17/01/2012

La productivité croît, les salaires stagnent, vivent les vacances !

« Depuis 1995, la productivité a augmenté de 20 % en Suisse mais les salaires n'ont progressé que de 4 % », s'offusque Josiane Aubert, conseillère nationale vaudoise socialiste pour justifier l'initiative de la gauche et des syndicats qui entend faire passer de 4 à 6 semaines les vacances annuelles des travailleurs du pays.

Cette dame est certainement remplie de bonnes intentions. Mais avant de s'exprimer elle et ses amis auraient avantage à méditer la formule célèbre d'Agénor de Gasparin : « Méfiez-vous des idées généreuses ; plus elles le paraissent au départ et moins elles le sont à l'arrivée ». Elle devrait également, comme ses collègues syndicalistes, prendre la peine d'améliorer sa compréhension du fonctionnement de l'économie helvétique et de l'ampleur des défis auxquels sont confrontées les entreprises qui en forment le tissu productif.

Prétendre justifier par un droit à des vacances supplémentaires une augmentation de 4 % de la masse des salaires distribués en Suisse procède du simplisme et de la démagogie. C'est dans le meilleur des cas le résultat d'une méconnaissance inquiétante de la manière dont une telle mesure se répercuterait sur la santé des entreprises et sur le marché de l'emploi.

On ne contestera pas ici les deux chiffres cités plus haut, leur ordre de grandeur étant vraisemblable Il est effectivement probable que seul le cinquième des gains de productivité des entreprises suisses a été redistribué en moyenne aux salariés sous forme d'augmentations salariales au cours des 15 dernières années. Où est passé le reste ? Contrairement à ce que soutiennent les auteurs de l'initiative, il n'est allé que modestement aux actionnaires et peu, malgré quelques extravagances insupportables, aux managers.

En fait la quasi-totalité des gains de productivité ont été « mangés » par les investissements et les réductions de prix imposées aux entreprises par leurs concurrents étrangers sur leurs produits finis. L'appréciation d'au moins 25 % du franc suisse intervenue depuis une quinzaine d'années par rapport à la quasi-totalité des monnaies étrangères, l'Euro, le $ et la £ en particulier, est passée par là.

En répercutant un cinquième de ses gains de productivité sur les salaires, l'économie suisse a accompli en vérité une performance digne d'éloges. Des éloges qui doivent s'accompagner de gratitude car la capacité des entreprises à améliorer à raison de 20 % leur productivité sur une quinzaine d'années explique presque seule la bonne santé économique et sociale du pays et la faiblesse du chômage qui le caractérise. C'est bien cet accroissement de la productivité qui a permis à nos firmes, malgré la concurrence féroce régnant sur les marchés, de continuer à produire de manière compétitive, de renforcer l'emploi et de verser à leur personnel comme dans le passé les rémunérations les plus élevés du monde.

On n'oubliera pas, évidemment, dans ce constat réjouissant la contribution essentielle des salariés. Des salariés qui accomplissent des efforts de formation scolaires et professionnelle considérables et permanents et qui sont prêts dans ce pays à travailler davantage que leurs voisins et de manière plus intensive.

Leurs « défenseurs » leur rendent par conséquent un bien mauvais service en leur laissant miroiter qu'ils « méritent deux semaines de vacances supplémentaires ». Un discours malsain qui ne peut conduire qu'à l'affaiblissement des conditions de l'emploi. Les salariés ne sont d'ailleurs pas dupes et ne réclament pas de travailler moins mais d'être payés davantage si faire si peut. On notera pour le surplus que, si l'on en croit la dernière enquête de satisfaction menée par un institut spécialisé, 80 % des Suisses interrogés déclarent être heureux ou très heureux dans leur vie professionnelle et familiale.

Pierre Kunz

 

18:23 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

02/08/2011

Crise mondiale, les Etats démasqués

Depuis près de trois ans les banques et les excès spéculatifs qu'elles ont commis ont servi au monde politique et aux médias de boucs émissaires commodes.

Les observateurs sérieux savent pourtant depuis longtemps où se trouvent les vrais responsable d'une crise dont l'histoire retiendra  sans doute, comme pour celle des années trente, que la chute en 2007 des marchés financiers ne fut que le déclencheur et le révélateur. Les circonstances, soit les crises monétaires et financières qui depuis ne cessent de perturber le monde industrialisé, forcent désormais chacun à reconnaître que les véritables coupables se situent chez ceux qui ont gouverné les Etats occidentaux depuis quatre décennies. Ils sont dans les partis politiques à qui les peuples européens et d'Amérique du nord ont confié leur destin depuis les années 1970.

Oublieux des règles les plus élémentaires de la saine gestion, les législateurs et les ministres en charge ont, au nom de l'Etat providence, engagé leurs pays dans des dépenses colossales sans égard pour leur couverture financière. Abusant des discours et des promesses les plus démagogiques pour accéder au pouvoir, prêts à emprunter les chemins les plus tortueux pour le conserver, ils ont masqué par machiavélisme, par insouciance ou par stupidité à leurs concitoyens l'insuffisance des moyens disponibles pour financer les politiques sociales engagées, les investissements inutiles, les expéditions militaires et le gonflement des soi-disant « indispensables prestations publiques ». Ce sont donc bel et bien ces politiciens, et non pas les marchés financiers, qui ont conduit leurs concitoyens européens et américains au bord d'un abîme dont ces derniers découvrent chaque jour, dans la douleur, la largeur et la profondeur.

La gauche, guidée par les bons sentiments et sourde aux enseignements de la raison et de l'histoire, fut évidemment partout le moteur de cette évolution néfaste. Mais la droite en porte une part de responsabilité considérable qui, par opportunisme, par faiblesse, par renoncement à ses valeurs ou par insuffisance de conviction a participé à cette débauche politicienne.

Les temps sont venus pour le monde politique de retrouver le sens du réel. Les temps sont aussi venus pour les Etats de « réduire la voilure » afin de ne pas infliger aux générations futures les conséquences de nos folies.

Ceux qui ont fait confiance au monde politique et aux promesses de l'Etat providence en matière de retraites, d'allocations de toute nature et de prestations publiques multiples, ceux qui ont profité des largesses d'un Etat vivant au-dessus de ses moyens paient, et continueront à payer, logiquement le prix fort en sacrifices et en renoncements. Le désastre étant en effet né d'un excès des dépenses, celles-ci s'étant développées parallèlement à un alourdissement progressif d'une fiscalité et d'une parafiscalité si lourdes désormais qu'elles nuisent déjà à la compétitivité des entreprises, les nantis ne pouvant être taxés davantage qu'au risque de les voir s'expatrier, ne subsiste que le remède de sévères mesures de restriction des dépenses voire d'austérité.

L'accord, forcé par la nécessité, que viennent de conclure les parlementaires américains à propos de la limitation de leurs déficits budgétaire et de leur endettement est révélateur de l'ère nouvelle et chaotique qui attend le monde occidental. Comme sont révélatrices les crises sociales et politiques qui ont commencé de marquer la vie publique des pays de UE.

Au 21ème siècle encore plus que dans les années 1930, dans le monde globalisé que nous connaissons, la tourmente n'épargne pas les pays qui avaient pourtant su raison garder dans la gestion de leurs finances publiques. C'est ainsi que l'Allemagne, qui dans ses exportations bénéficie certes largement d'un Euro en déconfiture, n'en est pas moins appelée à dilapider par centaines de milliards le fruit de son travail pour tenter de sauver les canards boiteux européens. C'est ainsi également que la petite Suisse qui n'a, à l'exception de Genève, que peu cédé au socialisme égalitariste débridé, perd son souffle sous le poids de sa monnaie et voit sa bourse s'effondrer parce que ses entreprises risquent d'être exclues de leurs marchés étrangers.

Pierre Kunz

 

 

18:05 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

18/06/2011

Genilem réinventée

Voici un peu plus de deux ans, le conseil de l'Association a décidé de « réinventer » et de redéployer les activités de Genilem Vd/Ge. Une décision rendue nécessaire par les changements intervenus depuis le début du nouveau siècle sur le « marché » du soutien aux start-ups, en particulier la multiplication des organismes publics opérant dans le secteur. En été 2009, mettant en place une nouvelle direction, le conseil de Genilem Vd/Ge a donc confié à cette dernière la mission de restructurer et de redynamiser l'entreprise, mission qui a été menée tout au long de l'année dernière.

