Femmes

  • Après la grève, quel bilan

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    La grève des femmes du 14 juin a au moins eu un effet positif : sans aucun doute cette mobilisation a contribué à la sensibilisation de l’opinion publique (des hommes probablement un peu plus que des femmes !) sur les problèmes qui subsistent dans notre pays en matière d’égalité entre les deux sexes. Et gageons que le monde politique ne va pas manquer (élections de l’automne obligent !) de tirer profit de cette sensibilisation à grands renforts de communications médiatiques et de démarches parlementaires. Ces communications et ces démarches pourraient bien faire avancer quelques dossiers en suspens depuis longtemps.

    C’est la partie favorable du bilan. Il en est une autre sur laquelle s’étendent peu les commentateurs.

    A propos des médias suisses romands, qui ont soutenu massivement cette manifestation, on doit retenir qu’ils ont largement dépassé les bornes de leur mission. Au lieu de livrer une information sérieuse et objective des diverses formes d’inégalités qu’il reste à surmonter dans le pays, ils ont trop souvent repris sans nuances les statistiques manipulées et les chiffres hors contexte, tombant ainsi dans un activisme féministe caricatural.

    S’agissant des organisatrices du mouvement, vont apparaître maintenant les aspects simplistes des discours enflammés qu’elles ont tenus. En particulier, la « stratégie post-14 juin » qu’elles imaginent va se heurter aux impératifs du temps long qui caractérise l’évolution des mentalités et le rythme de la vie politique.

    Ne prenons qu’un exemple, celui de l’accession renforcée des femmes aux postes les plus élevés de l’économie et des administrations publiques. C’est un leurre de croire que la proportion de femmes accédant à ces fonctions va croître rapidement. Pourquoi ? Simplement parce que dans de nombreux secteurs (finances, gestion d’entreprise, ingénierie, etc.) le problème qui se pose ne découle pas d’une discrimination malsaine des hommes à l’égard des femmes. Est en cause le nombre de femmes encore inférieur à celui des hommes en mesure de déposer un dossier de candidature répondant aux exigences des postes offerts. C’est d’une véritable inégalité des chances dont il est question, dont les origines sont diverses et dont elles souffrent et souffriront encore.

    Or les organisatrices de la grève ont fait comme s’il suffisait de quelques procédures législatives, celle instituant un congé parental notamment, pour résoudre ce problème. Quelques lois ne feront évidemment pas l’affaire et il faudra encore du temps et beaucoup de d’engagement de la part des femmes pour atteindre l’égalité sur ce plan.

    Cela étant, on suggère aux animatrices du 14 juin de consacrer le premier volet de leur stratégie à tempérer les attentes de celles qui ont pu croire aux lendemains enchantés qu’on leur a dessinés et à les motiver dans les efforts qu’elles auront à produire dans les années à venir pour atteindre leur objectif.

    Pierre Kunz, 19 juin 2019

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