24/07/2011

De la décroissance à la sauvagerie

Les adeptes de la décroissance fondent leur conviction sur des questions souvent sérieuses mais les réponses qu'ils apportent à ces dernières sont fantaisistes. Elles sont empreintes d'un pessimisme malsain que rien, dans l'histoire de la planète et de l'humanité, ne justifie. Elles sont de surcroît porteuses, pour les peuples de ce monde, de conséquences dramatiques que ces intégristes ne songent même pas à envisager.

Ceux qui voient un avenir pour l'humanité seulement dans le retour à une existence « frugale », comme ils disent,  affirment que les ressources naturelles de la planète sont  surexploitées, donc en voie d'épuisement. Selon eux, il n'est donc point d'alternative au projet consistant à ramener l'humanité à un mode existentiel mettant un terme à cette surexploitation. Autrement dit, il faut mettre un terme à la croissance économique.

Certes, notre façon de détruire la biodiversité marine par la surpêche est scandaleuse. Sans doute,  l'Homme n'est pas exempt de reproches dans sa manière d'exploiter ses découvertes scientifiques et d'en mesurer les dangers. Mais il y a un obscurantisme inquiétant dans la manière simpliste dont les promoteurs de la décroissance condamnent notre civilisation au prétexte de certains de ses excès.

D'autant plus inquiétant que cet obscurantisme est relayé depuis quelques temps chez nous par des milieux prétendant convaincre les Genevois que la réponse à leurs peurs et la solution à leurs problèmes de stress, de mobilité, de logements, de zone agricole empiétée et de platanes qu'on veut abattre,  réside dans le culte du statu quo et dans la culture de leur coin de terre. « Moins d'emplois pour plus de verdure et de tranquillité ! », entend-on.

A quoi conduirait la décroissance ?

Si, au motif de l'épuisement des ressources de la planète, l'humanité s'engageait sur le chemin de la décroissance elle ne renoncerait pas seulement, comme certains veulent le faire croire, au matérialisme exacerbé et aux abus d'un consumérisme destructeur autant des individus que de notre environnement. Elle ne contribuerait même pas à la protection de ce dernier.

C'est en effet la croissance économique, elle seule, qui favorise l'équilibre dans les relations internationales, lubrifie les rouages de l'ascenseur social, autorise la redistribution des richesses, crée les emplois et donne à l'Etat social les moyens de remplir ses missions. C'est également la croissance économique qui assure le financement de la recherche et le développement des technologies nouvelles. Cette recherche et ce développement qui nous permettront, comme dans le passé et à temps, de trouver des alternatives aux ressources qui s'épuisent, d'exploiter et de transporter les énergies nouvelles dont nous avons besoin, d'inventer les moyens de rendre l'agriculture mondiale plus efficace.

En résumé, c'est bien dans la croissance économique que l'humanité trouvera la réponse au grand défi qui l'attend, à savoir continuer à élever le niveau de vie de la population mondiale tout en faisant face à l'accroissement de celle-ci sans nuire à l'équilibre planétaire.

La décroissance, si elle nous frappait, marquerait, comme à la fin de l'empire romain, le retour de la sauvagerie. Elle rendrait les Etats impotents, réduirait rapidement le niveau de vie d'une grande majorité des individus et conduirait immanquablement au renforcement des inégalités entre les peuples et au sein des sociétés.

Plusieurs états européens rencontrent en ce moment de graves difficultés sociales, économiques et politiques. Conséquences essentiellement de la gestion antérieure débridée de ces pays, elles n'en illustrent pas moins éloquemment ce qui attendrait le monde s'il succombait au discours des promoteurs de la « frugalité ».

Pierre Kunz

 

 

11:58 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

10/12/2010

Lorsque l'intégrisme Vert tue l'emploi

La désignation récente d'Antonio Hodgers à la présidence du groupe parlementaire des Verts rassure. Même si, dans la Berne fédérale comme dans les législatifs cantonaux, le pouvoir d'un chef de groupe reste modeste il n'en reflète pas moins l'état des forces au sein d'une députation. Or Antonio Hodgers n'a heureusement rien de commun avec les excités et les intégristes suisses alémaniques sévissant au parlement national.

Sous l'influence de ces promoteurs de la décroissance les Verts ont plus d'une fois, au cours des dernières années, amenés les Helvêtes à succomber aux peurs infondées et prendre des chemins douteux. Ce fut par exemple le cas avec la soi-disant « mort des forêts », dans le domaine des OGM et dans celui de la recherche embryonnaire.

Cette attitude n'est évidemment pas propre au mouvement écologiste de notre pays. On connaît le rôle dévastateur que jouent les Verts français, plongés dans les pires défaillances intellectuelles en matière agricole et celui des « Gruene » germaniques dans le secteur des énergies. Mais on ne savait pas que les Verts italiens, étaient capables pour leur part de mener des campagnes pouvant paralyser, pour des motifs absurdes, l'activité économique d'une région.

C'est un joli petit village de pêcheurs, localisé près de Naples mais totalement soustrait aux influences mafieuses, qui s'est trouvé victime de l'opération « de protection environnementale » lancée par les écologistes de la botte, opération heureusement dénoncée il y a peu par une partie de la presse. Il s'agit de Torre del Greco. Les habitants de ce village vivent depuis le 16ème siècle de l'exploitation des ressources coralliennes que leur offre la mer voisine.

Tout a changé récemment, lorsque les Verts italiens ont convaincu plusieurs des principaux joailliers clients - Tiffany's et Paloma Picasso en particulier - de renoncer à vendre les bijoux en corail rouge de Torre del Greco au prétexte que « les pêcheurs du village, par leur surpêche, épuiseraient ces ressources naturelles ». Résultat ? La production locale de bijouterie et de joaillerie a quasiment cessé.

Or les affirmations des Verts sont tout simplement fausses. Consultés, les experts des Nations-Unies et ceux de la Convention sur le commerce international sur les espèces en danger n'ont en effet conclu à aucune menace pour la durabilité du corail méditerranéen, un corail faisant l'objet d'une régulation séculaire et récolté par des procédés artisanaux. L'exploitation de cette ressource naturelle - qui n'a rien de commun avec celle de la grande barrière de corail, effectivement en danger - telle qu'elle est conduite depuis toujours, ne nuit pas davantage, selon les spécialistes, à la biodiversité.

La mise à ban du corail rouge de Méditerranée éclaire d'une lumière crue les dérives auxquelles peuvent conduire l'idéologie, l'intégrisme et tout simplement le manque d'honnêteté intellectuelle.  Le doute et la rigueur scientifiques, s'agissant de la réflexion que nous avons à mener au sujet de la conservation des ressources naturelles de la planète et de l'avenir de celle-ci, doivent seuls en former le cadre analytique et décisionnel. Les tabous, l'émotion, les généralisations hâtives, les réflexions partielles, le « principe de précaution », ne sauraient leur servir de substituts.

Pierre Kunz

 

15:50 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

17/07/2010

Ecologie, déjà la Berezina ?

Sur le front de la politique écologique mondiale les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme élevé. Il est devenu évident que la protection de l’environnement ne constitue plus la voie royale vers les succès électoraux. Principalement parce que l’intérêt du public pour cette cause s’effiloche et que celle-ci est en passe de ne plus être considérée autrement que comme un problème « annexe » pour reprendre les termes du premier ministre canadien Stephen Harper.

L’illustration la plus notable de ce phénomène nous est venue d’Australie. Kevin Rudd, élu à fin 2007 premier ministre d’Australie sur un programme quasiment exclusivement écologique, a été demis récemment de ses fonctions par son parti. Pourquoi ? Principalement parce que les électeurs ont pris conscience des coûts sociaux et financiers énormes d’une politique prétendant s’attaquer directement aux émissions de gaz à effet de serre. Des coûts qui, aux yeux des Australiens, sont apparus subitement exorbitants à la lumière de la crise économique mondiale et de ses conséquences sur les finances publiques.

Le même constat est révélé dans l’ensemble des pays du monde industrialisé. L’exemple allemand est significatif. Outre Rhin, selon la dernière édition de Newsweek, seuls 42 % de la population se sentent aujourd’hui concernés par le réchauffement climatique, contre 62 % en 2006. Il faut dire que depuis cette date les Allemands ont bien sûr été informés des dérives survenues dans les informations communiquées par le GIEC mais aussi, par exemple, des subventionnements déraisonnables consentis par les autorités aux entreprises spécialisées dans le développement de l’énergie solaire. Ces subventionnements, directs et indirects, dépassent à ce jour la limite des 125 milliards de dollars pour une source qui représente … moins de 0,3 % des besoins énergétiques du pays.

En Suisse aussi la désaffection du public à l’égard de la problématique environnementale est palpable. Une étude publiée récemment par l’EPFZ, relativisant la responsabilité des activités humaines dans la fonte des glaciers, est le dernier élément en date à y avoir contribué. Mais une partie du monde politique porte une lourde responsabilité dans cette évolution par les propos incohérents qu’il persiste à tenir. C’est ainsi que, récemment encore, des ténors du PS exigeaient publiquement que notre pays, en 2050, non seulement ait cessé totalement de recourir aux énergies fossiles mais que de surcroît il ait définitivement fermé toutes ses centrales nucléaires. Autrement dit, ils prétendent forcer les Helvètes à renoncer, en quatre décennies, à des sources énergétiques qui actuellement représentent grosso modo 75 % de leur consommation !

La crise économique oblige manifestement l’Occident à revoir ses priorités. Elle ouvre aussi les yeux des citoyens sur les conséquences pratiques des utopies véhiculées par certains milieux intégristes. C’est ainsi qu’est remise en question la priorité, jusqu’ici peu contestée, de lutter frontalement contre les émissions de gaz à effet de serre afin de réduire celles-ci. Les scientifiques comme les politiques reconnaissent de plus en plus nombreux que le réchauffement climatique ne constitue pas notre défi essentiel. Les enjeux majeurs sont d’une part la démographie et ses déséquilibres planétaires, d’autre part l’exploitation démesurée des ressources naturelles, énergétiques en particulier. Et les scientifiques comme les politiques défendent en nombres croissants des options plus réalistes.

La première de ces options consiste, pour les habitants de la planète, à accepter le réchauffement climatique et à prendre les mesures nécessaires, de prévention et de défense, pour en limiter les effets sur la vie des gens. La seconde réside dans la mise en œuvre de politiques migratoires intelligentes. La troisième doit viser la lutte contre le gaspillage énergétique, chez nous dans le domaine de la construction principalement, et généralement dans l’amélioration du rendement énergétique des activités humaines.

Pierre Kunz

12:47 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

30/04/2010

La dette n'est pas le problème

 

 

 

Au moment où la Grèce risque de s’effondrer sous le poids de sa dette, où l’euro plonge et où les marchés « se tâtent » pour sélectionner, parmi la longue liste des pays du Vieux continent gravement endettés, la prochaine cible de leurs assauts cette affirmation peut paraître provocante. Et pourtant …

L’appétit des spéculateurs qui jouent sur la déconfiture d’un pays, n’est pas tant aiguisé par l’ampleur de la dette de ce dernier mais bien par l’estimation de sa capacité à la rembourser. Cet appétit et les craintes des prêteurs s’avèrent évidemment d’autant plus fortes que l’avenir du pays en question semble sombre, que sa résilience paraît faible.

Or quels sont les facteurs qui affectent le plus fortement cette résilience, autrement son aptitude à rebondir, et ses perspectives de redressement ? Les uns insisteront sur la capacité du gouvernement à réformer ses politiques publiques, sur le courage qu’il saura montrer pour mettre en œuvre un programme d’austérité. Les autres souligneront le nécessaire programme de réforme des conditions-cadre de l’économie. Mais ces efforts peuvent-ils suffire à long terme ? Les pays européens qui sont déjà dans la tourmente, ou qui risquent bien de s’y trouver bientôt, disposent-ils encore réellement des moyens de garantir leur avenir et le niveau de vie de leurs citoyens ? Une telle détermination et un tel courage suffiront-ils ?

On trouve indirectement une réponse inquiétante à ces questions en parcourant le dernier ouvrage de Joel Kotkin, « The Next Hundred Million : America en 2050 ».Le professeur américain dans un intéressant exercice de prévision démographique y note que, entre 2000 et 2050, la population des USA âgée de 15 à 65 ans y croîtra de 42 % alors qu’en Europe cette même population se réduira de 25 % durant la même période.

Quelles conséquences ? Pour l’Amérique, qui recensera dans qutre décennies 400 millions d’habitants, le problème, considérable, consistera pour son économie à créer en nombre suffisant les emplois destinés à cet afflux d’actifs, problème d’autant plus délicat qu’il s’agira pour une large part d’immigrants mal formés. Mais pour les pays européens, dont la population au vu des pronostics migratoires et de fertilité ne devrait grossir que faiblement, le défi, si rien ne change, paraît presque insurmontable : comment le Vieux continent pourra-il dans un tel environnement simultanément maintenir sa capacité de production et son rang dans l’économie mondiale, faire face à son immense endettement et garantir à ses inactifs de plus en plus nombreux le niveau de vie auquel ils pensent avoir droit ?

On admettra qu’à cet éclairage la dette, bien plus qu’un grave problème financier, peut apparaître comme le symptôme d’une catastrophe encore à venir.

Pierre Kunz

15:20 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/04/2010

Sur qui pleure Isabelle Chevalley ?

 

 

Je n’ai pas lu l’ouvrage (*) que la grande prêtresse d’Ecologie libérale vient de publier et n’en ai pas l’intention. Mais cette publication fournit l’occasion et un bon motif de revenir sur l’action et le bilan du lobby pro-environnemental que la Vaudoise a créé.

A la lecture des reflets du livre que donnent les médias on ne peut s’empêcher de s’interroger : Isabelle Chevalley demande-t-elle réellement « pardon aux générations futures » ou, plutôt, se lamente-t-elle simplement du peu de résultats qu’Ecologie libérale a obtenu depuis sa création ? Des lamentations qui paraissent bien étranges lorsqu’on analyse d’une part le positionnement du mouvement sur l’échiquier politique, d’autre part l’incohérence fréquente des opérations qu’il a menées.

Il est curieux qu’Isabelle Chevalley ne se soit pas rendu compte que son initiative a rapidement été utilisée par une multitude de politiciens moins préoccupés par la protection de l’environnement que par le vernis « écolo » fourni à leur personnage par leur adhésion à Ecologie libérale. Ce lobby a permis en effet à nombre de d’entre eux d’ajouter à leur CV politique un paragraphe commode pour la suite de leur carrière. Pas étonnant donc qu’ils aient limité, pour la plupart, leur « engagement » à la signature du formulaire d’inscription.

Isabelle Chevalley, amère, met en cause l’activisme des lobbies du pétrole, de la pharma et de l’électricité pour expliquer les blocages rencontrés par Ecologie libérale et ses résultats médiocres. Il est piquant qu’une lobbyiste comme elle se donne de telles excuses. Croyait-elle que ces puissants allaient demeurer sans réaction à la naissance d’Ecologie libérale ?

On mettra sur le compte d’une naïveté pardonnable cet aveuglement et cette amertume. Par contre la fréquente incohérence des idées défendues successivement ou simultanément par son mouvement restent, elle, inexcusables. Comment par exemple Isabelle Chevalley a-t-elle pu adopter une position aussi peu nuancée s’agissant de l’énergie nucléaire ? Comment, elle qui prétendait en priorité limiter les émissions de gaz à effet de serre, a-t-elle pu défendre les projets des électriciens de construire des centrales à gaz ? Comment expliquer sa méfiance viscérale et si peu raisonnable à l'égard des OGM ?

L’auteure se plaint aussi du rôle des élus « beaucoup trop influencés et déconnectés de la base ». On lui répondra que le rôle des lobbies, Ecologie libérale comprise, est précisément d'influencer le monde politique. Activité qui s’avère évidemment délicate quand les lobbies en question sont incohérents et qu’ils défendent sans nuance des thèses dites « scientifiques » entachées du soupçon de manipulation et de protectionnisme.

Gageons qu’Isabelle Chevalley, ambitieuse et forte, a tiré au moins une leçon de ses échecs : la politique tient davantage du combat de catch que de la danse.

Pierre Kunz

 

(*)Message aux générations futures, éditions G d’Encre

13:17 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

21/03/2010

Vous n'aimez pas la croissance ?

 

 

La crise économique et financière qui a frappé le monde en 2008 paraît sous contrôle. Ses effets par contre continuent de s’abattre sur les populations, notamment celles du monde occidental, et nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences des opérations de sauvetage entreprises à hauteur de centaines de milliards de dollars par les pays industrialisés en termes d’inflation et d’accroissement de la fiscalité.

Faut-il pour autant, comme certains le prétendent, remettre en cause le modèle économique qui a tant contribué à l’élévation de notre niveau de vie et au développement des pays du Sud ? Faut-il, pour prévenir désormais les abus commis par le secteur bancaire et financier, jeter le capitalisme et la croissance aux orties ?

Il est inutile de prétendre convaincre les milieux qui mènent contre le capitalisme une lutte de caractère idéologique. Ils n’entendent toujours pas tirer les enseignements de cinq siècles d’histoire capitaliste et de son sous-produit, la démocratie, libre à eux.

Par contre ils sont bien plus inquiétants, ceux qui, au prétexte de l’épuisement des ressources naturelles et des atteintes indéniables du système industriel à l’environnement, ont recommencé de promouvoir la « décroissance » avec le même enthousiasme que celui de leurs prédécesseurs des années 1960 et 1970. Forts des constats de ces deux dernières années économiques désastreuses, ils croient trouver dans le « retour à un mode de vie raisonnable » la solution à tous les maux de la planète.

Ils sont plus inquiétants parce qu’ils semblent n’avoir pas compris que c’est à la croissance économique et à la répartition des richesses nouvelles ainsi créées que le monde occidental doit ses équilibres sociaux. Ils ne semblent pas avoir compris que c’est essentiellement sur la croissance économique que reposent les possibilités, pour les classes les moins favorisées, d’améliorer leur sort et de gravir l’échelle sociale.

Il faut les renvoyer à leurs livres d’histoire, ceux qui prônent la décroissance. Ils y constateront qu’une société dans laquelle « l’ascenseur social » ne fonctionne plus est condamnée aux plus graves troubles. Parce que bien pire qu’une société inégalitaire est une société divisée en classes imperméables. Cette dernière est toujours explosive.

Certes il n’est pas inutile que nous nous posions des questions quant au type de croissance que nous voulons. Il est même indispensable que remettions en cause les pseudo-valeurs matérialistes et hédonistes de l’Occident, que nous modifions considérablement notre manière d’exploiter les ressources naturelles et que nous prenions davantage soin de notre environnement.

Mais pourquoi diable ces objectifs devraient-ils nous mener sur le chemin périlleux de la décroissance ? L’émergence des nouvelles puissances économiques remettront fortement en cause, et violemment, le niveau de vie des Européens. Pour éviter que ce « grand partage » conduise à la réduction de nos conditions d’existence nous devrons travailler dur et mobiliser tout notre savoir. Le dangereux discours de la décroissance, surtout lorsqu’il est accommodé par des intellectuels et des soi-disant « experts »,  ne peut que nuire à cette mobilisation et à ces efforts.

Pierre Kunz

11:49 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

15/01/2010

Ca jase autour du jatropha

 

 

On nous apprend ce jour qu’une entreprise entend construire en Argovie une usine de production d’agro-diesel à partir d’une plante originaire du Brésil. Cette plante, le jatropha, permet de produire du carburant de manière plus avantageuse qu’à partir de celles utilisées jusqu’à présent un peu partout dans le monde. D’une part elle est cultivable sur des terres peu propices aux cultures vivrières et d’autre part elle ne porte pas atteinte à l’environnement puisqu’elle ne requiert que peu d’eau et pas d’engrais ni pesticides.

Pourtant une vingtaine d’associations prétendant défendre les peuples en développement et l’environnement de la planète s'opposent, aux dires de la presse, à la construction de cette usine. Voilà qui paraît absurde.

Il est donc probable que l’on se trouve une fois encore face à des associations incapables de comprendre les problèmes qu’elles prétendent traiter et les enjeux qui leur sont liés. Et dans le cas d’espèce on ne peut que demeurer pantois en lisant l’argument qu’elles invoquent pour justifier leur opposition à l'utilisation du jatropha pour poduire du diesel en Suisse : «  Il est planté en Afrique sur des terres de bonne qualité et se substitue aux cultures vivrières. La plante n’étant pas comestible, les paysans qui se concentrent sur sa production n’ont aucun débouché si les prix s’effondrent ; en outre ils n’ont plus de terrains disponibles pour les cultures alimentaires ».

Il faut souligner que si, suivant l’avis de ces associations, les pays d’Afrique renoncent par principe idéologique aux échanges internationaux, fussent-ils de biens agricoles, on voit mal comment ils pourront un jour sortir de leur sous-développement. S’agissant du jatropha, on peut supposer que dans le bilan des échanges d’un pays comme le Mozambique, cité, l’exportation de cette plante sur les marchés mondiaux voire la production locale de agro-diesel se révèle positive et qu'elle permet au pays de trouver en contrepartie et plus aisément, sur ces mêmes marchés internationaux, les produits agricoles et manufacturés nécessaires à sa population.

L’attitude de ces associations, dont Swissaid, si elle reste un inconvénient pour les promoteurs de l’activité industrielle envisagée, constitue par contre un réel obstacle au développement des populations qu’elles affirment vouloir défendre. Et on comprend d’autant moins ces associations qu’elles s’affichent par ailleurs dans le camp des défenseurs de l’environnement. Or chacun sait que les agro-carburants sont nettement moins nocifs à ce titre que les carburants fossiles qu’ils remplacent.

Ces incohérences n’effraient pas non plus certains politiciens suisses. Opposé vraisemblablement par principe aux agro-diesels et probablement en invoquant le « principe de précaution » un conseiller national socialiste, M. Rudolph Rechsteiner, a réclamé un moratoire de cinq ans sur l’importation d’agro-carburants. Sans succès car si la bêtise est universellement répartie elle n’est pas générale.

Pierre Kunz

18:26 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/12/2009

Pour en finir avec Copenhague

 

 

Le sommet de Copenhague s’est achevé sur un non accord selon certains participants, sur un accord croupion aux dires de quelques autres, sur une « avancée » pour les derniers. Pourquoi diable dans les milieux écologistes et les médias se montrent-on catastrophé, désespéré ou même révolté ?

Avec les quelques jours de recul que chacun a pu prendre depuis le 20 décembre il est possible de répondre à cette question. En fait nous nous trouvions, à la mi-décembre 2009, dans la même situation que celle qui précédait par exemple la votation de 1992 au sujet de EEE ou celle plus récente concernant l’initiative anti-minarets. Dans chaque cas il y a eu attentes irréalistes. La déception ne pouvait donc être qu'excessive dans son expression.

L’activisme des milieux dits « progressistes », intellectuels et/ou directement concernés, en l’occurrence les cercles écologistes - que le professeur Guy Sorman qualifie méchamment de « réchauffistes » - s’étaient engagés avant le sommet dans une vaste campagne destinée à impressionner les populations et à faire pression sur les décideurs. Relayée par les médias du monde entier cette campagne a pris la dimension d’une véritable croisade dont les acteurs ont peu à peu oublié le contexte. Sans égard pour les réalités politiques, sociales et économiques des pays de la planète, ces soldats du dieu vert ont fini par croire à l’absolue nécessité, à l’inéluctabilité d’un accord contraignant chacun à la réduction à brève échéance de ses émissions de gaz à effet de serre.

En fait un tel accord était tout simplement impossible parce qu’il aurait signifié, il faut le souligner puisque les activistes verts ne le font jamais et les médias si peu, une baisse du niveau de vie des habitants des pays industrialisés du Nord et une réduction du rythme du développement des pays émergeants. Il est certes possible d’argumenter longuement pour défendre cette baisse et cette réduction au regard des conséquences du réchauffement climatique sur les générations futures, qu’elles habitent au Nord ou dans le Sud. Mais il est manifeste que cette argumentation demeure actuellement insuffisamment fondée sur des faits mesurés pour convaincre l’humanité. Elle repose encore essentiellement sur des hypothèses et des modèles théoriques.

Ceux qui pensaient probable, parce que absolument nécessaire selon eux, l’accord qu’ils appelaient à corps et à cris se trompaient donc eux-mêmes. Ils ont en particulier oublié que plus de la moitié des chefs d’Etat présents à Copenhague dirigent une démocratie. Il était impossible à ceux-ci de prendre des engagements dont ils savaient avec certitude, notamment parce que les « réchauffistes » ne sont pas suffisamment crédibles, qu’ils ne pourraient jamais les faire avaliser par leur parlements et leurs électeurs respectifs.

Ce ne sont donc pas davantage les Chinois que les Américains qui ont conduit au non-accord de Copengague. Ce sont tous les peuples de la planète, eux qui demeurent incrédules ou en tous cas insuffisamment mobilisés.

Faut-il pour autant renoncer à lutter contre le réchauffement climatique ? Non bien sûr.

Mais il convient de d’agir de manière raisonnable et de mettre un terme aux discours aussi catastrophistes que peu scientifiques dont nous sommes abreuvés. Il est indispensable en particulier que les médias retrouvent leur rôle d’enquêteurs sérieux et qu’ils relayent avec davantage d’esprit critique la foison de rapports publiés par les experts et les soi-disant experts. Qu’ils ne se contentent plus de transmettre sans recul les déclarations que les chefs d’Etat aiment publier lors de leurs « sommets » qui n’engagent personne - comme celui de juillet dernier en Italie quand Merkel, Berlusconi, Sarkozy, Obama, etc., ont annoncé cérémonieusement leur intention de diviser par deux les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050 par rapport à 1990 et de 80 % ou plus pour les pays industrialisés !

Il est nécessaire par ailleurs que dans nos efforts nous demeurions réalistes et cohérents. Comment par exemple pourrions-nous, comme l’exigent les Verts suisses, renoncer complètement d’ici à 2050 à l’utilisation de toutes les énergies fossiles et dans le même laps de temps mettre hors service toutes les centrales nucléaires du pays sans les remplacer ?

Il convient aussi que les objectifs dont prétendent se doter les uns et les autres restent honnêtes. Il n’est pas honnête par exemple que le gouvernement suisse laisse croire à ses citoyens que notre pays atteindra les engagements qu’il a prix à Kyoto - soit de réduire pour la période de 2008 à 2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 8 % par rapport à 1990 – alors que pour plus d’un tiers les réductions en question s’obtiennent par … l’achat de droits de polluer à l’étranger !

Il est temps enfin que nous sortions des rêveries. Celle consistant par exemple à promouvoir des concepts aussi utopiques que celui de la « Société à 2000 watts ». Celle aussi consistant à croire que les énergies solaire et éolienne pourront représenter un jour une source énergétique majeure. S’agissant des gaz à effet de serre, il est temps que nous admettions que la réduction des émissions ne saurait constituer « la » solution. Nombre de spécialistes misent plutôt sur les techniques de séquestration et de stockage de ces gaz.

Pierre Kunz

13:09 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

17/11/2009

Politique climatique : les Verts, ambitieux ou simplement démagogiques ?

 

 

La presse du 17 novembre nous apprend que les Verts helvétiques sont « ambitieux ». Craignant que la délégation qui représentera notre pays à Copenhague dès le 7 décembre manque, elle, d’ambitions, ils réclament haut et fort « l’abandon des énergies fossiles d’ici à 2050 ».

Il s’agit, selon quelques uns des représentants écologistes dans les plus hautes instances législatives helvétiques,    « pour notre pays, qui dispose d’importantes ressources renouvelables et financières, de donner l’exemple et de viser une société à zéro émission de CO2 d’ici à 2050 ». Ce qui implique, selon leurs porte-parole, de réduire dans une première étape les émissions de gaz à effet de serre de 40 % par rapport à 1990 d’ici à 2020.

Ce sont là des objectifs effectivement ambitieux mais qui seraient atteignables ... à condition que l’on reste raisonnable s’agissant des énergies de substitution. Or les Verts non seulement paraissent avoir perdu tout réalisme en la matière mais ils sombrent dans la plus crasse démagogie.

Mme Adèle Thorens Goumaz, conseillère nationale des Verts vaudois, illustre parfaitement cette dérive et les incohérences des écologistes suisses. Dans un article paru dans Le Temps de mardi, elle recommande au peuple vaudois de refuser l’autorisation de poursuivre l'exploitation de la centrale nucléaire de Mühleberg. Et dans le même message elle enjoint les Suisses à renoncer purement et simplement aux centrales nucléaires au profit des énergies renouvelables.

Ces propos constituent un exemple sidérant de stupidité et/ou de démagogie. Cette démagogie dont les inventeurs de la démocratie, les Athéniens, avaient bien vu qu’elle constituait le pire danger pour la démocratie, l’intelligence et la liberté.

Les milieux scientifiques admettent en effet que, dans ce pays comme ailleurs en Europe, l’ensemble des énergies renouvelables autres que l’hydraulique, soit principalement le solaire et l’éolien, ne pourront guère constituer plus de 15 % de nos besoins en énergies. Or actuellement d’une part les énergies fossiles comptent (en permettant notamment au parc automobile de rouler) pour plus de 55 % de la consommation énergétique de la Suisse et d’autre part le nucléaire est à l’origine de plus de 40 % de la production de l’électricité nécessaire au fonctionnement du pays, soit environ 10 % de l’ensemble des besoins énergétiques de la Suisse.

En entendant faire partager leurs « ambitions » aux citoyens de ce pays les Verts prétendent donc, en l’espace de quarante ans, simultanément de faire circuler tous les véhicules automobiles du pays à l’électricité et de surcroît remplacer 40 % de l’électricité d’origine nucléaire par de l’électricité « propre ». Comment peuvent-ils imaginer sérieusement et honnêtement, avec un appoint de 15 % d’énergies renouvelables, convertir en l’espace de quelques décennies l’approvisionnement de la moitié de l’énergie dont les Suisses ont besoin ne serait-ce que pour conserver leur niveau de vie actuel ?

Pierre Kunz

 

 

21:52 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

21/03/2009

En Afrique, bientôt la fin du tabou OGM

Le magazine Newsweek nous apprend cette semaine que l’entreprise Pannar, spécialiste sud-africain des semences, en collaboration avec l’université de Cape Town, a réalisé une percée significative dans ses recherches visant, par modification génétique du mais, à rendre inopérante l’une des maladies les plus ravageuses de cette céréale dans les pays du sud de l’Afrique.

Cette percée, scientifiquement remarquable, mérite une autre marque d’attention.

Manifestement, un obstacle important vient ainsi d’être levé. Il s’agit du tabou, inspiré primairement par les reflexes européens anti-OGM et par une surdité coupable de l’industrie agro-alimentaire et du monde politique du Vieux Continent au sujet des problèmes des nations pauvres.

A l’évidence les risques de crise alimentaire mondiale, les craintes liées au réchauffement climatique, celles concernant l’approvisionnement en eau et la diminution généralisée des stocks de céréales ont joué un rôle déterminant dans les efforts entrepris par l’Afrique de sud. Sans les nouvelles technologies de production alimentaire on voit mal en effet comment la planète pourra nourrir les neufs milliards d’habitants qui la peupleront en 2050. Sans elles comment les agriculteurs se révèleront-ils capables de produire plus de nourriture sur moins de terres cultivables ?

Il vaut la peine de rappeler ici qu’avec la mondialisation des échanges le protectionnisme agricole des Européens, clairement à l’origine de « la lutte menée contre les OGM », a dans les faits favorisé les initiatives productives des pays émergeants et renforcé le commerce des biens agricoles entre eux autant que la recherche en matière de biotechnologies.

L’Afrique du sud est ainsi devenue le huitième producteur mondial de céréales génétiquement modifiées. L’Inde pointe au quatrième rang s’agissant de la production de coton renforcé par le génie génétique. Pekin s’est finalement décidé à investir 2,9 milliard de dollars sur dix ans dans un plan de développement de céréales génétiquement modifiées. Et on comprend qu’avec le développement des marchés alimentaires asiatiques des pays gros producteurs de ces produits, comme le Brésil et l’Argentine, se sentent bien plus libres de renoncer aux marchés européens et leurs exigences strictes.

Il n’empêche, en Afrique où les structures agricoles et les conditions de production sont encore extrêmement primitives, le chemin vers une meilleure productivité et la fin de la malnutrition demeure long et incertain. C’est ainsi que, outre l’Afrique du sud, seuls quelques pays - Burkina Faso, Egypte, Kenya, Ghana et Uganda – ont franchi le pas des biotechnologies.

Pierre Kunz

15:39 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

09/11/2008

L'avenir des déchets nucléaires hevétiques

 

La première réflexion qui vient à l’esprit du lecteur lorsqu’il prend connaissance du rapport de la Nagra relatif au choix des sites envisagés pour le stockage des déchets nucléaires résultant des activités hospitalières et industrielles suisses est que le fonctionnement de notre pays est lent, certes, mais diablement efficace lorsque une véritable volonté politique anime nos dirigeants.

C’est en 1978 que le Conseil fédéral a lancé le projet, confié à la Nagra, de préparer le dépôt sur sol helvétique de ces déchets. Les études très sérieuses menées par cette entreprise ont rapidement révélé qu’il est possible de stocker durablement et sûrement les déchets radioactifs en Suisse. Mais très vite, dès le milieu des années nonante, le dossier s’est heurté à l’hostilité générale des cantons et des communes et les autorités fédérales ont compris que l’étape suivante devait impérativement consister dans l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’énergie, nucléaire plus précisément, donnant les pleins pouvoir à Berne et privant les cantons de leurs prérogatives en la matière. Ce fut chose faite en 2005 et la voie se trouvait ainsi ouverte au redémarrage du projet.

Il a donc suffi d’une part que le Conseil fédéral prenne pleinement la mesure de l’enjeu, qu’il décide d’assumer ses responsabilités puis se fixe un objectif clair, d’autre part qu’il planifie intelligemment son action. Reconnaissons en l’occurrence son mérite et son efficacité : les autorités cantonales ont perdu leur capacité de nuisance et le gouvernement fédéral peut désormais entreprendre les consultations relatives au choix définitif des lieux de stockage qui devraient être exploitables vers 2018.

Dans l’immédiat on comprend que les autorités politiques des régions concernées réagissent avec vigueur. Elles jouent ainsi, verbalement, le rôle que leurs électeurs attendent d’eux. Mais gageons que ces réactions épidermiques s’estomperont voire disparaîtront au cours des années à venir à l’occasion des larges consultations qui s’annoncent. La solidité des arguments scientifiques présentés saura réduire les inquiétudes des uns. Quant aux autres, ils ne manqueront pas de se révéler sensibles aux avantages financiers considérables et aux emplois nouveaux qui accompagneront l’implantation de ces déchetteries.

Reste que, c’est certain, le peuple suisse sera appelé à voter car le sujet donnera lieu à referendum contre l’ouverture des zones de stockage, où qu’elles soient situées. Il est en effet invraisemblable que le PS et les Verts, qui d’ores et déjà rejettent le projet et qui ont politiquement tant gagné depuis trois décennies grâce à leur posture antinucléaire, renoncent à leur opposition dogmatique.

Et ne croyons pas que les démonstrations les plus convaincantes et la plus élémentaire honnêteté intellectuelle dissuaderont ces milieux, eux qui n’hésitent pas aujourd’hui à réclamer simultanément la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et une société à 2000 Watts mais qui par ailleurs sont favorables à la construction d’usines à gaz et au développement de la production d’électricité à partir du charbon, tout en s’opposant à l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires suisses existantes.

Mais, avouons-le, même si les milieux antinucléaires n’existaient pas dans leur opposition de principe il faudrait les inventer. Il est en effet impensable que les Helvêtes, en toute connaissance de cause, ne s’expriment pas sur l’avenir qu’ils entendent donner au nucléaire dans leur pays.

 

18:00 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

30/10/2008

Droits de polluer : les errances helvétiques et d'Ecologie libérale

Dans son introduction à l’excellent ouvrage que vient de publier Dominique Wisler (*) l’ancien conseiller d’Etat genevois Guy-Olivier Segond souligne fort opportunément que « la politique n’est pas l’art du possible comme le disent les médiocres, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ».

Fort opportunément parce que la presse de ce jour met en lumière une nouvelle illustration du constat que chacun peut faire depuis longtemps en Suisse, à savoir que les gouvernements du pays et de ses cantons demeurent d’une navrante médiocrité et qu’elles se contentent de gérer avec le moins de heurts possibles les affaires courantes.

C’est cette attitude affligeante qu’illustre la nouvelle tombée ce jour sous des titres comme « Coup de pouce du Conseil fédéral aux centrales à gaz » ou « La moitié des émissions de CO2 pourront être compensées à l’étranger ».  Un coup de pousse et une latitude de compenser les émissions de CO2 qui marquent l’absence d’une politique énergétique cohérente au sein de l’exécutif fédéral et le cynisme d’une autorité qui prétend honorer ses engagements internationaux dans le domaine de la protection climatique tout en cautionnant, soit disant au nom du pragmatisme mais en réalité par faiblesse, une réduction de nos ambitions et des nécessaires efforts écologiques que nous devons consentir.

Parce qu’il faut bien le comprendre : compenser nos accroissements d’émission de CO2 en acquérant à l’étranger des certificats de CO2 à l’étranger, comme cela est prévu, revient à acheter dans les pays en développement des droits pour les usines helvétiques de polluer la planète. Et du même coup à empêcher ces pays de faire usage, eux, des ressources certes polluantes mais dont ils disposent et dont ils auraient besoin pour s’industrialiser.

Or l’acquisition de ces autorisations de polluer, au-delà du fait qu’elles ressemblent fort au droit que s’arrogeait l’Occident d’utiliser les pays du Sud pour y enterrer les déchets toxiques dont nous ne savions que faire, n’est pas nécessaire. D’abord parce que l’affirmation et la mise en œuvre d’une volonté politique claire ainsi que quelques aménagements légaux permettraient avantageusement d’échapper à cette démarche politiquement incohérente et moralement condamnable tout en faisant avancer chez nous la cause des économies d’énergie et celle des entreprises pionnières des technologies vertes. Ensuite parce que l’argument du risque de pénurie d’électricité invoqué par les autorités à l’appui de leur proposition aberrante ne repose sur aucune base sérieuse et ne vise qu’à générer l’inquiétude. Enfin parce que ce n’est pas en important du gaz en lieu et place de l’électricité fabriquée et disponible à l’étranger que l’autonomie énergétique de la Suisse se trouvera accrue, bien au contraire si on prend en compte la situation géopolitique européenne.

Mme Isabelle Chevalley, grande prêtresse d’Ecologie libérale, soutient, nous dit un journaliste, le projet du Conseil fédéral tout en regrettant …. la distorsion de concurrence due au régime fiscal favorable dont bénéficient les centrales à gaz. On lui recommande de réfléchir plutôt à la distorsion qui encombre son discours. Un discours qui se veut pragmatique  mais qui ne vise malheureusement que la médiocrité du court terme plutôt qu’à faire évoluer notre pays conformément aux nécessités écologiques et libérales des décennies à venir.

Le parlement fédéral, qui trop souvent joue la partition de la compromission et des hypocrisies favorisées par notre système politique, saura-t-il, lui, se montrer à la hauteur des vrais enjeux et dire non ?

 

(*) La Démocratie genevoise (Ed Georg, 2008) 

18:42 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

19/07/2008

Centrale à gaz du Lignon: un projet injustifiable

M. Christian Brunier défend le projet avancé par les SIG de construire une centrale de production d'électricité à partir du gaz. Nul ne saurait le lui reprocher puisqu'il est rémunéré chaque mois par cette entreprise pour promouvoir les ambitions et les activités de cette dernière.

Il est par contre frappant de constater combien, dans ce cas aussi, les acteurs de la politique genevoise qui s'expriment sur le sujet peinent à le situer dans le contexte gobal que nous connaissons, celui d'une crise mondiale qui se propage sur une trame serrée simultanément dans les domaines énergétique, climatique, financière et alimentaire. Comme trop souvent, les politiques font abstration de ces réalités et réduisent leur "analyse" à quelques notions tirées du prêt-à-penser, contradictoires, partielles et partiales.

Parmi les justifications invoquées illustrant cette absence de rigueur intellectuelle il y a celle d'une réduction de 10 % pour le canton de sa dépendance d'approvisionnment électricité. Comment peut-on honêtement invoquer un tel argument pour justifier un investissement de 200 millions de francs sans simultanément chiffrerà titre comparatif le coût et les conséquences du statu quo ? Où sont restés les explications relatives à la solution qui consisterait tout simplement à accepter que Genève en reste à un taux d'auto-approvisionnement électrique de 25 % tel qu'il se présente actuellement ? Qui nous expliquera à quoi rime cette ambition d'accroître à un prix démentiel le taux "d'indépendance énergétique" du canton ? Faut-il rappeler que c'est à la Condédération et pas aux cantons que revient la tâche d'assurer l'approvisionnement énergétique sûr et pérenne du pays ?

Les autorités genevoises devraient insister auprès des SIG pour qu'ils se consacrent en priorité à résoudre leur problème majeur, à savoir une exploitation insuffisamment efficace et trop coûteuse. Les ressources humaines y restent pléthoriques et certaines capacités de production sont manifestement excessives.  Ajouter l'investissement envisagé de 200 millions au passif du bilan des SIG ne ferait qu'accroître encore la lourdeur des hausses de prix que la régie entend infliger aux Genevois dans les mois à venir.

Elles devraient également se remémorer les objectifs extrêmement ambitieux qu'elles se sont donnés s'agissant d'une part la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d'autre part en matière de réduction de consommation électrique du canton. Il y a dans leur attitude une sorte de schizophrénie inquiétante qui les conduit simultanément à discourir sur les dangers des changements climatiques et sur la fin prochaine des énergies fossiles, à adopter en fanfare le concept de la société à 2000 watts et des plans de mesures destinées à réduire la consommation d'énergie des Genevois, tout en acceptant de polluer d'avantage l'athmosphère avec une centrale à gaz excessivement chère au prétexte d'une indépendance énergétique illusoire ne serait-ce que parce que Genève ne recèle pas de gaz dans son sous-sol.

10:59 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

23/04/2008

les ONG et la crise alimentaire mondiale

La TdG, sous la signature de M. OLivier Bot, donne ce jour à diverses ONG et au syndicat Uniterre l'occasion de faire, au prétexte de la crise alimentaire qui secoue la planète, un nouveau "tour de piste médiatique". Comme à l'habitude les propos tenus par les représentants de ces associations se résument à quelques formules, présentées comme des évidences et des généralités, du genre : "Il faudrait déjà que les paysans aient accès aux graines" ou " Les pays du Nord poussent ceux du Sud à signer des accords empêchant les paysans de réutiliser ou de conserver des semences protégées" ou encore "De plus en plus de paysans dépendent d'une armada de textes sur la propriété intellectuelle qui empêchent l'accès des paysans à la propriété des semences".

Au cas ou par chance l'un ou l'une des auteurs cités dans l'article de M. Bot prenait connaissance des interogations qui suivent il serait utile à la cause défendue par eux qu'ils prennent une fois le temps d'y réfléchir sérieusement et d'y répondre objectivement. Ils rendraient plus compréhensible et plus crédible leur combat.

1. Savent-ils que, comme Claude Allègre le rappelle dans son dernier ouvrage, le gène qui empêche de replanter les semences génétiquement modifiées a été mis au point non pas à l'initiative des producteurs mais, au début de l'expérimentation des OGM, à la demande du ministère de l'Agriculture américain par précaution, pour faire en sorte que si un OGM se révélait dangereux pour l'environnement, il ne puisse pas se reproduire ?

2. Pourquoi se scandalisent-ils de la dépendance des paysans du Sud à l'égard des semenciers alors que les agriculteurs de nos pays ont depuis longtemps renoncé, pour des raisons d'efficacité et de productivité, à replanter leurs propres graines, contribuant ainsi massivement à réduire la biodiversité et se mettant volontairement en état de dépendance à l'égard des entreprises qui les livrent.

3. Comment justifient-ils en chiffres leur affirmation selon laquelle les OGM seraient rentables pour les grandes exploitation et destructrices pour les petites ? Ne confondent-ils pas par absence de rigueur ou en toute mauvaise foi les facteurs pécuniers avec d'autres aspects plus globaux tels que les dangers de l'uniformisation des semences, le protectionnisme agricole des pays riches ou le rôle souvent discutable des conglomérats agroalimentaires ?

4. Pourquoi ne nuancent-ils jamais leurs propos sévères par ceux que par exemple Kofi Annan a tenus lors d'une récente conférence sur le continent noir : "Les OGM constituent une chance pour l'Afrique d'accéder au savoir. Le génie génétique représente un espoir considérable pour les pays pauvres" ? Ou ceux de la Kenyanne Florence-Wambgu : "L'agressivitédes Européens à l'égard des OGM relève d'une pathologie de nantis" ?

13:33 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

12/04/2008

Le Grand Conseil et la crise alimentaire mondiale

Il est souvent question dans les médias, depuis quelques semaines, de la crisealimentaire que certains nous prédisent. Il faut dire que le sujet est grave et en ce printemps les paysans indiens prient le ciel plus intensément que jamais de leur apporter la mousson estivale sans laquelle leurs récoltes risquent de se trouver amenuisées de plusieurs dizaines de pourcents par rapport à une année normale. Dans un article récent de la revue Newsweek les chroniqueurs notent que, pour ce pays comme pour les autres pays en développement, particulièrement les moins favorisés, une mauvaise récolte 2008 de céréales et de riz se traduirait en effet par une véritable catastrophe.

Sous l'influence de facteurs désormais bien identifiés (besoins accrus de la Chine et de l'Inde, priorité donnée à la culture des plantes destinées à la fabrication des biocarburants, protectionnisme agricole des pays occidentaux, démographie galopante, etc.), les stocks alimentaires, qui au cours des dernières décennies permettaient au monde de faire face à de telles occurences, se sont en effet effondrés. D'un haut de 37 % de la consommation mondiale annuelle ces stocks sont tombés aujourd'hui à 17 % car depuis le début du siècle la production mondiale s'est révlée régulièrement inférieure à la consommation des habitants de la planète.

Et à Genève, pendant ce temps ...

Le Grand Conseil genevois a pris l'habitude, au nom "du rôle humanitaire et international de la Cité de Calvin", de s'exprimer fréquemment sur des sujets qui restent fort éloignés de sa sphère de compétences. C'est ainsi que depuis une dizaine d'années il a, à diverses reprises, donné au monde, sous la forme de Résolutions, son avis sur des questions de portée internationale telles que le conflit israélo-palestinien, la question irakienne, le statut des femmes en Afghanistan, la séquestration d'Ingrid Betancourt, etc. Ces résolutions sont souvent pétries de bonnes intentions mais se révèlent presque toujours aussi prétentieuses qu'inutiles. Ces textes demeurent en effet sans portée pratique. Ils n'en donnent pas moins une image décalée des autorités du canton et générent des signaux pas toujours conformes à ce qu'il est convenu d'appeler "l'Esprit de Genève", cet esprit empreint de tolérance, d'empathie et ... de raison.

Notre parlement va à nouveau être saisi, lors de sa session de ce mois, d'une résolution de cette veine. Malgré la crise alimentaire mondiale qui se profile, elle exige au nom du désormais fameux "principe de précaution" que soit limitée la recherche en matière d'OGM et que l'on reporte à plus tard l'utilisation de ces produits. Curieuse façon pour le Grand Conseil d'apporter sa contribution à ce qui sera probablement le plus grand défi de l'humanité au cours des années à venir, à savoir l'alimentation des peuples de la planète. Car, il faut le dire et le redire, jamais une seule étude scientifique sérieuse n'a confirmé les dangers invoqués par les activistes et les protectionnistes brutaux qui suivent José Bové dans sa croisade anachronique et malhonnête.

Notons pour l'anecdote qu'à Genève on est particulièrement incohérent lorsqu'on prétend s'élever contre le développement des OGM. Notre canton n'est-il pas le lieu où a été mis en valeur un OGM très unanimement apprécié, le Gamaret ? Est-ce parce que ce plant, au lieu d'avoir été créé par Monsanto ou Novartis, a été conçu par des stations de recherches agricoles romandes qu'il recommandé et consommé sans restrictions ?

Plus sérieusement, les députés seraient bien inspirés en se penchant sur ce texte de se demander comment les habitants des pays craignant pour leur avenir alimentaire vont interpréter ce genre d'initiative ? Et comment, s'ils approuvent ce texte, les députés genevois seront-ils en mesure de justifier que l'on reporte aux calendres grecques la recherche et la mise sur le marché de variétés de céréales exigeant pour venir à maturité moins d'eau et moins de pesticides, ces variétés qui permettront à nombre de pays d'accroître leur production alimentaire ?

 

 

 

 

09:42 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook