maintenant le type d'Etat social que nous connaissons, nous devrons renoncer à une partie de notre confort, fréquenter plus longuement nos écoles et nos universités et accepter de travailler davantage ou plutôt de manière plus productive, souvent dans d'autres entreprises que celles qui nous tendaient les bras voici quelques années encore. Nous serons certainement contraints à renoncer aux domaines d'activités auxquels nous étions habitués et à faire l'effort de nous préparer pour des secteurs différents, à plus fort contenu de valeur ajoutée, donc de matière grise.

Cet avenir plus laborieux et distant du discours malthusien de la décroissance et de la frugalité n'est pas seulement possible. Il est crucial si nous voulons faire perdurer la société équitable que nos pères ont voulue, faite de l'opportunité donnée à chacun, par son travail, d'améliorer son sort et de s'élever au travers de la hiérarchie sociale.

Pierre Kunz

 

17:52 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

06/06/2011

Le CO2 a cessé d'inquiéter les Suisses et leurs élus

« La girouette ne tourne pas toute seule, c'est le vent qui change de sens », notait avec assurance Edgar Faure pour justifier ses postures politiques à géométrie variable. Le souffle de l'émotion qui, après Fukushima, semble emporter toutes les peurs climatiques, toutes les convictions écologistes et tous les engagements environnementalistes illustre à merveille ce qu'entendait le ministre de la 4ème République française.

Chacun connaît l'ampleur des craintes générées dans l'esprit des Suisses à la suite de la catastrophe japonaise et chacun comprend le reflexe « non au nucléaire ! » qui en est résulté dans une large partie de la population. Dans ce contexte il est difficile de ne pas approuver la manière dont le Conseil fédéral a décidé de laisser les centrales atomiques actuellement en fonction achever leur vie et de ne pas en autoriser la construction de nouvelles. Si nécessaire il sera toujours temps pour lui et le parlement, dans un lustre ou deux, lorsque les passions se seront calmées, de reprendre l'analyse objective et sereine de l'approvisionnment énergétique du pays. Enfin, la démocratie étant ce qu'elle est, il n'est pas surprenant que certains partis aient entrepris de tirer le parti électoral maximum de la situation.

Il y a encore, dans l'évolution des discours et des postures politiques nés de Fukushima, un autre aspect, presque amusant celui-là. Il s'agit de la facilité avec laquelle la quasi-totalité des acteurs de la scène politique helvétique ont oublié et fait oublier les sombres perspectives environnementales qu'ils évoquaient voici quelques semaines encore. Les rappels du danger des gaz à effet de serre et de la part humaine « évidente » dans l'origine du réchauffement du climat ont complètement cessés.

En conséquence, la sensibilité du peuple suisse au danger climatique et à ses causes humaines supposées a été étouffée. Chez les politiciens défenseurs de l'écologie on ne parle plus que du risque nucléaire et de la nécessité de s'extraire sans délai du danger représenté par l'atome, toute autre considération, écologique et économique notamment, étant exclue. Quant au Conseil fédéral, il n'a pas pratiquement rien dit des conséquences de sa décision de renoncer au nucléaire sur les engagements pris par conventions internationales, à Kyoto notamment. Pourtant, à l'évidence, cette décision rend impossible désormais le respect des objectifs que la Suisse s'est fixée en matière d'émissions de gaz polluants.

Le vent a donc tourné. Il a peut-être tourné dans le sens de ceux qui affirment depuis toujours, comme Claude Allègre, que le réchauffement climatique est un phénomène essentiellement naturel qui se produit régulièrement depuis des millénaires. Oubliant que ce constat et l'intelligence ne nous dispensent pas de l'effort de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, c'est probablement ce que se diront les députés genevois pour se donner bonne conscience lorsqu'ils voteront, en fin de semaine, la construction de la centrale à gaz réclamée par les SIG.

Pierre Kunz

 

 

 

17:51 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

27/04/2011

Indignons-nous !

S'indigner, résister, dire « non ! » constituent des vertus auxquelles, en politique et en matière d'éducation comme au plan professionnel, il faut adhérer sans retenue.

Aussi, lorsque le rouleau compresseur médiatique s'est mis en route pour vanter les mérites de « Indignez-vous ! », nombreux ont été ceux qui, instinctivement, ont éprouvé de la sympathie pour le vénérable Stéphane Hessel : être encore capable, à près de cent ans, non seulement d'en appeler à l'indignation et à la résistance mais encore d'élever sa publication au rang de succès commercial, chapeau ! Pourtant, à cause de l'unanimité douteuse entourant cette publication dans les médias, ils sont restés tout aussi nombreux ceux qui se sentaient peu enclins à consacrer du temps à la lecture de cette prose.

Mais certains, parce que par exemple ils l'ont reçu en cadeau, ont été amenés malgré leurs réticences à parcourir le texte publié par Hessel, d'autant plus que le cadeau était complété par le recueil d'un entretien que l'ancien résistant a accordé en février dernier à un jeune journaliste, préoccupé lui aussi par les problèmes de notre temps.

Un parcours pénible.

« Indignez-vous ! » et les confidences que Hessel a accordées par ailleurs ramènent en effet à une pensée superficielle, exprimée par un petit soldat rose-vert, à propos de quelques questions à la mode. Des questions traitées au jour le jour depuis des années par bien des échotiers.  En dernière analyse, « Indignez-vous ! » ne dépasse pas le niveau d'une proclamation fade, mise en exergue par la presse bien pensante sans égard pour l'insuffisance de profondeur de son contenu.

Les bons sentiments convoqués par Hessel au détriment de la raison finissent par laisser indifférent tant ils sont disparates et manquent de cohérence. Ils paraissent d'ailleurs davantage sélectionnés en fonction de l'actualité que par les convictions de l'auteur. C'est à l'évidence pour cela que ce dernier reste silencieux à propos du nucléaire, sujet pourtant éminemment lié à la problématique de la protection de l'environnement qui retient sa plus grande attention. Gageons que si la catastrophe de Fukushima s'était produite avant la publication de son ouvrage, Hessel n'aurait pas manqué d'y consacrer un pavé dans son texte.

Il y a plus dérangeant. Les affirmations qui ponctuent le discours de celui qui prétend avoir contribué en 1948 à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'Homme sont généralement mal fondées. Plus d'une fois, par exemple, Hessel marque sont indignation face « aux inégalités sociales, à la juxtaposition de l'extrême richesse et de l'extrême pauvreté » et face à « l'aggravation de l'écart qui existe entre les pays riches et les pays pauvres, particulièrement ces vingt dernières années ». Mais Hessel n'argumente pas honnêtement lorsqu'il relie sa condamnation des inégalités sociales à cette Déclaration. La lecture de celle-ci montre en effet qu'il n'y est nulle part fait mention d'un objectif égalitariste, intenable au demeurant. Les droits de l'Homme visent, plus raisonnablement, la sécurité sociale, indispensable à sa dignité (art. 22), et un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille (art. 26).

En d'autres occasions Hessel fait preuve d'incohérence, se trompe gravement de diagnostic et recourt à des contre-vérités. C'est notamment le cas lorsqu'il stigmatise « l'économie commerciale » promue par l'OMC et qu'il se lamente à propos de ce qu'il nomme « les échecs du développement des pays pauvres au cours du dernier demi-siècle ». A cause, dit-il, « des pays industrialisés qui n'ont pas tenus leurs engagements en matière d'aide ». Or, l'évolution des pays du sud, celle de la Chine, de l'Inde, de l'Indonésie et du Brésil en particulier, démontre que c'est précisément cette économie commerciale, autrement dit la globalisation des échanges de biens, de services et de capitaux et l'accès du Tiers Monde aux marchés mondiaux, qui favorise la croissance économique et sociale des anciennes colonies européennes. Une économie mondialisée qui permet aux pays pauvres, infiniment mieux que l'aide financière de l'Occident, de progresser par l'intelligence et le travail de leurs populations.

Il y a donc de quoi s'indigner ! Surtout à l'égard de ceux qui, au sein de la sphère médiatique, ont couvert de louanges un pamphlet probablement sincère mais d'un simplisme évident et fourmillant d'erreurs de jugement.

Pierre  Kunz

 

 

14:31 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook