Je la connais la musique... - Page 2

  • L’agence Frontex et l’hypocrisie ambiante

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    Nouvelle du jour : l’agence Frontex, chargée de surveiller les frontières européennes, est mise en accusation. Elle aurait toléré des maltraitances commises sur des migrants par des gardes-frontières nationaux ; pire, certains de ses employés auraient eux-mêmes eu des pratiques de maltraitances.

    Il fallait s’y attendre.

    D’abord parce ce que la tâche de l’agence Frontex est d’une extrême difficulté étant donné la multiplicité des acteurs et les intérêts contradictoires de ceux-ci : gardes-frontières dans des pays très restrictifs en matière de migrations et pas toujours coopératifs, activisme des ONG prêtes à toutes les transgressions au nom de leurs interventions « humanitaires », attitude des migrants parfois violents et souvent cyniques, juristes défendant la lettre de conventions internationales partiellement désuètes et ne faisant plus consensus chez ceux qui les ont signées il y a plus d’un demi-siècle. Dans un tel contexte des failles et des dérapages sont inéluctables.

    Ensuite parce que nombres d’intellectuels, Olivier Abel par exemple (*), qui utilisent la question des migrations et de Frontex en particulier, pour faire le procès d’une Union européenne qui, selon le théologien français, « se couvre de honte en s’abaissant à sous-traiter ses frontières à des Etats aussi peu recommandables que la Turquie ; elle doit absolument changer de discours et ouvrir ses frontières ».

    Dans cet imbroglio politico-socio-humanitaire comment ne pas percevoir que la campagne qui vient de débuter contre Frontex, fournit un bel instrument au service des milieux « bien-pensants ». Il leur donne une nouvelle occasion de s’insurger contre les politiques restrictives qui se renforcent sous la pression des peuples européens en matière d’immigration illégales.

    Pourtant, tout laisse penser que cette pression populaire finira par convaincre les Européens de prendre les cinq mesures requises pour mettre en œuvre une politique migratoire raisonnable, constructive et … praticable :

    • ramener au niveau des frontières des pays de l’UE la lutte contre les migrations illégales en prenant en considération les exigences plus restrictives des pays de l’est européen et en mettant à la disposition des pays concernés en Méditerranée (Grèce, Italie, Malte, Espagne, France) les moyens financiers, techniques et militaires nécessaires ;
    • exiger avec force des pays originaires de l’immigration illégale parvenue en Europe qu’ils acceptent le retour de leurs concitoyens ;
    • lutter avec détermination contre les ONG les plus extrémistes qui dans les faits constituent le dernier maillon de la chaîne des passeurs, elles qui abusent de leur statut, qui utilisent toutes les ficelles du droit humanitaire pour exister et qui empêchent, au sein de l’Europe et en Méditerranés, les Etats de prévenir et de gérer les problèmes migratoires de manière efficace ;
    • s’agissant des réfugiés, que trop souvent on ne distingue pas des migrants économiques, remplir de manière exemplaire nos devoirs d’accueil, de logement et d’alimentation à leur égard, puis, comme le prévoit la Convention de Genève, les presser fermement de rentrer chez eux lorsque la paix y est revenue ;
    • enfin, organiser la migration raisonnable dont nous avons effectivement besoin, utile pour les migrants comme pour les pays d’accueil, c’est-à-dire mettre en place un système de quotas et de filtrage strict des individus.

    Il règne une immense hypocrisie politique et médiatique dans la manière dont sont actuellement abordées les questions migratoires. Cette hypocrisie et les bons sentiments qui la fondent ne servent ni l’Europe ni les pays d’origine des migrants illégaux ni, enfin et surtout, les migrants eux-mêmes qui en souffrent par milliers et qui souvent en meurent. Plutôt que de stigmatiser Frontex il faut mettre un terme à cette hypocrisie.

    Pierre Kunz, 

    (*) Olivier Abel, Le Vertige de l’Europe, Editions Labor et Fides

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  • Jour du dépassement, « du bidon » ?

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    C’est la géographe Sylvie Brunel qui l’affirme dans son dernier ouvrage (*). Elle dit plus précisément que « l’empreinte écologique est complètement bidon et que le jour du dépassement ne veut rien dire ».

    La géographe française n’a rien d’une climato-sceptique. Pourtant elle se fait un devoir de pourfendre les idées toutes faites que certains milieux propagent sous forme de slogans, souvent sans en avoir étudié les fondements. Selon elle, ces milieux agissent, soit par intérêt soit à cause de leur incompréhension des phénomènes naturels et de l’impact réel des activités de l’humanité sur l’environnement.

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  • Médias : fin de l'info noire ?

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    Une excellente chroniqueuse du quotidien Le Temps disait en ce samedi combien ce qu’elle appelle « l’info noire » fatigue, cette information sensationnaliste, macabre, orientée vers les scandales, les tragédies et le futur dramatique qui nous attend. Et elle poursuivait, dans un optimisme plaisant, en nous annonçant le retour d’un « journalisme positif », celui qui, confronté à la collapsologie ambiante, insiste sur les bonnes nouvelles, celui qui recherche le pourquoi des choses et cultive l’enquête sérieuse et la mise en exergue des solutions.

    Sans sombrer dans le pessimisme, on doit accueillir avec prudence l’évolution qui nous est promise. Les progrès qui restent à accomplir en la matière par la très vaste majorité des médias demeurent en effet considérables. Et on ne peut s’empêcher d’illustrer le propos en mettant en exergue la légèreté stupéfiante avec laquelle les journalistes presque unanimement, depuis une vingtaine d’années, encensent les politiciens qui distillent les discours humanitaristes, égalitaristes et internationalistes et maltraitent ceux qui s’écartent de la « bien-pensance » qui paraît constituer la colonne vertébrale des rédactions.

    Qu’on se rappelle, s’agissant des premiers, toutes les grands-messes que la presse européenne écrite et télévisuelle a multipliées à propos de l’action de Barack Obama et se ses ambitions sociales et pacifistes sans jamais dresser le bilan d’une minceur pourtant confondante des huit années de sa présidence.

    Qu’on se souvienne, dans le camp opposé, de tous les adjectifs dégradants utilisés par les journalistes pour qualifier l’arrivée au pouvoir de son successeur, Trump, un président qui manie une manière de communiquer bizarre et inconnue dans la sphère diplomatique et qui prend des initiatives politiques iconoclastes pour porter ce qu’il considère être les intérêts de son pays. Qui parmi ces journalistes, depuis 2018, s’est donné la peine de rechercher et d’expliquer de manière cohérente les fondements de sa politique ? Ils se sont contentés de le traiter de populiste dangereux qui n’a en point de mire que sa réélection, quitte à mettre la planète à feu et à sang.

    Et, plus près de nous, voilà que nos médias se lancent dans le même exercice avec Boris Johnson, dont le « crime », selon eux, est d’avoir soutenu le Brexit lors de la campagne qui y a conduit. Voilà qui suffit à le discréditer, autorise nos gazettes à le taxer des adjectifs les plus vils et dispense celles-ci de jauger ses déclarations et ses initiatives récentes à l’aune de la rationalité. Après son accession à la tête du gouvernement britannique personne ne semble vouloir admettre qu’il se trouve désormais dans une situation idéale pour mener la Grande Bretagne hors de l’Union Européenne à un coût raisonnable. Ne comprend-on pas qu’après les efforts, sans doute sincères de Theresa May mais insuffisants pour convaincre les Communes de rompre en bon ordre et de manière négociée avec Bruxelles, son discours ferme, son « chantage à la sortie sans accord » est celui qu’il faut absolument tenir afin d’obtenir un accord entre L’union Européenne et Londres ?

    Des médias qui dispenseraient de bonnes nouvelles, pas seulement les mauvaises ? Ce serait bien. Mais des médias qui précéderaient la publication de nouvelles, bonnes ou mauvaises, d’un travail de tri et d’analyse approfondi et sérieux, voilà qui serait encore mieux.

     

    Pierre Kunz, juillet 2019

     

     

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  • La "fin d'un monde" mais pas du monde

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    Dans une interview qu’il a récemment accordée à la TSR, Guy Mettan disait son inquiétude à propos de « la rupture de la concertation multilatérale, qui contrairement à ce qu’affirment les Occidentaux, vient selon lui, non pas des Etats voyous mais de notre propre camp ». Et de pointer la responsabilité des présidents américains qui se sont succédé depuis George W. Busch. De souligner aussi sa crainte de voir émerger un monde plus dangereux.

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  • Inégalités salariales : on vous l'avait bien dit ...

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    En Suisse, nous disait hier soir la TSR, 17 % des femmes touchent un salaire bas, contre 7,6 % des hommes. Au total 473'700 personnes sont concernées. La chaîne se référait à une étude, publiée par l’Office fédéral de la statistique et basée sur les chiffres de 2016.

    Une occasion pour la TSR de donner la parole au monde syndical qui souligne que ce sont principalement les femmes, de tous âges, qui reçoivent ces bas salaires. En cause, généralement la formation professionnelle insuffisante dont elles souffrent.

    Il est dommage (mais si peu surprenant si l’on songe au manque d’objectivité et à la superficialité du travail de nos médias), que la TSR, lors de la grand-messe du 14 juin dernier, n’ait jamais jugé bon de nuancer les chiffres farfelus invoqués alors par les promotrices de la grève, notamment en publiant ceux de l’OFS qui n’ont rien de nouveau. Il est regrettable que ses commentateurs, ne se soient jamais donné la peine d’approfondir les « discriminations salariales scandaleuses » dont seraient victimes les femmes dans ce pays.

    Si en effet près trois fois plus de de travailleuses que de travailleurs touchent un salaire bas, comment s’étonner que la rémunération moyenne des premières reste inférieure à celle de leurs collègues masculins. Cela d'autant plus que, on l’a déjà dit ici, les femmes restent largement sous-représentées dans les fonctions élevées de l’administration publique, des banques, des assurances et des industries.

    Ces lignes pour clore le sujet et mettre une dernière fois en relief la manipulation dont les citoyens de ce pays ont été victime le 14 juin dernier. Il ne règne en Suisse aucune discrimination salariale entre les hommes et les femmes et il est mensonger de prétendre, comme cela a été fait, que celles-ci, à formation et à travail égaux, gagnent 22 % de moins que ceux-là. Ce sont d’autre réalités sociales qui expliquent que, sur le marché du travail, les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes.

    Pierre Kunz

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  • Ne plus avoir d’enfants pour sauver l’humanité ?

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    Un grand quotidien français revenait récemment sur les discours pompeux de ces jeunes adultes qui prétendent contribuer au sauvetage de la planète en s’abstenant de se donner une progéniture. On échappe difficilement au malaise devant leurs arguments qui masquent de toute évidence des motifs inconscients peut-être mais en tout cas moins avouables que ceux qu’ils invoquent. En fait ces Cassandre souffrent surtout de la prétention, du cynisme et de la légèreté qui caractérisent souvent les trentenaires. Ils jouent avec la « collapsologie » qui pollue notre époque et avec un pessimisme qui ne repose sur aucun fondement sérieux.  

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  • Qui pille la planète ? le riche ou le bourgeois ?

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    Dans son dernier livre (*) Gilbert Rist, professeur honoraire à l’IHEID, pend des coupables. Rappelant les atteintes à l’environnement dues à la croissance telle qu’elle est poursuivie par l’humanité depuis un demi-siècle, il veut convaincre ses lecteurs qu'un désastre s’annonce, dû au capitalisme, au marché, au libre-échangisme mondialisé, à la propriété privée et aux riches.  

    Il devrait montrer qu’en réalité la plus lourde part du pillage des ressources naturelles n’est pas le fait des minorités richissimes ; elle est liée à la fulgurante amélioration au 20ème siècle de la situation matérielle des classes moyennes et populaires et à leur consommation massive.

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  • Ecoliers frontaliers ; et les étudiants frontaliers ?

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    Le Conseil d’Etat attache une importance considérable à la question des écoliers frontaliers. Il a mené une bataille judiciaire qui, au grand dam du maire de St-Julien, a été reconnue « juste » par la Chambre administrative, celle-ci admettant le bien-fondé de l’exclusion des enfants de frontaliers du système scolaire genevois. Voilà qui plaira à ceux qui, au gouvernement genevois comme au sein de la population, considèrent que « non seulement les frontaliers encombrent nos routes mais surchargent nos écoles ».

     

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  • Après la grève, quel bilan

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    La grève des femmes du 14 juin a au moins eu un effet positif : sans aucun doute cette mobilisation a contribué à la sensibilisation de l’opinion publique (des hommes probablement un peu plus que des femmes !) sur les problèmes qui subsistent dans notre pays en matière d’égalité entre les deux sexes. Et gageons que le monde politique ne va pas manquer (élections de l’automne obligent !) de tirer profit de cette sensibilisation à grands renforts de communications médiatiques et de démarches parlementaires. Ces communications et ces démarches pourraient bien faire avancer quelques dossiers en suspens depuis longtemps.

    C’est la partie favorable du bilan. Il en est une autre sur laquelle s’étendent peu les commentateurs.

    A propos des médias suisses romands, qui ont soutenu massivement cette manifestation, on doit retenir qu’ils ont largement dépassé les bornes de leur mission. Au lieu de livrer une information sérieuse et objective des diverses formes d’inégalités qu’il reste à surmonter dans le pays, ils ont trop souvent repris sans nuances les statistiques manipulées et les chiffres hors contexte, tombant ainsi dans un activisme féministe caricatural.

    S’agissant des organisatrices du mouvement, vont apparaître maintenant les aspects simplistes des discours enflammés qu’elles ont tenus. En particulier, la « stratégie post-14 juin » qu’elles imaginent va se heurter aux impératifs du temps long qui caractérise l’évolution des mentalités et le rythme de la vie politique.

    Ne prenons qu’un exemple, celui de l’accession renforcée des femmes aux postes les plus élevés de l’économie et des administrations publiques. C’est un leurre de croire que la proportion de femmes accédant à ces fonctions va croître rapidement. Pourquoi ? Simplement parce que dans de nombreux secteurs (finances, gestion d’entreprise, ingénierie, etc.) le problème qui se pose ne découle pas d’une discrimination malsaine des hommes à l’égard des femmes. Est en cause le nombre de femmes encore inférieur à celui des hommes en mesure de déposer un dossier de candidature répondant aux exigences des postes offerts. C’est d’une véritable inégalité des chances dont il est question, dont les origines sont diverses et dont elles souffrent et souffriront encore.

    Or les organisatrices de la grève ont fait comme s’il suffisait de quelques procédures législatives, celle instituant un congé parental notamment, pour résoudre ce problème. Quelques lois ne feront évidemment pas l’affaire et il faudra encore du temps et beaucoup de d’engagement de la part des femmes pour atteindre l’égalité sur ce plan.

    Cela étant, on suggère aux animatrices du 14 juin de consacrer le premier volet de leur stratégie à tempérer les attentes de celles qui ont pu croire aux lendemains enchantés qu’on leur a dessinés et à les motiver dans les efforts qu’elles auront à produire dans les années à venir pour atteindre leur objectif.

    Pierre Kunz, 19 juin 2019

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  • Main basse sur Israël

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    Dans son dernier ouvrage (*) Jean-Pierre Filiu réalise une démonstration magistrale de la « méthode Netanyahou », celle qui a permis à ce dernier non seulement de bâtir une carrière politique extraordinaire mais aussi de changer totalement l’équilibre existant antérieurement entre d’une part les forces travaillistes et sionistes originelles, d’autre part le mouvement expansionniste des droites dures et ultra-orthodoxes.

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  • Inégalités salariales, vraiment ?

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    Dans le journal de la TSR du 29 mai Mme Linda Bourget, cheffe de la rubrique politique suisse, a affirmé que, « à travail égal et à compétences égales les femmes suisses reçoivent Fr. 650.- de moins que les hommes ».

    Des propos du même type circulent sont relayés à plein volume par les promotrices de la grève des femmes du 14 juin prochain. A tel point que le citoyen lambda finit par croire qu’ils représentent la vérité.

    Or ils sont faux. Il n’est ni légal ni possible que les entreprises helvétiques discriminent les femmes. Comment les grandes entreprises du pays, les fonctions publiques et les PME, soumises à des conventions collectives, pourraient-elles sous-payer les femmes lorsqu’elles font le même travail que les hommes avec les mêmes compétences, au vu et au su du monde syndical ?

    Il vrai certes qu’en moyenne les femmes gagnent moins que les hommes. Mais cette situation est due au fait que, en raison de divers facteurs, elles occupent en moins grand nombre que leur confrères les fonctions les mieux rémunérée de l’économie et des administrations publiques. L’Université de Genève a d’ailleurs il y a peu publié une étude qui le démontre.

    Les propos tenus par Mme Linda Bourget sur les ondes de la TSR, qui se prétend « dédiée à l’information objective du public », témoignent donc soit d’une méconnaissance impardonnable du dossier soit d’une partialité condamnable.

    Pierre Kunz

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  • Marie victime des droits de l'Homme

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    On nous dit, pour expliquer le drame dont a été victime Marie, que « le dossier est complexe », que « les juges et les experts sont faillibles » ou encore que « il n’y a pas de société sans risques ». Ce sont là de mauvais arguments qui servent au mieux à exonérer partiellement de leur responsabilité une partie des acteurs de la tragédie. Ils ne touchent que les raisons apparentes de celle-ci.

    Au-delà de l’enchaînement des évènements, quelles sont les causes profondes de la mort de Marie ?

    Une interprétation abusive et démagogique des droits de l’Homme, ou des droits humains puisque c’est ainsi qu’on préfère les qualifier dans notre société féminisée, a conduit les Etats occidentaux, Suisse comprise, à sacrifier la notion de l’intérêt général sur l’autel des droits des particuliers et des groupes minoritaires. Cette évolution s’inscrit dans le processus général auquel nous avons assisté en Occident depuis le milieu du 20ème siècle. Un processus caractérisé par le renforcement constant des droits individuels, par l’affaiblissement des valeurs communautaires et des devoirs sociaux, par la réduction de l’autorité de l’Etat au profit de la société dite « participative », par l’effacement des conceptions libérales et humanistes en faveur de l’interventionnisme socio-humanitariste des administrations publiques.

    L’Etat providence s’est développé largement dans le cadre de ce processus qu’en Helvétie nous avons seulement commencé de rectifier. Songeons au temps nécessaire et aux abus qu’il a fallu mettre en relief dans le cadre des assurances invalidité et chômage pour mettre fin, en tous cas partiellement, à la destruction des volontés individuelles et au gaspillage des ressources publiques. Et relevons que dans le domaine de l’asile nous ne sommes qu’au début des indispensables réformes à engager.

    Chez nous comme ailleurs, en matière judiciaire la mode reste aux interprétations  « roussauistes ». L’être humain, fut-il criminel, est vu au moins partiellement comme la victime d’une société violente. Il convient dans ce contexte d’être compréhensif et généreux avec lui, de rester mesuré dans les jugements et les peines infligées, de faire accomplir celles-ci dans des conditions « humainement acceptables ». Il s’agit aussi de lui ouvrir toutes les portes en matière de réintégration sociale, notamment en assouplissant le plus possible les détentions, quitte à sacrifier l’intérêt général et à mettre en péril la sécurité de la société. A ce sujet, le fameux « principe de précaution », prétexte par ailleurs à tous les conservatismes et les blocages, n’est paradoxalement jamais invoqué.

    La législation des Etats occidentaux s’est largement et profondément imprégnée de cette dérive et en donne le reflet le plus visible, le plus lourd de conséquences aussi. Une législation qui a fait migrer discrètement le pouvoir des acteurs politiques vers un monde en constant gonflement depuis un demi-siècle, celui des experts et des juges. Les autorités politiques élues ont à l’évidence, par facilité, opportunisme et absence de conviction, contribué activement à ce transfert et il apparaît aujourd’hui que ces experts et ces juges se sont vu remettre une responsabilité qu’ils gèrent de manière technocratique, sans égard pour les exigences essentielles du fonctionnement harmonieux d’une communauté et les risques qui pèsent sur celle-ci.

    Les uns conditionnés par la « bien-pensance » ambiante, les autres forcés par le droit, experts et juges peinent à ne pas privilégier les individus et les minorités dans l’analyse des situations, gaspillant les ressources et négligeant la fonction essentielle de l’Etat régalien, celle de veiller à la sécurité des citoyen et à garantir l’ordre public. Lorsqu’ils sont appelés à trancher entre l’intérêt particulier ou minoritaire et l’intérêt général, « à faire la pesée des intérêts en présence » comme ils disent, experts et juges sont amenés à faire primer systématiquement l’intérêt particulier ou minoritaire.  Souvent ces expertises et jugements sont « ubuesques », comme à Genève récemment où un tribunal a donné raison au propriétaire d’un bar bruyant qui dérange chaque nuit la population de tout un quartier.

    Parfois ils génèrent des tragédies comme celle de Marie, comme celle de Lucie en 2009. Comment s’étonner dès lors que la justice soit perçue comme « injuste » ?

    Pierre Kunz

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  • Les dirigeants des TPG condamnables pour faux dans les titres ?

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    La lecture du quotidien Le Temps du 7 mai nous apprend que le Tribunal fédéral a reconnu définitivement coupables les anciens dirigeants de de la BCGe d’avoir falsifié le bilan de la banque en ne comptabilisant pas correctement les provisions pour embellir les comptes de l'établissement avant la faillite de celui-ci. L’arrêt de l’autorité judiciaire suprême du pays rappelle à l’appui de son jugement que « la comptabilité doit refléter la situation financière réelle d’une société et qu’un faux est réalisé lorsqu’un poste du bilan sujet à estimation est grossièrement maquillé ».

    C’est une vieille habitude à Genève, lorsqu’on y porte une responsabilité importante à la tête d’une institution de droit public, d’assumer celle-ci avec une absence de rigueur et une insouciance stupéfiantes au regard des sanctions qu’en la matière le droit réserve désormais à l’incompétence et à la négligence. En l’occurrence on ne sait donc même pas si, en prenant connaissance des considérants publiés par le TF au sujet de l’affaire BCGe, la direction, le conseil d’administration et l’organe de révision des TPG, garants de l'équilibre financier de la caisse de pensions de leurs employés et retraités, ont senti poindre en eux ne serait-ce qu’un soupçon d’inquiétude.

    Ce jugement devrait pourtant avoir par analogie de lourdes conséquences pour ces dirigeants, administrateurs et réviseurs qui, depuis des années, masquent dans le bilan des TPG en toute connaissance de cause le trou de 400 millions de francs qui grève le bilan de cette institution. Le droit punit sévèrement, l’affaire de la BCGe en témoigne désormais, ce genre de tromperie. Car, comme dans l’effondrement et le renflouement de la BCGe, c’est bien de tromperie qu’il s’agit. Elle se traduira avant longtemps par le recours forcé aux deniers publics dans un exercice de sauvetage identique à celui qui vient d’être imposé aux Genevois dans le renflouement coûteux de la CIA et de la CEH. Il se trouve en effet que, comme dans ce deux cas, l’Etat est subsidiairement responsable de l’endettement excessif de la l’institution de prévoyance des TPG.

    Le Conseil d’Etat, parfaitement au courant de cette situation, porte  également une lourde responsabilité, celle d’avoir jusqu’à ce jour fermé les yeux sur le bilan qu’il savait falsifié des TPG. Le gouvernement a de surcroît commis lui-même une faute grave en masquant, aux yeux des contribuables genevois, les conséquences financières avérées de l’endettement excessif de la caisse de pension des TPG. A l’évidence, il aurait dû depuis longtemps, pas plus tard en tous cas que dans son budget 2013, provisionner la facture de 400 millions que l’Etat devra honorer. Qui sait, peut-être le fera-t-il enfin dans les comptes 2012 qu'il devrait dévoiler sous peu, des comptes qui se trouveront ainsi creusés de ces quelques centaines de millions

    N’est-il pas curieux que la Cour des Comptes ne se soit pas encore penchée sur toutes ces manœuvres douteuses et tous ces aveuglements coupables ?

    Pierre Kunz

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  • Fonds de pension des TPG, "A la caisse citoyens"

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    Pour convaincre les Genevois d’approuver le douteux et coûteux plan d’assainissement de la CIA et de la CEH qu’ils avaient concocté de manière si injuste pour les contribuables, le Conseil d’Etat et le Grand Conseil en avaient été réduit à utiliser exclusivement le levier de la peur. « Le temps manque pour toute autre solution, ont-elles asséné sans discontinuer, et en refusant le projet de fusion le peuple ouvrirait la voie à une double catastrophe, l’une pour les finances publiques, l’autre pour le fonctionnement des services de l’Etat ». Les citoyens, laissés dans l’impossibilité de saisir l’ampleur du problème complexe qui leur était soumis, ont suivi dans une confiance aveugle. Il faut dire qu’ils furent en l’occurrence abandonnés par la totalité des partis politiques, ceux-ci ayant lamentablement, pour des motifs électoraux, renoncé à leur rôle de critiques.

    Or un nouvel épisode de la saga des institutions de prévoyance publiques attend le canton, celui concernant la caisse de pension des TPG. Et curieusement personne au sein du gouvernement et du parlement ne semble pressé de le traiter alors que l’urgence n’a pas changé. Le délai à disposition pour « sauver » cet organisme est en effet le même que celui fixé par la Confédération pour la CIA et la CEH, soit le 31 décembre 2013.

    Certains prétendront que le cas de la caisse des TPG est bien moins lourd que celui de la CIA et de la CEH réunies. Il n’empêche, la sous-capitalisationure de la caisse des TPG est aussi grave que celle de ses deux grandes sœurs. A fin 2011, en effet, le taux de couverture de la caisse était inférieur à 60 % à fin 2011. Par ailleurs l’institution est elle aussi au bénéfice de la garantie subsidiaire de l’Etat, donc des contribuables, et le montant de la recapitalisation requise s’avère considérable.

    Au milieu de la dernière décennie un rapport interne aux TPG faisait ressortir que l’insuffisance de couverture de l’institution par rapport aux objectifs fixés par les autorités fédérales dépassait les 260 millions de francs. On peut considérer aujourd’hui que ce découvert atteint la barre des 400 millions dont la régie publique ne dispose pas du premier centime. Quant à sa cause, elle est identique à celle qui a péjoré et continuera malheureusement à péjorer la gestion de la nouvelle caisse CIA/CEH : les cotisations ne suffisent tout simplement pas à couvrir les généreuses conditions de retraites offertes aux rentiers des TPG.

    On le sait, les gestionnaires de la caisse de la police avaient, avec la complicité des autorités, entrepris dès les années 1960 de combler régulièrement, en catimini, le trou qui ne pouvait manquer de se creuser. Mais, aux TPG comme au Conseil d’Etat, personne n’a voulu au cours des dernières années empoigner un problème politiquement encombrant. Il aurait en effet fallu informer la population puis soit accroître le subventionnement des TPG soit augmenter les tarifs imposés aux usagers.

    Pourtant les faits sont têtus et qu’il le veuille ou non le Conseil d’Etat est désormais contraint d’agir. On se réjouit donc de l’entendre sur cette affaire. On attend en particulier avec impatience de connaître sa réponse aux questions suivantes :

    1. Sous quelle forme entend-il combler le trou de 400 millions présenté par la caisse des TPG ? Reprendra-t-il la formule choisie pour la CIA et la CEH, autrement dit voudra-t-il à nouveau faire supporter l’entièreté de l’effort pas les contribuables ?
    2. Pour assurer un équilibre durable à la caisse des TPG, ce qu’il n’a pas su faire pour la nouvelle caisse CIA/CEH, mettra-t-il à profit cette opportunité pour supprimer le principe intenable de la primauté des prestations ?

    Il n’est pas inutile de préciser en conclusion que, selon le droit comptable en vigueur pour les entreprises comme pour les collectivités publiques, une créance avérée doit être provisionnée. C’est évidemment le cas pour les 400 millions que l’Etat devra verser et dans ces conditions on se demande comment le Conseil a osé présenter un budget 2013 sans prévoir la constitution d’une telle provision. Se serait-il réapproprié les techniques du camouflage comptable et financier si courantes à Genève jusqu’au début du 21ème siècle ?

    Pierre Kunz

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  • Le Mal genevois

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    Qu’est-ce qui ne va pas à Genève ? Pourquoi le canton continue-t-il d’alourdir ses problèmes au lieu de s’en extraire ? Bien davantage que la comédie budgétaire à laquelle les citoyens assistent dans l’indifférence depuis quelques mois, ce sont ces questions qu’il convient d’éclairer parce qu’elles appellent des réponses de plus en plus pressantes. Réponses délicates car elles se situent au niveau des institutions, à celui de leur fonctionnement dégradé et délétère.

    Genève fournit l’illustration la plus éclatante des aléas du système politique helvétique. Nulle part les institutions fondées sur « la concordance » et sur la démocratie directe n’apparaissent aussi paralysantes. Dans aucun autre canton elles n’ont conduit à une inefficacité gouvernementale aussi évidente, à un rôle aussi insignifiant et déplacé du Grand Conseil, à un gaspillage aussi éhonté des richesses publiques et n’a ouvert la porte à des excès démagogiques et populistes à hauteur de ceux que nous connaissons. 

    L’incapacité gouvernementale est particulièrement apparente dans le domaine crucial des finances publiques. Le Conseil d’Etat, depuis des décennies, s’est révélé incapable de mettre en œuvre les plans de redressement financier qu’il propose à intervalle régulier au Grand Conseil. Il a même échoué à concrétiser la loi constitutionnelle d’assainissement votée par le peuple en 1993.

    Et que penser d’un gouvernement qui, depuis plus de vingt ans, se montre incapable de faire face à la lancinante pénurie de logements dont souffre Genève autrement qu’en invitant, au prétexte de la protection des locataires et de la zone agricole, ceux qui travaillent dans le canton à se loger en France voisine et dans le Pays de Vaud ?

    Gouverner, dit le Larousse, c’est « diriger à l’aide d’un gouvernail ; c’est exercer la direction suprême des intérêts de l’Etat ». En démocratie les intérêts de l’Etat sont ceux perçus et énoncés par le peuple et le parlement, recensés et recueillis dans les programmes politiques des partis et les programmes gouvernementaux. Or à Genève le Conseil d’Etat se fixe certes quelques objectifs mais travaille sans programme politique. Etant composé de membres défendant des idées politiques contradictoires ceux-ci ne parviennent qu’à s’accorder sur quelques dénominateurs communs, nécessairement médiocres, relatifs à l’intendance et au court terme, sans emprise sur le long terme.

    Le Grand Conseil ne joue plus les rôles que lui assignent la démocratie et la séparation des pouvoirs. Comme ailleurs en Suisse, quelques partis répartis sur l’ensemble de l’échiquier politique se partagent les sept sièges du gouvernement. Mais à Genève, dans une telle configuration, aucune opposition parlementaire sérieuse ne peut se structurer et agir de manière efficace et constructive. La vaste majorité des députés appartenant à des groupe représentés au Conseil d’Etat, ils sont en effet « sous influence » et expressément invités à étouffer leurs critiques éventuelles de l’Exécutif. Les velléités contestatrices que le parlement associe aux exercices budgétaires illustrent tristement ce constat. Elles n’aboutissent jamais à autre chose que de la cosmétique.

    La caractéristique la plus frappante du Grand Conseil, surtout en matière financière, est sa passivité. C’est vrai en premier lieu pour la commission des finances qui ne s’est jamais dotée des instruments requis par un suivi sérieux des comptes et des budgets de l’Etat et la mise en œuvre des plans d’assainissement présentés par le Conseil d’Etat. Celui par exemple, annoncé en 2005, qui limitait clairement la hausse des subventions pour la législature et fixait avec précision les diminutions d’effectifs dans l’administration publique, n’a pas été mieux respecté que les précédents. Les députés n’en ont rien dit.

    Avec le temps les relations entre le Conseil d’Etat et le Grand Conseil sont devenues malsaines et le processus législatif genevois est désormais le plus lourd et le plus coûteux du pays. Les députés consacrent une large part de leur énergie à un harcèlement du Conseil d’Etat à propos de questions souvent futiles et de « problèmes » plus médiatiques que politiques. Ils passent leur temps dans des séances innombrables de commissions, procédant à d’interminables auditions des mêmes milieux que ceux déjà consultés par le gouvernement. Avant de débattre inlassablement des points de détail et d’alourdir inutilement les textes.

    Le mot « compromis » est probablement celui le plus utilisé par les élus genevois mais c’est pourtant au bout du lac que le droit de référendum et celui d’initiative sont les plus fréquemment utilisés. Les mœurs politiques genevoises sont fondées plus qu’ailleurs en Suisse sur la méfiance des élites et la contestation des autorités. Les Genevois ont toujours aimé faire de la politique dans la rue et répondre avec enthousiasme aux appels des agitateurs et des tribuns. De tout temps ceux-ci ont pu compter sur une frange de 20 à 30 % de la population attirée par des groupements ou partis extrémistes et populistes, de gauche comme de droite. Ces milieux se nourrissent d’autant plus aisément de ces habitudes contestataires que les exigences conditionnant le recours aux droits d’initiative et de référendum sont demeurées inchangées depuis le début des années soixante alors que la population des votants a doublé entretemps.

    « Une longue tradition de ville riche, malgré les crises, exclut la prudence d’un canton rural désargenté. On s’arrangera toujours ! » C’est sur ces mots que s’achevait l’article que Le Temps a consacré à Genève le 13 mars. C’est aussi le discours démagogique que les élus du bout du lac continuent de tenir, préférant maintenir au profit de leurs électeurs les salaires, les prestations et les allocations auxquels ceux-ci ont été habitués plutôt que d’affronter les choix délicats imposés par le futur de la Cité. Malheureusement pour les uns et les autres « la chance, comme tous les luxes et  comme  tous  les crédits, coûte tôt ou tard fort cher » (Pascal Jardin)

    Pierre Kunz

     

     

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  • Les Verts et leurs incohérences ; sourions mais ...

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    Les discours des ONG et des politiciens Verts font décidément sourire, tant ils révèlent leurs contradictions, leur pensée en zigzags et leur opportunisme. Il faut rire, en effet, des incohérences grandissante qui jalonnent, semaine après semaine, les propos que tiennent dans le plus grand désordre ces donneurs de leçons environnementales, qu’il soit question de biodiversité, de génie génétique ou d’énergie.

    La biodiversité  Les écologistes s’élèvent notamment de façon récurrente contre les atteintes portées selon eux par l’Homme à l’équilibre des écosystèmes. Se fondant sur leur conception romantique de la nature, ils exigent une protection absolue des espèces peuplant la planète. Par exemple l’Union internationale pour la conservation de la nature publie à ce titre régulièrement des listes d’espèces en danger, sans égard pour leur degré d’importance dans le fonctionnement des écosystèmes, ni pour les services qu’elles rendent aux humains ou les inconvénients qu’elles représentent pour ces derniers. De leur côté, se fondant sur l’a priori que « ce qui est naturel est le meilleur », les écologistes demandent la réintroduction en Suisse d’espèces comme le loup et l’ours dont les hommes se sont débarrassés parce qu’elles étaient incompatibles avec leur mode de vie, sans que pour autant la diversité biologique se soit trouvée atteinte significativement dans son équilibre.

    A l’inverse, découvrant que le chat mangent plus d’oiseaux et de petits mammifères qu’estimé jusque là, ils se mettent en tête  d’instituer « une biodiversité moins violente » et de réduire les populations de chats, feignant d’oublier que le gonflement de leur nombre résulte directement du processus d’adaptation et de sélection naturelle des espèces décrit par Darwin.

    Le génie génétique  Le génie génétique fait partie des cibles visées par écologistes. Ces défenseurs radicaux de la nature s’opposent farouchement à toute expérience pratique, voire à la recherche fondamentale dans le domaine. Ils justifient leur combat en présentant ces technologies, en dehors de toutes considérations scientifiques, comme le creuset des pires malheurs pour l’humanité. Témoignages le plus récent de cet obscurantisme, leurs dernières déclarations outragées au sujet de la fin programmée par le Conseil fédéral du moratoire agricole sur les OGM.

    Ici aussi, les Verts présentent une aptitude remarquable à changer de jauge suivant les circonstances. Par exemple lorsqu’ils s’abstiennent de stigmatiser l’interventionnisme de quelques chercheurs écologistes hollandais qui ont entrepris, en recourant aux opportunités du génie génétique et aux techniques de sélection classiques, de faire renaître l’auroch, cet animal disparu de la planète depuis plus de 400 ans parce qu’il n’était plus adapté à son environnement.

    En la matière, le fameux « principe de précaution », pourtant élevé en vérité quasiment biblique par les écologistes, fait parfois l’objet d’une curieux mutisme. Comment expliquer, sinon par les « nécessités » électorales et politiques, que les anti-OGM se soient par exemple murés dans le silence quand les médias ont rapporté les progrès stupéfiants réalisés par une équipe américaine de chercheurs biologistes et cancérologues, progrès consistant à modifier génétiquement un virus afin d’en faire un allié dans la lutte contre certaines formes de cancer ? Politiquement il semble plus facile et plus payant d’afficher son intransigeance dans le domaine agricole par exemple.

    L’énergie  S’agissant du secteur de l’énergie, nul besoin de s’étendre longuement sur l’incohérence de la lutte des Verts pour une sortie immédiate du nucléaire, lutte menée depuis Fukushima au détriment et dans l’oubli de leur cheval de bataille d’hier, à savoir la mise hors-la-loi des énergies fossiles. Comme si les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique pouvaient attendre et s’accommoder d’un recours renforcé aux énergies fossiles, le gaz en particulier.

    Sourions soit ! Et prenons pour ce qu’ils sont les slogans démagogiques affichés par les Cassandre issus de ces milieux, leur dramaturgie bon marché et leurs déclarations fracassantes selon lesquelles les plus sombres prévisions s’imposent quant à l’avenir de l’humanité.

    Il n’empêche, ces gesticulations et ces discours, dont Jacques Blondel (*) dirait qu’ils ressortissent d’un écologisme de pacotille et non pas de l’écologie scientifique, sont nuisibles parce qu’ils détournent l’attention du public des véritables enjeux environnementaux. Jacques Blondel qui, dans le magistral ouvrage qu’il a publié il y a peu, constatant les dégâts découlant de la récupération de l’écologie par la politique, rappelle que « la société ne peut saisir les enjeux de la recherche relative à la biodiversité que si le chercheur les lui explique clairement ». Sous entendu, il vaudrait mieux que certains milieux cessent de mettre la nature et l’environnement au service prioritaire d’ambitions électorales ou financières et que, dans nos démocraties, l’on donne davantage la parole au monde scientifique.

    Pierre Kunz

    (*) Jaques Blondel, L’Archipel de la vie, éditions Buchet-Chastel, 2012

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  • Fusion CIA-CEH, qui était aux abonnés absents ?

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    Le Matin Dimanche a consacré quelques colonnes aux explications des nombreux Genevois opposés à la loi de fusion de la CIA et de la CEH. Une loi, répétons-le, inadaptée aux enjeux, injuste pour les contribuables et par-dessus tout inéquitable pour les jeunes actifs, qu’ils soient fonctionnaires ou employés dans le secteur privé.

    En fin de son article, le journaliste a éprouvé au nom de l’objectivité le besoin d’accorder une sorte de « droit de réponse » au président du Conseil d’Etat. Or ce dernier s’est trouvé dans l’incapacité d’apporter le moindre argument à l’appui du projet de fusion. Sa déclaration s’est réduite à un reproche, celui fait aux opposants susmentionnés qui, selon M. Charles Beer, « se réveillent tardivement » et auraient été au cours des dernières années « aux abonnés absents ».

    En l’occurrence, le chef du DIP a perdu une bonne occasion de se taire. Qu’on en juge !

    C’est dès le début du siècle nouveau que, dans les médias et au Grand Conseil, certains ont demandé au Conseil d’Etat qu’il reconnaisse publiquement les déséquilibres  colossaux des caisses de pension des fonctionnaires et qu’il propose au Grand Conseil un programme d’assainissement.

    Les archives de la « Julie » témoignent des articles que le soussigné a publiés dès 2003 à intervalle régulier dans les colonnes du quotidien genevois puis sur son blog. Il n’a cessé de souligner depuis une dizaine d’années l’aveuglement volontaire des gestionnaires des institutions en question et du gouvernement et de décrire en détails les inéluctables et graves conséquences de cette attitude. Il a avec constance montré aussi les méthodes comptables singulières et les camouflages qu’utilisait alors le Conseil d’Etat pour embellir les comptes du canton et masquer la situation financière des caisses de pension.

    Au plan institutionnel, les interventions eurent lieu au Grand Conseil et c’est le député Claude Marcet qui s’en chargea. Le Mémorial montre par exemple qu’en date du 5 avril 2005 il a adressé au Conseil d’Etat une interpellation urgente écrite (IUE 193) qui disait notamment ceci : « Jusqu’à quand le gouvernement de Genève va-t-il se voiler la face au lieu d’entreprendre les réformes qui s’imposent impérativement au sein des caisses publiques de retraite genevoises ? ». Claude Marcet y mettait déjà en lumière, chiffres à l’appui, le déficit actuariel catastrophique de la CIA, de la CEH et de la caisse des TPG.

    En consultant le Mémorial, on peut prendre aussi connaissance d’une autre IUE, datée 20 septembre 2007, dans laquelle le même député soulignait en termes précis les manipulations comptables d’un Conseil d’Etat qui embellissait la situation financière du canton et trompait sciemment le peuple genevois en ne faisant figurer aucune provision dans les comptes alors que l’insuffisance de couverture de la CIA atteignait déjà à elle seule le chiffre de 2 milliards de francs et que l’Etat et les contribuables s’étaient portés garants de ce découvert.

    On y trouve également son IUE 815 du 16 septembre 2009, époque à laquelle les taux de couverture des caisses concernées s’étaient encore dégradés. Claude Marcet réitérait son inquiétude et exigeait expressément que le Conseil d’Etat mette un terme à ses jongleries comptables et aux causes du déséquilibre structurel des caisses de pension publiques, à savoir l’insuffisance des cotisations appelées à couvrir les promesses de rentes.

    Tous ces efforts demeurèrent vains. Alors qui était aux abonnés absents ?

    La déclaration de M. Charles Beer au journal Le Matin Dimanche ne s’explique donc que de  deux manières. Soit le président du Conseil d’Etat a lamentablement raté la pirouette qui devait le sortir du mauvais pas dans lequel il se trouvait en étant incapable de dénicher le moindre argument honnête en faveur du projet de fusion. Soit, en plus de l’aveuglement et à la surdité dont il a fait preuve avec ses collègues au cours de la dernière décennie, il souffre désormais d’un nouvel handicap, celui d’une amnésie inquiétante pour les mois qu’il lui reste à servir la République.

    Souhaitons pour Genève que c’est bien le premier terme de l’alternative qui s’impose.

    Pierre Kunz

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  • CIA-CEH : pas de plan B ? Mensonge !

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    Des mots apparaissent de plus en plus fréquemment sous la plume et dans le discours des défenseurs du projet de fusion et de recapitalisation de la CIA et de la CEH. Ce sont les mots : « un refus le 3 mars conduirait Genève à la catastrophe ».

    A-t-on remarqué que face à leurs adversaires, les conseillers d’Etat, les députés, les partis politiques et leurs thuriféraires médiatiques ne cherchent plus à convaincre autrement qu’en jouant les Cassandre ? A-t-on remarqué que les partisans « de la moins mauvaises des solutions », comme ils disent,  n’ont plus d’autres arguments à faire valoir que ceux actionnant les ressorts de la peur ?

    Ils n’en ont plus d’autres parce que, contrairement à ce qu’ils envisageaient, le débat public enfle et que les citoyens réalisent que nos élus, qu’ils soient de gauche ou de droite,  veulent leur faire accepter un marché de dupes. Cela s’explique aussi parce qu’en face leurs adversaires sont capables de démontrer, chiffres et explications à l’appui, la légèreté et l'inadéquation du projet, de justifier leur position en mettant objectivement en évidence qu’il est scandaleusement injuste pour les contribuables, de surcroît intenable à terme, donc malhonnête pour les fonctionnaires. Cela s’explique enfin parce que les défenseurs du « Non » sont en mesure de décortiquer la manière stupéfiante dont nos autorités ont bâclé leur devoir depuis deux décennies.

    L’argumentation de nos élus se résume donc à : « il n’y a pas de plan B ». Le député socialiste Roger Deneys vient même de titrer ainsi son plus récent billet de blogueur. En s’exprimant ainsi, soit les partisans du projet mentent sciemment pour tenter de le sauver soit ils n’ont pas compris le sujet.

    Il faut le dire et le redire : il existe un plan B, il est simple et réalisable dans le délai imparti, même en cas de nouveau référendum.

    Si c’est « Non » le 3 mars, le Grand Conseil n’aura besoin que de quelques semaines pour rendre son projet acceptable par les Genevois. Il lui suffira en effet de le modifier sur deux points seulement :

    1. Hausser l’âge de la retraite de tous les fonctionnaires à 65 ans, respectivement 64 pour les femmes, ce qui leur permettra de toucher pendant un ou deux ans de plus un plein salaire plutôt qu’une rente.
    2. Faire passer la cotisation des fonctionnaires non pas de 8 à 9 % mais à 10 %, c’est-à-dire exiger que leur taux d’épargne soit accru d’un pourcent supplémentaire, qu’ils récupéreront évidemment lors de leur entrées en retraite.

    Voilà qui permettra, sans remise en question des prestations promises dans le projet initial,  de réduire de plus de deux milliards la facture présentée aux contribuables.

    Même si ce nouveau texte ne répondra pas davantage que le premier aux nécessités du long terme, qui pourrait avoir intérêt à le refuser ? Pas les citoyens qui auront fait échouer la première mouture puisque la seconde sera nettement plus équitable et moins coûteuse pour eux. A l’exception bien sûr des indécrottables « jusqu’au-boutistes »  syndicaux. Ni les citoyens et les fonctionnaires qui auront voté « oui » le 3 mars puisqu’ils seront appelés à approuver un nouveau projet qui ne les lèsera aucunement par rapport au premier.

    Pierre Kunz

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  • Le miracle de la caisse de pension de la police genevoise

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    Les medias ont largement commenté l’information selon laquelle le numéro deux de la police genevoise a décidé de se lancer en politique cantonale. Ils ont souligné un aspect anecdotique de l’affaire, c’est-à-dire le changement de « couleurs » de l’intéressé qui, délaissant le PLR, naviguera désormais sous le drapeau du MCG.

    Par contre la presse genevoise n’a absolument pas éclairé la surprise qui aura marqué les citoyens-contribuables à cette occasion. Elle concerne l’âge auquel ce policier s’est trouvé en mesure de prendre sa pleine retraite : 52 ans ! Voilà un silence et une absence d’explications bien regrettables au vu de la décision que les Genevois seront amenés à prendre le 3 mars sur la recapitalisation et de la fusion des deux principales caisses de pension cantonales, la CIA et de la CEH.

    Un chroniqueur intéressé par le sujet aurait pu commencer par s’interroger : « Est-il possible qu’un policier puisse prendre sa pleine retraite après un peu plus de trente années de service et de cotisations ? » En consultant le règlement de la caisse de pension de la police, il aurait appris qu’effectivemen celui-ci accorde aux assurés ce privilège remarquable.

    Ce journaliste, plus curieux que ses collègues, n’aurait alors pas manqué de s’informer sur le financement d’une caisse aussi extraordinaire et se serait demandé si elle ne serait pas, comme la CIA et la CEH, en sous-couverture. Avec étonnement il aurait constaté alors que non, qu’au contraire cette institution est la seule caisse publique du canton couvrant à 100 % ses promesses de prestations.

    Piqué au vif, il se serait alors interrogé sur la hauteur des cotisations mensuelles des policiers et de l’employeur, l’Etat. Il aurait découvert à sa stupéfaction qu’elles sont fixées au même niveau que celles des fonctionnaires affiliés à la CIA et à la CEH. Là aussi l’Etat contribue à un taux double de celui de l’employé.

    Le chroniqueur en question aurait évidemment cherché alors à comprendre comment les gérants de la caisse de la police sont capables d’un tel miracle, à savoir garantir des prestations supérieures à celles de toutes les autres caisses de retraites publiques, les financer par des cotisations identiques et, contrairement à la CIA et la CEH, se trouver à plus de 100 % de couverture. Il est probable qu’il n’aurait pas trouvé la solution de l’énigme.

    La réponse n’est en effet pas publique et elle n’apparaît pas au budget que votent les députés, en tous cas pas clairement. Par contre elle est d’une simplicité stupéfiante : chaque année, en vertu d’une convention que personne, à part quelques initiés, n’a jamais pu consulter, le Conseil d’Etat renfloue régulièrement le déficit occasionné par l’insuffisance des cotisations. Le montant de ce renflouement, dont on s’explique mal le chemin comptable mais que l’Etat effectue chaque année depuis des décennies diffère bien sûr suivant l’évolution des revenus provenant des biens de la caisse. D’aucuns croient savoir qu’il varie entre 5 et 15 millions par an. En gros cela signifie que, pour la caisse de la police, la part patronale dans le total de les cotisations est en fait de l’ordre des ¾ et celle des policiers d’un ¼.

    Ce privilège est évidemment profondément injuste à l’égard des autres fonctionnaires et il constitue une vraie tromperie pour les citoyens-contribuables puisque finalement c’est grâce à leurs impôts qu’il est financé en catimini. Il n’empêche, c’est ainsi et cela semble devoir durer.

    Pierre Kunz

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  • De la santé en tant que "droit humain"

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    Les primes d’assurance-maladie, perçues de manière indue, que la Confédération semble ne pas pouvoir faire rembourser à ceux qui les ont versées, fouettent l’imagination des assurés et de leurs défenseurs. On a ainsi pu prendre connaissance récemment dans la presse de la nouvelle « trouvaille » de ceux qui en ont marre de voir croître leurs cotisations. Ils réclament tout simplement le blocage de celles-ci.

    A leur attention on rappellera que si la LaMal dysfonctionne aussi gravement c’est tout simplement parce que dans le cadre de cette loi tous les acteurs du secteur de la santé, qu’ils soient consommateurs, prescripteurs ou pourvoyeurs de prestations, ont intérêt à la surconsommation médicale. La LaMal n’offre qu’un aspect positif : les dérives que l’on constate dans les pays voisins, à savoir des trous financiers gigantesques dans les comptes de leur sécurité sociale, sont impossibles chez nous, précisément parce que chaque année les assureurs présentent aux assurés la facture de l’augmentation de leur consommation médicale. Voilà l’origine des hausses, année après année, des primes. Dans le cadre de la LaMal par conséquent, pas de blocage possible des cotisations sans mesures compensatoires dont la plus évidente est la réduction du catalogue des soins couverts par l’assurance de base. Or jusqu’à présent, au nom de « la médecine la meilleure pour tous », pratiquement personne, ni dans le monde politique ni au sein du corps médical et encore moins parmi les assurés, ne veut envisager une telle réduction.

    D’où nous vient cette incapacité de nous comporter raisonnablement dans ce domaine ?

    Il est probable que la croyance, apparue simultanément avec l’hédonisme et le consumérisme exacerbé, selon laquelle le bonheur et la santé feraient en quelque sorte partie des droits humains, trouve ses racines dans mai 68. A partir des années 1970, notre société, poussée par les progrès sidérants induits par la recherche dans tous les secteurs de la médecine a peu à peu mis la maladie hors la loi. La bonne santé est apparue un dû, un acquis social même. Souffrir de la grippe ou ressentir du bleu à l’âme est devenu aussi injuste qu’inacceptable.

    Pas étonnant que dans un tel contexte l’on ait assisté, sous la baguette des politiciens et grâce à la complicité intéressée de nombreux acteurs économiques et médiatiques, à la multiplication des prestations sanitaires et médicales de toutes natures et des réponses médicamenteuses. Pas étonnant non plus que d’autres acteurs, institutionnels ceux-là, à savoir le corps médical privé et le corps professoral des hôpitaux publics universitaires se soient engouffrés partout en Occident sur un marché des soins en pleine expansion et qu’ils aient ainsi contribué largement à l’accroissement massif des dépenses de santé, en Suisse tout particulièrement.

    Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que les hommes et les femmes de ce début de siècle aient cessé de raisonner de manière cohérente. Comment pourraient-ils en effet comprendre les contradictions inhérentes à un système d’assurance qui dérive follement mais que le monde politique continue obstinément à soutenir parce qu’il n’a pas le courage d’en remettre en question les fondements, préférant attendre la crise qui précipitera immanquablement son effondrement ?

    Pierre Kunz

    Article paru également sur le site www.lesobservateurs.ch

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