Je la connais la musique... - Page 4

  • Au revoir M. Kappeler

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    Les lecteurs du quotidien Le Temps ont appris vendredi que Beat Kappeler entendait désormais se consacrer à d'autres activités que celles du spectateur engagé qu'il n'a cessé d'incarner depuis deux décennies. Heureusement, il très improbable que le jeune retraité ait totalement renoncé à s'exprimer lorsqu'à l'avenir il le jugera utile, en toute liberté et avec la fine intelligence qui l'a toujours caractérisé.

    Il n'empêche, ses fidèles lecteurs regretteront grandement ses éditoriaux hebdomadaires. Sa compréhension de nos sociétés industrialisées est en effet d'une étendue et d'une profondeur qu'on ne retrouve guère parmi ses pairs, même au sein du gotha des professeurs d'économie, nobelisés ou pas encore, avides d'éclairage médiatique et académique, qui viennent de se réunir à Davos. Ses observations, ses analyses critiques et ses recommandations relatives au fonctionnement social, économique et politique de l'Occident, de la Suisse en particulier, étaient fondées sur un parcours professionnel et intellectuel d'une rare richesse.

    Beat Kappeler s'est depuis longtemps distancé des théoriciens de l'économie accrochés aux « modèles », pratiques mais si éphémères, grâce à un profond bon sens qui ne l'a jamais quitté et qui a toujours guidé ses recherches et ses réflexions. Contrairement aux technocrates de tout poil et aux célèbres Stiglitz et autres Krugman, le Bernois, libéral convaincu, mais au sens philosophique et humaniste du terme, n'a en aucun cas cédé aux modes, à la tentation de plaire et aux solutions dictées par la seule urgence ou le court terme socio-économique. Soulignant avec constance les échéances financières inéluctables des Etats européens et américain, il n'a eu de cesse de rappeler les vertus qui ont animé nos aïeuls, ceux qui ont fait la richesse du monde industrialisé, et n'a jamais renoncé aux valeurs qui conditionnent le fonctionnement durable d'une société démocratique et économiquement libérale.

    Au revoir M. Kappeler ; vous vous manquerez.

    Pierre Kunz

     

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  • Constituante, tentative de suicide

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    Au cours des discussions de coulisses qui ont eu lieu ces dernières semaines dans le but de trouver une solution aux profondes divergences subsistant entre les groupes sur certaines questions d'importance, le PS et les Verts n'ont cessé de renforcer leurs exigences dans des domaines considérés pourtant, par les groupes de la droite et la majorité des électeurs du canton comme essentiels. Tirant parti des divisions régnant au sein de cette droite et du rôle trouble qu'y joue l'UDC, la gauche a quasiment imposé ses conditions. A tel point qu'elles sont devenues inacceptables et qu'elles mettent gravement en péril l'aboutissement positif des travaux de la Constituante.

    Qu'à cela ne tienne, probablement enivrés par le succès de leur tactique de « négociations » et décidés à profiter au maximum de la situation, les élus PS et Verts ont montré hier, lors de la réunion plénière de l'Assemblée, qu'ils n'étaient pas prêts à modérer leur appétit. Sur plusieurs sujets cruciaux, ils ont imposé leur volonté à des élus de droite incapables de résister, les uns parce qu'ils se sentaient liés par les accords conclus en coulisses malgré le déséquilibre flagrant de ceux-ci, les autres prisonniers de leur incohérence et de leurs divisions.

    Faisant le forcing, « jusqu'au-boutiste » dans leurs exigences, le PS et les Verts ont fait ressortir l'éligibilité communale des étrangers des dispositions transitoires où ils satisfaisaient une large majorité et obtenu le retour de cet article dans le texte constitutionnel puis ils ont fait inscrire dans ce dernier une nouvelle réduction des conditions d'exercice des droits populaires. Ils n'ont épargné que le quorum électoral du Grand Conseil, sans larmes bien sûr, puisque ce faisant ils étaient certains de compliquer les prochaines échéances électorales de l'extrême-gauche.

    Il faut savoir que par ailleurs le PS et les Verts ambitionnent de supprimer, et sont décidés en tous cas à les vider de leur substance, deux autres dispositions, capitales aux yeux de la droite et pour l'avenir de Genève, adoptées lors de la première lecture. Il s'agit du frein à l'endettement et de la réforme de la fiscalité communale.

    On verra ce qu'il ressortira des débats à venir. Mais d'ores et déjà on peut affirmer que mardi soir la Constituante a commis une véritable tentative de suicide. Elle n'est pas encore morte mais le croque-mort a été mobilisé. Que pèsent en effet aux yeux de la population le toilettage et la modernisation de façade de l'ancienne constitution à côté des aberrations politiques entérinées hier ?

    Se rappelle-t-on la pluie constante des plaintes, des lamentations, des accusations portées dans tous les médias, pendant les deux premières années d'existence de la Constituante, par tous les groupes de gauche unis dans le même effort ? Une droite qualifiée alors de méprisante, de fossoyeuse des acquis, de néolibérale aveugle, d'arrogante.

    Le temps passe, la gauche sait en prendre la mesure à son bénéfice. Quant à la droite, elle reste bête.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Novartis, le dessous des cartes

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    L'avenir nous obligera peut-être à revoir ce jugement. Mais l'histoire récente de nos voisins et les problèmes dans lesquels ils se débattent nous conduisent à penser que notre pays est en premier lieu fort ... de la faiblesse de ses gouvernements fédéral et cantonaux.

    Il est fort aussi de son marché étroit, de son système exemplaire de formation scolaire et professionnelle, de l'aptitude de ses habitants au travail, de son conservatisme viscéral, de son fédéralisme, des droits populaires, du pouvoir dominant de son économie et des partenaires sociaux, de l'habileté de ses diplomates et de ses négociateurs. Il est en conséquence aujourd'hui bien mieux armé que la plupart des nations industrialisées pour surmonter la crise économique et financière qui les affecte. Cela malgré le populisme qui y fleurit momentanément.

    Pourtant il est illusoire de croire que la petite Suisse pourra demeurer à l'écart des conséquences de la dérive institutionnelle et financière de ses grands voisins et de l'immense redistribution des cartes géopolitiques. Nos voisins plus imprévoyants que nous ont déjà commencé à nous faire « partager » leurs soucis : chute de l'Euro et du dollar, assauts contre notre système bancaire et financier, menaces non voilées contre notre système fiscal, remises en cause des accords bilatéraux, etc.

    Quant aux nouveaux équilibres planétaires en formation, ils ont des conséquences palpables et de plus en plus nombreux sur le citoyen helvétique, dans son statut de consommateur comme dans ceux de salarié et de contribuable. Le tout récent exemple de Novartis à Nyon est très illustratif.

    Les emplois de la cité vaudoise sont sauvés, certes, et le citoyen-travailleur rit, même si c'est un peu jaune puisqu'il devra oeuvrer plus pour le même salaire. Mais pour le citoyen-contribuable le prix à payer n'est pas négligeable puisque l'Etat de Vaud s'est vu d'une part contraint de brader une partie du patrimoine communal au profit de la multinationale, d'autre part d'accorder à cette dernière de substantiels allègements fiscaux. Le citoyen-consommateur, de son côté,  passera à la caisse puisque manifestement dans cette affaire nos autorités fédérales ont donné leur blanc seing à la politique de dumping de Novartis, celle qui consiste à vendre en Suisse les médicaments à un prix plus élevé qu'à l'étranger.

    Le prix de ce genre d'arrangements, qui ne manqueront pas de se multiplier dans les années à venir, peut paraître élevé. C'est celui auquel nous mènent les vertus et le pragmatisme que nous cultivons davantage que les autres Etats européens. Mais ce prix reste bas au regard des conditions d'existence d'une société riche, au sein de laquelle la redistribution des revenus est très vaste et d'où les affrontements sociaux violents sont quasiment absents.

    Quoi qu'il en soit, c'est le prix auquel nous devrons nous habituer. Nous aurons en effet fort à faire dans les années à venir pour adapter les structures économiques, sociales et politiques helvétiques aux équilibres planétaires nouveaux induits par le grand partage des richesses de la planète au profit de tous les peuples.

    Pierre Kunz

     

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  • La productivité croît, les salaires stagnent, vivent les vacances !

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    « Depuis 1995, la productivité a augmenté de 20 % en Suisse mais les salaires n'ont progressé que de 4 % », s'offusque Josiane Aubert, conseillère nationale vaudoise socialiste pour justifier l'initiative de la gauche et des syndicats qui entend faire passer de 4 à 6 semaines les vacances annuelles des travailleurs du pays.

    Cette dame est certainement remplie de bonnes intentions. Mais avant de s'exprimer elle et ses amis auraient avantage à méditer la formule célèbre d'Agénor de Gasparin : « Méfiez-vous des idées généreuses ; plus elles le paraissent au départ et moins elles le sont à l'arrivée ». Elle devrait également, comme ses collègues syndicalistes, prendre la peine d'améliorer sa compréhension du fonctionnement de l'économie helvétique et de l'ampleur des défis auxquels sont confrontées les entreprises qui en forment le tissu productif.

    Prétendre justifier par un droit à des vacances supplémentaires une augmentation de 4 % de la masse des salaires distribués en Suisse procède du simplisme et de la démagogie. C'est dans le meilleur des cas le résultat d'une méconnaissance inquiétante de la manière dont une telle mesure se répercuterait sur la santé des entreprises et sur le marché de l'emploi.

    On ne contestera pas ici les deux chiffres cités plus haut, leur ordre de grandeur étant vraisemblable Il est effectivement probable que seul le cinquième des gains de productivité des entreprises suisses a été redistribué en moyenne aux salariés sous forme d'augmentations salariales au cours des 15 dernières années. Où est passé le reste ? Contrairement à ce que soutiennent les auteurs de l'initiative, il n'est allé que modestement aux actionnaires et peu, malgré quelques extravagances insupportables, aux managers.

    En fait la quasi-totalité des gains de productivité ont été « mangés » par les investissements et les réductions de prix imposées aux entreprises par leurs concurrents étrangers sur leurs produits finis. L'appréciation d'au moins 25 % du franc suisse intervenue depuis une quinzaine d'années par rapport à la quasi-totalité des monnaies étrangères, l'Euro, le $ et la £ en particulier, est passée par là.

    En répercutant un cinquième de ses gains de productivité sur les salaires, l'économie suisse a accompli en vérité une performance digne d'éloges. Des éloges qui doivent s'accompagner de gratitude car la capacité des entreprises à améliorer à raison de 20 % leur productivité sur une quinzaine d'années explique presque seule la bonne santé économique et sociale du pays et la faiblesse du chômage qui le caractérise. C'est bien cet accroissement de la productivité qui a permis à nos firmes, malgré la concurrence féroce régnant sur les marchés, de continuer à produire de manière compétitive, de renforcer l'emploi et de verser à leur personnel comme dans le passé les rémunérations les plus élevés du monde.

    On n'oubliera pas, évidemment, dans ce constat réjouissant la contribution essentielle des salariés. Des salariés qui accomplissent des efforts de formation scolaires et professionnelle considérables et permanents et qui sont prêts dans ce pays à travailler davantage que leurs voisins et de manière plus intensive.

    Leurs « défenseurs » leur rendent par conséquent un bien mauvais service en leur laissant miroiter qu'ils « méritent deux semaines de vacances supplémentaires ». Un discours malsain qui ne peut conduire qu'à l'affaiblissement des conditions de l'emploi. Les salariés ne sont d'ailleurs pas dupes et ne réclament pas de travailler moins mais d'être payés davantage si faire si peut. On notera pour le surplus que, si l'on en croit la dernière enquête de satisfaction menée par un institut spécialisé, 80 % des Suisses interrogés déclarent être heureux ou très heureux dans leur vie professionnelle et familiale.

    Pierre Kunz

     

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  • La France en AA+, Genève en AA-. Et alors ?

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    Depuis Louis XIV les élites françaises se sont toujours vues dans le rôle du donneur de leçons. Elles considèrent encore non seulement faire partie des premiers de classe dans tous les domaines mais aussi de tenir le rang le plus élevé dans le concert des nations européennes.

    On comprend donc le choc que ces élites, les acteurs politiques surtout, ont ressenti lorsqu'a été publiée la dégradation de AAA à AA+ de la note de solidité financière à laquelle vient de les condamner l'agence de notation financière Standard & Poor's. Les marchés avaient pour leur part anticipé cette annonce qui a donc essentiellement un caractère médiatique et qui restera à moyen terme sans conséquences ou presque. Reste que la classe politique du pays est ainsi mise sous pression et invitée de manière spectaculaire à couper dans son administration publique hypertrophiée, à modérer le goût des Français pour les prestations et les allocations de l'Etat, à élever l'âge de la retraite des salariés et à améliorer la compétitivité de l'économie en conviant les travailleurs à accroître le nombre de ses heures d'activité hebdomadaires.

    Mais cette affaire ne saurait bouleverser demain le fonctionnement et les habitudes du pays. L'exemple genevois est significatif.

    Malgré les difficultés financières bien connues et graves du canton, les autorités sont restées largement inactives au cours des dernières années et les problèmes restent entiers. L'endettement public n'a que peu diminué et demeure de loin le plus élevé des cantons suisses. Au bout du lac les effectifs de l'administration ont continué de gonfler fortement, les investissements publics ont atteint un niveau démesuré et seule quelques mesures cosmétiques ont été prise à propos de à l'assainissement des caisses de pension cantonales. Quant aux dépenses de fonctionnement de l'Etat, elles ont poursuivi leur croissance régulière sans rapport avec l'inflation, la hausse de la population et l'évolution des recettes structurellement assurées.

    Pourtant notre canton, qui trainait depuis longtemps la note médiocre de A+, a vu l'an dernier Standard & Poor's à relever son appréciation des finances publiques cantonales à AA-, note moins médiocre. Comment l'agence en est-elle arrivée à cette conclusion ? Les observateurs sérieux se perdent en conjectures lorsqu'ils tentent de répondre à cette question, surtout lorsqu'ils comparent l'évolution de la notation vaudoise entre 2006 et 2011. Entre ces deux dates en effet, grâce à un sérieux et fructueux ensemble de réformes (réduction de plus de 60 % de la dette, stabilisation des dépenses de fonctionnement, limitation des investissements) Standard & Poor's a élevé la notation du canton de Vaud de A+ à AA+.

    Il serait erroné, ou trop commode, de conclure des propos ci-dessus que les agences de notation sont inutiles. Il s'agit au contraire de saisir que leur rôle a pris l'ampleur qu'on lui connaît depuis la fin de la dernière décennie parce que leurs interventions jettent une lumière crue sur la manière malsaine dont ont été menée l'activité politique et gérées les finances publiques dans les Etats occidentaux depuis les années 1980. Fort opportunément et dans l'intérêt des citoyens du monde occidental la pression qu'elles exercent, associée à celle des marchés, force désormais les gouvernements à agir. Leur objectivité relative et les points qu'elles distribuent ont finalement moins d'importance que le signal donné.

    Pierre Kunz

     

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  • Régies genevoises : les anti-réformistes au front

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    Les opposants à la nouvelle loi sur l'organisation des institutions de droit public ont donc franchi la première partie de la lutte qu'ils entendent mener contre les réformes voulues par le Conseil d'Etat et le Grand Conseil. Des réformes considérées indispensables par la Constituante également qui en a adopté en décembre dernier les bases constitutionnelles.

    Rappelons qu'en résumé, l'extrême gauche, le PS et le MCG contestent la nouvelle loi au prétexte qu'elle affaiblirait le « contrôle démocratique », celui de la société civile sur la gouvernance des grandes régies du canton, à savoir celles à qui l'Etat a délégué une partie de ses prérogatives. Mais la vérité impose de souligner que l'objectif poursuivi par ces milieux est en réalité beaucoup plus prosaïque et corporatiste. Il s'agit presque exclusivement pour les partis politiques en question de défendre une source de financement non négligeable de leurs activités. Chacun sait en effet que les jetons de présence distribués très généreusement aux représentants des partis dans les conseils de ces institutions sont en bonne partie destinés aux partis qu'ils représentent.

    Ce que vise la nouvelle loi, ce qui importe, c'est le contrôle efficace de la gestion des établissements en question, dont certains figurent parmi les plus gros employeurs du canton et dont les budgets dépassent souvent les 500 millions de francs. Il s'agit d'assurer la qualité et l'efficacité de leur gouverance, de leur gestion et de leur fonctionnement, d'assurer le respect des objectifs statutaires et légaux de ces établissements. Et chacun sait que les conseils des institutions de droit public élus sur la base de la loi actuelle, c'est-à-dire sans égards ou presque pour la compétence des individus désignés par les partis, sont peu capables de répondre à ces exigences.

    Le « contrôle démocratique » invoqué par les anti-réformistes n'est pas seulement une illusion, mais un anachronisme dangereux. La démocratie « participative », celle des civils, des associations, des syndicats et des fractions politiques, dont on nous rebat les oreilles ne saurait répondre aux exigences d'une gestion moderne. Au contraire, et les exemples ne manquent pas dans le passé très récent, elle ne peut que nuire au fonctionnement des institutions concernées. Ce qui garantira le véritable contrôle des citoyens sur les entités qu'ils financent ne peut être que d'une part la qualité et les compétences des membres des conseils des institutions, d'autre part la structure à laquelle ont adhéré depuis des décennies toutes les administrations publiques modernes et les entreprises privées sérieuses. A savoir la mise sur pied d'un système à trois niveaux, soit un contrôle interne solide, un organisme d'audit interne perspicace et une  procédure de révision externe indépendant. C'est d'ailleurs cette structure qu'imposera le texte issu des travaux de la Constituante.

    Il convient de rappeler qu'à Genève existe déjà un établissement en mains de l'Etat, dont le conseil n'est occupé depuis quelques années que par des personnes ayant les compétences requises et dont la gouvernance est fondée sur les principes évoqués ci-dessus. Il s'agit de la Banque cantonale genevoise. Cela ne veut pas dire que le monde politique es texclu du conseil de la BCGe ; la loi prévoit en effet expressément que les grandes sensibilités politiques du canton y sont représentées par des gens compétents. Et le résultat est là : la BCGe vient de se voir octroyer un niveau amélioré de cotation par Standard & Poor's.

    C'est en vertu de ces constats que le Conseil d'Etat, le Grand Conseil et la Constituante sont revenus sur le vote populaire de 2008 auquel les opposants se réfèrent  commodément mais qui n'a été acquis que dans le cadre d'une campagne de méfiance et de dénigrement. Celle qui s'annonce sera menée dans un contexte bien différent et elle placera la gouvernance des régies publiques à l'éclairage des exigences de notre temps, au-delà des intérêts partisans et des discours démagogiques.

    Pierre Kunz

     

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  • La police n'est plus la solution, c'est le problème

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    La police genevoise semble encore bénéficier d'une bonne image au sein de la population genevoise. Il n'en reste pas moins, quelques évènements récents le confirment, qu'elle est devenue un problème politique majeur. Comment en est-on arrivé là ?

    La première cause du malaise réside manifestement dans l'évolution récente de notre société et dans les perversions juridiques et humanitaristes qui l'ont accompagnée. La responsabilité de cette dégradation repose sans conteste au sein d'un monde politique incapable de résister aux milieux « bien-pensants » et aux modes du « politiquement correct ».

    Nulle part plus que dans notre canton le corps de police ne subit les conséquences paralysantes du juridisme insensé qui nous a emportés depuis trois décennies. Nulle part plus qu'au bout du lac on a porté à ce point d'absurdité la protection de la personne des délinquants au détriment de l'action sécuritaire efficace des défenseurs de l'ordre public. A tel point que, pour effectuer son travail et respecter les règlements qui ont envahi la profession, le policier doit désormais consacrer plus de temps au poste qu'à la rue. Pour prévenir par exemple les accusations inventées de mauvais traitements il est forcé de prendre une multitude de précautions et se trouve désormais dans l'impossibilité d'agir seul. Quant à la plainte déposée par un citoyen pour détroussement, au lieu de mobiliser une simple employée administrative, elle peut occuper plusieurs policiers pendant des heures.

    Ce fonctionnement absurde non seulement coûte horriblement cher à la collectivité mais il est surtout extrêmement démotivant pour les policiers. Ceux-ci ne pratiquent désormais leur métier qu'à peine durant la moitié du temps qu'ils lui consacrent.

    La seconde cause trouve par contre sa source à l'intérieur du corps de la police, même si elle découle partiellement de la précédente. La police a manifestement été noyautée par des syndicalistes particulièrement virulents qui profitent depuis plusieurs années du mécontentement de la base pour quereller régulièrement un Conseil d'Etat pusillanime, se réfugiant dans des compromis navrants à chaque orage et incapable depuis plus de dix ans de jouer son rôle de patron de la police genevoise.

    Pour désolant que soit la faiblesse du Conseil d'Etat en la matière, le syndicat pourrait faire œuvre utile en contribuant activement à l'indispensable modernisation de la police genevoise. Dans l'intérêt général il pourrait devenir source de propositions en vue d'extraire celle-ci de son carcan actuel, de la réorganiser en fonction des défis sécuritaires contemporains, de la faire passer aux outils informatiques modernes et d'améliorer l'efficacité du travail des agents sur le terrain. Au lieu de cela il consacre toute son énergie à cultiver les intérêts  corporatistes de la police et à multiplier les exigences matérielles et démagogiques : plus d'effectifs, plus de salaire, plus d'indemnités pour les heures supplémentaires, plus de compensations pour le travail de nuit, etc. Il parvient presque à faire oublier que le corps de police est depuis longtemps au bénéfice d'avantages considérables, en particulier une multitudes de privilèges en matière de défraiements ainsi que la prise de retraite cinq à dix ans avant les autres fonctionnaires grâce à une caisse de pensions subventionnée année après année par l'Etat plus généreusement que toutes les autres caisses de prévoyance publiques.

    Il était donc temps que, par la voix d'Isabel Rochat, le Conseil d'Etat réagisse avec vigueur à l'égard de syndicalistes manifestement plus préoccupés par les égoïsmes corporatistes que par la mission de service public des policiers qu'ils disent représenter. En attendant, espérons-le, que ce Conseil d'Etat se réapproprie pleinement son rôle de patron de la police et qu'il prenne enfin les rênes de la modernisation de celle-ci.

    Pierre Kunz

     

     

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  • L'Abbé Pierre et l'austérité en Occident

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    En ce jour de Noël, alors que l'Occident industrialisé, pressé par une sphère politique déboussolée et des médias appauvris, s'aveugle dans ses indignations et s'étouffe dans son déni des réalités qu'il a pourtant créées, il est bon pour l'équilibre de notre raison autant que pour la sérénité de notre âme de nous replonger dans ce qu'écrivaient sur l'avenir du monde quelques-uns des penseurs et acteurs du siècle précédent. Les écrits de l'Abbé Pierre sont particulièrement édifiants, même à propos de questions sur lesquelles on l'attend peu, celle de la libéralisation mondialisée des échanges et des conséquences de celle-ci par exemple.

    En parcourant un ouvrage que l'Abbé a publié il y a une quinzaine d'années (*) le lecteur se heurte à ce paragraphe prémonitoire :

    « Le monde va très probablement traverser des crises graves qui obligeront les nations les plus développées à faire un choix : soit de repliement en privilégiant l'ordre et les intérêts en place (ce qui à terme s'avérera intenable et engendrera la dictature), soit d'ouverture. Cette seconde voie implique un effort de chacun, un renoncement pour beaucoup à bien des privilèges, et à une redistribution des moyens permettant à chaque peuple de développer à son tour ses propres richesses. »

    On n'aurait pu expliquer en termes plus simples d'une part le « grand partage » que connaît la planète depuis trois décennies, d'autre part les difficultés socio-économiques que ne peuvent manquer de générer dans les sociétés privilégiées du Nord cette colossale redistribution des cartes.

    Joyeux Noël !

    Pierre Kunz

    (*) Mémoire d'un croyant, Fayard, 1997

     

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  • Les Verts veulent une Genève maigre

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    Leur récente défaite électorale ne leur aura donc rien appris. Les Verts persistent dans leurs objectifs de « frugalité » et de décroissance et se lancent à l'attaque du nouveau plan directeur d'aménagement cantonal récemment dévoilé par le Conseil d'Etat.

    Certes, ce nouveau plan directeur est largement contesté dans les communes qui, une fois de plus, ne semblent pas avoir été correctement consultées lors de son élaboration. Il n'est donc pas surprenant qu'elles lui trouvent plus de défauts que de qualités et qu'elles exigent qu'on lui apporte des correctifs. Mais les Verts franchissent un pas supplémentaire en insistant sur le retrait pur et simple de ce plan au prétexte qu'il « ne fait que dégager des surfaces constructibles » et qu'il ne s'agirait selon eux que « d'une opération destinée à commercialiser le territoire genevois ».

    Un comble quand on sait que tous les Genevois sont au moins d'accord sur un constat : le canton souffre de l'énorme déficit accumulé dans la construction de logements. Un déficit qui explique pratiquement toutes les nuisances qui pourrissent la vie des habitants, le coût élevé des habitations disponibles, la pollution sonore et les encombrements routiers en particulier.

    Au delà de l'intégrisme inquiétant d'un parti qui reste attaché à une vision malthusienne de la société occidentale, l'attitude des Verts qui ne cessent de faire la leçon aux Genevois au sujet de la région et qui prétendent conduire Genève en participant au Conseil d'Etat, est d'une incohérence surprenante. D'une part, contrairement à ce que prétendent leurs porte-paroles, l'équilibre de la zone agricole genevoise n'est aucunement mis en péril par le nouveau plan directeur. D'autre part c'est de l'équilibre et de la répartition des tâches au sein de l'agglomération franco-valdo-genevoise qu'il est question dans le nouveau plan directeur.

    Faut-il rappeler que la surface occupée actuellement par le bâti, réseau routier compris, représente moins de 20 % de la surface du canton ? Les Verts, qui préconisent une « agglomération durable, équilibrée et solidaire », envisagent-ils sérieusement de continuer à exporter en France voisine et en dans le Pays de Vaud la construction des logements nécessaires à nos enfants qui veulent travailler à Genève ? En opposition aux constituants de tous bords qui ont, eux, compris les enjeux, entendent-ils contester le texte de la nouvelle constitution qui stipule clairement que « le plan directeur cantonal prévoit la mise à disposition en suffisance de terrains constructibles » ?

    Genève s'apprête à vivre une décennie économiquement et socialement difficile durant laquelle la tâche de nos autorités consistera bien davantage à gérer la diminution du PIB cantonal et des recettes fiscales que la croissance économique. Dans ce contexte il est stupéfiant d'entendre le maire Vert de Chêne-Bougerie déclarer à l'appui de son rejet du plan directeur «  qu'on ne peut se contenter de stimuler la croissance ».  La fonction de maire de commune rendrait-elle sourd et aveugle aux défis du canton ?

    Pierre Kunz

     

     

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  • Le "patriotisme économique", dernière née des gauloiseries

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    L'histoire foisonne de ces périodes où, lorsque leur avenir s'assombrit et que les incertitudes se multiplient, les nations succombent au mirage des « bienfaits » du repli et de la désignation des « coupables » venus d'ailleurs. Animés par des autorités religieuses et politiques particulièrement déterminées, les peuples de France, au cours du dernier millénaire, ont fourni un nombre élevé d'illustrations de ces moments troubles qui ont chaque fois coïncidé avec des résurgences de la barbarie.

    « Formatée » qu'elle est par une généalogie remontant très loin dans le passé, il n'est pas vraiment étonnant de retrouver la classe politique française contemporaine aux prises avec ses vieux  démons. Surtout en période électorale. La presse, depuis quelques jours s'est fait largement l'écho des « solutions » proposées par les chefs de file des partis. La « dé-mondialisation » Montebourg dixit, le « pacte national pour produire en France » selon Hollande, « la protection des frontières et des écluses douanières » pour Le Pen.

    Ce genre de propos, on ne les entend et on ne les lit que dans l'Hexagone. Jamais dans les cercles politiques britanniques, espagnols ou portugais, pourtant confrontés à des difficultés économiques et financières au moins aussi graves que celles de la France, on ne s'exprime ainsi. Même Berlusconi, pourtant peu avare d'outrances, ne s'est jamais abaissé en Italie à tenir des discours aussi lamentables. Des discours révélateurs de la mentalité de l'ensemble de la classe politique française, démagogique, populiste, malsaine, disposée aux pires compromissions pour accéder au pouvoir.

    Eloignés du simple bon sens, oublieux des enseignements du passé, fermant volontairement les yeux sur les raisons du succès économiques des voisins de la France, ces aboyeurs laissent croire à leurs auditeurs crédules que supprimer la concurrence étrangère ne manquera pas de conduire au remplissage des caisses publiques, à la renaissance des emplois disparus et à l'amélioration des salaires et des conditions de vie de ceux qui ont conservé le leur.

    Certes, dans tous les pays du monde les politiciens, soumis à la pression de difficultés sectorielles parfois considérables et de lobbies puissants, se laissent séduire par des entorses aux engagements de libre-échange qu'ils ont signés. Mais nulle part, sinon en France, ces « faiblesses » ne sont érigées en programme politique.

    Il est très improbable que la classe politique française réforme sa manière de fonctionner. Pourtant elle serait tellement plus respectable et utile au pays si elle entreprenait enfin d'expliquer aux Français que le monde a changé, que d'autres peuples entendent, par leur labeur et leur intelligence, prendre part désormais au partage des richesses de la planète. De leur expliquer aussi que la France dispose des moyens de faire face à ce défi à condition que, comme les Allemands, les Suédois ou les Néerlandais par exemple, elle accepte de vivre conformément à ses moyens et ... que les Français se mettent à travailler davantage pour accroître ces derniers.

    Pierre Kunz

     

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  • Les "indignés", produits décalés d'une société narcissique

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    Les « indignés », sont ces gens qui manifestent bruyamment leur colère à l'égard d'une société qui selon eux a perdu sa boussole à cause des dérives causées par les rapaces de la finance. Sont-ils défendables ?

    Certes, la crise économique et financière que vit l'Occident a explosé suite à la mise en lumière des tripotages du monde bancaire. Certes, les déséquilibres structurels qui en ont découlé au sein de nos sociétés industrialisées ont généré des conséquences économiques et sociales extrêmement lourdes. Certes, à cause des difficultés du secteur financier, la question des dettes souveraines à pris un relief et une ampleur auxquels personne ou presque n'était préparé.

    Mais les abus du secteur financier sont-ils réellement à l'origine de la période d'austérité et, plus consternant, du déclin dans lesquels s'enfoncent les pays industrialisés ?

    Comme d'autre observateurs, l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, défend le point de vue qu'en réalité le monde occidental, l'Europe latine en particulier, affronte trois crises simultanées qui s'exaspèrent mutuellement mais qui ont leur origine propre : une crise du système bancaire, une crise de compétitivité économique et une crise des dettes souveraines. Il n'en reste pas moins que la cause profonde de nos maux est unique. Elle réside dans la rupture récente et brutale de nos sociétés avec les valeurs constitutives de notre civilisation et de nos succès passés.

    En place de ces valeurs, soit la spiritualité, l'esprit d'entreprise, le travail, l'épargne, le sens du devoir et les solidarités traditionnelles, nous nous sommes précipités dès la fin de la dernière guerre dans la culture du matérialisme, des loisirs, de l'individualisme, des droits, de l'immédiateté et du crédit ; dans un égalitarisme insensé aussi, exacerbé par l'Etat providence, veau d'or du 20ème siècle. Consommateurs invétérés, nous avons enfin succombé à l'égoïsme et à la cécité volontaire à l'égard des autres pays de la planète qui ne nous ont plus intéressés que comme destinations touristiques.

    Nous avons vécu dans un confort, une sécurité et des facilités, dont aucun peuple n'avait aussi amplement disposé jusqu'ici, oubliant avec une étonnante facilité qu'ils nous ont été offerts par le labeur séculaire de nos prédécesseurs. Nous comprenons douloureusement aujourd'hui que si nous en avons tant profité c'est largement en contrepartie de l'endettement déraisonnable de nos collectivités publiques, celles qui se trouvent aujourd'hui dans la tourmente non pas à cause de leurs créanciers mais par la faute de leur imprévoyance et de leur légèreté.

    L'avenir assombri dont prennent douloureusement conscience les jeunes générations n'est donc que le résultat d'une arrogance et d'un aveuglement qui nous ont empêchés de discerner que nos « acquis » étaient désormais contestés par les peuples que nous avions assujettis à nos intérêts pendant des siècles. Ces peuples qui, portés, eux, par les valeurs qui nous ont échappé, prennent part depuis quelques décennies au « grand partage » des ressources et des opportunités de la planète.

    Les « indignés » sont certes les victimes malchanceuses de la société dont ils héritent et dont tout indique qu'elle sera désormais plus exigeante qu'égalitariste. Mais ils sont aussi la représentation la plus caricaturale de notre inaptitude  à accepter les réalités de l'environnement planétaire contemporain. Des réalités qui exigent urgemment détermination et efforts partagés plutôt que manifestations et accusations.

    Les « indignés » paradent et discourent dans une absence totale de raison et de réflexion. Leurs « solutions » sont simplistes et incohérentes. Ils nient la gravité de l'endettement public et refusent tout simplement d'en accepter les conséquences austères, réclamant au contraire le maintien des soi-disant « acquis sociaux et matériels ». Ils militent pour la fin du libre échangisme mondialisé au prétexte qu'il ne profiterait qu'aux pays émergents, accusés d'avoir mis leurs peuples en esclavage industriel. Ils exigent le démantèlement des multinationales arguant qu'elles délocaliseraient par pure cupidité. Quand ils oublient momentanément de réclamer la taxation massive des riches, ils s'expriment carrément en faveur de la banqueroute des Etats endettés jusqu'au cou et tant pis pour les créanciers voraces.

    Leur projet immédiat se résume à l'effacement radical des engagements et au maintien absolu des droits. Quant à leur vision de l'avenir, elle se ramène à un retour au protectionnisme voire à l'impérialisme, à ce temps « béni » où l'Europe et les USA profitaient d'une Terre entièrement organisée à leur avantage et qui offrait aux habitants de ces nations la possibilité de mener grand train grâce au travail et aux ressources des pays aujourd'hui libérés et économiquement émergents. Ce temps béni où la société prétendait offrir à chacun « de travailler conformément à son rythme et son idéal de vie mais de recevoir selon ses besoins matériels », et où, confronté aux images de la pauvreté des peuples du Sud, chacun se donnait bonne conscience en militant pour l'aide au développement.

    Un programme infantile, conçu par des gens ayant jusqu'à hier vécu dans un environnement fictif, imaginé par des politiciens et des technocrates qui avaient oublié les leçons de l'histoire. Des gens qui n'ont qu'une excuse, celle d'avoir été si mal instruits sur les choses de la vie.

    Il en existe pas mal en Suisse romande.

    Pierre Kunz

     

    Article publié dans Le Temps de ce jour

     

     

     

     

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  • Les maths curieuses du professeur Ducommun

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    Michel Ducommun siège sur les bancs de la Constituante genevoise et y défend au nom du groupe Solidarités, généralement avec plus d'aisance verbale que de succès, ses convictions d'extrême gauche. On ne peut nier chez lui une grande cohérence idéologique. Malheureusement, cette cohérence enveloppe un monde utopique, celui qu'ont tenté de faire vivre Lénine et Staline en URSS avec les conséquences humaines dramatiques et les échecs économiques désastreux que l'on sait. D'où la contribution très limitée du marxiste de Sézenove aux travaux de la Constituante.

    De temps en temps, le professeur retraité s'astreint, sur le blog qu'il tient, à expliquer ses convictions et à condamner celles de ses collègues. Il le fait aujourd'hui et concentre sa prose sur ce qu'il appelle « les contradictions et les mensonges de la droite ».  Il fustige cette dernière dans son billet pour diverses raisons, notamment à propos de la manière dont les groupes de droite entendent inscrire dans la Constituante un frein à l'endettement d'un canton dont les excès en la matière sont largement dus à la situation financière calamiteuse des deux principales caisses de pension publiques, la CIA et la CEH.

    Il faut dire que Michel Ducommun n'est pas étranger à l'état de la CIA, lui qui a présidé l'institution pendant de nombreuses années. Une période qu'il a principalement mise à contribution pour nier les avertissements que les observateurs attentifs lui adressaient, cela depuis le début des années 2000.

    A l'époque déjà, on savait la CIA et la CEH en sous-couverture évidente et qu'elles ne disposaient pas des moyens d'honorer toutes les promesses de rentes qu'elles persistaient à garantir à leurs affiliés. La crise des années 1990 n'avait fait qu'amplifier le  déséquilibre des deux caisses fondées, comme toutes celles constituant le 2ème pilier, sur le système de la capitalisation. Mais le professeur de mathématique qui présidait alors la CIA a toujours prétendu le contraire. Un peu comme un professeur de maths oublieux du chiffre zéro dans le système décimal, il s'est exprimé à de nombreuses reprises pour affirmer qu'il fallait considérer la CIA comme une caisse fonctionnant en partie sur le modèle de l'AVS, en redistribution immédiate.

    Selon lui, en conséquence, non seulement les cotisants seraient toujours assez nombreux pour verser les rentes des retraités mais de surcroît, l'Etat ayant donné sa garantie à la CIA en cas de difficultés, il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Et même si les prestations promises étaient et demeurent les plus généreuses du pays, même si elles n'ont jamais été en proportion des ressources de la caisse il n'y avait pas de motif de changer quoi que ce soit, ni les cotisations ni les prestations.

    Pas étonnant qu'aujourd'hui, après que la Confédération a forcé les autorités genevoises à « faire le ménage » et que l'ancien président de la CIA se trouve confronté avec la facture de son aveuglement et de sa surdité, Michel Ducommun se sente mal à l'aise. Il peut traiter la droite de menteuse et nos autorités fédérales de stupides. N'empêche, il s'agit désormais de répondre aux exigences de la Confédération et de renflouer les caisses de pension publiques genevoises. Un renflouement qui s'élèvera probablement à 5 ou 6 milliards de francs et que de toute évidence l'Etat, soit le contribuable genevois, devra prendre presque totalement à sa charge.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • L'artiste et le bourgeois

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    Hier soir la Constituante a adopté, au titre de la culture, un article qui laisse un malaise. Son troisième alinéa stipule que « l'Etat met à disposition des artistes et des acteurs culturels des moyens financiers, des espaces et des instruments de travail adéquats ».

    D'aucuns pourraient interpréter ce texte comme ouvrant la porte au soutien des arts par l'Etat, financièrement et matériellement, sans autre critères que celui des besoins exprimés par le monde artistique. Au vu des manifestations récentes ayant suivi la remise en question partielle du budget culturel de la Ville, l'on peut parier que certains ne manqueraient pas, si cette disposition était maintenue dans sous la forme adoptée, de s'en prévaloir pour exiger de l'Etat la couverture de tous leurs besoins.

    Même si les arts constituent l'un des piliers porteurs de notre civilisation, ils ne méritent pas le privilège qu'une majorité de la Constituante lui a malencontreusement accordé, à savoir un soutien quasiment illimité de l'Etat. Notre communauté recense en son sein des besoins à couvrir autrement impératifs, à propos desquels le législateur n'en a pas moins été appelé à fixer des limites.

    Par ailleurs on a trop tendance dans les milieux artistiques à considérer qu'il existe une sorte de droit acquis au subventionnement public de la création artistique. Ils vont parfois jusqu'à considérer expressément que les arts «  ne sauraient se passer » du soutien inconditionnel de l'Etat, que « c'est bien la moindre des obligations » de celui-ci, faute de quoi les artistes seraient forcés de rechercher des aides auprès de donateurs privés, cela au prix de leur liberté d'expression.

    Cette attitude repose sur la facilité. La création artistique, l'exemple des pays anglo-saxons à ce propos est significatif, s'accommode parfaitement du mécénat privé, même s'il est plus difficile de convaincre un mécène qu'un fonctionnaire. Le mécène est en effet plus sélectif dans ses choix que l'Etat.

    Il n'est pas indigne pour un artiste de rechercher l'aide du « bourgeois ». Mais évidemment, cette démarche impose que celui qui s'y livre s'abstienne d'afficher le mépris qu'il a pris l'habitude de manifester à l'égard de ce bourgeois, dès lors qu'il vit de subventions publiques.

    Pierre Kunz

     

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  • Une femme sur 5 est battue !

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    Jeudi à midi et demi le journaliste de la RSR a annoncé en entrée de son émission d'information : « une femme sur 5 dépose plainte en Suisse parce qu'elle a subi des violences ! ». Tous les auditeurs ont pu déduire de ces propos que dans leur immeuble, au sein des vingt ménages installés, quatre de leurs voisines ont déposé plainte durant l'année parce qu'elles ont été battues. Impossible bien sûr. Mais pas un seul des divers commentaires ayant « illustré » sur les ondes cette annonce invraisemblable n'a songé à corriger cette dernière et à préciser que ces chiffres ne pouvaient pas se référer à l'ensemble des femmes. Il est probable que la dépêche d'agence originale disait que « seule une femme maltraitée sur 5 dépose plainte ».

    Cette légèreté du monde médiatique dans sa manière de nous tenir informés sur les affaires du monde est consternante. Elle est devenue monnaie courante et concerne aussi la presse écrite. Le nombre des simplifications, des approximations et même des erreurs les plus grossières qu'elle véhicule est considérable. C'est souvent par la faute des « titreurs » qui font profession du sensationnalisme, c'est aussi beaucoup à cause de journalistes insuffisamment instruits ou consciencieux. C'est aussi parfois à la suite du choix insuffisamment sérieux des contributeurs extérieurs.

    Voici, sans lien entre elles et d'une gravité variable, trois autres illustrations de la dérive d'une presse à laquelle il est de plus en plus délicat de se fier. Elles ont été prélevées en l'espace de quelques jours.

    Samedi dernier, c'est un article publié par la TdG et signé par « L'Invité » Christian Grobet qui scandalisait. Par simple souci déontologique et par respect pour la vérité, l'éditeur de ce vaste tissu mensonger aurait dû, sur la même page, donner la parole aux constituants accusés des pires malversations, des plus méchants complots et de scandaleuses dérives démocratiques par l'ancien conseiller d'Etat. Or il n'en a rien été.

    Lundi, dans un article consacré sur deux pleines pages à la crise financière qui tourmente les pays occidentaux, le même quotidien retrace les étapes de la « spirale infernale que rien ne semble pouvoir arrêter ». Les textes sont intéressants, les graphiques édifiants mais le titre est une évidente contrevérité. L'affirmation qui y est posée, selon laquelle « les Etats sont aujourd'hui exsangues pour avoir aidé les banques fragiles », est fausse. Elle occulte allégrement  la réalité,  bien plus inquiétante et dérangeante, à savoir que l'endettement des Etats occidentaux n'a fait que croître au cours des dernières décennies et qu'il a seulement été amplifié de quelques pourcents par le sauvetage des banques en difficultés. Bien plus lourds et coûteux ont été les plans, peu efficaces au surplus, de relance de la consommation.

    Le même jour, dans un papier consacré à la votation du 23 novembre relative au droit des pauvres prélevé sur les jeux d'argent, le journaliste de la TdG cite, sans vérifier ses propos,  une députée des Verts affirmant qu'en cas de « oui » à la suppression du droit des pauvres Emmaüs perdrait sa subvention cantonale. Or il est de  notoriété publique que l'Association Emmaüs n'a jamais ni réclamé ni bénéficié de subventions puisqu'elle vit uniquement du travail des Compagnons et de la générosité des donateurs privés.

    Certains continuent de verser consciencieusement leur taxe radio/TV exorbitante. D'autres persistent à « s'informer » par la lecture assidue de la presse écrite. Pour longtemps encore ?

    Pierre Kunz

     

     

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  • Bill Gates : "Les 10 choses que l'école ne vous apprend pas"

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    Bill Gates a récemment prononcé un bref discours dans une école secondaire américaine à propos de 10 choses que l'école n'apprend pas mais que tout adolescent devrait assimiler le plus rapidement possible. On peut ne pas apprécier Bill Gates. Mais il paraît évident, au vu de son parcours de vie, qu'il a, lui, appliqué les règles qu'il préconise.

    Dans son introduction il a évoqué les bons sentiments et les enseignements politiquement corrects, ceux qui selon lui qui ont créé des générations de jeunes largement inconscients des réalités de la vie. C'est à ces générations qu'il s'adressait en les invitant à ne pas commettre les mêmes erreurs éducatives avec leurs propres enfants.

    Voici les règles qu'il recommande sur le ton direct et sans ambages qui le caractérise.  

    Règle 1 :
    La vie est injuste : il faut vous y habituer!

    Règle 2 :
    Le monde se fout de votre amour-propre. Le monde s'attend à ce que vous accomplissiez quelque chose avant que vous ne vous félicitiez vous-même.


    Règle 3 :
    Vous ne gagnerez pas 100'000 $ par an en sortant de l'école. Vous ne serez pas sous-directeur en commençant, avec un portable et une voiture de fonction fournis.

    Règle 4 :
    Si vous croyez que votre professeur est dur avec vous, attendez d'avoir un patron. 

    Règle 5 :
    Travailler dans un McDo n'est pas s'abaisser. Vos grands-parents avaient un mot différent pour ça : ils l'appelaient une opportunité.

    Règle 6 :
    Si vous gaffez, CE N'EST PAS LA FAUTE DE VOS PARENTS, arrêtez de vous plaindre et apprenez de vos erreurs.

    Règle 7 :
    Avant que vous naissiez, vos parents n'étaient pas aussi fatigués qu'ils le sont devenus  
    en vous nourrissant, en vous entretenant et en vous payant vos études, sans jamais exiger votre contribution et votre coopération. 

    Règle 8 :
    Votre école s'est débarrassée du système des notes de passages. Comme d'autres elle vous a donné autant de chances que vous vouliez pour obtenir la bonne réponse. CELA N'EXISTE PAS DANS LA VRAIE VIE.

    Règle 9 :
    La vie n'est pas divisée en semestres. L'été n'est pas une période de congé. Et très peu d'employeurs sont disposés à vous aider à VOUS ASSUMER, c'est votre responsabilité.

    Règle 10 :
    « Face book » n'est pas la vraie vie. Dans la vraie vie, les gens ne font pas causette en permanence, ils travaillent.

    Si vous êtes d'accord, faites circuler ce message vers vos amis. Sinon, mettez-vous la tête dans le sable et prenez une grande respiration. 

    Bill Gates

     

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  • Oui, la Ville est un réel problème

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    Qui peut raisonnablement contester que la Ville constitue, aujourd'hui comme au cours des 200 dernières années, un réel problème politique dans la vie du canton de Genève ? Son poids économique et démographique est disproportionné, sa capacité  financière est incomparable avec celle des autres communes, même les plus riches, et les rôles de plus en plus vastes que s'attribuent non sans une certaine arrogance les conseillers administratifs de la Ville, surtout depuis quelques décennies, heurtent bien des sensibilités cantonales et dans les autres communes. Ils les heurtent d'autant plus que la place grandissante que s'octroie la Ville freine souvent, bloque complètement parfois, les projets politiques du canton.

    Pas étonnant donc que depuis une quinzaine d'années, comme ce fut le cas en d'autres époques de notre histoire, les projets de réforme organisationnelle soit de la Ville soit de l'ensemble des communes se succèdent. Le dernier de ces projets est le fruit des travaux de la Constituante qui ouvre deux voies nouvelles concernant directement la Ville. Il s'agit d'une part du prélèvement de l'impôt communal au lieu de domicile plutôt qu'à celui de l'emploi, d'autre part de la reprise par le canton d'un certain nombre d'institutions culturelles et sportives d'importance cantonale voire régionale ou internationale.

    Faut-il pour autant s'autoriser, comme le fait longuement sur son blog ce jour Sami Kanaan à parler « de prise d'otage, d'obsession pathologique, de réformes dévastatrices, de démantèlement et encore d'OPA cantonales sur des institutions culturelles et sportives » ? Non.

    L'on peut comprendre que le conseiller administratif en charge de la culture, au titre d'une première réaction, fasse preuve de mauvaise humeur à l'égard d'un projet qui privera son dicastère d'une partie de ses fleurons. Par contre il est difficile d'excuser les propos excessifs qu'il tient ainsi que les scénarios calamiteux et les chiffres inexacts qu'il appelle à l'appui de son argumentation.

    Redisons en premier lieu que la réforme fiscale voulue par la Constituante n'est pas destinée à réduire la capacité financière de la Ville. Accompagnée d'une profonde réforme de la péréquation intercommunale, elle vise à simplifier, à harmoniser et à rendre plus équitable le système actuellement en vigueur. Il est faux de prétendre que ces changements « profiteront avant tout aux communes les plus aisées du canton ». A preuve, les récriminations de Sami Kanaan, conseiller administratif de la plus riche d'entre elles, une commune qui se verra pourtant soulagée de certaines charges en compensation intégrale de la réduction de ses recettes fiscales. En réalité, cette réforme est destinée à aider prioritairement les grandes communes suburbaines, en particulier dans la construction de logements.

    Il convient par ailleurs de nier vigoureusement que la Constituante entendrait « démanteler les institutions culturelles et sportives actuellement gérées par la Ville ». Sami Kanaan devrait reconnaître honnêtement que sa commune n'est plus en mesure, par ses seuls moyens financiers, de maintenir ces institutions à un niveau conforme au statut auquel elles doivent prétendre. A preuve, les difficultés budgétaires qui sont invoquées par les milieux politiques de la Ville chaque fois qu'elle doit répondre à des exigences d'investissement. Faut-il rappeler à titre d'exemples les sagas liées à la réfection de la patinoire des Vernets ou de l'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire ?

    En réalité, Sami Kanaan met en lumière, dans sa réaction, le péché de tous les élus politiques, particulièrement de ceux de gauche. A leurs yeux les prestations publiques sont intouchables, sacrées. Pas vraiment, contrairement à ce prétend le conseiller administratif, parce qu'elles sont nécessaires.

    La vérité est que parmi les élus au pouvoir en Ville de Genève bien peu nombreux sont ceux qui songent à l'intérêt général d'une saine gestion des deniers publics. Vivant de leur aptitude à accroître continuellement les prestations de toutes natures, ils ne voient leur futur politique que dans la lutte contre les milieux qui « mettent en péril la pérennité des prestations ». Jamais ces élus ne se demandent si elles sont finançables raisonnablement, si elles sont distribuées équitablement ou si elles ne devraient pas être prises en charge plus efficacement à un autre niveau de l'Etat.

    Pierre Kunz

     

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  • De la frustration chez les constituants

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    Le constituant des Verts Florian Irminger s'est révélé depuis le début des travaux de l'Assemblée un homme particulièrement compétent et efficace dans l'accomplissement de sa tâche. Dans un article qu'il publie ce jour dans Le Temps il tombe malheureusement dans le piège de ses frustrations et il embouche les trompettes de ceux qui se sont fait une habitude de contester bruyamment les décisions prises par la majorité de la Constituante et de menacer publiquement d'échec les travaux de celle-ci.

    Il est curieux que d'une manière générale les groupes de gauche, qui pourtant ne cessent de réclamer un texte novateur, accusent la droite d'arrogance et d'outrance chaque fois que celle-ci parvient à construire une majorité autour de ses projets de réformes et qu'ils trouvent parfaitement démocratique et normal les cas inverses, ceux dans lesquels la gauche impose sa volonté. Irminger accuse par exemple la droite de « jouer avec une idée impromptue et avec la volonté populaire » lorsqu'elle fait passer son projet de réforme de la fiscalité communale. Mais il ne voit rien de problématique dans la réduction, pourtant contestée par une majorité des Genevois consultés au début de l'année, des exigences en matière de droits populaires ou dans l'abaissement du quorum électoral au Grand Conseil à 5 %, deux mesures obtenues par la gauche.

    En fait, comme nombre de ses collègues, Irminger n'a pas encore reconnu que le fonctionnement d'une Constituante ne peut conduire, chez ses membres et au sein des groupes, qu'à une accumulation de frustrations et de déceptions. Elles sont inéluctables puisque l'Assemblée est en quelque sorte « condamnée à réussir », donc à briser les visions vastes et généreuses puis à formuler et accepter des compromis en nombre incalculables.

    Bien évidemment, dans ce contexte, les groupes et les élus les plus idéalistes et les plus réformateurs, à gauche comme à droite, sont les plus exposés à l'indigestion. Et dans cette catégorie les Verts viennent en tête, tant leurs ambitions en matière régionale et environnementale étaient élevées au départ. Des ambitions qui, pour louables qu'elles soient, sont souvent apparues au cours des travaux utopiques, autoritaristes, parfois dangereuses aussi.

    En matière climatique par exemple, comment la Constituante aurait-elle pu suivre les Verts dans leur exigence d'imposer au canton, sans étude sérieuse de faisabilité et des conséquences d'une telle décision, qu'en 2050 «  le besoin global en courant électrique soit couvert à raison de 75 % par des énergies renouvelables indigènes » ?

    Et en matière agricole, comment les Verts ont-ils pu penser que l'Assemblée voterait leur proposition d'article stipulant que « l'Etat s'engage en faveur de la souveraineté alimentaire », cette nouvelle toquade des pays riches qui masque mal des ambitions protectionnistes illégales et qui vise à fermer nos marchés alimentaires aux pays pauvres de la planète, freinant ainsi leur développement ?

    Irminger réclame de la dignité en politique. Il doit alors admettre que celle-ci commence dans l'aptitude des acteurs à accepter les échecs avec fair-play.

    Ces échecs qui, répétons-le, sont le lot de toutes les formations, ne justifient pas le recours à une argumentation spécieuse destinée à décrédibiliser l'adversaire. Ils doivent au contraire être interprétés comme des signaux et renforcer les constituants qui entendent achever leur mission par un succès, dans leur volonté de trouver les compromis indispensables à ce dernier. Des compromis qui n'émergeront évidemment que des âpres discussions et négociations encore à venir ... en même temps qu'ils généreront encore bien des frustrations chez les uns comme chez les autres.

    Sauf bien entendu chez ceux qui, dans les extrêmes de l'éventail politique, ont déjà décidé que pour eux l'intérêt de la future constitution réside dans le refus qu'ils lui opposeront et la posture politique que ce refus leur permettra d'afficher.

    Pierre Kunz, constituant

     

     

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  • Qui trinque quand l'Etat a chanté avec les cigales ?

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    La Constituante genevoise, dans deux ou trois semaines, va aborder la question de la limitation constitutionnelle des déficits budgétaires et de la dette publique. Les débats seront vifs, à n'en pas douter, entre les défenseurs de la saine gestion et ceux qui sont toujours prêts à gonfler « pour la bonne cause » les dépenses de l'Etat. Dans le but de poser le cadre des débats on retiendra les deux constats les plus critiques de la situation genevoise.

    En premier lieu il convient de noter que, contrairement aux autres cantons suisses, depuis la sortie de la crise du début du siècle Genève n'a réduit que dans une très faible mesure son endettement public. Celui-ci se chiffrera à 11milliards de francs à fin 2011, compte non tenu des 6 à 8 milliards d'engagements "hors bilan", et sera le plus fort du pays. Il faut savoir d'autre part, conséquence du constat précédent, que la dette publique genevoise constitue aujourd'hui à elle seule plus du quart des dettes cantonales helvétiques cumulées alors que les habitants du bout du lac ne représentent que 6,4 % de la population suisse.

    Jusqu'à il y peu, les adversaires de la rigueur budgétaires, nombreux au sein du monde politique genevois, répondaient avec condescendance à leurs contradicteurs : « Mon bon Monsieur, vous n'avez pas encore compris que l'Etat, contrairement aux entreprises, est pérenne ; les créanciers, pas plus que les bénéficiaires des aides publiques et les contribuables, n'ont de soucis à se faire ». L'actuelle crise européenne de la dette et la faillite déclarée ou masquée de certains Etats, ajoutées aux déficits considérables annoncés pour ces prochaines années à Genève et à l'incapacité désormais patente des deux principales caisses de pension publiques cantonales de faire face à leurs engagements, met en évidence l'aveuglement, à gauche comme à droite, des acteurs politiques et jette une lumière crue sur les conséquences de leur insouciance coupable.

    Car qui va subir les conséquences de l'obligation pour l'Etat de Genève de limiter son rôle ? Les moins bien lotis d'entre nous, certes, parce qu'ils se verront confrontés aux réductions des aides sociales et aux diminutions des rentes vieillesse. La classe moyenne surtout, parce que de surcroît l'Etat se sentira autorisé à accroître ses ressources en augmentant encore la pression fiscale directe ou indirecte sur les contribuables, mesure dont cette partie de la population se révèlera comme depuis toujours la principale victime.

    Depuis toujours, en effet. Cet échange de propos vieux de quatre siècles, attribué à Colbert et Mazarin, et tiré du livre d'Olivier Celik Le Spectacle du pouvoir, le rappelle éloquemment.

    Colbert : Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J'aimerais que Monsieur le Surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou ...

    Mazarin : Quand on est simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l'Etat, lui, c'est différent. On ne peut jeter l'Etat en prison. Alors il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.

    Colbert : Ah oui ? Cependant, il nous faut de l'argent. Comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

    Mazarin : On en crée d'autres encore.

    Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres.

    Mazarin : Ni les riches, ils ne dépenseraient plus. Or un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.

    Colbert : Comment alors fait-on ?

    Mazarin : Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres ni riches. Des gens qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus. Ceux-là, plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser. C'est un réservoir inépuisable.

    Etant donné l'état du monde qui nous entoure aujourd'hui et connaissant les enseignements du passé, combien seront-ils les constituants qui persisteront  dans leur opposition à l'inscription d'un frein à l'endettement dans notre future constitution ? Et comment justifieront-ils leur refus au vu des résultats bénéfiques apportés par cette mesure ailleurs en Suisse ?

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Maillard au Conseil fédéral ? Aucune chance !

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    A la tête d'une démocratie « normale », lorsque le premier ministre désigné entreprend de former son gouvernement, il distribue les maroquins en fonction de deux critères essentiels. En premier lieu, il effectue ses choix en fonction de ses orientations politiques et du programme qu'il entend mettre en œuvre. D'autre part, il s'efforce de sélectionner les femmes et les hommes qui lui paraissent les plus aptes, intellectuellement et politiquement, à remplir la mission qu'il leur confie.

    La plus étonnante spécificité du modèle suisse et le plus stupéfiant paradoxe de la gouvernance politique helvétique, s'agissant de l'élection des conseillers fédéraux, résident dans l'indifférence absolue que le pays cultive à propos des deux principes énoncés.

    Le Conseil fédéral ne se donne pas de programme politique, il ne gouverne pas et se contente à longueur de législature d'expédier les affaires courantes, c'est-à-dire de gérer tant bien que mal les problèmes et les incidents qui se présentent dans la vie du pays. Les nouveaux conseillers fédéraux ne sauraient donc être élus par l'Assemblée fédérale selon leur capacité à défendre la politique gouvernementale. La motivation essentielle des négociateurs qui « préparent » l'élection du Conseil fédéral, loin d'être politique, reste de caractère exclusivement arithmétique. Armé du prétexte de la sacro-sainte « concordance », chacun n'a en tête qu'un objectif, celui de conserver le nombre de fauteuils auquel il est habitué.

    Quant au charisme, aux compétences et aux convictions idéologiques des candidats, le système électoral est depuis plusieurs décennies orienté par nos grands électeurs de manière à retenir les hommes et les femmes qui en possèdent le moins. Pourquoi ? Parce que les groupes parlementaires considèrent qu'ils n'ont aucun intérêt à l'émergence d'un conseiller fédéral fort, brillant et efficace. Ces groupes songent surtout à choisir des candidats qui, une fois élus, ne constitueront pas grâce à leur action un atout électoral pour les partis dont ils sont issus. L'argument officiellement invoqué pour masquer ce comportement est bien sûr celui du fonctionnement interne du Conseil fédéral qui doit demeurer « collégial ».

    Lors de l'élection annoncée pour la mi-décembre il n'en ira pas autrement. En conséquence de tous ces arrangements d'épiciers, on peut donc parier que l'équilibre actuel de l'exécutif fédéral ne sera pas modifié, exception faite de l'éventuelle perte du siège PBD au profit de l'UDC. Et s'agissant du choix entre Maillard et Berset qu'effectueront les Chambres pour remplacer la socialiste sortante, il n'interviendra évidemment pas en fonction des qualités respectives des deux hommes. Sera désigné celui qui est le plus lisse, le moins susceptible de vouloir faire de la politique, le mieux disposé aux compromis voire aux compromissions avec la droite.

    Maillard n'a dès lors aucune chance.

    Pierre Kunz

     

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  • La faim dans le monde, Ziegler contre Charvet

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    Les difficultés alimentaires dont les médias se sont fait l'écho ces dernières années conduisent immanquablement à se demander si les exploitations agricoles de la planète suffiront à assurer une production susceptible de nourrir la totalité de l'espèce humaine qui comptera 9 milliards d'individus en 2050, soit 3 de plus qu'aujourd'hui

    On peut bien sûr aborder la problématique de l'alimentation mondiale sur le mode de la croisade. C'est le ton qu'a choisi Jean Ziegler. Passionné, fidèle à la rhétorique du militant outragé à laquelle il nous a habitués, le sociologue genevois ne se prive pas, dans le livre (*) qu'il vient de signer, du recours aux substantifs et aux adjectifs qu'il affectionne. Rassemblée en deux phrases sa thèse se rédigerait ainsi : « La faim dans le monde est le fruit d'un crime organisé par des requins-tigres, des prédateurs féroces qui opèrent au sein de la bourse des matières premières de Chicago et parmi les dirigeants des hedge funds installés au bout du Léman. Ces criminels bénéficient de surcroît de la complaisance de l'OMC, du FMI et de la Banque mondiale ».

    Mais on peut traiter la question de manière plus approfondie, plus constructive aussi. C'est à cette tâche que se livre le Jean-Paul Charvet, professeur à l'université de Paris Ouest, dans l'ouvrage remarquable qu'il a publié voici quelques mois (**). Dans les pages de l'atlas consacrées à la problématique de l'alimentation mondiale, l'auteur ouvre les yeux du lecteur sur trois constats éclairants.

    Le premier est d'ordre général. « Il a été montré clairement, dit-il, que, particulièrement en Afrique, les crises alimentaires sont moins liées aux crises climatiques qu'à des conflits d'ordre politique à l'intérieur des Etats ou à des conflits armés entre Etats. » Dans son ouvrage le professeur français ne met que marginalement en cause la spéculation, les achats de terres agricoles par les pays riches et les grands organismes cités plus haut. Il insiste principalement sur l'impéritie des gouvernements des pays pauvres, le poids des pays émergents dans la problématique et le protectionnisme des Etats occidentaux.

    Le deuxième constat concerne plus directement l'agriculture africaine. Les cultures commerciales d'exportation (café, cacao, coton, huile de palme, etc.) y ont été trop souvent présentées comme antagonistes aux cultures vivrières, alors qu'elles sont dans bien des cas complémentaires ». Et l'auteur de souligner plutôt combien « l'agriculture africaine souffre d'abord de ses encadrements : balkanisation de ses marchés et problèmes de gouvernance ». Il est urgent insiste-t-il d'assurer un retour aux investissements consacrés à l'intensification des productions en même temps qu'une protection suffisante des productions locales contre les importations à bas prix venues du marché mondial ».

    Le troisième constat nous mène au Brésil. L'agriculture vivrière, exploitée en petites exploitation le plus souvent familiale, y « participe très largement à l'alimentation de la population brésilienne ». La grande agriculture capitaliste qui s'y est fortement développée en parallèle est quant à elle principalement tournée vers l'exportation, domaine où le pays devance désormais les USA pour nombre de produits. Le Brésil est devenu d'ailleurs le premier exportateur mondial de sucre, de café et d'éthanol.

    Au-delà des polémiques, quelles pistes le professeur français invite-t-il l'humanité à suivre si elle entend répondre au défi alimentaire du demi-siècle qui s'est ouvert ?

    En premier lieu, la bonne gouvernance des pays pauvres doit les conduire à protéger leurs structures agricoles. Quant aux grands acteurs planétaires, il leur revient de mieux encadrer et réglementer les marchés, ne serait-ce que pour limiter les effets de la spéculation qui, il faut le rappeler, n'est que la conséquence de leur mauvais fonctionnement. « Mettre en compétition sur un même marché mondial des agricultures dont les productivité par unité de main d'œuvre varient de 1 à 1000 n'a pas de sens ».

    En deuxième lieu, Jean-Paul Charvet, juge incontournable l'inversion de la « transition nutritionnelle » observable actuellement partout dans le monde, à savoir le passage de rations alimentaires fondées sur la consommation directe de céréales et de féculents vers une consommation accrue de protéines animales qui finalement augmente la demande de grains.

    En troisième lieu, l'auteur relève que « pour seulement maintenir le niveau moyen actuel de consommation de céréales par habitant, la production mondiale de grains devra passer de 2 à 3 milliards de tonnes entre 2000 et 2050 ». Il s'agira donc inéluctablement de mettre en exploitation en tout cas partielle les principales réserves de terres agricoles nouvelles qui se trouvent sur les surfaces boisées des forêts tropicales sud-américaines, africaines et sud-asiatiques. Tout aussi indispensable s'avère un large recours aux techniques agricoles « productivistes »,  celles qui seules permettront d'atteindre l'objectif, c'est-à-dire, le recours renforcé à l'irrigation, aux intrants  d'origine industrielle et aux semences issues des biotechnologies.

    Il ne suffit pas, comme le fait Jean Ziegler, de crier au scandale de la mauvaise utilisation des ressources alimentaires de la planète. Encore faut-il procéder à l'analyse scientifique de cette question essentielle pour l'avenir de l'humanité. Exercice auquel se livre de manière convaincante le professeur Jean-Paul Charvet.

    Pierre Kunz

     

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