A ce titre, nombre de changements importants sont intervenus aussi bien à l'interne - gestion des ressources humaines et processus administratifs - que « au front », autrement dit dans l'accompagnement trisannuel gratuit des jeunes entreprises qui donne à Genilem sa spécificité. On mentionnera plus particulièrement la solidification des activités d'avant-création et de sélection des projets, la refonte et la relance de la formation interne et externe ainsi que le maillage renforcé des réseaux mis à disposition des créateurs d'entreprises. A cette enseigne on relèvera le succès croissant autant du Carrefour des Créateurs que du Prix HES-Genilem, deux évènements qui ont désormais trouvé leurs racines dans le canton de Vaud comme dans celui de Genève.

Dans le domaine de la communication, des modifications considérables sont intervenues. La distribution de la revue « Créateurs » a été suspendue au profit de nouvelles publications, tant dans la forme électronique que sur support papier. Par ailleurs, des liens nouveaux et plus étroits ont été tissés avec certains médias.

On l'a dit, les réformes engagées et le développement d'une nouvelle culture d'entreprise étaient nécessaires. Mais ces réformes et le développement d'une nouvelle culture d'entreprise ne sont pas restés indolores et au cours de l'exercice 2010 la majeure partie du personnel a changé.

Genilem Vd/Ge dispose aujourd'hui d'une équipe de collaborateurs solide, compétente et surtout extrêmement motivée. C'est à elle, à l'intensité et à l'efficacité de son travail que Genilem Vd/Ge doit le résultat financier positif de l'an dernier. C'est à elle que l'Association doit la crédibilité raffermie dont elle bénéficie auprès de ses « parrains », autrement dit de ses bailleurs de fonds publics et privés. Plusieurs grandes sociétés genevoises et vaudoises en ont d'ailleurs rejoint le cercle au cours des dix-huit derniers mois.

Genilem Vd/Ge s'est réinventée et a accompli son redéploiement. L'Association et son nouveau président sont prêts à affronter les défis nouveaux qui les attendent.

Pierre Kunz

 

20:28 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

27/09/2010

Lumières syndicales

Les talents requis pour gravir les échelons des plus hautes filières de formation de notre pays ne sont pas donnés à tous. Il n'en reste pas moins possible à chacun de se doter d'un bagage intellectuel et pratique suffisant pour apporter, d'une manière ou d'une autre, sa contribution au bon fonctionnement de notre société.  A condition évidemment de choisir correctement son métier et de l'exercer avec conscience.

A lire dans la presse quotidienne la réaction surprenante du secrétaire régional du syndicat Unia, on en vient à se demander si ceux qui exercent le métier de syndicaliste disposent toujours des connaissance élémentaires requises en matière économique. Mais il se peut qu'ils se contentent du rôle de propagandistes, quitte à péjorer l'avenir de ceux qu'ils prétendent défendre.

Qu'on en juge !

M. Alessandro Pelizzari, c'est de lui qu'il s'agit, a déclaré hier, suite au rejet genevois de la nouvelle loi fédérale sur le chômage, "qu'il est temps pour la gauche de construire l'offensive contre la gestion du chômage. Le résultat d'hier, a-t-il poursuivi, nous met en confiance en vue de la votation cantonale de novembre sur la révision de la loi sur les ouvertures des commerces".

Veut-il réellement lutter pour l'emploi ou ne cherche-t-il qu'à valoriser son syndicat dans sa lutte pour ce qu'il appelle "les acquis" ? S'il entendait sincèrement lutter contre le chômage il devrait reconnaître que l'ouverture prolongée des commerces ne peut que contribuer à créer de nouveaux emplois, certains à plein temps, d'autres à temps partiel. Mais on comprend que cette évidence le dérange car en l'occurence son objectif véritable n'est pas là. Il est de plaire et de faire peur.

Plaire en passant aux yeux du personnel de vente comme le défenseur du statu quo. Un statu quo qui garantit aux vendeurs et vendeuses en emploi le maintien du confort des habitudes "acquises". Faire peur en laissant croire à ce personnel qu'il va être forcé d'allonger ses heures de travail et obligé de demeurer à son poste au détriment de sa vie familiale et personnelle. Ce qui relève du mensonge le plus crasse.

Dans le domaine du chômage, le monde syndical trompe son monde depuis des décennies. Il prétend se battre pour l'emploi alors qu'il se cantonne dans "le volumétrique" du confort. Dans la pratique il limite son action à renforcer les acquis matériels et à négocier plus de congés, moins d'heures de travail, des salaires plus élevés. La création de nouveaux emplois ne l'a jamais vraiment intéressé. La campagne qui attend les Genevois en novembre ne montrera rien d'autre.

Pierre Kunz

12:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

10/09/2009

La Suisse en tête de la compétitvité mondiale

 

Comme le souligne Elisabeth Eckert « les hit-parades valent ce qu’ils valent » et surtout ils ne montrent que rarement ce qui les sous-tend.

Pour le citoyen Lambda, en même temps qu’un brin de fierté, il y a quelque chose de rassurant dans la lecture d'une presse qui glorifie le fait que « en compétitivité mondiale, la Suisse bat pour la première fois les Etats-Unis ». Mais que signifie au juste cette notion de « compétitivité » pour ce citoyen ? Quelle influence le rôle de premier de classe que nous attribue le WEF exerce-t-il sur sa vie de tous les jours ?

Rappelons que la compétitivité d’une économie nationale, comme celle d’une entreprise, n’est pas un don du ciel. Elle dépend de la combinaison des trois facteurs de production : le capital financier et sa disponibilité, la technologie et la capacité d’innovation, la qualité et la disponibilité de la main d’œuvre.

Il est certain que la Suisse bénéficie grandement de la puissance de son système bancaire et financier. Les capitaux y circulent avec aisance et en masse. Il est évident aussi que la recherche et le développement fleurissent en Helvétie, dans les universités comme dans les entreprises, favorisant un haut degré de sophistication de l’économie. Manifestement, dans ces deux secteurs nous bénéficions d’un net avantage, quasiment devenu culturel, sur la plupart de nos concurrents.

Mais le troisième facteur de production, le travail, n’est pas moins déterminant. Et c’est celui qui concerne directement chacun d’entre nous, cela dès sa plus tendre enfance. La compétitivité du travailleur suisse dépend en effet de son éducation scolaire, de son aptitude ensuite à s’instruire et à apprendre un métier, de sa capacité plus tard à l’exercer efficacement, de sa disposition enfin à … travailler beaucoup et intelligemment. Des exigences qui croissent année après année dans un monde de plus en plus compétitif, duquel émergent de nouvelles puissances industrielles qui progressent rapidement grâce à des hommes et des femmes au moins aussi déterminés que nous, et souvent aussi bien formés que nous.

On a trop tendance à oublier que le niveau de vie des Suisses est fondamentalement lié à la compétitivité de l’économie, à leur capacité par conséquent d’apporter leur contribution professionnelle de plus en plus efficacement, à un rythme de plus en plus soutenu. On a trop tendance à oublier qu’en dernière analyse seule l’amélioration de la productivité du facteur de production « travail » permet aux Suisses de faire croître ou au moins de conserver leur niveau de vie.

Le hit-parade délivré en début de semaine par le WEF donne l’occasion de le rappeler : la compétitivité du pays, notre richesse commune, nos salaires ou nos rentes, ne peuvent provenir que de notre travail, de son ampleur, de l’efficacité avec laquelle nous l’accomplissons.

Rien bien sûr ne force les citoyens d’un pays à améliorer régulièrement la compétitivité de leur économie. Ils peuvent - pourquoi pas ? - choisir un autre mode de vie, moins axé sur l’effort et davantage sur les loisirs. Mais il faut alors qu’ils en acceptent la contrepartie : moins de revenus.

Pierre Kunz

10:27 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

04/03/2009

Elle va revenir, vive l'inflation !

 

 

Quelques journalistes attachés à la rubrique économique de leur média ont commencé à aborder le sujet. Une inflation considérable s’invite comme la conséquence inéluctable des centaines de milliards de roubles, de dollars, d’euros et de livres déversés par les Etats dans l’économie mondiale au prétexte de la lutte contre la crise. Comment pourrait-il en aller différemment dans des pays qui croulent déjà sous leur dette publique et qui ne sont pas capables de financer leurs interventions autrement qu’en faisant fonctionner la planche à billets ?

Il faut comprendre que ces Etats, Suisse comprise, ont tous avantage, à moyen et long terme, à laisser s’envoler le niveau des prix. Dans l’immédiat certes, grâce aux taux d’intérêt historiquement bas qui prévalent, la dette publique ne les émeut guère. Mais cette situation extraordinaire ne saurait durer. Ils trouveront alors nécessaire de rembourser une part aussi large que possible de leurs créanciers. Une opération qui leur apparaîtra politiquement et financièrement relativement aisée puisque la dette contractée en unités monétaires lourdes sera remboursée en monnaie dévalorisée par l’inflation à laquelle nous devons nous attendre.

Cette évolution, vue à travers les lunettes des ministres des finances, offre donc au moins un aspect extrêmement positif. De surcroît, notre génération, celle qui a creusé les trous financiers de nos finances publiques, coûtera au final moins cher qu’imaginé aux générations futures. Mais l’inflation apporte d’autres avantages.

Certes, notait récemment un économiste, l’inflation met à mal « l’épargne dormante », celle des bas de laine, des dépôts peu rémunérateurs et des revenus de baux de longue durée. Elle met aussi en péril les rentes des non actifs, parce que celles-ci croissent rarement au rythme de l’inflation, contrairement aux revenus du travail.

Pour ces derniers l’inflation s’avère plutôt, on l’a vu lors de la dernière forte période de hausse des prix, comme un lubrifiant de la croissance économique et de l’augmentation du pouvoir d’achat. Elle allège, comme pour les Etats, le poids des dettes à rembourser, favorise la consommation, rogne les privilèges des classes aisées et maintient, en termes réels, la valeur des patrimoines immobiliers, en particulier au sein de la classe moyenne. Voilà pourquoi, l’histoire en témoigne, les temps de forte inflation s’accompagnent rarement de troubles sociaux. L’inflation tend en effet à favoriser la jeunesse, l’investissement, la prise du risque entrepreneurial et la mobilité sociale.

Amis de la toile, vivez-vous de rentes ? Alors attendez-vous à quelques turbulences. Possédez-vous un avoir ? S’il dort sur un compte d’épargne ne le considérez plus en sécurité. Apprêtez-vous à le gérer de manière plus ambitieuse. Préparez-vous, pour le protéger, à l’investir dans du capital-actions plutôt qu’en obligations ou en bons d’Etat. Disposez-vous à soutenir des projets innovants. A défaut, achetez votre logement.

En agissant ainsi vous vous contribuerez par ailleurs à la croissance de l’économie du pays.

Pierre Kunz

 

17:46 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

10/01/2009

Les gouvernements sont plus forts que les marchés !

Le vrai problème auquel la planète se heurte aujourd’hui ne réside ni dans une liquéfaction du capitalisme ni dans l’échec de la démocratie libérale mais dans une mondialisation que nous nous sommes révélés incapables de maîtriser et dont nous n’avons pas su mesurer les limites et les obligations.

Au-delà de la réglementation insuffisante du secteur financier, la clé de la crise se trouve bel et bien dans l’apparition des nouveaux acteurs économiques exportateurs massifs, dans la consommation exacerbée de l’Occident et dans la nouvelle répartition des fruits de la richesse mondiale. Or depuis trois décennies nous avons, au sein du monde occidental, continué d’agir et de consommer comme si ces bouleversements n’auraient aucune incidence sur nos existences.

En Europe et aux USA les politiciens au pouvoir depuis les années quatre-vingt, par aveuglement ou par cynisme, sont restés ancrés dans les grands rituels et les schémas d’un passé qui voyait l’Occident maître du monde et de sa destinée. Ainsi, malgré une ponction fiscale et parafiscale grandissante, les Etats ont poursuivi leur dégringolade dans l’endettement, leurs administrations  ont massivement gonflé en même temps que grandissait le gaspillage de ressources, les systèmes d’aide sociale ont continué à s’alourdir, les marchés du travail ne se sont pas assouplis, les politiques migratoires sont demeurées aussi naïves qu’incohérentes.

Pire, les autorités européennes et américaines ont délibérément trompé leurs concitoyens en faisant croire que chacun, en contrepartie de quelques efforts de « formation continue », allait pouvoir conserver son emploi et voir son salaire continuer de croître, que les temps de travail allaient poursuivre leur courbe descendante et que les retraites pourraient être réclamées de plus en plus tôt à l’appui de pensions toujours plus élevées. Trompé comment ? En niant les échéances démographiques, en libérant les vannes du crédit hypothécaire et en encourageant la surconsommation à crédit. Ce que leurs électeurs ne pouvaient plus escompter acquérir comme dans le passé, avant la mondialisation, par leur labeur et leur épargne on allait le leur offrir à crédit !

Alors que faire ?

D’abord rappeler avec force que la mondialisation est fondamentalement saine, porteuse de paix et d’une plus grande égalité entre les peuples. Exclure donc le recours aux solutions protectionnistes unilatérales de la première moitié du 20ème siècle aux si dramatiques conséquences. Surtout exiger des autorités occidentales qu’elles cessent de laisser leurs citoyens croire plus longtemps au mirage d’une existence et d’un avenir sans responsabilité individuelle et sans risques qu’elles ont cultivés au cours des dernières décennies. Exiger de ces autorités qu’elles reconnaissent que notre futur économique et notre solidarité sociale se trouvent dans notre aptitude au travail, notre imagination, notre esprit d’entreprise et dans notre efficacité.

Rappeler aussi que la mondialisation n’est pas une fatalité. Elle peut être encadrée par des décisions politiques claires. Les gouvernements sont appelés à dépasser leurs actuelles interventions conjoncturelles dispersées et souvent inadéquates, à collaborer, à réguler la libéralisation des activités économiques et à rééquilibrer les échanges mondiaux entre les pays développés, importateurs compulsifs, et les pays émergeants, exportateurs massifs. Les premiers doivent mettre un terme aux déséquilibres chroniques de leur balance des paiements et à l’accumulation des déficits budgétaires qui contribuent années après années à l’endettement externe et interne démesuré des collectivités publiques. Pour les seconds, il s’agit de réduire le volume des exportations et de consacrer une part plus élevée de leurs ressources productives à la consommation intérieure de biens et services.

Il faut décidément le rappeler, lorsqu’ils font preuve d’une solide ambition et d’une vraie détermination, les gouvernements sont plus forts que les marchés.

Pierre Kunz

11:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/10/2008

Effondrement financier, les pyromanes devenus pompiers

L’histoire présente souvent de bien surprenants paradoxes et la déconfiture des marchés financiers en fournit un bel exemple. Si on fait abstraction un instant des risque économiques graves qui en découlent, n’est-il pas amusant de constater que vingt ans de pratique bancaire totalement débridée en matière de spéculation et de crédit s’achèvent en une paralysie du … crédit interbancaire ? Et n’est-il pas délicieux de voir les chefs d’Etat et les ministres des finances du monde, ces pyromanes d’hier, courir en ces temps troublés dans tous les sens comme des pompiers agitant leur lance à eau ?

Quand on jette un regard sur les deux dernières décennies de mondialisation que la planète à vécues on est amené à conclure que les pays du Sud ont largement profité, en termes de développement économique et social, de la libéralisation des échanges et de leur accès aux marchés mondiaux. Quant aux pays occidentaux, confrontés à de puissants concurrents nouveaux, il faut constater qu’ils ont généralement bien mieux affronté que prévu le délicat exercice d’équilibrisme auquel ils ont dû se livrer, cela grâce d’une part à des mesures internes adéquates et d’autre part à la régulation intelligente des marchés internationaux des biens définie dans le cadre de l’OMC. Les taux de chômage ont certes grimpé, mais sans exploser, pour se réduire depuis. Leurs économies, après une période de stagnation, se sont restructurées favorisant la reprise de la croissance. Enfin, le pouvoir d’achat de leurs habitants, même s’il a tendu à se répartir de manière moins égalitaire, n’a pas globalement fléchi comme on pouvait s’y attendre il y a vingt ans.

On comprend aisément pourquoi et on sait comment les pays émergents ont progressé. Mais à quel prix ce miracle de croissance s’est il produit dans nos pays industrialisés ? La réponse apparaît aujourd’hui de manière évidente : elle réside dans la déréglementation, au cours des années quatre-vingts, des marchés financiers !

On est fondé aujourd’hui à affirmer que cette déréglementation et la passivité affichée depuis dans ce secteur par les autorités politiques, américaines d’abord, européennes et japonaises ensuite, ont été voulues et sciemment programmées. Dans quel but ? Conserver le mieux possible, même artificiellement, le pouvoir d’achat des populations du Nord en dépit des assauts concurrentiels livrés par les entreprises des pays émergeants. Comment ? En ouvrant les vannes du crédit hypothécaire et à la consommation. Dans quel but ? Eviter à tout prix les peurs, les frustrations et les rejets au sein des sociétés occidentales soumises à l’épreuve de la mondialisation.

Le crédit à vaste échelle a donc été politiquement voulu par les dirigeants occidentaux, en « attendant de voir », dans l’attente « de conditions moins délicates » afin de permettre aux populations du Nord, américaines et européennes surtout, de vivre au-dessus de leurs moyens. Cynisme ? Certes, mais pas tant que cela chez des gouvernants habitués depuis toujours à abuser de l’endettement public à des fins électorales.

Il s’agissait donc d’une réponse caractéristique de la manière dont fonctionnent nos Etats-nations : ils sont démocrates et électoralistes. Et il s’agissait d’un réflexe non moins caractéristique des élus de ces Etats : masquer les réalités et reporter sur d’autres, leurs successeurs, le devoir politiquement peu valorisant d’affronter les conséquences de ces réalités.

Il est naïf de penser que MM. Reagan, Volcker puis Greenspan aux USA, et leurs partenaires européens et japonais ne comprenaient et ne mesuraient pas les risques et les conséquences possibles désastreuses de la volatilité liées à la dérégulation des marchés financiers. Mais ils ont considéré que ces risques et ces conséquences, futurs, étaient moins embarrassants que les difficultés politiques et sociales immédiates, découlant des programmes d’austérité qui, à cause de la globalisation, allaient nécessairement succéder à l’Etat providence. Des bouleversements et des restrictions que les consommateurs et contribuables occidentaux vont bel et bien devoir supporter quand même dans les années à venir à cause des faramineux programmes de sauvetage mis en œuvre par les Etats et parce que nous attend un resserrement  sérieux du crédit, celui qui a si généreusement lubrifié les marchés de biens et services jusqu'à hier.

Voilà ce qui nous fait dire que les politiciens qui, en ces semaines pesantes, jouent aux pompiers à grand renfort de réunions au sommet, sont ceux qui ont chaussés les bottes des bouteurs de feu en exercice voici une vingtaine d’années.

17:18 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

06/08/2008

SIG et RE, une si bizarre ambition

Au prétexte de  "diversifier ses sources et de mieux assurer l'approvisionnement énergétique de leur territoire" les SIG et RE entendent investir dans les énergies polluantes. Les SIG en construisant une centrale à gaz à Genève, RE en achetant une part du capital-action  d'une centrale à charbon située en Allemagne du nord.

Il est étonnant que les gouvernements des deux cantons lémaniques n'aient pas d'emblée mis leur veto à ces projets, tant ceux-ci paraissent manquer de sens. Sans compter qu'ils sont à l'évidence incompatibles avec les objectifs contraignants que s'est donnée la Suisse dans le cadre d'accords internationaux et contraires à la volonté mainte fois exprimée par les autorités genevoises et vaudoises.

La prétention affichée par les SIG et RE "d'accroître la sécurité énergétique de leur canton" laisse songeur. Faire en effet passer le taux d'auto-approvisionnement de 20 à 30 % ne représente qu'un progrès marginal en terme de sécurité qui ne saurait justifier le coût de l'investissement envisagé et ses conséquences. Et ce progrès devient carrément fictif lorsque l'investissement en question est effectué à 1000 kilomètres des frontières vaudoises.

Il serait bon de rappeler aux SIG et à RE que la mission que le peuple leur demande de remplir n'est pas de produire de l'électricité mais de l'acquérir, de la fournir et de la distribuer au meilleur prix possible. Si ces sociétés se trouvent en mesure de produire sur leur sol de l'énergie à un coût inférieur à ceux du marché ou proche de ces derniers, tant mieux. Encore faut-il, étant donné les enjeux climatiques, que cette énergie soit propre, renouvelable.

