12/06/2010

Ces "arbres sacrés" qui cachent la forêt

Dans un récent éditorial Benjamin Chaix note que « chaque fois qu’un chantier ou le SEVE s’attaque à un arbre, c’est la même levée de boucliers ». Le journaliste souligne que l’amour inconditionnel qu’expriment certains dans ces circonstances n’est pas nouveau. Il aurait pu relever aussi que ces manifestations, signes des temps, se multiplient avec chaque année qui passe et souligner qu’elles marquent de manière criarde l’infantilisme et l’égoïsme du comportement de ces pseudo-défenseurs de la nature.

Comment en effet ne pas parler d’infantilisme chez ceux qui luttent pour la conservation d’un arbre comme s’il s’agissait d’une relique irremplaçable, comme s’ils avaient à sauver un monument antique, un patrimoine d’une valeur culturelle immense. Ces « naturalistes » se comportent en vérité comme des sorciers animistes, comme des fétichistes qui investissent les vieux troncs d’une valeur divine.

Comment ne pas stigmatiser l’égoïsme de ceux qui sont si stupidement oublieux de l’éphémère qui caractérise toutes les formes de vie ? Comment ne pas condamner leur volonté farouche de garder « pour eux » et à tout prix le plaisir de jouir de la vue et de l’ombre du vieux chêne ou du vieux tilleul qui agrémente leur existence depuis leur enfance ? Ne se rendent-ils pas compte qu’en prétendant posséder le droit d’en jouir jusqu’à la fin de leurs jours ils n’expriment que leur volonté d’obliger la génération suivante à s’en priver ?

Car c’est à celle-ci que reviendra un jour ou l’autre d’abattre le vieux chêne pourrissant ou le vieux tilleul devenu dangereux et d’en replanter un nouveau au même endroit ou ailleurs. Ce sont leurs enfants ou leurs petits enfants qui devront se priver du bonheur de vivre dans l’environnement auquel leurs prédécesseurs sont si égoïstement attachés. Un égoïsme d’autant plus condamnable que l’attitude de ces fétichistes les amène souvent à entraver la construction des infrastructures culturelles, économiques ou urbanistiques nécessaires aux générations suivantes.

Et si les autorités confrontées à ces milieux, au lieu de justifier maladroitement les indispensables abattages renonçaient à invoquer les arguments habituels, teintés de mauvaise foi, comme la soi-disant maladie des sujets ou le danger qu’ils représentent pour la sécurité des passants ? Et si ces autorités prenaient le courage de souligner simplement l’infantilisme et l’égoïsme de ces naturalistes de pacotille ?

Pierre Kunz

14:10 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook