12/11/2012

La foi, clé de l'avenir

 

La redistribution des cartes de l’économie mondiale et le péril qu’elle fait peser sur l’équilibre social des nations occidentales s’accompagne depuis deux décennies d’un problème à caractère religieux, marqué par la montée de l’intégrisme musulman et de ses violences. Alimenté par les flux migratoires croissants et irrésistibles en provenance de l’Afrique et du Moyen-Orient, ce phénomène démographique ne pouvait manquer d’accentuer la déstabilisation sociale des pays européens. Ceux-ci, si peu exigeants avec eux-mêmes, oublieux de la pensée libérale et humaniste qui les guidait depuis le siècle des Lumières, se sont vautrés complaisamment depuis 1950, dans une vision humanitariste de leurs rapports avec les populations pauvres de la planète. Ils les ont accueillies sans retenue suffisante dans une faiblesse nourrie par leurs sentiments de culpabilité grandissante à propos de leur comportement colonialiste.

Au sein des populations de l’Occident industrialisé le malaise à l’égard de cette évolution n’a fait que grandir. Les arguments populistes aidant, la question de « l’islamisation de l’Europe » est devenue lancinante et elle empoisonne le climat social.

Maintenant que ces minorités islamiques sont installées, avec le temps et la réflexion, il apparaît pourtant que le ressentiment exprimé ou intériorisé par nombre d’Européens à leur égard pourrait ne pas provenir véritablement des difficultés d’intégration que rencontrent ces gens, de leurs comportements inattendus ou encore de la petite criminalité dont on les accuse. Le malaise ne serait pas davantage lié aux « enseignements » aliénants de quelques meneurs intégristes, aux crimes commis par leurs frères terroristes et à la petite criminalité de leur frange la moins reluisante. Pour le monde occidental, coupé de sa spiritualité et de ses valeurs ancestrales, ce qui au fond impressionne, souvent encore confusément, est en vérité cette force morale et religieuse qui habite ces hôtes nouveaux et les rend apte à résister au désespoir qui étoufferait la plupart d’entre nous si nous devions vivre dans les mêmes conditions qu’eux.

Elle nous inquiète la certitude affichée par ces gens pauvres que l’avenir leur appartient. Par extension, il est bouleversant notre sentiment grandissant que cette force morale et religieuse fournit la vraie clé des succès que rencontrent tous les pays émergents, ceux qui prennent la place des Européens sur les marchés mondiaux et qui remettent en cause nos « acquis » et nos privilèges.

L’exemple de la Turquie est particulièrement révélateur. Ce pays connaît une progression fulgurante depuis une dizaine d’année, depuis que son régime politique, au grand dam de l’Occident bien-pensant, est dominé par le parti religieux AKP de Recep Tayyip Erdogan, depuis que celui-ci a tourné le dos à la société séculaire instaurée en 1927 au prétexte du modernisme par Kemal Ataturk. Sous la conduite de leur nouvel homme fort, les Turcs se mobilisent en vue de construire une société fondée sur les principes du conservatisme culturel, familial et religieux, avec l’ambition de s’enrichir et de jouer un rôle de leader régional voire mondial.

Or, si l’on y regarde de près, les fondements des succès ottomans sont identiques à ceux expliquant les avancées économiques et géopolitiques non moins spectaculaires de la Chine, de l’Inde, du Brésil ou de l’Indonésie. Partout, même si la volonté de s’enrichir constitue un moteur puissant, l’ancrage dans les valeurs sociétales et familiales est essentiel, la foi domine. Constat d’autant plus interpelant que, lorsqu’on analyse le passé des puissances industrialisées du Nord, on se rend compte que, plus que tout autre facteur, c’est une foi profonde qui a permis à nos pays d’accéder à l’aisance matérielle qu’ils ont acquise au cours du 20ème siècle ; foi en Dieu, en la patrie, foi en la construction d’un avenir meilleur grâce au labeur et aux sacrifices, foi dans la recherche possible du bonheur.

Comment l’Occident déchristianisé pourrait-il ne pas ressentir de l’inquiétude en découvrant que, contrairement à ce qu’il croyait jusqu’ici, dans notre monde globalisé l’avenir n’appartient pas systématiquement aux maîtres des prouesses technologiques et aux inventeurs de l’Etat providence mais aux dépositaires de la foi, cette foi qui paraît commander tous les autres facteurs du progrès ?

Pierre Kunz

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24/12/2011

L'Abbé Pierre et l'austérité en Occident

En ce jour de Noël, alors que l'Occident industrialisé, pressé par une sphère politique déboussolée et des médias appauvris, s'aveugle dans ses indignations et s'étouffe dans son déni des réalités qu'il a pourtant créées, il est bon pour l'équilibre de notre raison autant que pour la sérénité de notre âme de nous replonger dans ce qu'écrivaient sur l'avenir du monde quelques-uns des penseurs et acteurs du siècle précédent. Les écrits de l'Abbé Pierre sont particulièrement édifiants, même à propos de questions sur lesquelles on l'attend peu, celle de la libéralisation mondialisée des échanges et des conséquences de celle-ci par exemple.

En parcourant un ouvrage que l'Abbé a publié il y a une quinzaine d'années (*) le lecteur se heurte à ce paragraphe prémonitoire :

« Le monde va très probablement traverser des crises graves qui obligeront les nations les plus développées à faire un choix : soit de repliement en privilégiant l'ordre et les intérêts en place (ce qui à terme s'avérera intenable et engendrera la dictature), soit d'ouverture. Cette seconde voie implique un effort de chacun, un renoncement pour beaucoup à bien des privilèges, et à une redistribution des moyens permettant à chaque peuple de développer à son tour ses propres richesses. »

On n'aurait pu expliquer en termes plus simples d'une part le « grand partage » que connaît la planète depuis trois décennies, d'autre part les difficultés socio-économiques que ne peuvent manquer de générer dans les sociétés privilégiées du Nord cette colossale redistribution des cartes.

Joyeux Noël !

Pierre Kunz

(*) Mémoire d'un croyant, Fayard, 1997

 

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15/12/2010

Europe, quel Winston Churchill moderne ... ?

Quand, après l'effondrement du bloc soviétique, Francis Fukuyama a annoncé dans un ouvrage encore souvent cité « la fin de l'Histoire », il a suscité maintes critiques. Parce qu'on l'a mal comprise, on a notamment beaucoup reproché au philosophe et politologue américain sa conviction selon laquelle l'Histoire s'achevait puisque la société moderne, mondialisée, exempte des contradictions qui affectent toutes les autres, avait atteint le stade le plus élevé d'organisation sociale. Le libéralisme et la démocratie avaient définitivement triomphé.

Les lecteurs attentifs avaient pourtant bien vus que pour Fukuyama cette planète démocratisée et libérale, si elle amenait effectivement la fin des combats idéologiques, n'en contenait pas moins les germes d'une lutte sans merci d'un autre ordre. Celle qui a commencé à opposer dès les années 1970 d'une part les peuples nantis, matérialistes, sécuritaires, égalitaristes, areligieux et ceux, d'autre part, mus par la foi, l'héroïsme, le travail, le besoin de reconnaissance.

Vingt ans après la publication de La Fin de l'Histoire et le dernier homme, une artiste italienne qui s'exprimait il y peu sur les ondes de la RSR, a eu cette formule cinglante : « L'Europe est enfoncée irrémédiablement dans le consumérisme et le matérialisme. Pour elle, c'est la fin de l'Histoire ».

Impossible de rester insensible à cette affirmation. Difficile même de la relativiser, tant les problèmes de notre continent sont considérables, tant son quotidien n'est plus fait que de petites histoires tragi-comiques, tant son futur semble sombre, tant est affligeante l'image de jongleurs et de funambules que projettent ses dirigeants politiques, tant paraît pathétique le refus obstiné des citoyens, imbibés de loisirs, de « people », de facilité, de promesses intenables et d'égalitarisme, d'accepter la rigueur, les renoncements et les efforts requis par les mutations amenées par le monde nouveau.

Et comment ne pas être frappé par l'aveuglement de nos sociétés industrialisées qui passent à côté d'un constat à la portée pourtant de chacun ? C'est l'épargne et le labeur des peuples regroupés  il y peu encore sous le label « Tiers monde » ou « Sud sous-développé » qui aujourd'hui sont leurs créanciers. Stupéfiant renversement : ce sont leurs anciennes colonies qui fournissent désormais aux habitants et aux Etats des ex-puissances européennes la possibilité de vivre à crédit, au-dessus de leurs moyens.

Jusqu'à quand allons-nous laisser notre matérialisme exacerbé, notre soif de loisirs, notre culture des droits acquis, notre égalitarisme insensé nous enfoncer dans le piège de la dépendance ? Allons-nous longtemps encore refuser de voir que les pays émergents, la Chine notamment, Singapour et l'Inde aussi, ont entrepris, moyennant une stratégie savamment orchestrée, d'utiliser les gigantesques ressources qu'ils ont accumulées pour prendre peu à peu, profitant de notre faiblesse, le contrôle des ressources naturelles de la planète, des infrastructures et des appareils de production des pays européens ?

Quel Winston Churchill moderne aura le courage d'expliquer honnêtement et avec suffisamment de persuasion aux manifestants français, aux étudiants anglais, aux fonctionnaires grecs, aux buveurs de bière irlandais ou encore aux ouvriers du bâtiment portugais qu'ils ne pourront échapper aux conséquences de leur boulimie consumériste et de droits sociaux ? Qui leur fera comprendre la nécessité d'accepter les programmes d'économies drastiques concoctés par les grands argentiers du monde en contrepartie du respect des fondements de la saine gestion privée et publique et du renoncement aux mirages du crédit et de la démagogie ? Qui parviendra à les convaincre que l'alternative à ces mesures ne peut prendre que la forme du défaut, de la banqueroute, de sacrifices d'autant plus lourds qu'ils auront été retardés plus longtemps ?

Pierre Kunz

 

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30/10/2010

Henry Kissinger et l'Euro

Au début 1997, quelques mois après que les sept premiers pays du Vieux continent eurent déclaré leur adhésion à la monnaie unique européenne, Henry Kissinger, de son observatoire de retraité, émettait un avis sur les chances de succès de l'opération. Au moment où l'Union européenne se trouve plongée dans la plus grave crise économique financière de son histoire, il est intéressant de se remettre en mémoire les propos de celui qui restera probablement dans l'histoire comme le plus grand stratège géopolitique de la deuxième partie du 20ème siècle.

"Il y a deux possibilités, disait-il. Soit l'inaptitude de ces pays à maintenir la discipline fiscale et budgétaire entraînera une spirale inflationniste, soit les efforts d'austérité imposé par une Banque centrale européenne généreront des problèmes politiques et sociaux. Dans les deux cas le Vieux continent sera condamné à des années de discorde et de divisions qui réduiront son rôle."

"Pourtant il existe une hypothèse favorable, celle que l'Europe réussisse et que, malgré les doutes actuels, une politique fiscale et monétaire commune parvienne à surmonter la sclérose européenne. Dans un tel cas, avec sa compétitivité restaurée, l'Europe pourra transformer l'Euro en une nouvelle monnaie de réserve qui sera utilisée à travers le monde en concurrence avec le $."

Au regard des plans d'austérité qui sont mis en oeuvre dans plusieurs pays de l'Union européenne et à l'éclairage de troubles qui viennent de se produire en France ces lignes prophétiques prennent un éclat particulier. Au moment de la publication des règles plus sévères auxquelles les membres de l'union monétaire s'engagent à se soumettre désormais en matière de rigueur budgétaire et d'endettement, ces propos prennent même un relief particulier. Ils éclairent le dilemne permanent auquel sont confrontés les Etats occidentaux, démocratiques mais menacés chaque jour par la démagogie et les dérives populistes. Un dilemne qui laisse toujours la part congrue à la gestion sérieuse et équilibrée des finances publiques.

On peut néanmoins tirer de ces évènements et de la situation actuelle une perspective optimiste. En se rappelant que les sociétés humaines ont toujours progressé de crise en crise. En se rappelant en particulier que le projet d'Union européenne, depuis son lancement, s'est trouvé plusieurs fois au bord de l'abîme et que les crises en ont généralement constitué le moteur. Les exigences de la crise et la pression de la nécessité ont toujours amené le sursaut et l'effort qui sauvent.

Jamais les déséquilibres sociaux, financiers, économiques et politiques n'ont été aussi graves qu'aujourd'hui entre les pays de l'Union européenne et au sein des populations. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître en ces moments de mondialisation bouleversante et au vu de l'ampleur des difficultés à surmonter, le projet européen se trouvera vraisemblsablement une nouvelle fois renforcé par les périls qu'il affronte. Mais, à l'évidence, les membres de l'Union ne s'en sortiront pas tous au même rythme et de la même manière. Parce que les peuples n'ont pas une histoire identique, parce qu'il n'ont pas la même cuture politique et économique, parce qu'ils entretiennent des rapports sociaux diférents, parce que les uns sont plus égalitaristes, les autres plus libertaires.

Pierre Kunz

11:18 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/10/2010

La France a-t-elle encore un avenir ?

La France a donc connu une nouvelle journée de grèves. Des grèves massives dont le pays s'est fait une triste spécialité depuis longtemps. Des grèves qui marquent d'abord la faiblesse du monde syndical qui, bien plus que la défense des travailleurs, recherche en ce genre d'occasions visibilité et adhérents nouveaux. Des grèves qui laissent pantoi face à tant de médiocrité, de populisme et de malhonnêteté intellectuelle du côté de la Gauche qui, bien plus que du bonheur des Français, ne vise qu'à affaiblir le pouvoir en place.

La France, décidément est condamnée à la jacquerie, cette vieille habitude gauloise. Depuis toujours, quand le Français moyen est mécontent, bousculé, il ne réfléchit pas, il n'agit pas, il ne réagit même pas. Il descend dans la rue, hurle sa rage et généralement s'en prend aux coupables que lui désignent les braillards conduisant les cortèges. Et depuis toujours, sa cible est "le riche, le privilégié, autrement dit le patronat, les nantis". Dans les situations extrêmes il se met à casser et va jusqu'à s'en prendre physiquement aux personnes. Dans le pire des cas, la France entre en révolution. Le 19ème siècle en a connu quelques unes, plus ou moins sanglantes.

Mais au cours des cent dernière années, les choses se sont déroulées de manière moins dramatique. Pourquoi ? Parce que la France s'est organisée pour répondre "sans douleurs" aux conséquences de son inaptitude à affronter sa faiblesse politique, sociale et économique. Les trucs étaient l'endettement public puis l'inflation et la dévaluation monétaire pour l'éponger. Des trucs qui ont permis durant tout le 20ème siècle à l'Etat et aux politiciens français de "plumer" dans la durée, petit à petit, les épargnants et les rentiers, sans que ceux-ci se trouvent en mesure de manifester leur misère.

Mais la naissance de l'Euro et l'entrée, manifestement imprudente, de la France dans la zone monétaire européennee a mis un terme à ce jeu sordide. Et désormais la classe politique est forcée d'affronter les réalités. Les dévaluation ne sont plus posssibles, la dette publique n'est plus effaçable à souhait et l'équilibre budgétaire devient une exigence non plus théorique mais pratique. Ce sont ces éléments nouveaux, non pas une vertu soudainement descendue sur le parti au pouvoir en France, qui ont forcé le président Sarkozy à engager la réforme des retraites, une réforme devenue incontournable.

Ce qui stupéfie par conséquent l'observateur est la manière dont l'opposition utilise la situation ainsi créée à des fins purement égoistes, dans un effrayant déni de la réalité. Elle qui sans cesse alimente les médias de ses discours protecteurs des classes défavorisées et de l'expression de sa volonté de pratiquer un développement durable, la voilà qui descend dans les plus grandes profondeurs de la manipulation et de la tromperie. Qui n'a pas vu avec incrédulité en ce 12 octobre les lycéens et les étudiants, encadrés par les meneurs syndicaux et de la Gauche, répéter en choeur les discours anachoniques de ceux qui font croire que le bonheur est de travailler le moins possible et d'atteindre le plus rapidement possible l'âge de la retraite ?

S'agissant de l'avenir de la France, ses amis se sont souvent inquiétés du danger représenté par la tendance immémoriale de son peuple à la contestation et à la jacquerie. Ils ont toujours craint l'infantilisme légendaire de sa classe politique. Mais depuis aujourd'hui ils sont désespérés. Comment un peuple peut-il avoir un avenir si sa force vive, sa jeunesse, avant d'occuper son premier emploi, est déjà obsédée par l'âge de sa retraite et le montant de sa future pension ?

00:58 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

05/05/2010

Crise financière ; les politiciens vont-ils payer ?

 

 

Depuis deux ans les milieux politiques dans leurs discours, relayés par les médias et leurs articles, ne se sont pas privés de lyncher les principaux acteurs de la banque et de la finance internationale. Il y avait de quoi, certes : cupidité des individus, tricheries en tous genres, vente de produits malsains, déontologie et éthique bafouées, interventions publiques de sauvetage massives et forcées, etc.

Et depuis deux ans ces mêmes milieux politiques et ces mêmes médias se sont astreints à réclamer bruyamment, au motif de leur responsabilité personnelle dans ces actes malfaisants, la condamnation des coupables en justice.

La déconfiture de la Grèce et les présentes attaques auxquelles se livrent les marchés contre l’euro à la lumière du déséquilibre profond des finances publiques portugaises, espagnoles, italiennes, françaises même, a déjà mis en évidence de nombreuses réactions officielles et médiatiques outragées contre d’une part les spéculateurs avides de profits faciles, d’autre part contre l’exigence d’une austérité « meurtrière » du FMI et de la BCE. Elles sont pourtant moins appuyées qu’à l’époque où le FMI intervenait dans les pays en développement. Pourquoi ?

On admet enfin, dans les pays du Vieux continent, que les règles comptables, financières et monétaires s’appliquent ici aussi, que les prestations publiques, fussent-elles sociales, ont un coût et qu’elles doivent être financées par des recettes. On est bien forcé de reconnaître par ailleurs que dans une union monétaire, les déficits publics des membres ne peuvent plus être effacés par la dévaluation et qu’ils sont insupportables par conséquent dans la durée. A défaut d’une gestion équilibrée la crise ne peut qu’éclater un jour et seuls demeurent alors le FMI et la BCE pour jeter une bouée de sauvetage, cure d’austérité comprise pour les populations. Les difficultés helléniques obligent donc à un exercice d’humilité généralisé dans une Europe qui vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens

A l’éclairage de ce constat il est important que soit soulignée la responsabilité exclusive de la classe politique dans les graves problèmes financiers que rencontrent les pays mentionnés plus haut. La responsabilité des déséquilibres budgétaires et des endettements massifs qui en furent la conséquence réside entièrement chez les générations de politiciens qui ont gouverné les pays en question depuis la fin des années 1980. Dans ces milieux la démagogie l’a depuis systématiquement emporté sur le réalisme et l’équilibre. Et les promesses électorales démesurées se sont dangereusement imposées face à l’honnêteté, au parler-vrai et au courage. Le leitmotiv « D’abord on gagne et on voit ensuite » fut l’unique règle de conduite qui guida l’action de ceux qui aspiraient au pouvoir.

La légèreté et la cupidité de certains financiers et banquiers ont fait subir des milliards de pertes aux épargnants et aux contribuables. Il est probable que quelques uns seront punis en justice pour cela. Mais qu’en sera-t-il des politiciens qui, par insouciance et avidité du pouvoir, ont laissé des « ardoises » colossales à leurs successeurs et mis en péril l’avenir de nations entières ? Malgré la colère des citoyens floués, parce que le système démocratique est ainsi conçu, il ne se passera rien. Nombre d’entre eux coulent d’ailleurs des jours heureux que rien ne viendra troubler, tant il est probable qu’ils ont déjà trouvé une multitude d’excuses à leur inconséquence.

Et la Suisse ?

Elle est certes dans une situation meilleure que celle de nos voisins, notre endettement n’étant pas aussi « hénaurme » que le leur. Mais ne croyons pas que notre pays est resté à l’abri des appétits politiciens dénoncés plus haut. Songeons simplement à l’aveuglement volontaire de nos autorités, principalement en Suisse romande, s’agissant du grave déséquilibre financier des caisses de retraite publiques.

A Genève par exemple ces caisses, en l’état, ne sont pas en mesure de verser toutes les rentes qu’elles continuent pourtant de promettre aux futurs pensionnés. Le trou total se situe entre 5 et 6 milliards de francs. Ne croyons pas qu’il restera sans conséquence sur les rentiers. Sans compter que de surcroît, comme pour l’UBS, l’Etat, donc le contribuable genevois, devra apporter une aide massive, irrécupérable elle. Pourtant les politiciens qui ont pendant trente ans nié le problème n’y songent plus depuis longtemps. Ils n’auront, contrairement aux banquiers, pas de comptes à rendre devant la justice.

Pierre Kunz

 

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02/02/2010

1er février 2010

 

 

Il est des dates qui, sans que les contemporains se rendent compte de leur importance, marquent l’histoire de manière indélébile et demeurent pour toujours dans les livres et la mémoire collective. Il en fut ainsi avec le 21 juillet 1969, jour où l’Homme a mis le pied sur la lune pour la première fois mais jour où, surtout, grâce aux images offertes par les cosmonautes, les habitants de la planète Terre ont aperçu celle-ci dans sa globalité et sa petitesse. Il est sûr que dès cet instant plus rien ne pouvait arrêter la globalisation, la mondialisation des activités humaines au profit de tous.

Le 1er février 2010 constitue certainement une de ces dates marquantes dans l’histoire de l’humanité. Ce jour-là en effet s’est produit un évènement d’une importance décisive : le président Obama a annoncé aux Américains que leur pays, miné par leur incapacité de vivre selon leurs moyens, par leur endettement public et privé, par la dispersion démesurée de leurs ressources économiques, financières et militaires, allait devoir renoncer à la part la plus symbolique de la conquête spatiale, la colonisation de la lune et la visite de la planète Mars.

Au deuxième jour de février 2010 il est probable que la plupart des Américains n’ont pas encore compris, les autres pays occidentaux non plus, qu’avec ce retrait s’ouvre une ère nouvelle et un monde nouveau. Un monde dans lequel l’Occident ne sera plus le moteur de l’évolution scientifique et économique planétaire, le centre du système relationnel des nations, l’acteur incontournable de la paix et de la guerre.

En se retirant de la lutte pour les espaces interplanétaires les Américains ont admis de facto qu’ils laissaient la voie libre aux peuples des pays émergeants, aux Chinois en particulier. Ces peuples, portés par leur culture millénaire autant que par l’ambition, la force du travail partagé, les talents et la confiance qu’ils se sont redécouverts, s’affirment chaque année davantage et prennent, ou reprennent, leur part des ressources mondiales dont nous les avons privés si longtemps. Ces peuples qui depuis des siècles ont appris la mesure que nous avons perdue dans notre attirance immodérée pour le consumérisme, le matérialisme et l’individualisme.

Le 1er février 2010 marque symboliquement autant que dans la réalité la fin d’un monde, entièrement organisé à l’avantage des vieilles nations industrialisées, au profit de leurs anciens « protectorats ». Certes, dans ce nouvel ordre planétaire l’Occident survivra, il apportera encore son génie et continuera de profiter des richesses de la planète. Pour autant qu’il sache renoncer à la facilité, retrouver le goût de l’effort et renouer avec la méritocratie.

Pierre Kunz

22:03 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

25/02/2009

Obama, première messe

 

Vous avez peut-être, comme moi, passé quelques instants devant votre écran de TV la nuit dernière pour entendre en « live » le premier discours du nouveau président des USA devant le Congrès et le Sénat américains. N’avez-vous pas, comme moi, pris peur en observant les images que les chaînes de télévision américaines ont présentées ?

Chacun connaît la spontanéité sympathique, l’exubérance des citoyens américains dans l’expression de leurs sentiments et de leurs émotions. Mais la nuit dernière c’est à une véritable messe que les congressistes, les sénateurs et leur entourage ont participé et nous ont fait assister.

Visages extatiques dans une partie de l’assistance, bras tendus à l’extrême, douloureusement parfois, chez ceux formant une haie d’honneur pour toucher un bout de tissu du président marchant vers son micro, standing ovations répétées à des propos certes généreux mais sans portée pratique, applaudissements bruyants à chaque appel à la mobilisation des énergies.

Curieuse succession historique, se disait-on. Après un président qui tenait volontiers le rôle d’un prophète et dont bien des Américains et des Européens se sont moqués pour cela, en voilà un autre que l’on revêt de force de l’habit du messie, celui qui, c’est évident, est venu pour tirer les USA et le monde entier hors de la crise.

Ces élus, face à l’ampleur de la tâche qui les attend, ont-ils perdu la mesure ? En sont-ils réduits à espérer, à compter sur la baguette magique d’un génie ? Ont-ils complètement oublié Aristote qui enseignait que « l’espérance n’est que le songe d’un homme éveillé » ?

Gare aux désillusions et aux réactions qui les accompagneront !

Pierre Kunz

 

 

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