08/09/2008

Nos gouvernements sont élus "à l'aveugle"

Durant l’été le PS a suggéré une procédure qui permettrait désormais aux parlementaires helvétiques de « limoger les conseillers fédéraux qui négligent grossièrement leur fonction ». Et ces jours-ci le landerneau politique et médiatique s’agite autour de l’idée de faire élire le Conseil fédéral par le peuple.

Gageons que cette agitation et ce bavardage ne déboucheront sur rien. Ils ne font qu’alimenter les gazettes et les ondes radiophoniques et télévisuelles. Les deux propositions se fondent en effet sur une analyse erronée des problèmes que connaît la Suisse avec ses exécutifs.

Au plan fédéral, il faut rappeler que les conseillers fédéraux sont élus par l’Assemblée fédérale non pas sur la base d’un programme de législature mais proportionnellement aux forces en présence, en fonction de leur origine, sur la « bonne mine » des candidats, sans engagement politique clair et au contraire sur leur aptitude à se fondre dans le moule de la collégialité. On comprend donc mal comment une majorité de parlementaires pourrait objectivement définir ce que M. Levrat appelle un « manquement grave ». Et on ne voit pas mieux comment le peuple pourrait élire, dans une sorte de grande loterie, un Conseil fédéral dont on n’imagine pas qu’il puisse ne plus représenter les diverses composantes du pays.

On ne manquera pas de relever au surplus que si l’élection des exécutifs par le peuple constituait la panacée on verrait des gouvernements cantonaux qui gouvernent réellement et efficacement. Chacun sait qu’il n’en est rien. Pas étonnant puisque dans les cantons les citoyens élisent leurs ministres littéralement « à l’aveugle ».

Durant toute leur campagne électorale en effet les candidats vantent sans compter les mérites de leur programme, s’invectivent abondamment. Or une fois élus, généralement grâce aux forceps des arrangements partisans, la première chose qu’on exige d’eux est qu’ils renoncent à leurs convictions politiques au nom de la collégialité de l’exécutif où ils vont siéger. Et la deuxième est qu’ils se rabibochent sans tarder car en l’espace d’une quinzaine il leur revient d’élaborer un « programme de législature », document qui ne peut évidemment contenir qu’un médiocre catalogue de mesures « consensuelles », donc sans valeur réformatrice, ainsi que moult vœux pieux. L’exemple du « Discours de Saint-Pierre » lu par le Conseil d’Etat genevois en décembre 2005 illustre bien ce malheureux constat.

C’est là, dans cette procédure anachronique, que se situe la caractéristique unique de notre démocratie et c’est à cet anachronisme qu’il s’agit de mettre un terme.

La solution existe dans les cantons. La future assemblée constituante genevoise aura d’ailleurs l’occasion de traiter un projet radical allant dans ce sens. Il s’agit de renforcer l’homogénéité du collège gouvernemental en exigeant de lui qu’il s’engage lors du processus électoral sur un programme de législature clair. Comment ? En faisant procéder à son élection par le peuple non selon la méthode actuelle, qui favorise les calculs partisans et les compromis les moins reluisants, mais sur la base de listes de candidats bloquées.

Elle existe aussi à Berne. Elle ne consiste ni dans l’élection populaire ni à autoriser le parlement à se débarrasser d’un ministre décevant en cours de législature. Elle réside pour l’Assembles fédérale à se prononcer non plus sur le destin des candidats les uns après les autres mais, là aussi, sur des listes bloquées, à orientation politique clairement définie. Finie l’épicerie fédérale ? Oui mais pas l’équilibre des représentations linguistiques et régionales.

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22/08/2008

Freysinger et les minarets

Selon Oskar Freysinger "l'islamisation est un fait avéré et le minaret est le symbole de cette islamisation". A la lecture de propos aussi simplistes, rapportés par la TdG jeudi, on ne saurait rester sans réactions. 

Surtout pour s'étonner qu'un politicien suisse, au surplus chargé de l'enseignement des adolescents valaisans, pour soutenir son initiative dite "anti-minarets" se contente de sa queue de cheval et de l'air du temps pour clamer que l'islamisation de la Suisse est incontestable. Car cette affirmation est tout simplement sans fondement.  

On compte dans notre pays au maximum 400'000 musulmans dont une très large partie n'est pas pratiquante et parmi eux les islamistes prosélytes sont quasi inexistants. Ils ne représentent donc même pas 6% de la population helvétique. Quel diable le Valaisan voit-il dans les quelques mosquées et leur minaret que la communauté musulmane aimerait ériger dans quelques unes de nos villes ?

Manifestement Freysinger, trop occupé par la politique politicienne, n'a plus le temps de s'informer sur la marche du monde et sur les grands mouvements des populations qui l'occupent. Manifestement Freysinger a perdu les repères qui permettent habituellement à ceux qui prétendent contribuer à la formation de l'opinion publique d'accomplir honnêtement leur travail. Manifestement il n'est pas au courant en particulier des bouleversements démographiques qui marquent le Moyen Orient depuis quelques années. Il convient donc d'éclairer sa lanterne.

Nombre des signataires de l'initiative "anti-minarets" l'ont endossée au prétexte qu'il n'y a aucune raison de favoriser le développement de lieux de cultes pour ceux qui, dans leurs pays, refusent de reconnaître les religions chrétiennes. Comme Freysinger, ils seront intéressés d'apprendre, Newsweek le relevait récemment, qu'avec le nombre croissant de Chrétiens travaillant dans les Emirats et en Arabie saoudite on note des signes clairs de tolérance grandissante à l'égard de la pratique religieuse de ces communautés.

Elles vivent certes dans des conditions précaires, mais une vingtaine de paroisses catholiques existent désormais sur la péninsule arabique. Par ailleurs, en mars dernier, a été inaugurée à Doha, au Qatar, la première église chrétienne du pays. Enfin, récemment, le chef de l'Eglise copte égyptienne s'en rendu à Abu Dhabi pour y rencontrer des membres du gouvernement.

Et dans ce contexte d'ouverture s'est inscrit un événement très important, à savoir l'invitation adressée récemment au pape Benoît XVI par le roi Hamad de Bahrain de se rendre en visite officielle dans son pays.

Si les attitudes changent au sein des pays musulmans les plus fermés ce n'est évidemment pas à cause de l'anti-islamiste de certains milieux suisses et européens. C'est parce que la démographie dans la péninsule arabique se modifie rapidement et dans des termes qui montrent par comparaison tout le ridicule des craintes que Freysinger évoque d'une "Ueberfremdung musulmane".

Aujourd'hui, 35 % des habitants de Bahrain sont des étrangers. Au Koweit la part des travailleurs étrangers s'élève à 60 % et dans les Emirats arabes unis ce chiffre monte à 80 %. Globalement, sur les 35 millions d'habitants de la péninsule arabique, on dénombre aujourd'hui près de la moitié d'étrangers. Or une très large proportion de ces gens est chrétienne, originaire principalement des Philippines et du sud de l'Inde. La pression s'accentue donc sur les autorités pour qu'elles accordent à ces populations les droits liés à l'exercice de leurs convictions religieuses.

A l'éclairage de ces informations l'initiative dite "anti-minarets" n'apparaît donc plus seulement condamnable en termes politiques, sociaux et éthiques. Elle se révèle également anachronique, d'autant plus nuisible à l'image de la Suisse. Il est par conséquent nécessaire, comme elles en ont l'intention, que les autorités fédérales traitent rapidement ce texte. Et qu'elles lui tordent clairement le cou avant de la soumettre au peuple.

 

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17/05/2008

CFF Cargo : la Suisse qui gagne et celle qui perd

Voici quelques années des économistes et des journalistes américains ont forgé l'expression "La vieille Europe". Ils désignaient ainsi les pays européens qui, corsetés dans des législations désuètes et figés dans des structures anachroniques et protectionnistes, refusaient de tirer les conséquences, les avantages aussi, de la globalisation des échanges et de l'ouverture des marchés qui se sont précipitées après l'effondrement de l'Union soviétique.

L'économie de notre pays, grâce au dynamisme des entreprises surtout, grâce aussi à la clairvoyance de certains politiciens, en témoigne : il y a  aujourd'hui une Suisse qui gagne. Mais il y a également une "vieille Suisse", une Suisse qui par attachement à des acquis illusoires et par absence de vitalité reste recroquevillée sur elle-même, une Suisse qui prépare par son immobilisme et ses peurs ses difficultés de demain. La conclusion, provisoire n'en doutons pas, de l'affaire CFF Cargo, a bien montré comment se partagent les camps.

Fribourg a gagné parce que les autorités, engagées depuis des décennies dans un considérable et fructueux effort de développement du canton, savent de longue date que ce développement ne saurait intervenir durablement sans décisions courageuses, sans ruptures parfois douloureuses. Elles sont conscientes du nécessaire investissement dans les secteurs économiques à haute valeur ajoutée et de la création d'emplois à qualification toujours plus élevée. Ces autorités, dans l'épreuve CFF Cargo, ont compris que les difficultés financières mettaient l'entreprise en péril. Elles ont su parfaitement négocier pour finalement accepter de renoncer à des postes de travail sans avenir en contrepartie d'engagements considérables autant en investissements qu'en création d'emplois durables.

Le Tessin a perdu. C'est le terme de ces négociations, jeudi dernier, que les employés des ateliers tessinois de CFF Cargo ont choisi pour adresser à leur collègues fribourgeois un message, pathétique tant il apparaît hors contexte, rédigé sur le ton des condoléances invitant leurs collègues à continuer la lutte et en les assurant de leur soutien. Manifestement ces malheureux n'ont pas retenu les leçons de l'histoire industrielle récente du pays, celle de la Boillat en particulier. Mal conseillés par un monde syndical animé par une idéologie en ruine et par des motifs corporatifs, trompés gravement par des Conseillers d'Etat bien peu courageux ou franchement stupides, ils croient probablement sincèrement qu'ils ont pu reprendre leur travail comme si rien ne s'était passé et pour longtemps. Pourtant des temps difficiles les attendent car les réalités de l'entreprise et du marché sont têtues. Ils devront cette fois les affronter seuls, sans le "soutien" du monde politique et des médias.

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05/05/2008

Mme Widmer-Schlumpf et les Machiavel de pacotille

Comme nombre de Romands je me suis assis devant mon écran de TV hier soir. Comme beaucoup de Romands j'ai ressenti un malaise en entendant comment Mme Widmer-Schlumf, visage fermé et yeux clairs, expliquait, à moult reprises et toujours avec les mêmes mots les apparentes contradictions de son comportement de décembre dernier.

Mais j'ai surtout éprouvé de la consternation en écoutant MM. Levrat, en sueur, et Darbellay, crispé, dans leurs dénégations du "coup du 12 décembre". Mais qu'ont-ils donc, me demandais-je, à protéger si vigoureusement, au prix de leur propre crédibilité, la nouvelle conseillère fédérale UDC ? N'y a-t-il pas dans l'attitude de ces deux politiciens encore jeunes mais déjà artistes des calculs politiciens à court terme, généralement peu reluisants mais si typiques de notre démocratie dite de concordance, la preuve évidente de l'accord donné préalablement par Mme Widmer-Schlumpf à l'opération d'éviction de M. Blocher ? La preuve évidente aussi du piège dans laquel ils se sont inutilement enfermé et de l'obligation qu'ils ont manifestement acceptée de défendre, une fois la manoeuvre réussie, l'image et la santé politique du cheval de Troie qu'ils s'étaient choisi ?

A défendre comme ils l'ont fait dimanche soir Mme Widmer-schlumpf les deux alliés de circonstance montraient leurs limites : celles de deux hommes, animés surtout par la jalousie et la haine, empétrés dans un complot qui a certes atteint son but mais dont ils n'avaient à l'évidence pas mesuré les conséquence sur la vie politique du pays. On pardonne volontier tous les gens simples, à la fibre socialiste ou verte, qui stupidement allumaient des bougies et sabraient le champagne sur la Place fédérale le 12 décembre comme si la Gauche avait ce jour-là pris le pouvoir au Conseil fédéral. Mais on ne peut être que consterné par l'attitude de "l'élite politique socialiste et PDC" du pays, une élite qui a cru pouvoir endosser le manteau de Machiavel mais qui a manifestement oublié de lire Le Prince.

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07/01/2008

Les trois leçons de Pékin

Le passage à une année nouvelle constitue toujours une source d'interrogation inquiète : "de quoi les mois à venir seront-ils faits ?". En termes géopolitiques la réponse ne fait aucun doute, 2008 sera l'année de Pékin.

Dans sa dernière édition de l'an passé l'hebdomadaire américain Newsweek a consacré de nombreuses pages à l'émergence de la Chine, nouvelle puissance mondiale qui ne manquera pas l'été prochain de dévoiler davantage encore ses splendeurs, ses réalisations, sa grandeur et sa force à l'occasion de JO de Pékin. Un pays qui en vingt ans à atteint un niveau d'industrialisation, de production, d'urbanisation et de transformations sociales qu'il afallu deux siècles à l'Europe pour réaliser. Un pays qui entre 1975 et aujourd'hui a permis, grâce à ce développement stupéfiant, à 400 millions de Chinois de s'extraire de la pauvreté.

Aux Occidentaux, aux Helvètes notamment, l'émergence de la Chine doit apporter trois enseignements majeurs.

Le premier est d'ordre culturel. L'Empire du Milieu a connu une éclipse longue de deux siècles qu'en quelques décennies de labeur il a su effacer pour retrouver son rang dans le concert des grandes nations. Comment ? En retrouvant ses profondes racines culturelles, confucéennes, que 150 ans de colonialisme européen et 25 ans de désastre marxiste n'ont même pas réussi à écorcher.

Les promoteurs du relativisme culturel et de la multi-culturalité devraient en particulier s'en persuader : un peuple vit et survit, surmonte les crises et progresse grâce à son son ciment culturel, grâce à l'ancrage de sa civilisation dans les coeurs et les esprits des générations.

Le deuxième enseignement réside dans le constat qu'un peuple ne peut trouver qu'au sein de ses élites et parmi ses enfants les plus entreprenants les ingrédients de son essor social et économique. Pour la Chine le déclic s'est produit lorsque, voilà une trentaine d'années, les dirigeants ont compris et saisi l'immense opportunité que représente pour les pays sous-développés la libéralisation mondialisée des échanges de biens, de services, de technologies et de capitaux.

A ce chapître l'Occident est appelé à admettre l'échec de la politique d'aide au Tiers monde qu'il a menée depuis le milieu du 20ème siècle. Une politique d'assitance, contraire aux intérêts bien compris et durables des peuples bénéficiaires, à laquelle nombre de milieux persistent chez nous à adhérer en se donnant bonne conscience et qui pourtant constitue un énorme gaspillage de ressources au profit trop souvent des minorités dirigeantes corrompues dans les Etats pauvres.

Une troisième leçon est révélée par l'accès progressif des Chinois à l'aisance matérielle. Cet accès s'accompagne visiblement d'une évolution du pays vers plus de liberté de pensée et d'expression, moins de centralisme bureaucratique et immanquablement davantage de démocratie.

Il s'agit donc pour les sociétés occidentales de repenser le bienfondé des pressions politiques qu'elles exercent sur certains pays pauvres au nom des droits de l'Homme ou du "droit d'ingérence humanitaire". Ces pressions, généralement contre-productives contribuent en fait au ralentissement des processus de développement et masquent trop souvent le protectionnisme et un forme nouvelle d'impérialisme des pays nantis. Après les illustrations coréenne et chilienne l'exemple chinois apparaît particulièrement éclairant à ce sujet.

 

 

 

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20/12/2007

Nos sept "Sages" élus par le peuple ?

La presse helvétique (allez savoir pourquoi ?) multiplie ces jours les aticles concernant l'idée de faire élire le Conseil fédéral par la peuple plutôt que par l'Assemblée fédérale.

Ces articles dans leur très grande majorité dissertent sur "le soutien politique limité" que recueille cette idée, sur "l'affaiblissement qui en découlerait pour le parlement", sur les "risques de voir les conseillers fédéraux d'être en campagne permanente", etc. Mais peu d'analystes abordent cette proposition avec une hauteur de vue suffisante, celle que donne l'observation de ce qui se passe chez nos voisins depuis longtemps et celle qui fait la part d'une réflexion complémentaire, propre à nos institutions. Des institutions qui visent au multi-partisme.

A l'évidence, une modification de la constitution fédérale serait nécessaire. Et alors ? Voilà, si elle était entérinée par le peuple, qui ne constituerait pas une révolution puisque dans tous les cantons ce sont bien les citoyens qui élisent leur gouvernement.

Plus intéressant par contre est de se demander comment, dans un tel système, le Conseil fédéral pourrait continuer à être réellement représentatif d'une majorité suffisante de la population. Pour répondre à cette interrogation il faut commencer par réaliser que l'élection d'un Conseil fédéral par le peuple ne saurait se concrétiser autrement que moyennant la présentation aux citoyens de plusieurs listes de candidats dites "bloquées", c'est-à-dire de listes non panachables, issues de négociations inter-partisannes, fondées sur de véritables programmes de législature, résultant de coalitions politiques claires et bien évidemment savamment équilibrées pour représenter le mieux possible les minorités, notamment linguistiques, et les divers courants économiques et sociaux du pays.

Ce type d'élections présenteraient au moins deux aspects bien séduisants.

D'abord elles forceraient enfin les partis politiques et les candidats à se situer, à annoncer au peuple ce qu'ils entendent faire du pouvoir avant d'y accéder. Elles impliqueraient donc que dans notre pays des alliances durables se substituent aux marchandages inattendus et aux compromis opportunistes qui marquent la vie politique helvétique actuelle.

Ensuite elles offriraient l'énorme avantage de rendre la politique nettement plus claire et attractive aux yeux des électeurs. Ceux-ci y trouveraient très vraisemblablement d'avantage d'intérêt et de motifs d'engagement actif.

En fait, un tel système pourrait déjà se développer dans les cantons. Alors pourquoi donc, dans aucun d'entre eux, les partis n'y ont-ils recours ?

A cause d'une expérience ratée à Genève à l'époque d'un "monocolore" qui n'en fut pas un et parce que, surtout, malgré leurs hautes cîmes les Suisses ont une sainte frousse du vide et du changement. Rappelons que lors de la récente révision de la constitution vaudoise les constituants avaient caressé l'idée d'institutionnaliser l'élection du gouvernement par la mise en concurrence de liste bloquées avant d'y renoncer sous la pression ... des partis. Pourquoi ? Parce que bien évidemment pour ces derniers les risques d'un tel système se révèlent considérables, le plus gros étant l'éviction d'un pouvoir qu'actuellement ils sont assurés de partager. Avec tous les avantages, financiers notamment mais aussi celui de "durer", qui accompagnent ce statut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29/10/2007

Grâce au PDC, une Suisse réellement gouvernée ?

 

Aprés les considérations exprimées à la mi-octobre par M. Arnold Koller, ancien conseiller fédéral démo-chrétien, les lecteurs de la presse romande ont pris connaissance avec intérêt des propos tenus au lendemain du 21 octobre par M. Urs Schwaller, vice-président du PDC suisse. Aprés sa brillante élection au Conseil des Etats le Fribourgeois a lui aussi formulé clairement l'idée d'un programme de législature devant servir de base à la formation du futur Conseil fédéral.

Rompant avec le "centrisme indéfini" cher au PDC M. Schwaller tire ainsi les leçons des dernières élections fédérales. Celles-ci ont montré que si les grands partis entendent participer à un gouvernement efficace de la Suisse ils sont contraints, eu égard à la raideur et à la capacité de nuisance de l'UDC, de choisir leur camp. Comment ? En acceptant ce que l'UDC exige depuis toujours : substituer à la conduite cahotante du pays, au coup par coup et au gré des intérêts partisans, un contrat de législature négocié et publié préalablement à l'élection de l'exécutif et définissant les objectifs de ce dernier ainsi que les moyens qu'il entend utiliser pour les atteindre. Ce contrat est logiquement appelé à être conclu par les trois partis bourgeois qui représentent, faut-il le rappeler, plus de 60 % de la population. On voit mal en effet la gauche poser sa signature sur un document engageant concrètement l'UDC, le PDC et le PRD.

Osons cette prédiction : quoi qu'il en soit les partis ne pourront encore longtemps échapper à un tel contrat de législature. En effet, l'environnement de la Suisse a été bouleversé par les vingt dernières années aussi bien dans sa dimension politique que dans les secteurs de la sécurité, de l'éducation, du social, de la démographie, des finances publiques, de l'économie interne et des échanges internationaux. Une véritable stratégie gouvernementale s'avère désormais indispensable. Le contrat de législature doit être l'instrument de cette stratégie et il apportera en quelques sortes à la Suisse une version modernisée de la concordance. De "pragmatique" celle-ci deviendra mobilisatrice, impliquera des engagements clairs et durables et sera enfin compréhensible pour les citoyens.

Chacun devrait saisir qu'un tel contrat constituera l'arme la plus efficace aux mains du PDC et du PRD dans la lutte menée par ces deux partis contre l'ogre UDC. Il fournira aussi aux habitants du pays la garantie que, comme ils le souhaitent viscéralement depuis toujours, la Suisse sera gouvernée au centre-droit et non à l'extrême-droite. Car le contrat de législature pourra seulement voir le jour à la condition que l'UDC renonce dans sa formulation à ses thèses excessivement nationalistes, des thèses au demeurant très minoritaires dans le pays et qui forment le seul domaine politique inacceptable et non négociable pour les deux autres partis bourgeois. A l'évidence, l'élaboration de cette plateforme sera rude, aprement négociée, mais elle mettra en lumière la vigueur, la résilience et la santé du pays.

Certains trouveront dans ce scénario, qui de facto met fin à la présence du PS au sein du Conseil fédéral, des sujets d'inquiétude. Notamment la crainte d'un abus par la minorité des droits populaires et la multiplication des référendums contre les décisions de la majorité. Parions que ces manifestations ne nuiront pas davantage qu'aujourd'hui à la bonne marche du pays, tant il est vrai que dans la constellation actuelle le PS, en dépit de ses deux ministres, se révèle déjà dans la rue l'opposant régulier et le plus fréquent aux décisions des chambres fédérales.

Existe-t-il des alternatives à ce scénario ? Oui, on peut en imaginer deux.

L'un, quelque peu farfelu, qui consisterait à gouverner sans l'UDC. C'est l'idée avancée récemment en illustration de ce qu'il appelle "une nouvelle formule magique républicaine (!)" par Jean-François Mabut. Il verrait un Conseil fédéral composé de deux radicaux, deux PDC, deux socialistes et un Vert. Qui, à part le chroniqueur de la Julie, peut imaginer ces quatre partis se mettant d'accord sur autre chose qu'un semblant de programme commun ? Un seul exemple : comment concilier dans le contexte actuel des finances publiques des socialistes qui rêvent d'un Etat ample, généreux, largement financé par l'impôt et le PRD qui exige un Etat fort, efficace, parcimonieux ?

Le second scénario, celui qui habituellement triomphe chez nous, est celui du statu quo, du conservatisme, du consensus mou, des accords de coulisses partisans, d'une culture de l'absence de risques et de ruptures, celui qui rend la politique helvétique si opaque et si peu attrayante aux yeux de nos concitoyens.

L'ouverture du PDC constitue un grand progrès. Nos élus ont désormais le choix. En seront-ils dignes ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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