Je la connais la musique... - Page 3

  • Primes payées en trop : la ruée vers l'or électoral

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    Il y a quelque chose de désagréable dans l’unanimité des politiciens genevois affirmant en choeur qu'ils sont fâchés et qu'ils veulent lutter contre la récente décision « scandaleuse » de la commission compétente du Conseil des Etats de ne pas rembourser les primes d’assurance-maladie versées en trop par les assurés du canton. Pour l’observateur cette unanimité paraît en effet aussi suspecte que puérile.

    Elle est suspecte parce qu’on ne saurait l’expliquer autrement que par la proximité d’une échéance électorale importante, celle des élections au Grand Conseil et au Conseil d’Etat qui se dérouleront en fin d’année. Dans ce contexte, suivant son camarade de combat Pierre-Yves Maillard à Lausanne, Mauro Poggia, le grand manitou de sa tribu d’assurés, n’allait pas manquer de profiter de cette nouvelle occasion de cogner sur ses deux punching balls favoris, les politiciens fédéraux et les assureurs. Et bien évidemment la Genève politique dans son ensemble ne pouvait qu’enfiler des gants aussi gros pour taper aussi fort que son champion.

    Au demeurant, cogner pourquoi et taper au profit de qui ?

    Nul parmi ceux qui entendent poursuivre la lutte afin de récupérer les millions perçus erronément par les assureurs n’a voulu s’arrêter à ces deux questions pourtant essentielles qu’on pourrait reformuler ainsi : le jeu vaut-il la chandelle ? Si elle avait dû tomber, comment aurait-on réparti la manne ?

    Il a été indiqué par la commission de Conseil des Etats que, pour Genève, le montant en question est de Fr. 880.- par personne. Autrement dit, ce crédit ayant été accumulé sur 15 ans, on parle d’une dépense indue pour les assurés de Fr. 58,65 par année. Les ténors du monde politique genevois n’éprouvent-ils pas quelques scrupules à consacrer leur énergie et leur temps à un problème aussi mince, eux qui si souvent gaspillent à des niveaux bien plus élevés les deniers des contribuables ?

    En supposant que le combat continue effectivement, qu'il devait s’avérer victorieux et que finalement les millions en cause retournaient à Genève, comment seraient-ils répartis ? Les rembourserait-on au prorata des cotisations versées ? Plutôt à parts égales entre tous les cotisants ? Qu’adviendra-t-il des sommes qui devraient revenir aux dizaines de milliers d'assurés ayant depuis 1996 quitté le canton ? Faudrait-il prévoir une quote-part pour l’Etat qui a subventionné massivement, à coups de centaines de millions, les primes payées par une majorité de Genevois durant les trois derniers lustres ?

    En fin de compte, chacun devrait se rendre à l’évidence. Il n’y aurait qu’une seule façon pour Genève d’affecter les 400 millions indûment perçus s’ils devaient être récupérés : les verser dans la caisse de l’Etat qui d’ailleurs en aurait bien besoin. Ceux qui pourfendent la décision des élus fédéraux le savent bien, comme ils savent que juridiquement cette solution semble irréalisable. Pourtant ils ne sont pas prêts à le reconnaître car en l’occurrence ils recherchent des électeurs, seulement des électeurs.

    Pierre Kunz

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  • CIA-CEH : cinq mensonges pour un marché de dupes

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    Le gouvernement et le Grand Conseil ont signé avec les syndicalistes de la fonction publique, sur le dos des contribuables, un accord injuste qui maintient la quasi-totalité des privilèges, inconnus ailleurs en Suisse, des fonctionnaires. Ils ont conclu un marché de dupes qu’ils tentent de masquer en recourant à de grossières contrevérités et en faisant jouer les ressorts de la peur.


    On le sait, les Genevois seront appelés aux urnes, suite au référendum lancé avec succès par l’extrême-gauche, sur le projet de loi destiné à renflouer et à fusionner les  deux principales caisses de pension des fonctionnaires. J.-Fr. Mabut constatait hier sur le site de la TDG, que « le gouvernement genevois au grand complet a sonné le tocsin » pour sauver cette opération et lance avec un engagement et une vigueur rares la campagne qui précédera le vote populaire.

    A l’évidence, cet engagement et cette vigueur exceptionnels du Conseil d’Etat ne trouvent pas leur origine dans la crainte que le peuple puisse se montrer sensible aux arguments démagogiques et caricaturaux des milieux référendaires. En réalité ce que craignent nos autorités est que, profitant de la consultation et des débats publics qui la précéderont, une majorité de citoyens découvrent que le gouvernement et le Grand Conseil ont conclu avec les syndicalistes de la fonction publique, sur le dos des contribuables, un accord injuste qui maintien la quasi-totalité des privilèges des fonctionnaires, la primauté des prestations en particulier. Elles craignent qu’en conséquence le 3 mars prochain le peuple refuse le marché de dupes qu’elles tentent aujourd’hui de masquer en recourant à des contrevérités et en faisant jouer les ressorts de la peur.

    Contrairement à ce qu’affirment les promoteurs du projet, il n’y a pas de partage de sacrifices.

    Premier mensonge : les contribuables sont appelés, après avoir dû accepter au cours des dernières années de lourds sacrifices pour assainir leur propre caisse de retraite,  à débourser 6,4 milliards. Or les 2,6 milliards dont on dit qu’ils représentent la « contribution des fonctionnaires au sauvetage de leurs caisses », ne sont en fait rien d’autre que de l’épargne, forcée certes, destinée uniquement à maintenir le niveau privilégié des prestations dont ils bénéficient. Une épargne qu’ils récupéreront intégralement lorsqu’ils entreront en retraite.  Ce % de cotisation complémentaire (contre 2 à charge supplémentaire de l’Etat) ne fait que s’ajouter aux 8 % que les fonctionnaires épargnent déjà aujourd’hui. Il couvre simplement un peu mieux que jusqu’à présent leurs futures rentes de retraités.

    Deuxième mensonge : les défenseurs du projet soulignent que les fonctionnaires vont devoir travailler un an de plus. La belle affaire ! Ils toucheront durant cette année-là un plein salaire, payé par l’Etat, plutôt qu’une rente d’un montant inférieur et n’en continueront pas moins à travailler moins longtemps que dans le secteur privé.

    Faute d’arguments sérieux et honnêtes, le Conseil d’Etat et les députés actionnent les ressorts de la peur.

    Troisième mensonge : si le projet est refisé le 3 mars prochain, disent-ils, Berne liquidera brutalement les  deux anciennes caisses et la facture sera encore plus lourde pour les contribuables. C’est un argument grossièrement malhonnête puisque le Grand Conseil disposera au cours des dix mois suivants du temps requis pour modifier les deux ou trois articles qui méritent de l’être, même en cas de nouveau référendum. En effet, il s’agira simplement pour le législateur d’une part de faire passer l’âge de retraite de 64 à 65 ans pour tous les fonctionnaires, d’autre part d’augmenter pendant la période de l’assainissement la cotisation de ceux-ci de 1 % et de réduire d’autant celle de l’Etat. Voilà qui suffira, tout en maintenant inchangées les prestations de retraite prévues par le projet, à  réduire la facture présentée au contribuable de 6,3 à environ 4 milliards.

    Quatrième mensonge : en cas de rejet, nous dit-on, Moody’s et Standard & Poor’s risquent d’abaisser la note du canton, renchérissant ce faisant le crédit dont notre canton à tant besoin. C’est évidemment faux puisque les instituts de notation préfèreront la solution susmentionnée qui pèsera moins sur l’endettement cantonal.

    Cinquième mensonge : s’agissant de l’avenir, les conseillers d’Etat et les députés qui font la promotion de « la moins pire des solutions » prétendent, reconnaissant implicitement les graves lacunes de leur projet, que si le peuple l’approuve ils engageront immédiatement la lutte destinée à inscrire dans la loi non seulement la fin de la primauté des prestations mais encore une répartition moitié-moitié ( !) de la cotisation de prévoyance. Ce discours manque singulièrement de crédibilité. Les élus qui le tiennent sont en effet précisément ceux qui ont été incapables de tenir tête aux syndicats de la fonction publique et d’aboutir à un accord bien moins ambitieux mais simplement équitable pour les citoyens-contribuables.  

    Pierre Kunz

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  • Déchets nucléaires, l'exemple de Carlsbad (NM)

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    Selon les meneurs écologistes espagnoles, la décision de stocker les résidus radioactifs ibériques près de la bourgade castillane de Villar de Cañas (cf Le Temps du 22 décembre) serait « une folie environnementale et cette opération laisse présager le pire ».

    Ces Cassandre prêchent dans le vide. Les 500 habitants et les autorités de cette commune qui n’a cessé de se dépeupler depuis des décennies ne voient en effet pas les choses ainsi. En cette période de crise économique et sociale profonde, rejetant les prédictions de milieux qui se nourrissent des peurs qu’ils savent susciter, faisant confiance aux scientifiques, ils considèrent au contraire bénéficier d’une aubaine, celle qui leur permettra de redonner vie et avenir à leur communauté, d’assainir ses comptes et d’y développer l’emploi.

    On sait que la question du stockage sur sol suisse des déchets nucléaires de notre pays est aussi à l’ordre du jour. Les antinucléaires et les écologistes helvétiques ont commencé à affuter les armes du combat qu’ils entendent mener, quelque soit le lieu d’entreposage choisi.

    A l’attention des inquiets et des sceptiques, on notera que c’est une rationalité et un optimisme identiques à celui de Villar de Cañas qui avaient guidé dans un processus semblable la petite ville américaine de Carlsbad, Nouveau Mexique, comptant 27'000 âmes aujourd’hui. Depuis 1960 elle luttait contre les conséquences démographiques et économiques du déclin de son industrie minière. Après d’efficaces démarches de lobbying auprès des autorités du pays, Carlsbad obtint ce que ses habitants considèrent plus que jamais « le privilège » de se voir confier depuis 1999 le stockage d’une partie importante des déchets nucléaires des USA.

    Un privilège, car, confiait à l’auteur de ce billet la réceptionniste de l’hôtel de Carlsbad où il passa une nuit au début d’avril 2011, quelque semaines après la tragédie de Fukushima, « la région bénéficie grandement, depuis une vingtaine d’années, des retombées économiques de ce développement ; des retombées favorables aussi sur notre tourisme puisque les activités thermales et les fantastiques Carlsbad Caverns ont grandement profité de l’éclairage médiatique qui s’est porté sur notre ville ».

    Evidemment, d’aucuns ne manqueront pas de stigmatiser au nom du principe de précaution une telle insouciance et de prédire que le pire, puisqu’il ne s’est pas encore produit, est encore à venir.

    Pierre Kunz

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  • Europe, des certitudes évanouies aux populismes

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    Le surendettement des nations européennes marque, selon toutes probabilités, la première étape seulement d’un processus de réajustement appelé à redimensionner le pilier porteur des institutions sociales développées en Europe depuis la dernière guerre mondiale, à savoir l’Etat « redistributeur ». Les observateurs sont en effet quasiment unanimes : la crise qui a frappé le Vieux continent sera durable et ses effets seront essentiellement sociaux. Elle se manifestera par la fin de l’égalitarisme qui, au cours des dernières décennies, a inondé l’Etat social originel, l’a gonflé en Etat « nounou » et l’a conduit là où il se trouve en ce début du 21ème siècle, c’est-à dire de facto en faillite.

    Un cycle de conférences mis sur pied en novembre dernier par l’Institut National Genevois a montré la corrélation de cet ébranlement avec les agitations populistes dans les nations européennes.

    En Europe l’égalitarisme, cette ambition illusoire visant en l’espace d’une génération à gommer les inégalités sociales et individuelles produites par des siècles d’histoire et d’évolution compliquées, et l’Etat providence, voulu par la gauche et complaisamment cautionné par une droite, n’ont pas seulement dégradé les libertés qui avaient conduit l’Europe à la richesse et au progrès social, affaibli l’esprit d’entreprise et la résilience des individus, alourdi follement les budgets sociaux et réduit peu à peu la compétitivité économique des sociétés occidentales. Loin de rendre les humains plus heureux, ces « avancées » ont conduit simultanément à l’émergence de la société de l’envie et de la jalousie dans laquelle nous nous débattons aujourd’hui.

    Les peuples européens ont ainsi été amenés à considérer qu’ils bénéficiaient d’un droit inaliénable à l’égalité ; non plus celle des chances mais celle des niveaux de vie et de consommation, indépendamment des talents et du travail de chacun. La fin programmée de l’Etat providence, par insuffisance des moyens requis pour honorer les promesses de ses thuriféraires et pour répondre aux attentes excessives de sa clientèle, constitue donc à n’en pas douter la plus grave menace pesant sur la paix sociale dans les nations européennes. Car à l’évidence, la mise en concurrence par la globalisation des échanges de tous les travailleurs de la planète, même si elle est freinée par la réintroduction d’une dose raisonnable de protectionnisme, ne manquera pas de peser non seulement sur la capacité redistributrice de l’Etat mais aussi sur les niveaux de rémunération de la majorité des individus.

    Dans cette ambiance de fin d’époque l’Europe tangue dangereusement. Paraissant incapables d’affronter rationnellement et avec volontarisme les enjeux nouveaux, de s’élancer dans l’avenir et l’effort, les peuples du Vieux dispersent leurs forces vives et gaspillent leur énergie dans une lutte généralement vaine pour la « sauvegarde des acquis ». Ils se jettent dans les bras de populistes de tous bords, habiles à vanter leurs solutions fictives et à attiser les révoltes de la rue.

    Il est par exemple question en ce moment du retour du Cavaliere aux affaires italiennes. On parle aussi beaucoup des excès de Melenchon en France, de ceux des extrémistes grecs ou des indépendantistes catalans. Mais les plus inquiétants de ces populistes sont sans conteste les nostalgiques rousseauistes, les écologistes malthusiens qui, pour protéger les vieux arbres, veulent empêcher les enfants de naître. Ceux qui tentent de faire croire que l’avenir de l’Europe et de la planète se trouve dans la soumission absolue des humains aux impératifs de la biodiversité et des espaces verts et, à ce titre, dans la régression démographique, forcée par la loi. Ceux qui affirment que les clés du bonheur se trouvent dans le rejet pur et simple du modèle économique occidental, la frugalité énergétique et l’autosuffisance alimentaire.

    Pierre Kunz

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  • BBC et RTS, même formule

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    Comme la BBC, même si c’est à un niveau bien inférieur, la RTS a longtemps été considérée comme un modèle de sérieux et de compétences. Mais, tout comme celui de la BBC, le monopole de la RTS a évolué au cours des dernières décennies en une structure aussi grasse que gaspilleuse des ressources considérables qui lui sont accordées par ses clients, forcés par la loi d’assurer son financement. Il n’est donc pas inutile de traduire et de retenir les propos que Catherine Mayer, à l’origine d’un article consacré il y a peu par Time Magazine à la BBC, réserve à la grande régie britannique, une régie qui selon la journaliste est en grande difficulté à cause de décennies d’incompétence managériale.

    « En retour, écrit l’auteur, des largesses du contribuable-payeur, la BBC s’est fixée depuis toujours comme objectif de satisfaire les attentes de chacun, qu’il s’agisse d’information, de sport ou de divertissement. Cette mission avait du sens jusqu’au moment où la révolution amenée par le numérique aurait dû en redessiner les contours. Insensible à la discipline structurelle et financière imposée par les exigences de la concurrence, la BBC s’est fortement étendue, souvent de manière incohérente, gonflant les personnels, accroissant les couches de cadres aux titres impénétrables et multipliant les chaînes ».

    Les observateurs le savent bien, la RTS, qui a connu un scandale de moeurs identique à celui dévoilé il y a peu au sein de la célèbre institution britannique, souffre des mêmes maux structurels que la BBC. Elle bénéficie d’un statut privilégié lui assurant un financement stable et généreux. Le quasi-monopole dont elle dispose a toujours conduit ses dirigeants à considérer qu’elle pouvait mettre en œuvre les politiques même les plus onéreuses pour « conserver, au nom du fédéralisme, son rôle et ses parts de marché en radio et en TV ». Forte de ressources incomparables et du soutien intéressé de toute la classe politique ou presque, elle a pris l’habitude de lutter contre ses concurrents privés comme le bulldozer aplatit les cailloux, leur laissant la portion congrue. Essentiellement en multipliant les stations sans considération pour la qualité discutable des principales d’entre elles, sans préoccupation pour leur audience, souvent infime ni les doublons.

    C’est ainsi qu’on compte actuellement en Suisse romande 2 chaines de TV et 5 de radio, à quoi s’ajoutent les 5 programmes musicaux dits « nationaux ». En Suisse alémanique c’est pire encore puisque l’on y dénombre désormais 6 chaînes radiophoniques et 3 télévisuelles. Quant au personnel et à l’encadrement, comme les niveaux salariaux, ils n’ont évidemment jamais cessé de gonfler en conséquence.

    Pour payer ces folies chaque ménage débourse chaque année Fr. 462,40.  Jusqu’à quand ?

    Pierre Kunz

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  • La comédie budgétaire genevoise, acte 2

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    Les spectateurs sortis à l’entracte pour se désaltérer ont repris leur siège pour suivre le deuxième acte de la comédie budgétaire annuelle. Dans cette deuxième partie de la pièce, ils observent le Conseil d’Etat jouer le rôle découlant de son fonctionnement interne et des institutions et ils l’entendent réciter le texte d’un livret rédigé il y longtemps déjà. Dans un contexte aussi classique il n’y a évidemment pas de place pour les improvisations dans l’interprétation.  

    Ainsi donc, comme le scénario le prévoyait, le Conseil d’Etat a nettoyé ses fonds de tiroirs et découvert qu’il avait sous-estimé les recettes budgétées pour 2013. En fait, informe-t-il, elles doivent être réévaluées de 99 millions de francs. C’est ce qu’un naïf appellerait « une heureuse surprise, et qui tombe à pic ! ».

    Pour ne pas paraître se moquer trop ouvertement des citoyens, nos ministres se devaient de montrer que dans leurs tiroirs ils ne pouvaient pas décemment trouver seulement des millions cachés par la poussière. Leur fouille ne pouvait pas ne pas révéler aussi un trou quelque part, probablement masqué, lui, sous le dernier volume des statistiques de l’aide sociale. C’est ainsi qu’ils ont expliqué que malheureusement il faudra compter l’an prochain avec 15 millions de plus pour les prestations aux plus démunis.

    Le gouvernement a décrété aussi, toujours conformément au scénario habituel, qu’il  était prêt par ailleurs, tout en « mettant lourdement en garde la population sur les dangers que comporte pour elle et ses enfants la démarche choisie », à agir sur les dépenses et sur le nombre des postes de l’administration publique. En réalité il fait semblant d’agir parce que la piste suivie ne mène pas à une diminution mais seulement à une augmentation moins forte que prévu du nombre des collaborateurs de l’Etat. Il a opté de surcroît pour une action là où sa marge de manœuvre est la plus large, à savoir l’état-major au DIP, département idéal pour une opération symbolique de ce genre, d’abord parce qu’il est effectivement bien gras et parce que son chef, qui achèvera sa carrière politique avant fin 2013, est une « victime » plus aisée que ses collègues.  

    Et voilà comment, grâce aux deux tours de passe-passe comptables susmentionnés et à la pseudo-économie annoncée au sein du DIP, nos autorités se sentent autorisées à déclarer en chœur que « le déficit global prévu se trouvera allégé de 84 millions ».

    Chacun comprend qu’au sein du Conseil d’Etat personne ne songe sérieusement à réduire le déficit envisagé. Protégeant les enveloppes de chaque département, les modifications annoncées visent tout simplement, comme l’attribution rendue subitement possible des 6 millions nécessaires urgemment à la planification pénitentiaire, à diviser les députés récalcitrants, à rompre le front du refus.

    Indiquons à l’attention des Genevois qui ne connaissent pas encore la fin de la pièce, qu’ils peuvent parier sans risque qu’au troisième acte le gouvernement atteindra son objectif. Il n’aura besoin ni d’arguments ni d’efforts supplémentaires pour faire voter par le Grand Conseil le budget, inchangé sur le fond, qu’il avait initialement concocté et qui n’aura fait l’objet que de quelques jeux d’écritures destinées à permettre aux petits rôles et aux figurants de la comédie de "montrer qu'ils comptent" ou de sauver la face.

    Pierre Kunz

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  • CIA et CEH, le vote paradoxal du 3 mars prochain

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    Ainsi donc l’extrême-gauche et les syndicalistes jusqu’au-boutistes de la fonction publique genevoise ont atteint leur objectif. Les citoyens du bout du lac devront voter le 3 mars prochain sur le projet de loi qui aménage le sauvetage de la CIA et de la CEH, organise la fusion des deux caisses et détermine son financement pour l’avenir. Que faut-il penser de cet aboutissement qu’à vrai dire on n’attendait pas ?

    En préambule il convient de souligner l’anachronisme et le danger institutionnel représentés par les conditions genevoises de l’exercice des droits populaires. Qu’une poignées d’agitateurs et de démagogues se soient trouvés en mesure de réunir bien davantage que le nombre des signatures requises pour faire aboutir le référendum contre une loi approuvée massivement par le Grand Conseil montre à l’évidence que les exigences en la matière sont totalement insuffisantes. Soit dit en passant, l’incapacité de la Constituante de les adapter aux nécessités du fonctionnement d’un Etat moderne restera le plus flagrant de ses échecs.

    La mansuétude des députés. En étudiant les mesures figurant dans la loi adoptée à la fin de l’été par le parlement, on ne pouvait qu’exprimer sa surprise devant ce qu’il faut bien appeler la mansuétude des députés qui l’ont approuvée. Qu’on en juge. Au cours des dernières années, toutes les caisses privées ou presque, comme la nette majorité des caisses publiques, sont passées à la primauté des cotisations ; elles ont élevé l’âge de la retraite à 65 ans en envisageant d’ores et déjà de l’augmenter de deux années supplémentaires ; au surplus, en moyenne suisse, la répartition de la charge des cotisations intervient dans un rapport de 40% pour les employés et 60 % pour les employeurs.

    Or le statut proposé par le Grand Conseil ne prévoit pas  seulement d’en rester à la primauté des prestations, de maintenir pour une majorité des fonctionnaires les rentes à leur niveau actuel (les plus élevées subissant une baisse de 10 % au maximum), de conserver leur indexation automatique à l’inflation, de ne relever l’âge de retraite qu’à 64 ans et de conserver la répartition existante des cotisations, à savoir 1/3 pour les fonctionnaires et 2/3 pour l’Etat, donc le contribuable. Il impose de surcroît à la collectivité qu’elle supporte quasiment l’intégralité  de la recapitalisation des deux caisses, soit pas loin de 7 milliards de francs sur 40 ans.

    Ces constats éclairent le paradoxe engendré par l’aboutissement d’un référendum fondé sur les exigences de ceux qui jugeaient la loi inique pour les fonctionnaires. La campagne qui précédera la votation ne manquera pas, en effet, de mettre en évidence les privilèges considérables dont nos autorités entendent continuer à faire bénéficier les fonctionnaires aux frais des contribuables. Et si la loi en question était rejetée par les Genevois en mars prochain cela ne pourrait provenir que de la mobilisation massive de ceux-ci contre un texte à leurs yeux trop pénalisant pour eux et trop avantageux pour la fonction publique. En cas de vote négatif le gouvernement et le parlement, astreints dès lors à corriger la loi, devront logiquement admettre que le peuple exige une mouture non pas plus douce mais moins favorable pour les serviteurs l’Etat.

    Une loi plus dure ? Que pourraient recouvrir les durcissements de la nouvelle loi ? On pense principalement à trois corrections. La première consisterait pour la future caisse issue de la fusion à passer en primauté des cotisations. La deuxième serait d’adopter la répartition moyenne suisse des cotisations entre employés et Etat, soit 40 % pour les employés et 60 % pour l’Etat. La dernière viserait à élever l’âge de retraite au moins à 65 ans. Ces mesures, même si elles n’étaient pas mises en œuvre intégralement et seulement par étapes, permettraient de réduire considérablement, pour le contribuable, le coût du renflouement des deux caisses de pensions en difficultés.

    Un élément vient encore compliquer l’affaire. Le délai dont dispose Genève pour mettre en œuvre un plan de sauvetage de la CIA et de la CEH ne dépasse pas le 31 décembre 2013, faute de quoi la Confédération serait amenée à prononcer la liquidation pure et simple des deux institutions. Tout en sauvegardant les acquis des serviteurs de l'Etat retraités et en rendant plus acceptable la charge pesant sur les contribuables, une telle issue se révèlerait avec certitude bien moins favorable pour les fonctionnaires actifs qu’un projet concocté à Genève.

    En cas de refus de la loi le 3 mars 2012, les risques de désordres dans le fonctionnement de l’Etat ne sont donc pas négligeables. On en a d’ailleurs ressenti les prémices dès l’annonce de l’aboutissement du référendum. Un nombre considérables de fonctionnaires proches de la retraite se demandent aujourd’hui s’ils doivent faire le pari du « oui » à la loi ou si, au contraire, ils n’auraient pas intérêt à quitter le service public sans tarder.

    Pierre Kunz

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  • La comédie budgétaire genevoise

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    Le Grand conseil a refusé d’entrer en matière il y a quelques temps sur le projet de budget que lui soumettait le Conseil d’Etat pour 2013. On s’est depuis lors beaucoup exprimé sur ce refus. Les uns pour souligner « l’incongruité » de cette opération, d’autres pour souligner le « lâchage » par le PLR de ses conseillers d’Etat, certains pour condamner l’alliance PLR-MCG, opportuniste et vouée au retournement de veste du second, les derniers pour stigmatiser les propositions d’économie présentées par ce parti au gouvernement. On regrette pourtant que tous se soient limités dans ces critiques aux aspects de surface d’une affaire qui, en vérité, n’a rien d’extraordinaire, si ce n’est que, pour la première fois, une majorité de députés se sont entendus pour non pas seulement afficher leur mauvaise humeur mais pour la concrétiser spectaculairement.

    Il faut savoir qu’au cours des vingt dernières années, plus de dix fois au moins, la droite parlementaire radicale et libérale a été tentée de renvoyer à son auteur le projet de budget préparé par le Conseil d’Etat. Le motif de cette ambition se trouvait régulièrement dans des charges de fonctionnement croissant excessivement, au surplus dans des secteurs non prioritaires aux yeux des partis bourgeois. A chaque fois, le Conseil d’Etat est parvenu aisément à tuer dans l’œuf ces velléités de révolte en rappelant aux députés que « leurs électeurs ne comprendraient pas qu’un Conseil d’Etat à majorité de droite soit désavoué par se propres troupes en matière budgétaire ». D’autant, ne manquaient-ils jamais d’ajouter, que « le vote du budget constitue l’acte politique le plus important du parlement ».

    Ces arguments ont toujours suffi au Conseil d’Etat pour étouffer les députés récalcitrants. Le PDC ne manquait en effet jamais de se désolidariser très vite des autres groupes de l’Entente et  ces derniers, presque aussi rapidement, succombaient piteusement au discours du gouvernement, sans jamais le contester dans ce qu’il a de spécieux, fondé qu’il est sur un pré-requis institutionnel qui n’existe pas à Genève.

    Spécieux parce que chez nous le gouvernement n’est pas élu sur la base d’un programme annoncé et les priorités budgétaires correspondantes ; il ne se sent par conséquent aucunement engagé politiquement à l’égard du parlement. Spécieux parce le budget de l’Etat n’est pas fondé sur des options politiques connues mais sur les exigences essentiellement pratiques du consensus gouvernemental et sur les requêtes des services de l’administration publique. Spécieux parce que lors de l’élaboration de son budget le Conseil d’Etat genevois travaille sans jamais se préoccuper ne serait-ce que de l’indice de la volonté des partis appelés ensuite à entériner les choix gouvernementaux. Spécieux parce qu’aux yeux des ministres, s’agissant de l’enveloppe budgétaire de leur département respectif, il ne saurait être question de modifier sinon symboliquement les chiffres la concernant.

    Spécieux, en résumé, parce qu’un tel fonctionnement se réduit à la politique du fait accompli et à la requête d’un blanc-seing.

    Ce n’est donc pas tant l’initiative récente des groupes PLR, UDC et MCG qui doit être qualifiée d’incongrue, mais bien l’habitude qui commande les votes budgétaires du Grand Conseil depuis toujours, à savoir, après les effets de manche de part et d’autre, l’adoption régulière et sans amendement significatif du projet gouvernemental par la droite bourgeoise majoritaire mais qui n’a jamais voix sur le fond. On comprend qu’en fait, chaque année, le débat budgétaire genevois ressemble à une pièce de théâtre bien huilée, dans laquelle les députés, ceux de la Commission des finances comme les autres, jouent des rôles de figurants, dans un décor fictif et dans la mise en scène d’un Conseil d’Etat tirant toutes les ficelles.

    La Constituante aurait pu mettre un terme à ces joutes malsaines en réformant le mode électoral de l’Exécutif genevois afin de le renforcer, de le rendre politiquement plus engagé et en repensant ses rapports de dépendance avec le Grand Conseil. Elle n’a pas osé ce changement. Chaque année la comédie budgétaire du canton se poursuivra donc comme jusqu’ici, avec tout ce qu’elle a, elle, d’incongru et exceptionnellement, comme à fin septembre, avec une petite crise à la clé qui fera le bonheur des gazettes.

    Pierre Kunz

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  • La foi, clé de l'avenir

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    La redistribution des cartes de l’économie mondiale et le péril qu’elle fait peser sur l’équilibre social des nations occidentales s’accompagne depuis deux décennies d’un problème à caractère religieux, marqué par la montée de l’intégrisme musulman et de ses violences. Alimenté par les flux migratoires croissants et irrésistibles en provenance de l’Afrique et du Moyen-Orient, ce phénomène démographique ne pouvait manquer d’accentuer la déstabilisation sociale des pays européens. Ceux-ci, si peu exigeants avec eux-mêmes, oublieux de la pensée libérale et humaniste qui les guidait depuis le siècle des Lumières, se sont vautrés complaisamment depuis 1950, dans une vision humanitariste de leurs rapports avec les populations pauvres de la planète. Ils les ont accueillies sans retenue suffisante dans une faiblesse nourrie par leurs sentiments de culpabilité grandissante à propos de leur comportement colonialiste.

    Au sein des populations de l’Occident industrialisé le malaise à l’égard de cette évolution n’a fait que grandir. Les arguments populistes aidant, la question de « l’islamisation de l’Europe » est devenue lancinante et elle empoisonne le climat social.

    Maintenant que ces minorités islamiques sont installées, avec le temps et la réflexion, il apparaît pourtant que le ressentiment exprimé ou intériorisé par nombre d’Européens à leur égard pourrait ne pas provenir véritablement des difficultés d’intégration que rencontrent ces gens, de leurs comportements inattendus ou encore de la petite criminalité dont on les accuse. Le malaise ne serait pas davantage lié aux « enseignements » aliénants de quelques meneurs intégristes, aux crimes commis par leurs frères terroristes et à la petite criminalité de leur frange la moins reluisante. Pour le monde occidental, coupé de sa spiritualité et de ses valeurs ancestrales, ce qui au fond impressionne, souvent encore confusément, est en vérité cette force morale et religieuse qui habite ces hôtes nouveaux et les rend apte à résister au désespoir qui étoufferait la plupart d’entre nous si nous devions vivre dans les mêmes conditions qu’eux.

    Elle nous inquiète la certitude affichée par ces gens pauvres que l’avenir leur appartient. Par extension, il est bouleversant notre sentiment grandissant que cette force morale et religieuse fournit la vraie clé des succès que rencontrent tous les pays émergents, ceux qui prennent la place des Européens sur les marchés mondiaux et qui remettent en cause nos « acquis » et nos privilèges.

    L’exemple de la Turquie est particulièrement révélateur. Ce pays connaît une progression fulgurante depuis une dizaine d’année, depuis que son régime politique, au grand dam de l’Occident bien-pensant, est dominé par le parti religieux AKP de Recep Tayyip Erdogan, depuis que celui-ci a tourné le dos à la société séculaire instaurée en 1927 au prétexte du modernisme par Kemal Ataturk. Sous la conduite de leur nouvel homme fort, les Turcs se mobilisent en vue de construire une société fondée sur les principes du conservatisme culturel, familial et religieux, avec l’ambition de s’enrichir et de jouer un rôle de leader régional voire mondial.

    Or, si l’on y regarde de près, les fondements des succès ottomans sont identiques à ceux expliquant les avancées économiques et géopolitiques non moins spectaculaires de la Chine, de l’Inde, du Brésil ou de l’Indonésie. Partout, même si la volonté de s’enrichir constitue un moteur puissant, l’ancrage dans les valeurs sociétales et familiales est essentiel, la foi domine. Constat d’autant plus interpelant que, lorsqu’on analyse le passé des puissances industrialisées du Nord, on se rend compte que, plus que tout autre facteur, c’est une foi profonde qui a permis à nos pays d’accéder à l’aisance matérielle qu’ils ont acquise au cours du 20ème siècle ; foi en Dieu, en la patrie, foi en la construction d’un avenir meilleur grâce au labeur et aux sacrifices, foi dans la recherche possible du bonheur.

    Comment l’Occident déchristianisé pourrait-il ne pas ressentir de l’inquiétude en découvrant que, contrairement à ce qu’il croyait jusqu’ici, dans notre monde globalisé l’avenir n’appartient pas systématiquement aux maîtres des prouesses technologiques et aux inventeurs de l’Etat providence mais aux dépositaires de la foi, cette foi qui paraît commander tous les autres facteurs du progrès ?

    Pierre Kunz

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  • DE la LaMal à l'AVS +

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    Si l'on se réfère au sens des mots, ce qu'il est convenu d'appeler « la solidarité intergénérationnelle » devrait s'exercer dans les  deux sens, des jeunes vers les anciens et inversement. Or depuis quelques décennies force est de constater que cette solidarité, dans sa forme publique en tous cas, tend exclusivement à bénéficier aux classes âgées de la population et au détriment des plus jeunes. Les « seniors » sont devenus les chouchous de l'Etat social.

    C'est vrai en ce qui concerne l'assainissement des caisses de pension. Les mesures prises obligent les actifs à accepter des hausses de cotisations tout en remettant en cause les prestations futures, tout cela afin de maintenir presque inchangées les pensions versées aux rentiers actuels.

    C'est vrai aussi pour le domaine du logement dans les cantons urbains en général mais en particulier à Genève. Le marché n'y règle plus rien, la législation interventionniste y perpétue la pénurie et crée au profit des retraités des « rentes de situations » parce que ces derniers, occupant depuis longtemps leurs logements trop vastes pour eux mais bon marché, sont incités à les thésauriser au détriment des jeunes familles dans le besoin.

    C'est vrai enfin dans le secteur de l'assurance maladie. Les jeunes générations supportent dans le montant de leurs primes la majeure partie des dépenses occasionnées par les patients âgés et il faut admettre que les charges exorbitantes qu'au prétexte de la solidarité intergénérationnelle cette assurance impose aux jeunes assurés sont profondément injustes. A tel point que la recherche d'un nouveau modèle de répartition des coûts découlant des soins requis par le « quatrième âge » est devenue cruciale. Les médias et les spécialistes s'en font d'ailleurs depuis quelques temps l'écho de façon pressante.

    Ce nouveau modèle, qui ne pourra évidemment plus se fonder sur le présupposé de la prime unique, pourrait s'inspirer de l'idée émise en son temps par feu l'ancien conseiller national Peter Tschopp. En visionnaire il avait proposé voici une quinzaine d'années déjà la création d'une assurance « AVS + » destinée à prendre en charge les frais médicaux des plus âgés, financée par l'Etat et qui s'accompagnerait d'un abaissement massif des primes maladies exigées des jeunes générations. Ce projet prend aujourd'hui un intérêt tout particulier, notamment parce que son financement devrait pourvoir être aisément assuré grâce aux économies réalisées dans les budgets publics qui sont actuellement lourdement grevés par le très large subventionnement des primes d'assurance.

    Pierre Kunz

     

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  • Maggie et le consensus

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    Il faut aller voir le film « La Dame de fer ». Parce qu'il est d'une grande qualité et parce qu'il nous remémore les onze années durant lesquelles, entre 1979 et 1990, Margaret Thatcher a conduit son pays.

    Quand la Dame de fer pris le pouvoir, « la Grande Bretagne, dit elle dans ses Mémoires, était une nation hors de combat. Des lustres de gouvernement socialiste et syndical, loin  de renverser le lent déclin relatif du pays vis-à-vis de ses concurrents, l'avaient accéléré et le pays était considéré comme l'Homme malade de l'Europe ». Qu'est-ce donc qui lui a donné l'énergie de mener à chef la colossale réforme économique et sociale qu'elle avait conçue ? Comment a-t-elle réussi à vaincre après une lutte homérique les syndicats qui avaient fini par contrôler le fonctionnement du pays à des fins corporatistes, puis à réduire drastiquement les dépenses publiques et les déficits budgétaires qui mettaient gravement en péril l'économie britannique et la capacité d'agir des autorités, enfin à engager et à gagner la guerre des Malouines ?

    La réponse à ces questions réside autant dans les solides convictions philosophiques et politiques de Margaret Thatcher, que dans sa méthode de travail et sa volonté inébranlable.

    Fille de petit commerçant, elle s'était très tôt intimement persuadée que les mesures sociales, telles qu'elles sont décrétées dans le cadre de l'Etat providence, encouragent la dépendance, découragent le sens des responsabilités, nuisent au respect des institutions  et favorisent le déclin général de l'autorité. Contrairement à nombre de ses collègues conservateurs la Dame de fer s'est donc toujours montrée peu encline aux compromis si usuels parmi ses amis politiques et n'a jamais cédé aux sirènes du « consensus ».

    Sa méthode de travail est demeurée en permanence placée sous le sceau d'une stricte cohérence. Dans ce contexte, absolument déterminée à renforcer le rôle des individus dans le fonctionnement économique et social, à mettre un terme aux excès de l'Etat providence, à accroître l'efficacité des administrations publiques et à libéraliser l'économie comme le marché du travail, Margaret Thatcher est toujours restée inébranlable lorsqu'il était question des fondements libéraux de l'économie et de l'organisation de l'Etat.

    A la fin de son « règne », chacun devait en convenir : favorisée certes quelque peu par les circonstances, la méthode Thatcher avait réussi à transformer fondamentalement et durablement le pays, à le régénérer

    Lorsqu'on observe cette page de l'histoire britannique depuis la Suisse on ne peut s'empêcher de mettre en relief l'autorité conférée par les institutions anglaises au chef du gouvernement. Disposant d'un cabinet ministériel par définition entièrement acquis à sa politique et pouvant compter sur une majorité parlementaire rarement contestatrice, le Premier ministre ne rencontre que peu de barrières dans la mise en œuvre des politiques que le peuple a implicitement admis en le portant au pouvoir.

    Que dire en comparaison des institutions helvétiques et de leur fonctionnement ? Que penser de la « concordance », du conservatisme inhérent à ces institutions, de leur permanence, du rôle prédominant qu'elles accordent aux partis dans la composition des exécutifs, élus de facto à la proportionnelle, et de l'absence de programme de gouvernement, une concordance érigée depuis la dernière guerre mondiale en vertu suprême de la politique  helvétique ?

    La situation actuelle de la Suisse aux plans social, économique et budgétaire, montre  que notre « modèle », malgré sa faible adéquation au changement, la « navigation à vue » qu'il induit et la faiblesse des exécutifs qu'il implique, s'est avéré d'une efficacité remarquable depuis un demi-siècle. Il a été déterminant dans l'élévation du niveau de vie des Suisses et leur enrichissement collectif.

    Pour autant, dans le monde nouveau qui se bâtit autour de nous, celui qui voit le renforcement ou l'émergence de concurrents particulièrement bien armés sur les marchés qui nous sont essentiels, ce modèle est-il encore compatible avec l'éloge de la lenteur et de la permanence que nous persistons à réciter ? Dans les bouleversements dont nous subissons jour après jour les conséquences saurons-nous contenir la montée des populismes de tous ordres qui menacent le fonctionnement institutionnel ? Les défis qui s'esquissent de plus en plus clairement nous autoriseront-ils encore longtemps à demeurer sur le chemin auquel nous sommes tant attachés ? On ne peut qu'en douter au vu de notre incapacité croissante à détecter et à éviter les pièges à temps.

    Pierre Kunz

    Billet extrait d'un article publié ce jour par le quotidien Le Temps

     

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  • A quand le retour de l'école réelle ?

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    Les Genevois l'ont dit clairement, les écoliers devront se rendre à l'école le mercredi matin dès la rentrée de 2014.

    Cette décision souligne qu'il était devenu évident pour une large majorité de la population que l'enseignement primaire genevois, sous l'effet conjugué des théories « pédagogistes », du corporatisme de la profession, du pouvoir de la technocratie et de l'aspiration généralisée à la « société du plaisir », avait dérivé vers la facilité et la médiocrité. Ce premier pas vers le retour à une école primaire plus laborieuse, plus exigeante, orientée davantage vers l'effort que vers l'épanouissement sans contrainte, les retrouvailles avec « l'école de Grand-papa », disent encore certains en toute mauvaise foi, était donc inéluctable.

    L'accroissement du nombre d'heures de classes constitue la première étape dans le processus salutaire du retour à la raison. Mais les débats auxquels on a assisté durant la campagne et les déclarations des opposants au changement, savoir une large partie des enseignants, ont montré que les mentalités, au sein du DIP, n'ont pas changé. Les activistes du syndicat de la profession, la SPG, corporatiste en diable, ont mis ce constat en évidence d'une manière caricaturale.

    Rien encore ne saurait laisser imaginer, en particulier, que la réforme entérinée par le peuple dimanche dernier annonce le retour du « maître », celui qui était libre de prodiguer son enseignement avec bon sens, selon son cœur autant que conformément à une méthode. Celui qui était nommé à son poste en acquérant simultanément non seulement la mission de transmettre un savoir mais également la liberté d'organiser son travail et de gérer sa classe comme il l'entendait. Celui qui, bien sûr, avait des obligations de résultats mais qui se sentait responsable devant les élèves et leurs parents bien davantage que devant l'autorité. Celui qui consacrait son temps à ses élèves bien plus qu'aux formalités administratives et soi-disant pédagogiques imposées par une hiérarchie surdimensionnée et impuissante à soutenir le travail de l'instituteur, notamment dans ses relations avec les parents.

    Rien n'indique encore que nous allons en finir avec l'école abstraite pour en revenir à l'école réelle, celle du maître et de sa classe.

    Pierre Kunz

     

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  • l'UDC m'a tuer !

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    Hier soir, lors de la plénière de l'Assemblée constituante consacrée aux tâches de l'Etat, le groupe hétéroclite de l'UDC a douché les derniers espoirs de ceux qui, au sein des partis bourgeois, caressaient encore l'ambition de parvenir à un nouveau texte constitutionnel susceptible de recueillir l'assentiment de la population lors du vote du 14 octobre. Une partie de l'UDC a en effet apporté ses voix à la gauche pour couler une proposition signée par l'ensemble des chefs de groupe de droite (UDC comprise !) chargeant l'Etat de « réaliser le contournement de l'agglomération par une traversée du lac », cela en vue de « réduire la circulation privée motorisée de30 % au centre-ville ».

    Par 37 voix contre 36 l'amendement en question a été rejeté.

    On connait l'aveuglement de la gauche sur cette question et son obstination  « pré-fazyste » à résister à l'abattage des murailles qui étouffent Genève en matière de logement et de mobilité. Cet aveuglement est idéologique donc inguérissable. Par contre on se perd en conjectures à propos des motifs ayant conduit du coté de l'UDC les constituants Amoudruz et Bläsi  à refuser, contre l'avis des autres membres de leur groupe, un article qui ne pouvait que donner des armes au Conseil d'Etat et aux élus fédéraux dans les efforts qu'ils ont entrepris à Berne pour réaliser enfin la traversée autoroutière et ferroviaire du lac. Gageons que ces deux invertébrés de la pensée politique ne savent pas eux-mêmes pourquoi ils ont dit non. Toujours est-il qu'ils ont ruiné les espoirs de ceux qui entendaient, grâce à cet article, donner au moins un motif de dire « oui » en octobre prochain.

    Certes,  le texte qui est en phase d'élaboration finale constitue, par rapport à la constitution actuelle, un modèle d'esthétique rédactionnelle et de cohérence littéraire. Mais il est creux. Il convient aujourd'hui de reconnaître objectivement que la Constituante à échoué dans sa mission de rédiger la constitution réformatrice dont le canton de Genève a un impératif besoin pour affronter les défis que lui réservent le siècle et le monde nouveaux. Le « jusqu'au-boutisme » de la gauche, d'une part, les errements du pseudo-groupe UDC d'autre part, l'absentéisme des élus d'une droite théoriquement majoritaire enfin, y ont pourvu.

    Les mois à venir mettront en évidence la faiblesse d'un texte final qui entérine des droits de toutes sortes, qui éclaire peu les responsabilités et les devoirs des acteurs politiques et des citoyens, qui en dernière analyse se résume à une jolie réécriture du texte ancien. D'ores et déjà on peut retenir ses défauts les plus saillants : la réforme territoriale a été enterrée, la Ville continuera à peser avec excès sur la vie du canton, la réforme de la fiscalité communale a accouché d'une souris, le frein à l'endettement restera symbolique, l'utilisation abusive des droits populaires par les populistes demeurera aussi aisés qu'aujourd'hui et continuera de paralyser les institutions et les autorités.

    La nouvelle constitution sera, on peut en être certain, sera fermement défendue par une gauche ravie du statu quo, agrémenté par l'éligibilité communale des étrangers,  pour lequel elle s'est battue avec succès. Mais on voit mal désormais comment la droite pourrait en recommander l'adoption.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Genève n'a plus de besoins en énergie !

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    Margaret Thatcher, en son temps, a exprimé en des mots particulièrement édifiants la limite de la voie du compromis, du consensus ou encore de la convergence, puisque c'est ainsi qu'à Genève, au sein de la Constituante, on a rebaptisé ce type de fonctionnement. C'est une manière, disait-elle,  « d'abandonner toute conviction, tout principe, toute valeur et toute ligne de conduite pour une chose en laquelle personne ne croit, mais à laquelle personne ne trouve plus rien à redire ».

    S'agissant d'énergies,  la Constituante a jeudi dernier fourni une nouvelle illustration de ce jeu politicien en l'élevant non seulement au niveau de la caricature mais à celui de l'absurde. Voici le texte de l'article 169 qu'une nette majorité de constituants, en témoignage sans doute de leur « volonté de compromis et de consensus », a accepté :

    1. La politique de l'Etat en matière d'approvisionnement en énergies est fondée sur les principes suivants :

    1. un approvisionnement en énergies ;
    2. la réalisation d'économies d'énergie ;
    3. le développement prioritaire des énergies renouvelables et indigènes ;
    4. le respect de l'environnement ;
    5. l'encouragement de la recherche dans ces domaines.

    2. Les collectivités et  institutions publiques sont liées par les objectifs de la présente section, notamment pour leurs investissements et dans  l'utilisation de leurs droits sociaux.

    3. La collaboration entre l'Etat et les entreprises privées est encouragée en vue de la réalisation de ces objectifs.

    Ainsi donc le fondement de la politique de l'Etat en matière d'approvisionnement en énergies se résume à ... un approvisionnement en énergies !!! M. de Lapalisse n'aurait pas fait mieux. Plus aucune référence à l'obligation faite aux autorités d'assurer un approvisionnement suffisant en énergie. Renoncement même à la mission confiée à l'Etat de répondre aux besoins énergétiques de la population et de l'économie. A croire que le canton de Genève, sous la baguette des écologistes, a renoncé à l'économie de marché et est entré en période de rationnement.

    On notera que ces absurdités et les dangers qui vont avec ont été votés par une bonne partie de la droite.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Du tissu au "maquis" associatif

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    Longtemps les associations ont formé dans nos communautés un tissu actif essentiellement dans les domaines social, syndical, sportif et religieux. Au cours des dernières décennies, en Suisse comme dans les autres pays européens, parallèlement au populisme, ce tissu s'est considérablement développé en s'étendant à de nouveaux domaines. En Suisse, des milliers de gens sont aujourd'hui salariés dans ces associations d'un nouveau genre. Et dans ces dernières on s'y autoproclame de plus en plus fermement partie au processus démocratique, on y réclame chaque semaine plus vigoureusement un droit décisionnel dans la gestion de la société, cela en dépit de l'absence complète de légitimité populaire et de responsabilité politique chez ceux qui, à la tête des associations,  s'érigent en représentants des citoyens.

    Dans leurs nouveaux domaines de prédilection, la plupart des associations n'ont qu'une ambition, celle de « la défense des citoyens et de leur environnement ». Plus concrètement, elles ont pour vocation de s'opposer à la politique et aux décisions des autorités qui paradoxalement les subventionnent généreusement. Répétant avec constance que les citoyens ne se rendent pas compte des dangers qui les guettent, qu'ils ont besoin d'être défendus contre les propriétaires, que leur environnement se dégrade à toute vitesse, que leur santé est en péril, elles multiplient les barrages, lancent initiative sur référendum et entretiennent un climat général de méfiance qui favorise la multiplication des blocages dans le fonctionnement de notre démocratie. La difficulté de construire du logement à Genève (1018 unités mises sur le marché en 2011, chiffre le plus bas depuis un demi-siècle !) fournit l'exemple le plus manifeste des méfaits du « militantisme associatif et participatif ».

    On ne saurait nier que, alimenté par l'enrichissement matériel général et le goût immodéré des citoyens pour les prestations publiques, l'Etat a gonflé notablement depuis les années 1960 et son emprise est devenue tentaculaire dans la vie des Suisses. De toute évidence cette évolution a amplifié le sentiment désagréable d'un lien distendu entre élus et électeurs. Aux yeux d'une grande partie de la population, l'administration publique pèse trop lourdement sur la liberté des individus et des entreprises. Elle donne de surcroît trop souvent l'image d'une machine peu efficace et habitée par une catégorie de citoyens privilégiés, les fonctionnaires.

    Rien pourtant qui doive faire penser à un bouillon révolutionnaire. D'où un paradoxe frappant. D'une part on assiste à une l'extension considérable d'un monde associatif prospérant essentiellement sur le mécontentement des Helvètes à l'égard de leurs conditions d'existence et des pouvoirs publics. D'autre part ces derniers se déclarent plus heureux que tous les autres peuples de la planète.

    La revue patronale vaudoise, se référant à des sondages réalisés scientifiquement il y a peu, nous rappelait dans sa dernière édition que 95 % de la population juge bonne voire très bonne la qualité de l'environnement autour de chez, 94 % des salariés sont satisfaits de leurs conditions de travail, 85 % de ces mêmes salariés sont contents de leur rémunération et 91 % de leurs supérieurs. Quant aux locataires, 90 % d'entre eux sont généralement contents de leurs conditions de logement.

    Le climat et les circonstances décrites plus haut, nourris aussi par l'effacement du sens de la communauté et la multiplication des égoïsmes individuels, expliquent largement que la vie associative, orientée vers la défense des intérêts corporatistes voire particuliers, ait pris racine puis se soit épaissie jusqu'à constituer une entrave sérieuse à la bonne marche de la société. Mais tout de même. Comment avons-nous pu nous laisser entraîner dans le « maquis associatif » que connaît la Suisse, particulièrement la Suisse romande ? Comment avons-nous été amenés à attacher tant d'importance à nos intérêts immédiats et si peu aux exigences du futur ?

    Sommes-nous devenus schizophrènes ou, gravement perturbés par notre confort matériel et nos mini-problèmes, avons-nous tout simplement perdu notre bon sens ?

    Pierre Kunz

     

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  • Christoph Blocher, vedette du grand écran ?

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    Pour la vaste majorité des acteurs politiques du pays le petit déjeuner passa de travers ce jour de février quand, de bon matin, ils apprirent que le cinéaste Stéphane Bron s'apprêtait à tourner un film sur Christoph Blocher. Non parce qu'ils se seraient sentis submergés à ce moment par un sentiment de jalousie. C'est plutôt l'incrédulité qui les envahit, tant ce projet leur parut incongru dans le contexte suisse, tant il s'écarte de la manière dont, en Helvétie, on s'intéresse aux élus, aux conseillers fédéraux en particulier. Concordance et collégialité obligeant, de tout temps la discrétion, la grisaille et l'oubli ont prévalu sur les éclairages.

    Pourquoi cette mise en lumière surprenante ? Christoph Blocher mérite-t-il le privilège des paillettes du septième art ?

    Dans certains milieux on l'aime, on l'adore même. Ailleurs on le déteste, on l'exècre parfois. Lui-même et l'UDC ont sans nul doute atteint leur zénith. La culbute politique du mentor et celle du parti ont d'ailleurs commencé et c'est probablement ce constat qui avant tout autre motif a amené l'ancien conseiller fédéral à collaborer à ce tournage. Il est vraisemblable aussi que ce film se révèle comme l'ultime concession d'un homme de pouvoir à un ego surdimensionné.

    Quoi qu'il en soit il est juste que l'histoire retienne le rôle exceptionnel, aussi imprévu que dérangeant, de Christoph Blocher dans le déroulement des trois dernières décennies de la vie politique suisse. Avant lui, jamais en effet un politicien n'avait tant marqué et transformé le paysage politique et médiatique d'un pays ancré depuis 150 ans dans ses schémas conservateurs et la permanence. Durant tout ce temps la composition du parlement fédéral et du gouvernement de la Confédération s'est certes adaptée peu à peu à l'usure des radicaux mais les institutions n'ont pas évolué et, surtout, l'usage qu'en ont fait les partis politiques n'a jamais changé.

    Christoph Blocher est l'unique représentant de l'élite politique aux affaires helvétiques à avoir posé la question de la gouvernance du pays en des termes nouveaux. Il est, au cours des décennies qui ont suivi la fin du dernier conflit mondial, le seul homme politique suisse d'envergure ayant sérieusement ambitionné de remettre en question la concordance.

    Voici une quinzaine d'années son objectif était clairement d'éliminer le PS du Conseil fédéral, cela dans l'objectif d'une « concordance restreinte », celle fondée sur un programme de gouvernement susceptible de rassembler fermement tous les membres du collège gouvernemental et engageant chacun d'eux, de même que leur parti. Il avait compris le premier que l'évolution du monde, de notre environnement politique, social et économique impose le renforcement de notre exécutif confédéral. Et personne sinon lui, dans la sphère fédérale, a ouvertement, pendant un temps au moins, reconnu le besoin au parlement d'une majorité pro-gouvernementale structurée et solide, et parallèlement regretté l'absence aux Conseil national d'une opposition crédible.

    Il a échoué. En premier lieu parce que les dirigeants des autres groupes, viscéralement attachés au confort et aux avantages immédiats qu'ils tirent du statu quo, n'ont pas voulu adhérer à ce projet. En second lieu parce que Christoph Blocher, « dopé » par les succès électoraux de l'UDC, a probablement cru pouvoir imposer ses vues par d'autres méthodes. Il a alors peu à peu modifié son discours et son action pour formuler des exigences relevant clairement de la démagogie et du populisme. Un changement de cap malheureux qui s'est traduit par une dérive durable de la vie démocratique helvétique et par l'affaiblissement des autorités fédérales.

    Les historiens ne manqueront pas d'étudier le phénomène Blocher, les multiples facettes du personnage, son accession aux plus hautes fonctions du pays puis les raisons de son déclin comme celui, inéluctable, du parti auquel il a su donner son extraordinaire développement. Mais d'ores et déjà la trajectoire exceptionnelle de l'homme vaut bien un film.

    Pierre Kunz

     

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  • Pourquoi la gauche n'est-elle à droite ?

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    Ou pourquoi l'UDC n'est-elle pas taxée de parti d'extrême gauche ?

    On se flatte en Helvétie d'avoir développé une démocratie fonctionnant hors des schémas « simplistes » que l'on trouve partout ailleurs, ceux de l'alternance. Chez nous, enseigne-t-on très tôt aux futurs citoyens, les institutions favorisent le multipartisme et on privilégie la collégialité et les compromis. La vertu politique suprême réclamée de la part des élites politiques réside dans leur capacité à favoriser en toutes circonstances, au détriment de l'affrontement, la recherche de la voie médiane respectueuse des minorités, celle du « consensus ».

    Certes, mais comme partout ailleurs la politique suisse est fondée sur l'opposition de deux principes, aussi essentiels que contradictoires, que la vie en communautés force les citoyens à concilier en permanence. Il s'agit de la liberté et de l'égalité. C'est sur la nécessaire conciliation de ces deux principes, sur poids relatif donné à ceux-ci dans les multiples choix auxquels doivent procéder continuellement les sociétés humaines dans l'élaboration de leur « vivre ensemble », que se bâtissent, en démocratie comme dans les autres régimes, toutes les idéologies et tous les projets de société véhiculés par les partis.

    On le sait, les milieux dits « de droite » privilégient la liberté. Ils sont pourtant amenés à transiger, à des degrés divers suivant leur place sur l'échiquier politique, dans leurs ambitions libertaires au profit des aspirations égalitaristes qui caractérisent tous les êtres humains. Quant aux partis dits « de gauche », ils s'érigent d'abord en défenseurs de l'égalité. Comme leurs adversaires mais à l'inverse, ils sont perpétuellement conduits, dans leur lutte politique, à modérer plus ou moins selon leur place au sein de leur mouvance, leurs exigences égalitaristes pour répondre à la soif de liberté inextinguible de l'Homme.

    Ces rappels ne sont jamais vains. Ils n'amènent pourtant que rarement la réponse à la devinette que posait récemment un jeune garçon à l'auteur de ce billet : « Sais-tu pourquoi les égalitaristes portent l'étiquette « de gauche » et les libertaires celle « de droite » ? C'est l'excellente revue bimensuelle OKAPI, destinée aux adolescents, qui l'avait éclairé dans sa dernière édition.

    La répartition des acteurs politiques en gens de gauche et de droite remonte à 1789, plus précisément aux Etats généraux convoqués cette année-là. On se souvient que les représentants, alors réunis, avaient décidé que désormais ce ne serait plus le roi mais l'Assemblée nationale qui légiférerait. Restait à déterminer si le monarque devait ou non conserver un droit de veto sur les lois votées par le parlement. Lors des débats sur ce point, les participants aux Etats généraux se divisèrent en deux camps. Les conservateurs, qui entendaient conserver au roi quelque pouvoir, se regroupèrent à la droite du roi. Ceux, révolutionnaires, qui ne voulaient pas laisser à ce dernier le pouvoir de rejeter une loi votée par l'Assemblée, se massèrent à sa gauche.

    Une anecdote historique qui explique pourquoi Sarkozy n'est pas à gauche et Hollande pas à droite.

    Pierre Kunz

     

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  • La Constituante confirme la réforme fiscale communale

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    Hier, les débats de l'Assemblée constituante relatifs à la fiscalité communale ont été vifs et longs. Certains élus ont en effet été pris de doutes à propos de la réforme décidée lors des travaux antérieurs. Les deux missives reçues récemment par les constituants de la part de l'Association des communes genevoise d'une part, de la Vile de Genève d'autre part, n'étaient évidemment pas étrangères à ces interrogations. Quant aux conservateurs et anti-réformistes qui occupent une partie des sièges de la Constituante, ils ont bien sûr tenté de tirer le plus large parti possible de ces courriers.

    Fort heureusement la majorité de l'Assemblée ne s'est rangée ni dans le camp de ceux qui doutaient ni dans le camp de ceux qui toujours préfèrent le statu quo. Elle a pris en compte les remarques du Conseil d'Etat. Elle a considéré à sa juste mesure la lettre de l'ACG, fondée sur la crainte, compréhensible peut-être mais injustifiée, des élus communaux à l'égard d'une réforme dont les aspects législatifs et pratiques, la nouvelle péréquation intercommunale en particulier, seront réglés en temps opportun et sans précipitation par l'ACG et le Grand Conseil appelés en l'occurrence à collaborer étroitement. Elle a enfin situé la fâcherie de la Ville dans son contexte, soit celle d'une commune riche et puissante, privilégiée par le système actuellement en vigueur et qui évidemment tente de conserver sa situation envieuse.

    La Constituante a en conséquence logiquement persisté sur le chemin réformateur qu'elle s'est tracé depuis longtemps en matière de fiscalité des communes. A une large majorité elle a confirmé sa volonté d'inscrire dans la future constitution le principe d'une fiscalité communale fondée désormais sur une perception au lieu de domicile, à l'image de ce qui se fait partout ailleurs en Suisse.

    Contrairement à ce que d'aucuns veulent faire croire, cette réforme n'est pas le fruit de l'entêtement, de l'aveuglement et de la surdité des élus qui la soutiennent. Elle n'est pas non plus le résultat d'une politique machiavélique destinée à « casser » la Ville. En vérité cette réforme consiste dans quelques articles essentiels pour l'avenir du canton et la capacité de ce dernier à affronter les défis que nous réserve l'avenir.

    Les dispositions en question amèneront généralement davantage d'équité dans la répartition des recettes fiscales entre les communes riches et celles moins bien loties. Elles auront surtout un effet capital dans le secteur de la construction de logements, si déficiente actuellement, principalement parce que, forte du nouveau système fiscal, les communes éprouveront à l'avenir un véritable intérêt dans l'accueil de nouveaux habitants plutôt que de favoriser à tout prix la multiplication des emplois.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • Le CA de la Ville sait-il ce qu'est une constitution ?

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    Le Conseil administratif a choisi le début de ce mois de février, dans un courrier de trois pages, pour faire part aux membres de l'Assemblée constituante de ses « vives préoccupations » à propos d'un certain nombre d'articles, tels qu'ils sont issus des débats de l'automne dernier. Que faut-il penser des réactions de l'exécutif de la Ville ?

    Sautant aux yeux, le premier constat  est que cette missive s'inscrit dans son effort contestable, entrepris il y a quelques semaines déjà, destiné à mobiliser l'ensemble des maires des communes genevoises contre le nouveau projet de constitution.

    Quel objectif poursuit la Ville ?

    Manifestement celui de conserver aux autorités de cette dernière la plus grosse part possible des avantages que lui procurent le système fiscal et l'organisation territoriale actuels. Quitte, dans cette démarche, à procéder à une large désinformation des élus des autres communes qui ne semblent pas avoir compris la portée et l'intérêt pour leurs administrés du contenu de la nouvelle constitution. Pas plus qu'ils ne semblent avoir perçu les motivations de leurs collègues de la Ville.

    Quels sont les articles qui déplaisent au CA de la Ville ?

    « Genève, écrivent les signataires de la lettre susmentionnée, a besoin d'une nouvelle charte tournée vers l'avenir, porteuse, novatrice et permettant d'anticiper les développements à venir de notre région ». Or ce sont précisément les quelques dispositions réellement réformatrices qui sont contestée par la Ville, celles qui forceront le canton à prendre la mesure de la région, permettront de débloquer les crises du logement et de la mobilité, renforceront les moyens d'action des communes dans les secteurs où elles sont appelées à agir et apporteront plus d'équité dans la répartition des recettes fiscales entre ces communes.

    Certes, la Ville sera amenée par ces réformes à quelques renoncements dans son fonctionnement et à quelques adaptations dans sa manière d'administrer ses quartiers. Rien pourtant qui soit susceptible de justifier la réaction courroucée adressée à la Constituante.

    Se référant au rôle de « Ville-centre » qu'elle s'est taillé grâce à son statut fiscal privilégié au détriment des autres communes et en « doublonnant » souvent l'administration cantonale, craignant de ne plus disposer des ressources financières requises par les missions qu'elle a pris l'habitude d'accomplir au profit, prétend-elle, « de l'ensemble de la population du canton voire de la région », la Ville condamne les réformes voulues par la Constituante. Oubliant toute cohérence, sinon celle que lui dicte la conservation de ses privilèges, elle rejette sans nuances la nouvelle fiscalité, plus favorable certe aux autres communes qu'à elle, et refuse abruptement l'idée de céder au canton les institutions de caractère cantonal et régional qu'elle éprouve pourtant de plus en plus de peine à gérer correctement.

    On peut penser que les arguments auxquels elle recourt pour justifier la prise de position négative discutée ici ressortissent à la mauvaise foi. Comment, à première vue, expliquer autrement les propos menaçants voire humiliants qui  sont utilisés. C'est ainsi que, pêle-mêle, on suspecte les motivations profondes des constituants, on les accuse de superficialité dans les études ayant mené aux décisions et on prétend insuffisante la qualité du travail effectué.

    Mais peut-être, on veut le croire, cette attitude s'explique-t-elle plus prosaïquement par l'incompréhension chez les élus de la Ville de ce qu'est une charte fondamentale. A preuve, le reproche fait par les signataires à la Constituante de n'avoir pas été au-delà des principes dans les questions qui les préoccupent. Ils auraient même voulu que la nouvelle constitution ait fait l'objet d'études d'impact (!).

    Or s'il est dans la mission de la Constituante de fixer le principe d'un nouveau système fiscal communal et de la nouvelle péréquation intercommunale qui l'accompagnera, il ne s'agit pas pour elle d'en déterminer les mesures d'application. Pas plus qu'elle n'est appelée à définir dans le détail la répartition des tâches entre les communes et le canton, son rôle se limitant à sceller la règle, soit le principe de la subsidiarité, qui commandera à cette répartition. Dans leur lettre les élus de la Ville s'expriment comme s'ils ne savaient pas qu'il reviendra au Grand Conseil de mettre en œuvre les principes posés dans le texte constitutionnel. Comme s'ils ne comprenaient pas que c'est au parlement cantonal, lorsque le peuple aura accepté la nouvelle constitution, que l'ACG sera appelée à présenter ses propositions et ses exigences.

    Pierre Kunz, constituant

     

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  • 20 % des Genevois se privent de soins. Et alors ?

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    Chacun apprend aujourd'hui dans la TdG que « près d'un Genevois sur cinq renonce à se faire soigner pour des raisons financières ». Et d'insister sur le constat, pas vraiment surprenant, que les personnes les plus touchées sont celles qui disposent des ressources financières les moins élevées. En prenant connaissance de ce titre aguicheur le lecteur se dit qu'en parcourant les quatre colonnes destinées à l'expliquer il va découvrir la réponse  aux diverses questions que lui souffle son esprit critique.

    Eh bien non ! La chroniqueuse, généralement mieux inspirée, s'empresse de donner la parole au Dr Idris Guessous, médecin adjoint des HUG co-auteur de l'enquête ayant produit la conclusion susmentionnée. Celui-ci se contente, entre quelques rappels de généralités connues de tous, de souligner à gros traits que son travail met en évidence que « des cotisants paient leur assurance maladie sans en profiter » ou encore que « l'on partage la solidarité des cotisations mais pas celle des soins ».

    Dans l'article est décrit ensuite le comportement irrationnel d'une assurée dont le cas est totalement hors contexte puis on se perd dans l'argumentaire, bien connu, relatif aux avantages de la prévention dont seraient privés les moins favorisés d'entre nous. Et pour faire bonne mesure le texte s'achève sur la production d'un graphique trompeur mettant en évidence que « les Suisses paient plus de leur poche » que les patients de tous les pays de la planète. Trompeur parce que nulle part n'est indiquée la part couverte chez nos voisins par l'impôt et ... les déficits publics.

    Tout cela manque singulièrement de sérieux et on se permettra de noter que la journaliste aurait accompli un travail plus crédible si elle avait insisté sur les informations qui semblent n'avoir pas été recensées dans l'enquête menée par les HUG et dont l'absence enlève tout intérêt à celle-ci. Le Dr Guessous et son équipe de chercheurs auraient dû être amenés à répondre au moins aux questions suivantes.

    De quels soins parle-t-on ? De soins essentiels, de médicaments, de soins de confort ? Les familles qui renoncent à recourir à la médecine se privent-elles  réellement et dangereusement de soins essentiels ? Si, comme c'est probable, les économies concernent dans quasi-totalité des cas des soins non impératifs ou de confort et des dépenses médicamenteuses, ne devrait-on pas parler de surconsommation médicale au sein des classes les plus aisées plutôt que de sous-consommation dans les milieux les moins bien lotis ?

    Quant à la conclusion du responsable de l'enquête (« Nous n'avons pas l'expertise pour aller au-delà des résultats, il revient aux experts de proposer des solutions »), elle est certes compréhensible de la part d'un médecin. Mais est-il acceptable que l'auteure de l'article s'en contente ? Non, à moins que, tout simplement, au nom de l'absolue égalité pour tous en matière de santé, elle préconise implicitement un élargissement massif, notamment au domaine dentaire, du catalogue des prestations de base, l'entière gratuité des soins et le financement intégral de ceux-ci par l'impôt.

     

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