06/12/2012

BBC et RTS, même formule

Comme la BBC, même si c’est à un niveau bien inférieur, la RTS a longtemps été considérée comme un modèle de sérieux et de compétences. Mais, tout comme celui de la BBC, le monopole de la RTS a évolué au cours des dernières décennies en une structure aussi grasse que gaspilleuse des ressources considérables qui lui sont accordées par ses clients, forcés par la loi d’assurer son financement. Il n’est donc pas inutile de traduire et de retenir les propos que Catherine Mayer, à l’origine d’un article consacré il y a peu par Time Magazine à la BBC, réserve à la grande régie britannique, une régie qui selon la journaliste est en grande difficulté à cause de décennies d’incompétence managériale.

« En retour, écrit l’auteur, des largesses du contribuable-payeur, la BBC s’est fixée depuis toujours comme objectif de satisfaire les attentes de chacun, qu’il s’agisse d’information, de sport ou de divertissement. Cette mission avait du sens jusqu’au moment où la révolution amenée par le numérique aurait dû en redessiner les contours. Insensible à la discipline structurelle et financière imposée par les exigences de la concurrence, la BBC s’est fortement étendue, souvent de manière incohérente, gonflant les personnels, accroissant les couches de cadres aux titres impénétrables et multipliant les chaînes ».

Les observateurs le savent bien, la RTS, qui a connu un scandale de moeurs identique à celui dévoilé il y a peu au sein de la célèbre institution britannique, souffre des mêmes maux structurels que la BBC. Elle bénéficie d’un statut privilégié lui assurant un financement stable et généreux. Le quasi-monopole dont elle dispose a toujours conduit ses dirigeants à considérer qu’elle pouvait mettre en œuvre les politiques même les plus onéreuses pour « conserver, au nom du fédéralisme, son rôle et ses parts de marché en radio et en TV ». Forte de ressources incomparables et du soutien intéressé de toute la classe politique ou presque, elle a pris l’habitude de lutter contre ses concurrents privés comme le bulldozer aplatit les cailloux, leur laissant la portion congrue. Essentiellement en multipliant les stations sans considération pour la qualité discutable des principales d’entre elles, sans préoccupation pour leur audience, souvent infime ni les doublons.

C’est ainsi qu’on compte actuellement en Suisse romande 2 chaines de TV et 5 de radio, à quoi s’ajoutent les 5 programmes musicaux dits « nationaux ». En Suisse alémanique c’est pire encore puisque l’on y dénombre désormais 6 chaînes radiophoniques et 3 télévisuelles. Quant au personnel et à l’encadrement, comme les niveaux salariaux, ils n’ont évidemment jamais cessé de gonfler en conséquence.

Pour payer ces folies chaque ménage débourse chaque année Fr. 462,40.  Jusqu’à quand ?

Pierre Kunz

08:30 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

30/01/2012

Au revoir M. Kappeler

Les lecteurs du quotidien Le Temps ont appris vendredi que Beat Kappeler entendait désormais se consacrer à d'autres activités que celles du spectateur engagé qu'il n'a cessé d'incarner depuis deux décennies. Heureusement, il très improbable que le jeune retraité ait totalement renoncé à s'exprimer lorsqu'à l'avenir il le jugera utile, en toute liberté et avec la fine intelligence qui l'a toujours caractérisé.

Il n'empêche, ses fidèles lecteurs regretteront grandement ses éditoriaux hebdomadaires. Sa compréhension de nos sociétés industrialisées est en effet d'une étendue et d'une profondeur qu'on ne retrouve guère parmi ses pairs, même au sein du gotha des professeurs d'économie, nobelisés ou pas encore, avides d'éclairage médiatique et académique, qui viennent de se réunir à Davos. Ses observations, ses analyses critiques et ses recommandations relatives au fonctionnement social, économique et politique de l'Occident, de la Suisse en particulier, étaient fondées sur un parcours professionnel et intellectuel d'une rare richesse.

Beat Kappeler s'est depuis longtemps distancé des théoriciens de l'économie accrochés aux « modèles », pratiques mais si éphémères, grâce à un profond bon sens qui ne l'a jamais quitté et qui a toujours guidé ses recherches et ses réflexions. Contrairement aux technocrates de tout poil et aux célèbres Stiglitz et autres Krugman, le Bernois, libéral convaincu, mais au sens philosophique et humaniste du terme, n'a en aucun cas cédé aux modes, à la tentation de plaire et aux solutions dictées par la seule urgence ou le court terme socio-économique. Soulignant avec constance les échéances financières inéluctables des Etats européens et américain, il n'a eu de cesse de rappeler les vertus qui ont animé nos aïeuls, ceux qui ont fait la richesse du monde industrialisé, et n'a jamais renoncé aux valeurs qui conditionnent le fonctionnement durable d'une société démocratique et économiquement libérale.

Au revoir M. Kappeler ; vous vous manquerez.

Pierre Kunz

 

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25/11/2011

Une femme sur 5 est battue !

Jeudi à midi et demi le journaliste de la RSR a annoncé en entrée de son émission d'information : « une femme sur 5 dépose plainte en Suisse parce qu'elle a subi des violences ! ». Tous les auditeurs ont pu déduire de ces propos que dans leur immeuble, au sein des vingt ménages installés, quatre de leurs voisines ont déposé plainte durant l'année parce qu'elles ont été battues. Impossible bien sûr. Mais pas un seul des divers commentaires ayant « illustré » sur les ondes cette annonce invraisemblable n'a songé à corriger cette dernière et à préciser que ces chiffres ne pouvaient pas se référer à l'ensemble des femmes. Il est probable que la dépêche d'agence originale disait que « seule une femme maltraitée sur 5 dépose plainte ».

Cette légèreté du monde médiatique dans sa manière de nous tenir informés sur les affaires du monde est consternante. Elle est devenue monnaie courante et concerne aussi la presse écrite. Le nombre des simplifications, des approximations et même des erreurs les plus grossières qu'elle véhicule est considérable. C'est souvent par la faute des « titreurs » qui font profession du sensationnalisme, c'est aussi beaucoup à cause de journalistes insuffisamment instruits ou consciencieux. C'est aussi parfois à la suite du choix insuffisamment sérieux des contributeurs extérieurs.

Voici, sans lien entre elles et d'une gravité variable, trois autres illustrations de la dérive d'une presse à laquelle il est de plus en plus délicat de se fier. Elles ont été prélevées en l'espace de quelques jours.

Samedi dernier, c'est un article publié par la TdG et signé par « L'Invité » Christian Grobet qui scandalisait. Par simple souci déontologique et par respect pour la vérité, l'éditeur de ce vaste tissu mensonger aurait dû, sur la même page, donner la parole aux constituants accusés des pires malversations, des plus méchants complots et de scandaleuses dérives démocratiques par l'ancien conseiller d'Etat. Or il n'en a rien été.

Lundi, dans un article consacré sur deux pleines pages à la crise financière qui tourmente les pays occidentaux, le même quotidien retrace les étapes de la « spirale infernale que rien ne semble pouvoir arrêter ». Les textes sont intéressants, les graphiques édifiants mais le titre est une évidente contrevérité. L'affirmation qui y est posée, selon laquelle « les Etats sont aujourd'hui exsangues pour avoir aidé les banques fragiles », est fausse. Elle occulte allégrement  la réalité,  bien plus inquiétante et dérangeante, à savoir que l'endettement des Etats occidentaux n'a fait que croître au cours des dernières décennies et qu'il a seulement été amplifié de quelques pourcents par le sauvetage des banques en difficultés. Bien plus lourds et coûteux ont été les plans, peu efficaces au surplus, de relance de la consommation.

Le même jour, dans un papier consacré à la votation du 23 novembre relative au droit des pauvres prélevé sur les jeux d'argent, le journaliste de la TdG cite, sans vérifier ses propos,  une députée des Verts affirmant qu'en cas de « oui » à la suppression du droit des pauvres Emmaüs perdrait sa subvention cantonale. Or il est de  notoriété publique que l'Association Emmaüs n'a jamais ni réclamé ni bénéficié de subventions puisqu'elle vit uniquement du travail des Compagnons et de la générosité des donateurs privés.

Certains continuent de verser consciencieusement leur taxe radio/TV exorbitante. D'autres persistent à « s'informer » par la lecture assidue de la presse écrite. Pour longtemps encore ?

Pierre Kunz

 

 

20:25 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

07/11/2010

Faut-il croire les journalistes ?

Voici environ une année Philippe Gavi a publié un ouvrage qui posait en titre la question retenue ici : "Faut-ils croire les journalistes ?". Trois des plus célèbres journalistes français apportent leur réponse à cette interrogation, à savoir Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel.

Les propos de Jean-François Kahn méritent une attention toute particulière, notamment quand il souligne que " j'ai connu une presse et un temps (les années soixante) où, assurément, on ne pouvait pas faire confiance à un nombre considérable de journalistes. Un temps où ce qui génait était occulté, où beaucoup de journeaux truquaient, bidonnaient l'information. Le problème, c'est qu'aujourd'hui on a plus de liberté que de journeaux. Et les journalistes ont tendance, en toute liberté, à penser tous la même chose".

Ces jugements sont émis, rappelons-le, au sujet de presse française. S'appliquent-ils aussi aux médias suisses romands ? Il n'est pas exagéré de répondre par un oui sans nuances. Un oui assorti de surcroît de la mise en évidence d'une faiblesse supplémentaire : le journalisme d'enquête, de l'information approfondie, vérifiée, comparée a disparu de la quasi totalité de nos quotidiens.

Le constituants genevois font l'expérience chaque semaine de la superficialité des journalistes, qu'ils exercent à la radio, à la télévision en dans la presse écrite, lorsqu'ils relatent les travaux de l'Assemblée. Les thèses adoptées semaine après semaine sont mentionnées par les médias uniquement à la lumière du sensationalisme dans des articles qui constituent des simplifications indignes et qui restent très éloignés de la réalité et du fond des idées.

La publication synthétique récente de l'ensemble des dispositions votées par la Constituante jusqu'à présent, a éclairement de manière crue la pauvreté du travail des médias. Chacun a pu s'apercevoir alors, avec stupéfaction pour les naïfs, sans surpise pour les autres, que pratiquement aucun des journalistes soi-disant "chargés de relater l'avancement des travaux de la Constituante" n'avait jamais pris la peine de rassembler ces informations. Tous ou presque ont toujours rédigés leurs papiers ou préparés leurs commentaires sans jamais les fonder sur la comparaison de la constitution actuelle et des nouvelles dispositions votées par l'Assemblée. Ils se sont toujours contentés de relater les propos outranciers tenus, en plénières ou sous forme de communiqués de presse, par les mécontents, les frustrés et les opposants irréductibles au texte nouveau.

C'est ainsi que les médias ont contribué à donner à la population le sentiment que les constituants avaient entrepris de "démanteler les droits démocratiques et les avancées sociales acquis de haute lutte par nos aînés", comme le prétend pompeusement l'un des plus farouches défenseurs de la constitution actuelle. Pourtant, tout journaliste sérieux et objectif en conviendrait s'il effectuait sa mission correctement, le texte en préparation renforcera massivement les droits fondamentaux, sociaux, politiques et environnementaux des Genevois.

La dernière illustration de cette pauvreté journalistique a été fournie après la plénière de la Constituante de jeudi dernier. Il y a été question des HUG. Qu'a retenu des débats l'un des principaux commentateurs ? Le communiqué de presse aussi dogmatique que farfelu rédigé par le chef de groupe des socialistes, accusant la majorité de préparer la privatisation des HUG.  Un communiqué repris in extenso, sans aucune mise en perspective.

Non, on ne peut croire les journalistes.

Pierre Kunz, constituant

 

 

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14/08/2010

La "boulevardisation" des médias

 

 

L’Université de Zurich, par l’intermédiaire d’un de ses instituts spécialisés, s’est livrée récemment à une enquête destinée à évaluer la qualité de la presse écrite helvétique. Bien. Mais qui donc pouvait ne pas s’attendre aux conclusions de cette étude ?

Il suffit en effet de faire partie des trentenaires et plus pour avoir pu constater, au cours des dernières années, ce que les chercheurs zurichois décrivent, à savoir « le nivellement par le bas des médias suisses, leur tendance à privilégier l’émotionnel plutôt que de décortiquer la complexité des problèmes, la priorité donnée aux informations de divertissement, aux titres clinquants plutôt qu’au contenu ». Pas besoin d’autre part d’être universitaire pour observer le développement des journaux gratuits, saisir le poids que leur succès fait peser sur la santé des journaux traditionnels et mesurer le rôle néfaste qu’ils jouent dans la « boulevardisation » générale de la presse écrite.

On regrettera par conséquent que l’enquête en question se soit limitée à l’écrit. On critiquera en particulier que les chercheurs ne se soient pas penchés sur les raisons de la dégradation qualitative identique que l’on note dans l’information distillée par les chaînes radiophoniques et télévisuelles publiques, en particulier en Suisse romande. Une dégradation qui ne saurait, elle, s’expliquer par la concurrence dont souffriraient la TSR et la RSR. Quelle en est alors l’origine ?

L’abaissement qualitatif de l’information depuis une quinzaine d’années de la RSR et de la TSR s’explique probablement par plusieurs facteurs. Il y a d’abord le monopole dont bénéficient les deux régies, source de tous les gaspillages financiers et humains. Sont en cause ensuite le cauchemar de l’audimat, l’absence de stratégie solide des chaînes, leur gestion calamiteuse des ressources humaines et le statut fonctionnarisé de ces dernières, moins enclines à la créativité et à la qualité qu’à la facilité. Et puis il y a les modes, ces modes misérables généralement importées des pays qui nous entourent, de France en particulier.

Comment ne pas se désoler d’entendre et de voir nos soi-disant journalistes de radio et de TV qui se contentent sur les ondes et les écrans d’interviews superficiels de personnalités politiques sur des « sujets d’actualités », sans même se rendre compte qu’ils ne font que servir la soupe électorale à ces dernières ? Comment ne pas s’affliger de la complaisance dont ils font preuve quand, prétendant contribuer à l’information du public, ils se satisfont en guise de « débats » des brefs combats de coqs qu’ils nous servent sur les sujets politiques, culturels ou économiques du moment ? Il est vrai que cela les dispense de se préparer eux-mêmes de manière approfondie au traitement d’un objet et d’éclairer objectivement et complètement celui-ci pour les auditeurs et les téléspectateurs.

Les constats effectués par les chercheurs de l’Université de Zurich, ajoutés à ceux qu’ils auraient pu faire en étendant leur étude aux autres médias, sont extrêmement préoccupants. Notre pays se caractérise par les combinaisons peu compréhensibles, parfois malsaines, qui découlent de l’interprétation que font les acteurs politiques de la concordance. Au plan fédéral comme dans les cantons il se singularise aussi par la faiblesse de sa gouvernance. Pour la solidité de notre démocratie, il est donc particulièrement important que la sphère médiatique, celle qu’on appelait encore il n’y pas si longtemps le « quatrième pouvoir », joue efficacement son rôle essentiel de critique, d’enquêteur, de révélateur.

Il est bon de relever en conclusion que les chaînes de radio et de télévision suisses alémaniques ne sont pas tombées, en tout cas beaucoup moins, dans les mêmes travers que ceux qui flétrissent la RSR et la TSR. L’information y est bien plus sérieuse, plus complète. Il vaut la peine d’y faire un tour de temps en temps, ne serait-ce que pour se convaincre que l’indigence médiatique n’est pas une fatalité.

Pierre Kunz

16:55 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

07/12/2009

Climat, elle court et elle enfle la rumeur

 

 

 

Lors d’une émission de la SSR de ce jour, l’un des intervenants s’inquiétait de la contestation croissante, au sein de la population en général mais également au sein les milieux intellectuels et économiques, relatifs aux appels lancés par les défenseurs du climat, des appels multipliés à l’orée du sommet de Copenhague. Et il soulignait à l’origine de cette évolution d’une part le recours excessif de ces défenseurs aux slogans plutôt qu’aux démonstrations, d’autre part le rôle néfaste des médias.

Il convient en effet, une fois de plus, de regretter l’attitude de la presse écrite comme des télévisions et des radios qui, tous, se contentent de relayer les messages alarmés des scientifiques et ceux alarmistes des politiques et des technocrates. Il est actuellement pratiquement impossible, pour celui et celle qui se permettent simplement de douter ou de relativiser les conclusions publiées par les spécialistes des questions climatiques et leurs thuriféraires, de trouver de l’information s’écartant du « prêt-à-penser » écologiste.

A quoi peuvent donc bien servir les médias s’ils ne sont plus capables d’apporter une contribution critique aux études qu’ils se contentent de reproduire, généralement en les approuvant en bloc dans des commentaires superficiels ? Ne disposent-ils plus des moyens suffisants pour permettre à leurs journalistes d’enquêter et d’approfondir certains sujets ? Ont-ils déjà oublié le précédent stupéfiant de la soi-disant « mort des forêts » prêchée dans les années 80, lorsque les médias, déjà, avaient manqué gravement à leur mission ? Et la campagne récente, dans notre pays, relative aux minarets ne leur a-t-elle pas ouvert les yeux ?

Pas étonnant, dans de telles conditions de sous-information voire de désinformation, que le doute grandisse à propos de la réalité des problèmes climatiques. Pas étonnant que les rumeurs les plus folles de « complot intégriste » et de « cabale verte » naissent, enflent et courent.

Pour ceux qui, comme le signataire de ce billet, ne sont pas certains que le réchauffement climatique n’est dû qu’à l’activité des humains mais qui sont convaincus que les efforts destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre ne sauraient nuire et qu’ils peuvent au contraire ouvrir de nouveaux horizons économiques à l’humanité, il y a dans ce constat bien des motifs de frustration et d’inquiétude.

Pierre Kunz

 

 

12:09 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/11/2009

SSR, couper dans les programmes ; et alors ?

 

 

« Se serrer encore la ceinture équivaudrait à couper dans les programmes, ce que la SSR veut éviter à tout prix », indique le patron de la grande régie helvétique, M. Armin Walpen.

Il est toujours surprenant de constater combien les soi-disant « managers » des établissements publics se laissent emporter, lorsqu’ils ont passé quelques années à la tête de leur entreprises, par le corporatisme et la facilité. Combien ils perdent alors le sens de leur mission et combien ils se révèlent incapable de s’extraire du conservatisme et de la facilité. La SSR ne fait malheureusement pas exception.

Voilà une institution dont, tous les observateurs objectifs le reconnaissent, l’efficacité des structures et la productivité du personnel ne sont vraiment pas les caractéristiques premières. Voilà une institution dont la qualité de l’information générale, politique en particulier, laisse grandement à désirer, tant elle est « feuilletonnée, saucissonnée et sensasionnalisée », tant elle reste superficielle, en Suisse romande bien plus d’ailleurs qu’en Suisse alémanique. Voilà une entreprise qui entretient un nombre étonnant de chaînes dont pour certaines l’audience est si faible que dans l’économie privée on les aurait supprimées depuis belle lurette.

Voilà donc une entreprise qui dispose de gisements considérables d’économies et de ressources inexploitées dans son fonctionnement et dans la gestion de ses ressources humaines. Mais non, face à une baisse de ses recettes publicitaires, la SSR ne voit pas de salut hors le recours à une aide publique renforcée.

C’est dans plus de créativité, plus d’esprit critique et dans plus d’intelligence, un peu d’humilité aussi, que la SSR doit trouver la réponse aux difficultés qu’elle rencontre. Pas dans les subventions publiques.

Pierre Kunz

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08/04/2008

Et le contexte ?

Schopenhauer s'amusait de la capacité de ses contemporains à considérer que les limites du monde étaient celles fixées par leurs préoccupations du moment. Il verrait qu'aujourd'hui rien n'a changé et que nous sommes toujours incapables de jauger un événement et de juger ses acteurs en tenant compte de son contexte historique, social, économique et géopolitique. Cela vaut pour le commun des mortels comme, malheureusement, pour ceux qui ont la mission de nous informer. La lecture de la presse d'une journée est particulièrement instructive à ce sujet. Prenons par exemple celle de ce 8 avril 2008 et limitons-nous à un journal et à trois cas pour illustrer notre propos.

Ce quotidien titre ce jour dans son cahier spécial que "Plus de 1600 logements ont été construits en 2007" dans le canton. Bonne nouvelle, se dit-on. Pourtant il n'en est rien car c'est plus du double d'habitations qu'il aurait fallu mettre sur le marché pour commencer, commencer seulement, à surmonter la pénurie  qui règne à Genève. De ce rappel il n'y a pas trace.

On lit aussi dans les colonnes de ce journal que "L'air reste toujours aussi pollué" dans notre pays. Et cela étant chacun serait en droit de s'inquiéter. Or, en fait, il n'existe aucune raison de s'affoler puisque les relevés effectués année après année par les services cantonaux de protection de l'air indiquent qu'en trente ans la qualité de notre air s'est améliorée de magnière extrêmement significative, même si depuis deux ou trois ans on note une certaine stagnation dans les progrès accomplis.

Bien entendu on n'échappe pas dans l'édition du jour aux affaires de l'UDC et des bousculades que ce parti exerce sur Mme Eveline Widmer-Schlumpf. On apprend dans l'article consacré à ce sujet que la présidente d'Alliance F, Mme rosmarie Zpafl-Helbing, se plaint bruyamment qu'une fois encore "les femmes au gouvernement sont attaquées de manière beaucoup plus virulente que les hommes." Elle aussi oublie très facilement que c'est bien un homme, M. Christophe Blocher, qui non seulement a été le sujet d'une campagne médiatique et politique inconnue jusqu'ici dans le pays mais s'est de surcroît fait éjecter du Conseil fédéral en décembre dernier.

Décidément ce n'est pas d'une insuffisance d'information dont souffre notre démocratie. C'est un excès d'informations qui en perturbe le fonctionnement harmonieux. Notamment parce que ceux qui sont chargés de nous livrer ces dernières le font d'une manière superficielle, partielle et hors contexte. Ils n'ont probablement qu'une excuse, celle de ne pas disposer de suffisamment de temps pour effectuer leur tâche avec le sérieux et le recul commandés par l'objectivité.

 

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