22/02/2012

Christoph Blocher, vedette du grand écran ?

 

Pour la vaste majorité des acteurs politiques du pays le petit déjeuner passa de travers ce jour de février quand, de bon matin, ils apprirent que le cinéaste Stéphane Bron s'apprêtait à tourner un film sur Christoph Blocher. Non parce qu'ils se seraient sentis submergés à ce moment par un sentiment de jalousie. C'est plutôt l'incrédulité qui les envahit, tant ce projet leur parut incongru dans le contexte suisse, tant il s'écarte de la manière dont, en Helvétie, on s'intéresse aux élus, aux conseillers fédéraux en particulier. Concordance et collégialité obligeant, de tout temps la discrétion, la grisaille et l'oubli ont prévalu sur les éclairages.

Pourquoi cette mise en lumière surprenante ? Christoph Blocher mérite-t-il le privilège des paillettes du septième art ?

Dans certains milieux on l'aime, on l'adore même. Ailleurs on le déteste, on l'exècre parfois. Lui-même et l'UDC ont sans nul doute atteint leur zénith. La culbute politique du mentor et celle du parti ont d'ailleurs commencé et c'est probablement ce constat qui avant tout autre motif a amené l'ancien conseiller fédéral à collaborer à ce tournage. Il est vraisemblable aussi que ce film se révèle comme l'ultime concession d'un homme de pouvoir à un ego surdimensionné.

Quoi qu'il en soit il est juste que l'histoire retienne le rôle exceptionnel, aussi imprévu que dérangeant, de Christoph Blocher dans le déroulement des trois dernières décennies de la vie politique suisse. Avant lui, jamais en effet un politicien n'avait tant marqué et transformé le paysage politique et médiatique d'un pays ancré depuis 150 ans dans ses schémas conservateurs et la permanence. Durant tout ce temps la composition du parlement fédéral et du gouvernement de la Confédération s'est certes adaptée peu à peu à l'usure des radicaux mais les institutions n'ont pas évolué et, surtout, l'usage qu'en ont fait les partis politiques n'a jamais changé.

Christoph Blocher est l'unique représentant de l'élite politique aux affaires helvétiques à avoir posé la question de la gouvernance du pays en des termes nouveaux. Il est, au cours des décennies qui ont suivi la fin du dernier conflit mondial, le seul homme politique suisse d'envergure ayant sérieusement ambitionné de remettre en question la concordance.

Voici une quinzaine d'années son objectif était clairement d'éliminer le PS du Conseil fédéral, cela dans l'objectif d'une « concordance restreinte », celle fondée sur un programme de gouvernement susceptible de rassembler fermement tous les membres du collège gouvernemental et engageant chacun d'eux, de même que leur parti. Il avait compris le premier que l'évolution du monde, de notre environnement politique, social et économique impose le renforcement de notre exécutif confédéral. Et personne sinon lui, dans la sphère fédérale, a ouvertement, pendant un temps au moins, reconnu le besoin au parlement d'une majorité pro-gouvernementale structurée et solide, et parallèlement regretté l'absence aux Conseil national d'une opposition crédible.

Il a échoué. En premier lieu parce que les dirigeants des autres groupes, viscéralement attachés au confort et aux avantages immédiats qu'ils tirent du statu quo, n'ont pas voulu adhérer à ce projet. En second lieu parce que Christoph Blocher, « dopé » par les succès électoraux de l'UDC, a probablement cru pouvoir imposer ses vues par d'autres méthodes. Il a alors peu à peu modifié son discours et son action pour formuler des exigences relevant clairement de la démagogie et du populisme. Un changement de cap malheureux qui s'est traduit par une dérive durable de la vie démocratique helvétique et par l'affaiblissement des autorités fédérales.

Les historiens ne manqueront pas d'étudier le phénomène Blocher, les multiples facettes du personnage, son accession aux plus hautes fonctions du pays puis les raisons de son déclin comme celui, inéluctable, du parti auquel il a su donner son extraordinaire développement. Mais d'ores et déjà la trajectoire exceptionnelle de l'homme vaut bien un film.

Pierre Kunz

 

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07/11/2011

Maillard au Conseil fédéral ? Aucune chance !

A la tête d'une démocratie « normale », lorsque le premier ministre désigné entreprend de former son gouvernement, il distribue les maroquins en fonction de deux critères essentiels. En premier lieu, il effectue ses choix en fonction de ses orientations politiques et du programme qu'il entend mettre en œuvre. D'autre part, il s'efforce de sélectionner les femmes et les hommes qui lui paraissent les plus aptes, intellectuellement et politiquement, à remplir la mission qu'il leur confie.

La plus étonnante spécificité du modèle suisse et le plus stupéfiant paradoxe de la gouvernance politique helvétique, s'agissant de l'élection des conseillers fédéraux, résident dans l'indifférence absolue que le pays cultive à propos des deux principes énoncés.

Le Conseil fédéral ne se donne pas de programme politique, il ne gouverne pas et se contente à longueur de législature d'expédier les affaires courantes, c'est-à-dire de gérer tant bien que mal les problèmes et les incidents qui se présentent dans la vie du pays. Les nouveaux conseillers fédéraux ne sauraient donc être élus par l'Assemblée fédérale selon leur capacité à défendre la politique gouvernementale. La motivation essentielle des négociateurs qui « préparent » l'élection du Conseil fédéral, loin d'être politique, reste de caractère exclusivement arithmétique. Armé du prétexte de la sacro-sainte « concordance », chacun n'a en tête qu'un objectif, celui de conserver le nombre de fauteuils auquel il est habitué.

Quant au charisme, aux compétences et aux convictions idéologiques des candidats, le système électoral est depuis plusieurs décennies orienté par nos grands électeurs de manière à retenir les hommes et les femmes qui en possèdent le moins. Pourquoi ? Parce que les groupes parlementaires considèrent qu'ils n'ont aucun intérêt à l'émergence d'un conseiller fédéral fort, brillant et efficace. Ces groupes songent surtout à choisir des candidats qui, une fois élus, ne constitueront pas grâce à leur action un atout électoral pour les partis dont ils sont issus. L'argument officiellement invoqué pour masquer ce comportement est bien sûr celui du fonctionnement interne du Conseil fédéral qui doit demeurer « collégial ».

Lors de l'élection annoncée pour la mi-décembre il n'en ira pas autrement. En conséquence de tous ces arrangements d'épiciers, on peut donc parier que l'équilibre actuel de l'exécutif fédéral ne sera pas modifié, exception faite de l'éventuelle perte du siège PBD au profit de l'UDC. Et s'agissant du choix entre Maillard et Berset qu'effectueront les Chambres pour remplacer la socialiste sortante, il n'interviendra évidemment pas en fonction des qualités respectives des deux hommes. Sera désigné celui qui est le plus lisse, le moins susceptible de vouloir faire de la politique, le mieux disposé aux compromis voire aux compromissions avec la droite.

Maillard n'a dès lors aucune chance.

Pierre Kunz

 

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29/07/2011

Christophe Blocher : "La solution finale"

Renoncer au bilatéralisme après avoir contribué largement à faire échouer la voie multilatérale dans nos échanges avec l'Europe, voilà la nouvelle étape que Christophe Blocher et l'UDC nous invitent à franchir.

On n'a pas assez mis en évidence, au cours des deux dernières décennies les graves conséquences économiques et sociales du rejet par le peuple, en 1992, de l'Espace économique européen. On n'a pas assez souligné que les bilatérales, contrairement à ce que prétend l'ancien conseiller fédéral, ne nous ont pas été imposées par l'Union européenne. Il s'agit en vérité d'un mécanisme compliqué et lourd dont la Suisse a été forcée de faire sa politique et dans lequel, suite à son « Non » à l'EEE, elle s'est engagée afin de sauvegarder les relations économiques vitales que les entreprises du pays entretiennent avec notre principal partenaire commercial, l'Europe.

Il faut rappeler que nombre d'évènements douloureux, socialement, économiquement et financièrement, furent les conséquences directes du refus par les Helvètes de l'EEE combattu par Christophe Blocher et son parti. La plus spectaculaire illustration de ces conséquences, chacun s'en souvient, fut l'affaire Swissair. Une compagnie gérée de manière douteuse, certes, mais poussée dans l'abîme par la situation économico-politique engendrée par le rejet de l'EEE.

En suivant l'UDC en 1992, la Suisse n'a pas su saisir l'opportunité qui lui était offerte d'accéder au marché unique européen sans avoir à prendre en charge ce qu'on appelait à l'époque « l'acquis politique de l'Union », donc sans adhérer politiquement à celle-ci et sans devoir renoncer à ses spécificité démocratiques et fédéralistes. Rendues nécessaires à la suite d'un vote populaire émotionnel et irrationnel, les bilatérales offrent actuellement au pays un substitut à l'EEE, certes malcommode mais massivement bénéfique.

Le tribun zurichois a parfois dit des choses essentielles pour le bon fonctionnement du pays. Il s'est souvent exprimé, et c'est heureux, à contre-courant du « prêt-à-penser » si cher à la classe politique helvétique installée dans le confort des habitudes et dans les chasses gardées de la « concordance ». La fin justifiant les moyens, il n'a jamais hésité à bousculer le trantran confédéral quitte à abuser des droits populaires pour renforcer l'électorat UDC et sa vision d'une Suisse qu'il voulait plus indépendantes et neutre.

Avec cette vision et dans le cadre de sa stratégie anti-européenne, utilisant une fois de plus l'arme de l'initiative populaire, Christophe Blocher tente depuis quelques jours d'engager le peuple suisse sur le chemin d'une « solution finale » consistant à briser les bilatérales. Meurtri par ses expériences politiques récentes, amer et revanchard, a-t-il perdu le « bon sens terrien » qu'il se flattait de posséder ? Son initiative illustre-t-elle les excès et la perte de la mesure qui finissent toujours par ronger les capitaines autoritaires ? Marque-t-elle la dérive d'un homme et d'un parti conduits irrémédiablement par leurs méthodes vers le « jusqu'au-boutisme » et vers le pas de trop ?

Quelle que soit la réponse à ces questions on peut sans grand risque prédire qu'avec son plus récent coup politique, visant autant à exploiter les craintes d'une partie de la population à l'égard de l'immigration qu'à torpiller les bilatérales, Christophe Blocher a franchi un seuil, celui qui sans doute marque le début de sa culbute.

Pierre Kunz

 

 

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07/05/2011

L'aveuglement des partis traditionnels

Les institutions politiques helvétiques, certes, ne favorisent guère les exécutifs forts. Elles imposent en effet non seulement un puissant conservatisme mais aussi une limitation drastique du pouvoir des acteurs. Certains tirent de ce double constat, ajouté à la piteuse image actuelle de la gouvernance de la Confédération et de plusieurs cantons, que la Suisse moderne serait devenue ingouvernable. Ils se trompent.

En réalité, l'explication de la faiblesse gouvernementale n'est que subsidiairement d'ordre institutionnel. Elle réside essentiellement dans le fonctionnement aujourd'hui anachronique des partis politiques traditionnels, de ceux qui jusque dans les années 1980 « faisaient » la Suisse, à savoir le PRD, le PDC et le PS.

Contrairement à l'UDC, qui comptait peu alors mais qui a su depuis répondre aux exigences de la modernité, ces trois partis ont continué à fonctionner selon les recettes qui leur ont permis d'accaparer à leur profit les institutions politiques du pays et qui leur ont valu tant de succès et de confort. Alors que les citoyens rencontrent chaque jour des difficultés nouvelles dans leur existence familiale, sociale et professionnelle à cause de l'ouverture des frontières et des bouleversements de notre environnement technologique, ces formations continuent de distiller leurs discours d'un autre âge, forgés dans le « prêt-à-penser », empreints de « valeurs, de visions et de concordance ». Des discours qui s'inscrivaient efficacement dans les nécessités du monde bipolaire d'alors mais qui ne trouvent plus d'ancrage dans la vie et les préoccupations actuelles des habitants du pays. Des discours masquant mal le véritable objectif de leurs auteurs : conserver le statu quo en matière de partage du pouvoir et des sièges entre « les ayant-droit historiques ».

A l'évidence, c'est dans ce déni des réalités que se situe ce que certains, banalisant le phénomène, appellent « l'émiettement naturel des courants de pensée », à savoir l'origine de la croissance de l'UDC et l'émergence des nouvelles formations désormais actives sur l'échiquier politique helvétique. Et c'est à la capacité de leurs dirigeants de tenir, eux, un langage concret, direct, éloigné du politiquement correct et transgressant les tabous, qu'elles doivent leur attrait grandissant dans la population.

Forts de leur réussite passée, les partis traditionnels se sont ossifiés autour des recettes qui ont fait leur histoire. Parce que les décisions qui y sont prises sont destinées à répondre non pas aux exigences économiques, sociales et politiques du présent mais aux inquiétudes « d'apparatchiks » et d'élus préoccupés principalement par leur carrière politique et par la conservation de leurs sièges. Des apparatchiks et des élus qu'intéresse seulement subsidiairement l'indispensable modernisation de leur parti. D'où l'ostracisme qu'ils cultivent et l'effarouchement hypocrite qu'ils affichent à l'égard des nouveaux venus sur la scène politique, même lorsqu'ils se situent dans un courant de pensée proche.

Genève ne fait bien sûr pas exception. La situation y est particulièrement caricaturale sur la droite de l'échiquier politique, le PS ayant su s'accommoder de l'existence de la gauche extrême et des Verts, contrairement aux trois partis bourgeois baignés dans leurs certitudes et une bonne dose d'arrogance.

Qu'a-t-on vu en 2001, lorsque l'UDC est apparue au Grand Conseil ? Le rejet systématique par les dirigeants et les élus radicaux, libéraux et démo-chrétiens de toute collaboration avec « les suppôts genevois de ce diable de Blocher ! », avec « ceux dont les valeurs sont si éloignées des nôtres ! ».

Résultat ? Renforcement de la tendance isolationniste de l'UDC genevoise, approfondissement des excès de langage de ses élus, affaiblissement de cette formation au profit d'un nouvel adversaire encore plus malcommode, le MCG, et ... enchaînement des défaites électorales pour l'ensemble de la droite au profit de la gauche. Des défaites entachées de surcroît par des rabibochages électoraux de dernière minutes aussi pitoyables qu'incompréhensibles par les citoyens.

Quand les partis bourgeois, à Genève comme ailleurs en Suisse, décideront-ils de mettre un terme à leur décadence en retrouvant les vertus démocratiques ? Quand décideront-ils de renoncer à la défense de leur prés-carrés au profit de l'intérêt de leurs électeurs ? Quand entreprendront-ils de collaborer effectivement entre eux et avec leurs nouveaux « partenaires » idéologiques sous le sceau de véritables programmes politiques engageant les partis signataires et leurs élus ?

Pierre Kunz

 

 

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07/03/2011

L'Abbé Pierre et la rage de dents du PS

Entre 1945 et 1951 l'Abbé Pierre a été député de Lorraine à l'Assemblée constituante puis à l'Assemblée nationale française. De cette période le grand homme a tiré l'enseignement synthétique suivant : « J'ai été député pendant un peu plus de six ans et j'ai vite compris une chose simple : le travail des hommes politiques consiste essentiellement à décider à qui prendre de l'argent pour le redistribuer ».

En lançant leur initiative parlementaire pour la prise en charge par l'assurance-maladie des factures de dentisterie le PS illustre une nouvelle fois, de la manière la plus caricaturale possible, les mots de l'Abbé Pierre.

Au prétexte que « l'on est en train de revoir le catalogue des prestations » le PS propose non pas d'en retrancher quelques-unes, particulièrement discutables, afin de réduire les primes à la charge des assurés mais de les accroître encore, et massivement ! Le PS omet évidemment de rappeler que « avoir mal aux dents » ne constitue pas une maladie et que si nous ne sommes certes pas tous égaux en la matière on ne saurait parler des mêmes risques que ceux liés à la maladie et à l'accident. Il n'existe par conséquent pas de motifs sanitaires et financiers sérieux de les mutualiser dans une assurance sociale. D'autant moins de motifs que suivre cette voie ne peut conduire qu'à la surconsommation des nouvelles prestations offertes par des assurés déresponsabilisés et à une nouvelle hausse des cotisations.

Comment donc expliquer une initiative  qui paraît si absurde ?

Il y a bien sût les motivations électoralistes d'un parti en sérieuse difficultés. Dans un tel contexte il n'est pas vraiment surprenant que le PS se laisse aller à la démagogie.

Il y a aussi l'objectif stratégique du PS et de ses alliés visant à l'institutionnalisation d'une assurance-maladie et accident unique, étatique et financée par l'impôt. Une assurance qui doit, selon la gauche être la plus large possible.

Mais il y a surtout un mode de fonctionnement consubstantiel à la gauche et qui ramène à la remarque de l'Abbé Pierre. Il s'agit de prendre l'argent à droite pour le redistribuer à la clientèle électorale de la gauche. Au nom de « la lutte contre les inégalités sociales et la pauvreté » le PS et ses élus ont toujours exigé sans nuances que « les nantis et le patronat » délient leur bourse. Cela sans égard pour les conséquences souvent dramatiques de cette attitude sur le sort des moins favorisés d'entre nous qui, constamment pris en charge, se retrouvent souvent dans l'incapacité de rebondir hors de l'assistanat, sur la classe moyenne généralement sacrifiées sur l'autel de cette pseudo-générosité, sur le financement des assurances sociales et sur l'équilibre économique de nos collectivités.

Pierre Kunz

 

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07/08/2010

Après les départs de Leuenberger et Merz, quel gouvernement ?

En mai dernier les présidents du PLR et du PDC, « conscients, disaient-ils, que leur partis assument, historiquement et institutionnellement, une large responsabilité dans la gouvernance du pays, ont entamé des négociations en vue de gouverner la Suisse ensemble ».

Ils sont nombreux, ceux qui, de Romanhorn à Genève, s’inquiètent de l’incapacité des partis politiques, depuis une vingtaine d’années, de s’entendre pour faire fonctionner nos institutions de la manière qu’imposent les défis du monde nouveau qui se crée autour de nous. Ils sont nombreux, ceux qui considèrent anachroniques et paralysants les affligeants marchandages à l’origine de la composition du Conseil fédéral. Ils ont peut-être vu dans la volonté exprimée, voici quelques mois, par MM. Fulvio Pelli et Christophe Darbellay, la promesse d’une époque nouvelle.

La démission successive des conseillers fédéraux Moritz Leuenberger et Hans-Rudolph Merz met en cette fin d’été les deux présidents au défi de tenir leur engagement de régénérer la politique helvétique. Oseront-ils aller au bout de la logique sur laquelle se fonde la volonté qu’ils ont exprimée, une logique qui impose l’élaboration, au sein d’une coalition des partis intéressés, du programme politique qui guidera l’action du Conseil fédéral dans les années à venir ? Autrement dit, oseront-ils clairement affirmer que le temps est venu de mettre un terme à la manière arithmétique de considérer la « concordance », c’est-à-dire de renoncer désormais à l’élection du gouvernement à « la proportionnelle » ?

Que signifierait la mise en œuvre de cette logique nouvelle ?

En premier lieu que le PDC et le PLR établissent la liste claire de leurs priorités politiques. Ensuite que les deux vieux partis, qui disposent certes de la majorité au Conseil des Etats mais pas au sein du Conseil national, entrent en négociation avec les autres formations afin de déterminer avec laquelle ou lesquelles, ils peuvent trouver des compromis et faire alliance. Ce qui revient à admettre, et c’est la démarche qui marquerait le retour aux fondements de la saine politique, qu’ils doivent choisir entre les deux ailes inconciliables et paralysantes que représentent le PS et l’UDC dans l’actuelle « formule magique ». C’est sur la base de la coalition ainsi formée et de son programme politique qu’interviendrait ensuite le choix des deux nouveaux conseillers fédéraux.

Mais peut-on espérer que le PLR et le PDC seront assez courageux pour relever le défi qu’ils se sont lancés ? Eux qui, comme les autres partis, ne voient le futur du pays qu’à travers leurs préoccupations immédiates et leurs petits bénéfices partisans. Pourtant c’est bien avec l’ambition réformatrice qu’ils ont annoncée en mai dernier que MM. Pelli et Darbellay, tout en servant les intérêts du pays, seraient le mieux à même, pour le premier, de conserver à son parti le deuxième siège qu’il a peur de perdre, pour le second, de retrouver celui que le PDC a égaré il y a quelques années.

Les premières réactions du monde politique à la double démission, radicalo-libérales et démo-chrétiennes en particulier, ne confortent en rien les optimistes. Il n’est question que d’épicerie. Il est donc malheureusement très probable que, durant l’automne, ceux qui sont sincèrement préoccupés par l’avenir de la Suisse, devront faire une fois de plus le constat pénible que les partis sont incapables de s’élever à la hauteur des enjeux et que leurs chefs continuent de vendre au peuple leurs discours pour de l’action.

Pierre Kunz

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03/08/2010

Les drogues, les politiciens et les experts "hors sol"

 

 

Plus un gouvernement est structurellement faible, moins il a, par absence de colonne vertébrale idéologique, de projets politiques clairs, courageux et ambitieux. Plus alors ses membres recourent aux « experts ». Ceux qui fréquentent les arcanes du pouvoir et du monde politique en général le savent donc bien : c’est à cet étage de la société que celle-ci est confrontée à la plus grande masse de rapports d’experts.

Notre société a forgé son développement sur la raison et le progrès scientifique. Les acteurs du monde politique, quant à eux, se sentent depuis trop longtemps contraints, par les institutions autant que par les obligations de leur carrière, de mettre en avant leur pragmatisme plus que leurs ambitions réformatrices, leurs convictions intimes et la valeur sociétale de leurs projets. Il n’est donc pas étonnant que le pouvoir ait recherché, et trouvé, dans les rapports de spécialistes ou soi-disant spécialistes, élevés au rang d’experts, la réponse à ses problèmes de visibilité.

Réponse d’autant plus aisée qu’un conseiller d’Etat ou fédéral est toujours en mesure de commander les rapports dont il a besoin aux spécialistes dont il connaît la manière de penser et par avance les conclusions.

Il s’agit là d’un mal profond et grave de la gouvernance du pays, que le récent rapport de la Commission fédérale pour les problèmes liés aux drogues (CFPD) vient une nouvelle fois d’illustrer. Comme toujours, le travail de cette commission ne saurait être questionné quant à la démarche scientifique suivie. Pas plus que, scientifiquement, l’on ne peut contester la pertinence de certaines des conclusions.

Pourtant il tombe sous le sens que les recommandations de la CFPD, à savoir, en résumé, qu’il faut dépénaliser toutes les drogues, ne peuvent être politiquement interprétées que comme une immense provocation. Elles s’inscrivent dans ce que quelqu’un a appelé « le culte grandissant de la rationalité et une forme de pensée qui constitue une perversion de l’esprit des Lumières. Une forme de pensée qui coupe la raison d’un ensemble de concepts moraux et philosophiques. Une forme de pensée qui oublie que la science n’est pas une valeur mais une méthode. »

Le travail commandé par le Conseil fédéral à la CFPD, de même que ses conclusions qui étaient prévisibles, ne présentent aucun intérêt pratique. Ils s’apparentent au mieux à un effort académique de recherche fondamentale, au pire à un pur gaspillage des deniers publics. Sauf pour ceux, évidemment, qui ont politiquement et professionnellement intérêt à instiller le doute et la confusion dans l’esprit d’une population et de parlementaires qui restent incapables de porter un jugement objectif sur des questions d’une extrême délicatesse et d’une complexité aussi grande.

L’ensemble des sociétés occidentales souffrent d’un matérialisme et d’un consumérisme effrénés. Nous avons perdu nos repères humanistes au profit d’un humanitarisme de pacotille et de la facilité. Nous ne pensons plus qu’en termes de droits, oubliant les devoirs, la rigueur, l’exigence. Ceux qui nous dirigent devraient avoir compris que les Suisses, comme nos voisins européens, cherchent plus ou moins confusément des chemins nouveaux. Il n’en est rien, manifestement. Au lieu d’éclairer ceux-ci, de nous aider à nous projeter dans l’avenir, nos élites politiques persistent à cultiver les sillons de la technocratie et s’entêtent à rechercher les sujets de leurs discours dans les rapports d’experts « hors sol », des experts qui ne savent que décortiquer le monde.

Pourtant c’est bien au politique que revient la mission de le dessiner et de le construire.

Pierre Kunz

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01/06/2010

A mes amis parlementaires fédéraux

 

 

Il se prépare à Berne la dernière étape d’une ignominie, d'une tranhison sale, impardonnable et sans exemple dans l’histoire helvétique des dernières décennies. C’est l’endossement par les Chambres fédérales d'un accord consistant à remettre à l’administration fiscale américaine le nom de 4500 clients de l’UBS qui se croyaient protégés par le droit suisse.

Cette trahison engagée par le Conseil fédéral, si elle est entérinée par le Conseil national et celui des Etats, sera pénible pour les gens concernés. Elle sera catastrophique pour l’image de la Suisse. Elle brise son honneur et la réputation de fiabilité de notre Etat de droit.

Le pronostic est sombre. Les vautours et les pleureuses de la politique helvétiques semblent prêts à sacrifier l’honneur du pays sur l’autel du « pragmatisme ». Oublieux du passé glorieux de l’Helvétie, les partis et nombre des parlementaires qui les représentent à Berne ne songent qu’à profiter de l’opportunité. Les uns pour engranger quelques bénéfices politiques collatéraux, les autres pour préparer les échéances électorales de l’an prochain. Sans parler de ceux qui n’agissent et ne parlent que dans l’espoir de « sauver les meubles » et de sauvegarder leur image.

Et le courage, bordel ?

Le courage de dire non. Celui de rappeler que rien n’oblige la Suisse à se comporter comme la Russie ou l’Ouganda, des pays où nul n’imagine pouvoir compter sur la pérennité du droit et l’honnêteté des juges. Le courage de réclamer un nouvel accord avec les USA, respectueux d’un principe juridique cardinal, celui de la non-rétroactivité des lois. Le courage de ne pas succomber à la pression de celui qui affiche la force et la morale.

Fort, vraiment ? Moral, vraiment ?

Dans cette affaire les USA ne sont pas forts. Ils font défiler leurs bataillons de propagandistes menaçants et de petits soldats juristes. Mais s’imaginent-ils que le peuple américain entend entrer en guerre financière économique avec la Suisse, ce petit pays qu’ils admirent précisément parce qu’il est (était ?) attaché à ses valeurs d’indépendance et de justice ?

Dans cette affaire les USA n’ont pas de leçon de morale à donner, tant leur passé les oblige à l’humilité. Qui ne se rappelle, par exemple, le jour où le président Nixon, dans les années 70, est unilatéralement revenu sur un engagement solennel, pris plusieurs décennies auparavant, en déclarant que désormais l’Etat américain refusera de rembourser en or les créances en dollars détenues contre le Trésor ?

Alors mes amis qui siégez à Berne, courage. Dites non !

Pierre Kunz

 

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18/05/2010

Coalition PLR-PDC; ils ont osé !

 

Les turbulences qui déstabilisent les marchés, soulignent les déséquilibres abyssaux des finances publiques dans les pays occidentaux, mettent en péril les structures et l’avenir politique des partis au pouvoir en Europe, ne sont manifestement pas étrangères à la nouvelle. Le PLR et le PDC, d’autant plus inquiets face aux troubles économiques et sociaux qui se dessinent à l’horizon de la Suisse comme ailleurs qu’ils ont une forte conscience de leur rôle institutionnel dans ce pays, ont entamé des négociations en vue « de gouverner la Suisse ensemble ».

Cette démarche, si elle débouche comme l’espèrent tout ceux qui voient dans la « formule magique » un mode de gouvernance anachronique, marque un pas décisif dans la régénération de la démocratie helvétique. Enfin, les deux partis historiques ont entrepris non pas de se marier, comme le suggèrent depuis longtemps les observateurs naïfs, mais tout simplement de collaborer, de se coaliser avec pour ambition l’élaboration d’objectifs et d’un programme de gouvernement communs. Une ambition réaliste pour deux partis que l’histoire, leurs racines et leur culture respective ont si souvent opposé mais dont les valeurs et la vision du monde sont si proches.

Cette démarche marque aussi les retrouvailles de la Suisse avec les exigences d'une véritable démocratie parlementaire, celle qui se pratique partout dans le monde. Une démocratie dans laquelle, s'agissant de la Suisse, le gouvernement est élu par les Chambres  sur la base d’un programme annoncé à l’avance. Une démocratie dans laquelle les partis jouent leur rôle et assument leurs responsabilités en présentant à l’élection non plus des individus sans profil politique mais une équipe homogène et unie dans ses ambitions pour le pays. Une démocratie où le parlement n’agit pas de manière aléatoire et ne décide plus en fonction de majorités de circonstance mais soutient ou sanctionne le gouvernement sur la base des résultats de sa politique et de son action.

Le cirque politico-médiatique auquel le peuple suisse assiste désabusé depuis une vingtaine d’années a suffisamment mis en évidence l’attitude étriquée et incohérente des partis du centre. Mais il a surtout éclairé d’une lumière crue le comportement discutable des deux partis situés aux marches de l’échiquier politique. Il en a montré les calculs à court terme, électoralistes, et l’absence de fiabilité de l’UDC et du PS s’agissant de la direction du pays. Combien de fois le PS et l’UDC ont-ils pris le contrepied, lors des votations populaires, des décisions du Conseil fédéral auquel ils prétendent pourtant appartenir de plein droit ?

Il n’empêche, le PLR et le PDC n’occupent pas la majorité des sièges au Conseil national. Reste donc pour les deux partis historiques à déterminer avec qui ils pourront s’associer afin de former une majorité parlementaire solide et stable. Les Verts restent trop faibles et les divers groupuscules présents au Conseil national ne comptent pas dans cette affaire. Ce sera donc soit avec le PS soit avec l’UDC.

L’intérêt de la nouvelle constellation proposée par les partis centristes réside dans le choix qu’il rend indispensable. Le gouvernement du pays, si le PLR et le PDC parviennent à concrétiser leur projet, ne sera plus élu à la proportionnelle, conformément au modèle désuet de la « concordance ». L’ambition implicite de la coalition initiée par les libéraux-radicaux et les démo-chrétiens consiste dans la « mise en compétition » des sièges ministériels du troisième larron. Ce sera le PS ou l’UDC  mais plus les deux; et le choix fera l’objet d’âpres négociations à propos du programme politique du futur gouvernement de la Suisse.

Soyons optimistes : la Suisse disposera bientôt, enfin, d’un vrai gouvernement. Un gouvernement qui prendra des décisions, sortira le pays de l’immobilisme, s’avérera capable de l’entraîner dans l’avenir. Un gouvernement dont l’action ne se résumera plus à courir après des trains déjà en branle mais à détecter les pièges à temps.

Pierre Kunz

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13/03/2010

La Suisse, son image, ses doutes

La presse du weekend consacre plusieurs pages d’interviews, de réflexions et de commentaires à l’image de la Suisse dans le monde. Immanquablement y surgissent les questions relatives aux évènements qui sont à l’origine des difficultés que nous rencontrons depuis la fin des années 1980.

C’est Montesquieu qui, voici près de deux siècles et demi, nous a appris à déceler sous les causes apparentes les causes profondes d’un évènement. S’agissant des symptômes de nos problèmes et des préoccupations qui en conséquence assombrissent nos humeurs, on s’accorde facilement pour relever l’affaire des fonds en déshérence, le grounding de Swissair, le désastre de Swissair, la montée des populismes, les coûts de notre système de santé ou encore le déséquilibre de nos institutions de prévoyance. Mais le consensus fait défaut en ce qui concerne les causes profondes de nos maux qui sont institutionnels.

Les observateurs avisés ont compris que notre pays est confronté depuis deux décennies aux mêmes bouleversements que nos voisins : la disparition progressive des protectionnismes, la mondialisation des échanges, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la concurrence internationale rendue plus féroce, la lourdeur des Etats sociaux occidentaux. S’ajoute à ces facteurs une caractéristique propre à la Confédération, son mode de gouvernance incompatible avec les exigences de cet environnement nouveau. Un système unique au monde fondé sur la « concordance », soit sur l’élection de notre gouvernement fédéral et des exécutifs cantonaux à la proportionnelle.

Comme le relève un observateur avisé, Jean-Louis Bourlanges, la Suisse est en deuil d’une mission historique évanouie depuis la chute du Mur. Elle a longtemps voulu et pu être un arbitre, elle doit devenir un acteur. Or pour être un acteur la Suisse doit être en mesure de décider. Décider du rôle qu’elle entend jouer, de la stratégie qu’elle peut mettre en œuvre pour atteindre ses objectifs et des ressources qu’elle veut utiliser à cet effet.

Mais comment le Conseil fédéral pourrait-il s’engager dans un processus décisionnel aussi ambitieux dans le cadre de la concordance ? Comment pourrait-il convaincre les Chambres d’abord, la population ensuite, composé qu’il est de ministres défendant des visions aussi divergentes que celle des élus socialistes et UDC ? Comment un tel collège pourrait-il se rassembler sur autre chose que des choix médiocres et la conservation du statu quo ?

Si notre pays et les cantons, dans leur sphère de compétences, entendent répondre aux défis qui nous attendent encore il est nécessaire que le monde politique ose affronter la cause profonde de nos handicaps. Il est indispensable qu’il trouve le courage de rompre avec nos modes de gouvernance anachroniques. Car, souligne Beat Kappeler dans Le Temps de ce jour « les atteintes à l’image de la Suisse proviennent des manquements du gouvernement lui-même ». Des manquements qui expliquent son imprévoyance, son inaction et ses réactions inadéquates ou tardives.

Pierre Kunz

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01/03/2010

Au PS il manque le courage; comme au PLR et au PDC

 

 

On comprend que le citoyen moyen éprouve de la difficulté à discerner l’anachronisme de la « concordance » en ce début de 21ème siècle et qu’il peine à en déterminer les graves faiblesses en matière de gouvernance. On le comprend d’autant mieux que même les acteurs et les dirigeants politiques du pays paraissent à ce sujet incapables d’élargir leur vision, de « penser à coté » comme aurait dit Einstein.

Les lecteurs du quotidien Le Temps ont pu s’en convaincre une nouvelle fois en prenant connaissance de l’interview de M. Christian Levrat relatée ce lundi. « Le PS va mal et la confiance des électeurs ne se reconstruit que lentement», admet son président. Comment le PS entend-il reconquérir son électorat ? En prenant un rôle de leader dans une année dont les socialistes veulent qu’elle soit de grandes confrontations sociales. En poursuivant sa lutte contre la place financière helvétique, en faisant campagne contre la révision de la loi sur le 2ème pilier et en menaçant de lancer un référendum contre la révision de la loi destinée à assainir la caisse de chômage. Autrement dit, en accentuant encore sa contestation déjà vigoureuse des projets politiques d’un Conseil fédéral … dont fait partie le PS !

Tout démocrate parlementaire responsable admettrait qu’il y a dans cette attitude une incohérence insupportable, surtout s’il s’agit du président d’un parti dit gouvernemental. Pas M. Levrat qui manifestement ne semble pas voir les choses ainsi. Il affirme que le Conseil fédéral est incapable de gouverner correctement, que le pays « manque d’une capacité de réflexion, des moyens de se projeter dans l’avenir, qu’il sombre dans une vie politique de comptable, que la gestion des risques est grossièrement insatisfaisante ». Il n’empêche, il se refuse à toute modification institutionnelle s’agissant de la direction politique du pays. Et surtout, à aucun moment le président du PS n’envisage l’hypothèse que son parti, par élémentaire souci d’honnêteté intellectuelle et de cohérence politique, puisse quitter un Conseil fédéral qui « fait si faux ».

Pourquoi ? Deux explications sont possibles.

La première pourrait se trouver dans l’aveuglement et dans l’incompétence du président du PS. Cette réponse n’est guère crédible car les propos inconsistants de M. Levrat ne suffisent pas à masquer complètement l’intelligence de l’homme.

La seconde paraît plus sérieuse et met en évidence l’absence de courage du chef des socialistes. L’appartenance au Conseil fédéral a amené au PS depuis 1943 un lot de profits non négligeable en termes financiers et de notoriété. Depuis plus d’un demi-siècle le PS, malgré son statut de parti très minoritaire dans le pays, fait en effet partie de l’establishment politique et participe de surcroît directement à la répartition des fruits du pouvoir au plan fédéral comme dans les cantons. Mais ces avantages ne pèsent plus assez pour contrebalancer leurs revers, à savoir la perte de crédibilité du PS aux yeux de ceux qu’il prétend représenter. Leurs électeurs se rendent de mieux en mieux compte, particulièrement depuis une vingtaine d’années, que les élus socialistes ne représentent souvent plus que des alibis commodes pour les partis bourgeois au sein des exécutifs helvétiques, forcés qu’ils sont de cautionner des politiques de droite. Mais les leaders du PS refusent de voir cette réalité. Eux qui songent tous à accéder un jour à un gouvernement cantonal ou au Conseil fédéral, ils ne goûtent que peu l’hypothèse de voir leur parti retourner dans l’opposition. Leur rêve s’effondrerait.

Le renoncement au Conseil fédéral redonnerait pourtant au PS l’honnêteté intellectuelle et la crédibilité perdues, donc un poids politique accru. Il apporterait aussi à la Suisse ce qui lui manque depuis longtemps, à savoir une opposition sérieuse, cohérente et capable de peser efficacement sur la vie politique du pays. Mais surtout cette démarche spectaculaire obligerait enfin les radicaux-libéraux et les démo-chrétiens à prendre les responsabilités qu’ils fuient avec une constance affligeante. Ce serait en effet l’heure de vérité pour les deux partis « historiques » qui, trop faibles pour gouverner seuls, ne pourraient plus échapper à la question politique essentielle : pour résoudre les problèmes qui se posent au pays, pour construire l’avenir de la Suisse, allons-nous nous entendre avec l’UDC ou avec le PS ?

Pierre Kunz

15:07 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

21/01/2010

Au dessus des lois, un préambule constitutionnel

Une communauté humaine, dont le fonctionnement est organisé par des lois, par une constitution notamment, ne saurait se résumer au tiroir-caisse et à l’arrosoir que ces lois décrivent et mettent en œuvre. Un tiroir-caisse destiné à engranger des recettes fiscales et un arrosoir destiné, lui, à recycler des richesses, à verser des prestations, à faire pousser du temps libre et des loisirs. Ses lois ne suffisent pas à faire d’une collectivité, d’une population ou d’un ensemble de gens une communauté véritable.

Naît une communauté, une civilisation quand cette collectivité, cette population ou ce groupe de gens prend conscience que ses membres partagent une vision identique de l’être humain, qu’ils reconnaissent à celui-ci une dimension spirituelle, qu’ils se rassemblent sur des objectifs et des efforts communs, qu’ils affichent une même volonté de construire leur avenir, qu’ils partagent une culture.

La communauté genevoise existe. C’est parce qu’au-dessus des lois dont elle s’est dotée au cours des siècles, elle ancre depuis toujours son histoire, son existence, son développement et son avenir dans ces idéaux spirituels et humanistes.

Ce n’est parce que l’organisation de l’Etat est et doit rester laïque que ces idéaux spirituels et humanistes ne doivent pas figurer à la plus haute place de notre future constitution, dans son préambule. Au contraire, la laïcité de nos institutions rend d’autant plus nécessaire pour les citoyens le rappel de ces idéaux.

Pierre Kunz, constituant

22:11 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

26/12/2009

Gouverner en Suisse, mirages et vrais choix

 

L’ancien ambassadeur de Suisse Bénédict de Tscharner a expliqué récemment dans un quotidien romand à quoi, selon lui devrait ressembler le nouveau gouvernement suisse. Il imagine un exécutif de cinq conseillers fédéraux flanqués de 18 ministres, tous élus pour quatre ans par l’Assemblée fédérale qui, dans ses choix, « devra refléter équitablement la diversité politique, linguistique et régionale du pays au sein de ce collège ».

Nul doute que cette formule offre quelques perspectives intéressantes, notamment dans le domaine de nos relations internationales. Celles-ci deviendraient ainsi nettement plus compréhensibles par nos partenaires. Mais est-ce qu’un gouvernement ainsi formé se révèlerait plus apte à diriger la Suisse dans son environnement nouveau ? Les savants dosages qu’appelle M. de Tscharner de ses vœux sont-ils compatibles avec les exigences du fonctionnent d’une Confédération qui cherche sa voie dans un monde ne ressemblant plus en rien à celui de la deuxième moitié du 20ème siècle ?

Peu probable. M. de Tscharner fait référence par exemple, s’agissant de la prise des décisions du Conseil fédéral tel qu’il l’envisage, à un programme gouvernemental élaboré pour la durée de la législature ? N’a-t-il pas vu que les autorités fédérales et les partis politiques ont déjà cherché à élaborer un tel programme et que cette démarche n’a abouti à rien de sérieux ? N’a-t-il pas compris que c’est tout simplement parce que les partis qui sont actuellement représentés au Conseil fédéral non seulement sont incapables de se mettre d’accord sur des objectifs communs ambitieux mais qu’ils n’y ont aucun intérêt ?

Incapables de se mettre d’accord parce qu’un tel programme consiste à vouloir concilier des idéologies politiques inconciliables. Aucun intérêt parce que l’objectif des partis politiques concernés, ceux qui participent au Conseil fédéral, n’est pas de gouverner le pays, de l’entraîner dans l’avenir mais « d’en être ». Il s’agit-là du dévoiement le plus grave d’un système politique, dit de la « concordance », qui a certes beaucoup apporté à la Suisse au siècle dernier mais qui se révèle désormais anachronique. Il péjore gravement l’aptitude du pays à affronter ses problèmes et son avenir.

Chacun peut faire la même observation au plan cantonal où la même paralysie existe, particulièrement à Genève. Les constituants actuellement au travail failliraient donc à leur mission si, s’agissant de l’organisation et du fonctionnement de la gouvernance du canton, ils se contentaient de proposer aux Genevois des réformes superficielles. Adopter une présidence du Conseil d’Etat pour la durée de la législature, redonner au Conseil d’Etat la direction de la phase préliminaire du processus législatif, allonger d’un an la durée de la législature, forcer le Conseil d’Etat à soumettre au Grand Conseil un programme politique ne suffiront pas en effet à redonner leur efficacité aux pouvoirs exécutif et législatif.

Il est peu probable qu’au niveau fédéral l’on s’achemine avant longtemps vers le système politique dont la Suisse moderne a besoin. Les forces conservatrices y sont trop puissantes, les craintes des partis trop lourdes de perdre leur « place à table ». Mais Genève dispose d’une opportunité unique non seulement de réformer en 2012 son fonctionnement politique mais aussi de donner aux Suisses l’exemple de son ambition et de son dynamisme.

A cet effet il faut que les constituants acceptent de rompre avec le passé. Il faut que la nouvelle constitution garantisse au canton un gouvernement homogène, que ses membres soient élus par choix entre plusieurs listes complètes de sept membres, chaque équipe s’engageant à mettre en œuvre un programme politique clairement énoncé. Il faut que le Grand Conseil retrouve sa mission originelle, celle d’édicter les lois, de contrôler l’action gouvernementale plutôt que de prétendre gouverner à sa place et de sanctionner le Conseil d’Etat si besoin est.

Il faut aussi que les droits du souverain, le peuple, soient certes confirmés s’agissant des droits de referendum et d’initiative législative, mais qu’ils soient simultanément rendus plus difficilement accessibles aux démagogues et aux populistes ans leurs élans constitutionnels. Il y va de la protection de la nouvelle constitution dont les Genevois veulent se doter et de sa pérennité.

Genève saura-t-elle se montrer à la hauteur des défis qui l’attendent ? Saura-t-elle, comme au milieu du 19ème siècle, ouvrir la voie des réformes au pays ?


Pierre Kunz, constituant

 

10:41 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

30/08/2009

Faire élire le Conseil fédéral par le peuple ?

 

 

 

L’UDC, moyennant une initiative populaire, entend convaincre les Suisses de faire élire le Conseil fédéral par le peuple plutôt que par l’Assemblée fédérale. Voilà qui ne constitue pas une idée nouvelle et qui fleure l’opportunisme. Mais voilà qui poussera les citoyens et le monde politique à réfléchir aux causes du mauvais fonctionnement des institutions gouvernementales helvétiques et – qui sait ? – à reconnaître leur inadéquation à l’environnement économique, social et politique bouleversé du pays.

Ne croyons pas pourtant que l’élection par le peuple du Conseil fédéral apportera une réponse satisfaisante. Elle ne suffira pas en effet à remettre en cause le privilège que se sont arrogés depuis 150 ans les partis politiques du pays. Car ce sont bien eux qui, accrochés aux honneurs et aux fruits d’un pouvoir qu’ils se partagent bien plus que mus par l’ambition de servir le pays, sont actuellement les maîtres du jeu.

Afin de changer les règles de ce jeu il est indispensable et prioritaire d’apporter une autre réforme, déterminante, celle d’une élection de l’exécutif fédéral sur listes bloquées. Des listes de candidats coalisés, établies autour d’un programme politique de législature, annoncé avant l’élection et engageant les élus. Des listes respectant bien sûr les équilibres linguistiques, sociaux et culturels subtiles auxquels la Suisse tient.

Donner la parole au peuple ne suffira pas, en effet. Preuves en soient les exécutifs cantonaux, élus au suffrage universel mais qui présentent des faiblesses identiques à celles du Conseil fédéral parce que, là aussi, les partis tirent les ficelles à leur avantage.

Le cas de Genève, où l’élection du Conseil d’Etat est fixée en novembre est exemplaire : 7 sièges à pourvoir, 8 candidats présentés par les partis « sérieux » (ceux qui à gauche et à droite s’entendent pour faire élire leurs poulains), 2 candidats « pour beurre », 5 sièges de facto déjà répartis, un autre quasiment … et un souverain à qui l’on n’aura cessé de faire croire durant la campagne électorale qu’il dispose du dernier mot sur l’avenir politique du canton.

En réalité, au soir déjà de leur sacre, les élus se verront priés de renoncer sans délai, au profit des compromis du collège gouvernemental, aux quelques « idées » et « convictions » qu’ils auront agitées durant la campagne. Un collège « patchwork », comme le dit joliment Pascal Décaillet, qui élaborera un Discours de Saint Pierre sans substance politique, qui mettra le couvercle sur toute ambition réformatrice et le dynamisme de ses membres, cela au prétexte d’une collégialité qui sanctifiera tous les renoncements idéologiques, justifiera toutes les promesses non tenues, écartera par avance toute responsabilité individuelle des conseillers d’Etat et étouffera toute opposition parlementaire sérieuse.

La démocratie dite de « concordance », celle des arrangements partisans obtenus dans les arrière-boutiques, celle du conservatisme, celle des exécutifs fabriqués à la proportionnelles, a apporté au pays, reconnaissons-le, bien des bénéfices et des douceurs durant la deuxième moitié du 20ème siècle. Mais à l’aube du 21ème elle apparaît anachronique et dangereuse pour l’avenir de la Suisse. Il est temps en particulier de revoir le mode électoral et le fonctionnement de nos gouvernements, qu’ils soient élus ou non par le peuple.

Pierre Kunz

11:35 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

15/07/2009

Il faut ceser de renvoyer les diplômés étrangers ! Oui mais ...

 

 

 

Le député Guillaume Barazzone, nous dit la TdG de ce jour, « maintien sa pression sur le Conseil d’Etat » et l’invite à soutenir activement son combat contre le renvoi, lorsqu’ils ont achevé leurs études, des diplômés étrangers formés dans les universités helvétiques.

G. Barazzone a raison : ce renvoi constitue pour notre pays une aberration économique et scientifique. Economiquement il est bête de priver les entreprises suisses des collaborateurs de talent et très bien formés qu’elles peinent à trouver au sein de la population locale. Scientifiquement il est ridicule d’empêcher ces jeunes cerveaux de demeurer au sein des institutions universitaires ou privées qui aimeraient les embaucher à Bâle, Zurich ou Genève.

Mais G. Barazzone devrait poursuivre son analyse et aborder un plan qu’il omet de considérer, celui des effets pervers de notre gestion publique dans ce domaine, particulièrement à Genève. Voici pourquoi.

L’université de Genève compte un peu plus de 13'000 étudiants. Il est de notoriété publique que ceux-ci ne s’acquittent, lorsqu’ils n’en sont pas exonérés, que d’une taxe symbolique de Fr. 500.- par semestre. Or le coût annuel moyen d’un étudiant varie, suivant les facultés, entre Fr. 15'000.- et 100'000.- Les contribuables genevois et suisses consacrent donc des moyens considérables au fonctionnement de notre alma mater, autrement dit à la formation des jeunes gens qui y suivent des cours.

Nul ne saurait contester le bien-fondé de la prise en charge par les collectivités genevoise et des autres cantons du coût de cette formation pour près de 70 % des étudiants, genevois et suisses. Mais il est plus que contestable que cette gratuité valle aussi pour les plus de 4'000 étudiants étrangers enregistrés dans l’université du bout du lac qui représentent une dépense évaluable entre 60 et 80 millions de francs prélevés annuellement sur les impôts des contribuables du lieu.

Un philosophe du 19ème siècle aimait rappeler que « il faut se méfier des idées généreuses parce que plus elles le sont au départ moins elles le restent à l’arrivée ». En accordant cette gratuité aux étudiants étrangers, ceux provenant des pays pauvres en particulier, le rectorat de l’Université et nos autorités affichent une générosité coupable. Moins en dernière analyse à l’égard des contribuables genevois qu’à celui des régimes souvent corrompus de ces pays qui, au lieu de financer les études de leurs jeunes chez nous et de les obliger à rentrer à la fin de leur formation pour contribuer au progrès sanitaire, social et économique de leur communauté, peuvent investir leurs maigres ressources à des fins discutables.

On comprend en vertu de ce qui précède que G. Barazzone exprime son exaspération devant l’expulsion, à la fin de leur cursus, des étudiants étrangers. D’autant qu’en les chassant de Suisse nous les jetons dans les bras de pays occidentaux ou émergeants particulièrement heureux, eux, de les accueillir. Les autorités suisses doivent effectivement prendre rapidement des mesures pour mettre un terme à une situation stupide.

Mais G. Barazzone devrait également inviter ces autorités, qui aiment afficher leurs ambitions dans le domaine de l’aide au développement, à revoir non moins urgemment leur manière de concevoir l’accueil de la jeunesse estudiantine des pays pauvres. Et reconnaître que pour Genève et la Suisse former gratuitement et sans contrepartie l’élite intellectuelle de ces pays ne constitue que rarement une aide à leur développement. Au contraire, en agissant ainsi, notre pays contribue à en favoriser l’expatriation des meilleurs sujets.

Pierre Kunz

16:40 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

19/06/2009

Pour une élection politique du Conseil fédéral

 

 

Le Conseiller national Antonio Hodgers signe ce jour un article intéressant dans les colonnes de la TdG. Un article qu’il termine par les mots suivants : « Il est temps de prendre l’élection du Conseil fédéral pour ce qu’elle est avant tout : un choix politique ».

Il faut saluer cette ambition. Mais en même temps regretter que l’auteur n’insiste pas sur la réforme que cette ambition implique dans nos mœurs électorales. Il est dommage qu’il ne montre pas dans son papier que, dans le cadre des institutions politiques du pays, cette ambition est irréaliste. Dans le contexte actuel nous sommes en effet condamnés à des élections fondées sur les calculs d’apothicaire des partis et sur la mesquinerie des règlements de compte individuels.

A propos du Conseil fédéral, au sujet des gouvernements cantonaux aussi, on nous a tellement parlé, depuis un demi-siècle, de concordance, de collégialité, de représentation des minorités et des régions linguistiques que plus personne ne semble se soucier de ce qu’est un gouvernement et ce que signifie « gouverner ». Il est donc bon de procéder à un rappel.

Gouverner, dit le Larousse, c’est « diriger à l’aide d’un gouvernail ; c’est exercer la direction suprême des intérêts de l’Etat ». On doit compléter cette définition en rappelant qu’en démocratie les intérêts de l’Etat sont ceux perçus et énoncés par le peuple et le parlement.

Le cirque médiatique qui s’est développé autour de la succession Couchepin, la manière dont les partis politiques et les cantons se manifestent à cette occasion déçoivent mais ne surprennent pas ceux qui attendent du Conseil fédéral une vision de l’avenir de notre pays, un projet politique qui l’illustre et une stratégie pour le mettre en œuvre. Pour eux le remplacement d’un ministre démissionnaire devrait se résumer au choix d’une personnalité adhérant à cette vision, ce projet et cette stratégie.

Or dans les péripéties du moment il est question de tout sauf de politique. Et ce n’est guère étonnant puisque le Conseil fédéral ne dispose pas du gouvernail, pas de programme de gouvernement.

Tel parti revendique le siège qu’il a perdu quelques années auparavant, tel autre celui qu’il n’a encore jamais réussi à obtenir. Tel canton fait le forcing pour qu’au sein du Conseil fédéral on reparle la langue de Dante, tel autre se manifeste parce qu’il n’y est plus représenté depuis longtemps. Où s’est perdu dans ces égoïsmes l’intérêt général du pays ? Où se manifeste dans ces particularismes la politique ? Qui fait la part, dans ces questions d’intendance et ces particularismes, de l’efficacité gouvernementale et de l’avenir de la Suisse ?

Questions naïves, répondront ceux qui savent que les institutions gouvernementales helvétiques sont anachroniques et incompatibles avec une saine et efficace gouvernance. Des institutions qui depuis les années 1930 ont peu à peu privilégié la mise en place de gouvernements, cantonaux et fédéral, élus à la proportionnelle. Des gouvernements dont on dit qu’ils sont « consensuels  et collégiaux» mais qui, dans les faits, à Berne comme et dans les cantons, ne guident pas la Suisse. Le pays et les cantons sont simplement administrés par des collèges sans couleur politique, sans orientation claire, sans programme de législature et par des ministres surprotégés, jamais appelés à assumer leurs responsabilités d’homme d’Etat … sauf lorsqu’ils font preuve d’allant et d’esprit réformateur.

C’est cette faiblesse institutionnelle, qui se révèle chaque jour plus dangereuse pour notre pays dans le monde peu prévisible et férocement compétitif qui nous entoure désormais, que nous devons surmonter. D’ici là les Suisses et les parlementaires fédéraux continueront à élire leurs gouvernements, cantonaux et fédéral, dans une grande loterie et au tire-pipe. La succession Couchepin ne fera pas exception.

Pierre Kunz

12:51 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

26/05/2009

LaMal, de rustine en rustine vers le cercueil

 

Les primes de nos assurances maladie vont donc augmenter de 15 % en moyenne. Voilà qui ne constitue une surprise que pour ceux qui n’ont pas encore compris, ou qui feignent de ne pas avoir encore compris, que le système d’assurance santé helvétique, fondé sur la LaMal est rongé de l’intérieur et que rien ne permettra de la sauver.

En fait notre système ne présente qu’un seul avantage, il est énorme. Il oblige tous les acteurs, année après année, à regarder de face ses coûts et à les couvrir. D’où les empoignades annuelles que nous connaissons.

Mais il s’agit d’un système qui porte en lui les germes de son démantèlement inéluctable : aucun des acteurs, qu’il s’agisse des politiciens, des médecins, des assureurs ou des assurés, n’a en effet l’ambition sérieuse d’en limiter les coûts. Ils n’y ont même aucun intérêt. Le monde politique n’entend pas déplaire à ses électeurs, les médecins doivent penser à leurs revenus, les assureurs ne sont invités qu’à équilibrer leurs comptes et les cotisants veulent, conformément à ce qui leur a été promis, les soins les meilleurs pour tous.

De réformette et pseudo-réforme, de promesse intenable en discours démagogique le Conseil fédéral et le parlement évitent depuis des années de retirer les clous qu’au moment où ils ont fait accepter la LaMal au peuple suisse ils ont enfoncés dans le cercueil de notre système d’assurance santé.

Ces clous sont en premier lieu la promesse intenable d’une médecine à « une vitesse », c’est-à-dire la meilleure, la plus sophistiquée pour tous. En est découlé un catalogue de soins dits « de base » extrêmement vaste et excessivement coûteux.

En deuxième lieu on doit mentionner les médecins qui, en acceptant de se soumettre à la LaMal, ont obtenu certes une certaine sécurité mais ont simultanément perdu de facto leur statut de profession libérale et se sont livrés aux mains des politiciens. A tel point que d’aucun ose aujourd’hui envisager publiquement de faire salarier les praticiens par l’Etat.

Par ailleurs l’obligation de contracter, à savoir celle faites aux assureurs de « travailler » avec tous les médecins, donne à ces compagnies une excuse aisée aux hausses annuelles des primes.

Enfin, dans les cantons, les ministres de la santé se sont vu offrir un véritable fauteuil ré-électoral. Dès l’origine ils ont reçu carte blanche pour orienter l’activité des hôpitaux vers un usage abusif de la médecine ambulatoire, payée par les cotisants. Ce qui leur a permis notamment de trouver les ressources nécessaires d’une part au subventionnement des primes payées par leurs électeurs, d’autre part de favoriser, dans les hôpitaux universitaires, la course permanente des corps professoraux aux équipements de santé les plus perfectionnés, quel qu’en soit le coût et le taux d’utilisation.

Quand la fin interviendra-elle ? Difficile à dire car la Suisse est un pays riche et conservateur, peu disposé au chambardement même quand il souffre. Mais gageons que dans cinq ans la LaMal aura vécu, que l’obligation de contracter aura été suspendue, que les hôpitaux seront forcés d’être plus raisonnables, que le catalogue des soins de base aura été nettement réduit et que les primes seront partiellement payées en proportion du revenu des assurés.

Pierre Kunz

09:34 Publié dans Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

29/03/2009

Derrière le minaret

On l’a probablement compris, la question – oui ou non à la construction de minarets sur notre sol – à laquelle les Suisses seront bientôt appelés à répondre reste anecdotique. Le véritable enjeu soulevé par la votation réside dans une interrogation bien plus vaste : faut-il considérer l’Islam comme une idéologie dangereuse, incompatible avec notre société occidentale ou, au contraire, simplement comme une autre religion européenne ?

La réponse qu’il reviendra à chacun de donner à cette question est délicate à dégager car brouillée par de nombreux facteurs. Brouillée d’une manière générale chez nous par les peurs. Brouillée à l’extérieur par les excès meurtriers des extrémistes, par l’image que nous envoient les régimes autocratiques des pays musulmans, par l’archaïsme des structures sociales et politiques de ces derniers, par l’intolérance religieuse qui y règne encore. Il s’agit par conséquent de prendre ses distances à l’égard des passions qui brûlent la raison.

L’histoire, heureusement, montre la voie à suivre. Qu’on se remémore, au sortir de guerres de religion ravageuses, le pas gigantesque qu’a dû accomplir l’Europe lorsque les Catholiques ont finis par reconnaître aux Réformés le droit d’afficher leurs convictions et d’exercer leurs cultes dans des lieux visibles. Qu’on se rappelle, au 19ème siècle, la tolérance dont nos ancêtres ont fait preuve quand Genève a accordé aux Juifs et aux Orthodoxes non seulement la liberté cultuelle mais encore des terres pour y ériger leurs églises.

Les Etats européens, la Suisse, Genève ont-ils aujourd’hui des motifs, en ont-ils jamais eus, de regretter d’avoir su accepter et respecter l’autre ? D’avoir su l’intégrer avec sa différence religieuse ?

Ils sont nombreux – près d’un cinquième des Européens selon certaines enquêtes – ceux qui demeurent convaincus que l’Islam est tout simplement incompatible avec la démocratie et les droits de l’homme. D’ailleurs une partie des Musulmans eux-mêmes le pensent. Mais n’est-ce pas avoir décidemment bien peu de foi dans nos institutions que de croire qu’une minorité aussi peu nombreuse que celle des Musulmans en Europe et en Suisse pourrait les mettre en danger ? N’est-il pas raisonnable au contraire, comme nos aïeuls, de se persuader de la valeur et de la capacité intégratrice de notre civilisation ?

Il est indispensable certes que nous contribuions concrètement à cette intégration, en particulier en autorisant, dans le cadre de notre législation, les Musulmans à ériger fièrement leurs lieux de culte et en leur accordant toute liberté de les utiliser. Mais aussi, comme les Français le font depuis plusieurs années, comme les Allemands l’ont entrepris ce mois, de veiller que les imams ne restent pas coupés de la société laïque dans laquelle ils sont appelés à vivre, qu’ils soient en tout cas largement éduqués en Suisse, qu’ils parlent notre langue. En exigeant par ailleurs que la lumière soit faite en permanence sur l’origine des moyens financiers dont disposent les communautés religieuses. C’est en particulier sur ces points qu’entendent légiférer les élus radicaux à la Constituante genevoise.

Pierre Kunz

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18/02/2009

La Lamal et les mauvais payeurs

 

 

C’est le 18 mars 1994 que la peuple suisse a voté en faveur de la Lamal. Cette assurance de soins est unique au monde : d’une part elle est obligatoire, d’autre part elle est financée pour la plus grande partie par les assurés-cotisants. Partout ailleurs, en effet, lorsque l’assurance de soins est rendue obligatoire elle est nationalisée, c’est-à- dire qu’il revient à l’Etat de prendre en charge son coût.

Chacun connaît l’ampleur des gouffres que représentent les systèmes de « Sécu » nationalisés. Les exemples français et britannique sont les plus fréquemment cités en exemples. Ils sont peu rationnels mais présentent tout de même un avantage par rapport au système helvétique : dans certaines couches de la population ils peuvent sembler plus équitables.

Nous ne nous référons pas ici à ce que certains réclament depuis longtemps chez nous, à savoir le financement de la Lamal par l’impôt, donc proportionnel au revenu des assurés-contribuables, un modèle dont les Suisses ne veulent pas. Nous voulons parler d'une information parue dans les médias d’hier, des médias qui relevaient que près de 150’000 personnes dans notre pays ne payent plus leurs primes d’assurance.

En 1994 l’assurance obligatoire de soins constituait clairement dans l’esprit de ses promoteurs une avancée sociale considérable. Et c’est bien ainsi qu’elle a été perçue par le peuple suisse. Mais, comme souvent dans les prestations délivrées par l’Etat providence, cette avancée s’accompagne d’un effet pervers grave bien perceptible aujourd'hui. Une frange des assurés, qui représente actuellement environ 2 % de l’ensemble, s’est rendu compte que, l’assurance étant obligatoire, le corps médical et les hôpitaux ne sauraient leur refuser les soins dont ils pourraient avoir besoin même s’ils ne s’acquittent pas de leurs primes, même si, dans le pire des cas, ils utilisent les subventions cantonales dont ils bénéficient à d’autres fins. Actuellement ce sont les autres assurés qui sont forcés de combler par leurs cotisations majorées les dettes irrécouvrables de ces mauvais payeurs.

Voilà qui est bien peu équitable. Et inquiétant puisque, chacun peut le comprendre, le problème ne peut dans ce contexte que prendre de l’ampleur.

La presse a signalé que nos élus se sont émus mais les chroniqueurs n’ont malheureusement pas souligné qu’il s’agit-là d’une conséquence directe du caractère obligatoire de la Lamal. Au sein du monde politique nul n’ose remettre en cause, même partiellement, ce grand « acquis » social. Il consacre par conséquent toute son énergie à sortir sans mal et sans bonnet d’âne du guêpier dans lequel il s’est fourré en 1994. Gageons qu’en guise de solution, comme souvent, il puisera dans la bourse de la Confédération ou dans celle des cantons. Les coûts grandissants dus aux mauvais payeurs seront ainsi supportés par nos impôts et non plus par nos primes d’assurance. Il n’empêche, cela reste injuste et cette formule est contraire à la volonté populaire.

Pierre Kunz

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13/02/2009

De l'impossibilité de gouverner en Suisse selon des convictions et un programme

 

 

Lors du weekend dernier il a surtout été question du « oui » clair dit par les Helvètes aux bilatérales. Pourtant un événement politique intéressant lui aussi a marqué ce 8 février. Il s’agit de l’élection manquée du nouveau maire de la ville de Zurich. Ni la radicale-libérale Kathrin ni la socialiste Corine n’ont obtenu la majorité des voix requise à cause de l’étonnante identité du score obtenu par les deux candidates.

Cette égalité presque parfaite n’a pourtant pas vraiment surpris Elmar Ledergerber, maire sortant : « Ce score serré est le reflet d’une campagne sans ferveur dans laquelle aucune des candidates n’a su se profiler ».

On peut disserter longuement au sujet des raisons de ce manque de ferveur. Est-elle due aux candidates elles-mêmes qui ne se fonderaient sur aucun projet de gouvernement ? Seraient-elles fades par nature ? Peu probable.

On est amené à penser qu’il s’agit-il plutôt d’un réflexe de sérieux et d’honnêteté, plus féminin que masculin semble-t-il, consistant à reconnaître d’emblée, lors d’une campagne électorale, que les propos qui y sont tenus et les promesses qui y sont faites ne sauraient engager celui ou celle qui les énonce. D’où dans l’exemple zurichois le constat que sur pratiquement tous les dossiers la radicale et la socialiste, pragmatiques et conséquentes, tombaient d’accord.

En fait on se trouve dans un cas particulièrement illustratif du paradoxe lié au fonctionnement dit « collégial » dont se parent tous les gouvernements de ce pays, qu’il s’agisse de la Confédération, des cantons ou des villes. Une collégialité qui impose aux vainqueurs, le soir même de leur élection, de renoncer à toutes les convictions politiques sur lesquelles ils ont bâti leur carrière.

Il faut reconnaître que ce système, jusqu’à la fin des années septante, a largement bénéficié à notre pays et à ses habitants. Il fut idéal pour que soient réparties dans l’harmonie les fruits de la prospérité inouïe que l’après-guerre a apportée à la Suisse. Mais il a manifestement atteint ses limites parce que les « arrangements de partis » qui le fondaient ne sont plus réalisables lorsqu’il s’agit de répartir entre les citoyens non plus les fruits de la prospérité mais des sacrifices et des renoncements.

Le canton de Genève connaît particulièrement bien les méfaits de la collégialité gouvernementale à laquelle se soumettent actuellement deux socialistes, deux verts, un démo-chrétien, un libéral et un radical. Il est sans guide et pratiquement tous les dossiers y sont en situation de paralysie. Le Conseil d’Etat, depuis longtemps, ne parvient pas à faire autre chose qu’expédier les affaires courantes.

La Constituante genevoise est donc fortement interpellée par les multiples déficiences du mode gouvernemental « collégial » qui prévaut encore en Suisse. Comme au milieu du 19ème siècle les Genevois disposent, d’ici à fin 2012, de l’opportunité historique d’ouvrir pour l’ensemble du pays la voie vers des solutions institutionnelles nouvelles, plus claires, plus homogènes, plus efficaces, mieux adaptées aux défis qui attendent les futures générations et plus compréhensibles par le peuple donc plus démocratiques.

Pierre Kunz

 

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