13/02/2012

Pourquoi la gauche n'est-elle à droite ?

 

Ou pourquoi l'UDC n'est-elle pas taxée de parti d'extrême gauche ?

On se flatte en Helvétie d'avoir développé une démocratie fonctionnant hors des schémas « simplistes » que l'on trouve partout ailleurs, ceux de l'alternance. Chez nous, enseigne-t-on très tôt aux futurs citoyens, les institutions favorisent le multipartisme et on privilégie la collégialité et les compromis. La vertu politique suprême réclamée de la part des élites politiques réside dans leur capacité à favoriser en toutes circonstances, au détriment de l'affrontement, la recherche de la voie médiane respectueuse des minorités, celle du « consensus ».

Certes, mais comme partout ailleurs la politique suisse est fondée sur l'opposition de deux principes, aussi essentiels que contradictoires, que la vie en communautés force les citoyens à concilier en permanence. Il s'agit de la liberté et de l'égalité. C'est sur la nécessaire conciliation de ces deux principes, sur poids relatif donné à ceux-ci dans les multiples choix auxquels doivent procéder continuellement les sociétés humaines dans l'élaboration de leur « vivre ensemble », que se bâtissent, en démocratie comme dans les autres régimes, toutes les idéologies et tous les projets de société véhiculés par les partis.

On le sait, les milieux dits « de droite » privilégient la liberté. Ils sont pourtant amenés à transiger, à des degrés divers suivant leur place sur l'échiquier politique, dans leurs ambitions libertaires au profit des aspirations égalitaristes qui caractérisent tous les êtres humains. Quant aux partis dits « de gauche », ils s'érigent d'abord en défenseurs de l'égalité. Comme leurs adversaires mais à l'inverse, ils sont perpétuellement conduits, dans leur lutte politique, à modérer plus ou moins selon leur place au sein de leur mouvance, leurs exigences égalitaristes pour répondre à la soif de liberté inextinguible de l'Homme.

Ces rappels ne sont jamais vains. Ils n'amènent pourtant que rarement la réponse à la devinette que posait récemment un jeune garçon à l'auteur de ce billet : « Sais-tu pourquoi les égalitaristes portent l'étiquette « de gauche » et les libertaires celle « de droite » ? C'est l'excellente revue bimensuelle OKAPI, destinée aux adolescents, qui l'avait éclairé dans sa dernière édition.

La répartition des acteurs politiques en gens de gauche et de droite remonte à 1789, plus précisément aux Etats généraux convoqués cette année-là. On se souvient que les représentants, alors réunis, avaient décidé que désormais ce ne serait plus le roi mais l'Assemblée nationale qui légiférerait. Restait à déterminer si le monarque devait ou non conserver un droit de veto sur les lois votées par le parlement. Lors des débats sur ce point, les participants aux Etats généraux se divisèrent en deux camps. Les conservateurs, qui entendaient conserver au roi quelque pouvoir, se regroupèrent à la droite du roi. Ceux, révolutionnaires, qui ne voulaient pas laisser à ce dernier le pouvoir de rejeter une loi votée par l'Assemblée, se massèrent à sa gauche.

Une anecdote historique qui explique pourquoi Sarkozy n'est pas à gauche et Hollande pas à droite.

Pierre Kunz

 

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