Quant à l'argument  "des incertitudes liées à l'obligation d'acheter sur les marchés" invoqué par un dirigeant de RE, il laisse, lui, pantois. Les SIG et RE sont actionnaires d'EOS, grand fabricant d'électricité en Suisse romande. Or ce contrôle ne saurait équivaloir dans une économie libérale à un contrôle des prix. Les deux distributeurs le savent bien, eux qui ont été forcés par la pression des marchés internationaux et par les impératifs de gestion d'EOS d'accepter récemment une hausse massive des prix de l'électricité livrée par leur filiale. Car ce sont bien les marchés qui déterminent le prix de l'électricité comme celui de toutes les énergies.

Ce qui précède paraît mener à une double conclusion.

En forme d'étonnement d'abord. Comment se peut-il que les dirigeants des SIG et de RE en soient réduits à proposer d'investir les ressources de leur entreprise dans un secteur d'activité condamné à moyen terme. Ils seraient mieux avisés s'ils se préoccupaient davantage de l'efficacité de leur gestion interne et s'ils cherchaient à améliorer la fiabilité et l'ampleur du réseau de leurs fournisseurs.

En forme de leçon de réalisme ensuite. Il serait bon que que les distributeurs suisses d'énergie se rendent à l'évidence : il convient de céder à Berne la haute main sur la politique énergétique du pays. Seule la Confédération à la capacité de définir cette politique et dispose des moyens de la mettre en oeuvre de manière cohérente et durable. Une politique, comme le dit clairement la constitution fédérale, "destinée à promouvoir un approvisionnement énergétique suffisant, diversifié, économiquement optimal et respectueux de l'environnement".

 

 

11:34 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/05/2008

A propos de la productivité des Genevois

La presse nous apprend ce matin que "le Genevois est le plus productif des Romands". L'étude du CREA, commmandée par les banques cantonales romandes, montre que, par habitant, le PIB a atteint Fr. 86'000.- en 2007, soit Fr. 32'210.- de plus (+59,9 %) que le chiffre vaudois.

Cette "Genferei" pour une foi de bon aloi doit cependant être fortement relativisée et il est étonnant que personne parmi les chercheurs le CREA n'ait pris la peine d'attirer l'attention des médias sur le fait qu'il est très délicat de comparer le PIB de cantons dont la composition des actifs, ceux qui produisent la richesse, est extrêment différente. Pour Genève il est tout simplement erroné de calculer un PIB par habitant puisque environ un quart (!) des actifs n'habitent pas sur le territoire cantonal. En tenant compte de ceux qui travaillent à Genève mais qui vivent avec leur famille en France voisine ou dans le canton de Vaud, soit 100'00 à 130'000 personnes, le calcul conduit à un résultat plus nuancé qui se situe probablement entre Fr. 65'000 et Fr. 70'000.- Ce qui reste un excellent résulat mais qui n'apparaît plus aussi mirobolant par rapport à la moyenne suisse de Fr. 64'420.-

En fait le point le plus important de l'étude du CREA réside dans la mise en valeur de de l'atout principal de l'économie genevoise, à savoir sa place financière. Voilà qui nous ramène à l'ambition, qu'il faut saluer, du Conseil d'Etat de renforcer encore ce secteur d'activité en mettant en oeuvre une politique d'accueil pour les gestionnaires des hedge funds. Des gestionnaires qui selon M. David Hiler "constituerait une manne fiscale bienvenue dans le canton". On se permet cependant de lui rappeler que Genève n'est tout simplement pas capable de loger, donc de taxer, ces contribuables potentiels dont la majeure partie serait aujourd'hui forcée d'aller s'établir dans le canton de Vaud qui abrite déjà plus de 20'000 cadres de l'économie genevoise.

Le Conseil d'Etat semble avoir compris ce corollaire essentiel de son ambition en engageant la refonte du plan actuel de l'aménagement cantonal, un plan qui s'est révélé un échec total. Il donne ainsi indirectement suite à ceux qui, dans une initiative invalidée par le TF au motif d'un droit supérieur plus alpestre qu'urbain, réclamaient la construction rapide de 15'000 logements principalement pour les classes moyennes forcées trop souvent de s'établir hors du canton dans lequel elles trouvent leur revenu.

15:38 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook