23/09/2009

Loyers plus élevés pour les étrangers ?

 

L’étude menée récemment par la Haute école de gestion de Genève (HEG) sur le marché locatif genevois est utile parce qu’elle illustre scientifiquement le constat que les étrangers, surtout s’ils sont de condition modeste, paient des loyers plus élevés que les indigènes. En fait tous les observateurs du marché immobilier genevois savaient cela depuis longtemps.

Il ne s’agit pas là, en effet, d’une discrimination envers la population étrangère, comme l’insinue le représentant de l’Asloca interrogé hier par la TdG, mais bien d’une conséquence directe du mauvais fonctionnement du marché. Un marché en insuffisance d’offre et gravement faussé par une législation dite « de protection des locataires », qui dans les faits s’exerce au détriment de ces derniers.

Dans un marché de ce type, l’expérience le montre clairement, ces sont toujours les derniers arrivants qui trinquent. Genève ne fait pas exception et ceux qui y souffrent le plus sont les jeunes et … les étrangers. Pourquoi ?

A Genève on sait que près de 10 % des logements loués changent d’occupants chaque année. Mais ces logements ne sont pratiquement jamais offerts au public, ils se passent « entre bons amis », c’est-à-dire le plus souvent au sein des familles, avec information ultérieure aux propriétaires qui légalement ne peuvent rien y redire. C’est un moyen très efficace pour le nouveau locataire à la fois de s’assurer le logement convoité et d’éviter tout risque de hausse de loyer.

Chacun peut comprendre aisément que les habitants du canton qui disposent de racines anciennes, d’un réseau familial ou social étendu se trouvent en bien meilleure situation pour trouver un toit que celui qui vient d’arriver à Genève ou le jeune couple, issu d’un milieu modeste, désireux de se marier et de s’installer. Quand après moult recherches ces derniers trouvent enfin un appartement, ils sont sauf exception forcés, mais presque contents, de se contenter d’une surface inférieure à leurs attentes et d’un loyer plus élevé que celui de leurs voisins.

Il n’est pas anodin de constater que ceux qui sont largement responsables de la pénurie actuelle, l’Asloca en particulier, ceux qui y trouvent un véritable fond de commerce politique, ne mettent jamais en cause le mauvais fonctionnement du marché immobilier et son « corsetage » législatif. Cette semaine ils en profitent au contraire pour accuser les régisseurs d’une nouvelle monstruosité, celle « d’une sournoise discrimination ».

Pierre Kunz

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16/09/2009

Le "principe de précaution" dans la constitution genevoise ?

 

 

 

Ils sont nombreux, et probablement honnêtes et sincères pour la plupart d’entre eux, ceux qui pensent que le « principe de précaution » constitue l’outil sécuritaire indispensable, particulièrement en matière sanitaire et environnementale d’une collectivité. Pas étonnant qu’à Genève certains membres de l’Assemblée constituante militent pour l’inscription de ce principe dans notre future constitution.

Comment ses promoteurs définissent-ils ce principe ? Selon eux (cf. rapport de la Com5 du 4 septembre 09) « il s’applique aux cas d’incertitudes manifestes quant aux relations de cause à effets probables entre activités humaines et impacts sur les écosystèmes et la santé humaine. Il trouve son origine dans le développement de techniques pouvant causer des atteintes irrémédiables à l’environnement. Son fondement est autant écologique qu’économiques (coût de réparation des dommages bien plus élevés que les mesures de précaution) ».

A première lecture cette définition paraît assez anodine. En fait elle autorise les interprétations les plus abusives. Qu’est donc « une incertitude manifeste ? Comment démontrer à coup sûr qu’il n’y a pas relation de cause à effets ? Qu’est-ce qui permet de définir avec certitude qu’une atteinte n’est pas irrémédiable ?

Manifestement ses auteurs ne semblent pas réaliser que le principe de précaution, s’il était adopté constitutionnellement, d’une part amènerait une rupture dramatique avec l’un des fondements de notre civilisation, d’autre part donnerait aux intégristes de tous bords une justification aux pires paralysies qu’ils pourraient vouloir infliger à la communauté genevoise.

En effet, faire du principe de précaution la règle suprême du fonctionnement politique, social, scientifique, et économique d’une communauté ne revient plus à forcer celle-ci à prendre, comme elle a toujours tenté de le faire, toutes les mesures possibles afin de prévenir les dommages prévisibles en l’état des connaissances. Cela revient à la contraindre de ne rien entreprendre en l’absence de la certitude qu’aucun risque de dommage n’existe, même celui encore imprévisible.

Les progrès accomplis par la civilisation occidentale dans tous les domaines depuis un demi-millénaire sont précisément dus à la capacité de ses membres et acteurs de prendre des risques. Les Helvètes ont par exemple dû accepter de faire quelques paris sur l’avenir lorsqu’ils ont voté la création de l’AVS ou le 2ème pilier, des paris qui révèlent aujourd’hui leur coté aléatoire. En vertu du principe de précaution ils auraient dû s’abstenir de lancer ces réformes. Il faut comprendre que la sécurité générale comme le niveau de vie élevé dont nous bénéficions aujourd’hui découlent de cette démarche faite de prudence et de prévention, mais aussi d’inconnues admises et affrontées.

Or ancrer constitutionnellement le principe de précaution reviendrait à donner aux adeptes des causes les plus intégristes la possibilité de paralyser l’évolution de notre société. Le principe de précaution leur fournirait en effet le prétexte juridique requis pour exiger de l’Etat ou d’une entreprise la preuve que telle démarche ou tel développement est exempt de tous risques, même de ceux qui sont totalement improbables.

On comprend que le législateur fédéral ait refusé d’entrer dans cette logique mortifère. Le principe de précaution ne figure donc pas (contrairement au principe de prévention qui y est explicitement formulé à l’art. 74, al. 2) dans la constitution fédérale, ni même dans la loi fédérale sur la protection de l’environnement.

Il apparaît, à la lecture de ce qui précède, que l’Assemblée constituante genevoise doit évidemment exprimer ses exigences en matière de prévention et cela dans tous les domaines, ceux de la santé publique et de l’environnement en particulier. Mais elle ne saurait retenir dans son texte le principe de précaution sans faire courir les plus grands dangers à Genève.

Pierre Kunz

 

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09/09/2009

Genève, centre de la région : un atout ?

 

Hier soir, à Thônex, s’est tenue la première audition publique mise sur pied dans le cadre des travaux de la Constituante. C’est la Commission 4, celle chargée de l’organisation territoriale et des relations extérieures, qui a organisé cette soirée. Exercice aussi innovant que délicat dont plusieurs enseignements intéressants et utiles doivent être tirés.

Il y a lieu de mentionner d’abord que près de la moitié des constituants étaient présents. Voilà qui démontre l’engagement et le sérieux des élus. Mais voilà qui souligne aussi le peu d’empressement de la population car ces élus formaient la plus large partie de l’assistance. Il faut admettre que cette population a été peu informée de l’évènement. Manifestement, lorsqu’à l’avenir d’autres réunions publiques seront programmées, il conviendra de les annoncer de manière plus intense dans les médias.

Le déroulement de la soirée a mis en évidence aussi que l’audition publique d’experts ne constitue pas un gage d’intérêt des habitants de la région. La problématique traitée et les thèses discutées mardi se sont avérées trop vastes et trop « institutionnelles ». Elles convenaient certes particulièrement à l’information des constituants mais elles restaient mal appréhendables par les citoyens présents.

S’agissant des informations et des expériences apportées par les orateurs (les maires d’Annemasse et de Ferney-Voltaire, le président du Conseil régional du district de Nyon et M. Claude Haegi), on retiendra deux éléments essentiels.

Le premier de ces éléments réside dans le constat qu’il ne s’agit pas pour les constituants d’imaginer et de « faire » la région. Celle-ci existe depuis longtemps, elle se construit jour après jour essentiellement grâce aux populations, à coup d’initiative privées. Il y a longtemps que les populations se sont appropriées la région même si celle-ci n’est pas institutionnalisée, si elle n’existe pas politiquement.

Le Comité régional franco-genevois, certes lourd et soumis a des contraintes politiques et administratives considérables, à suffi au cours des trois dernières décennies pour encadrer et à matérialiser les quelques coopérations transfrontalières publiques que nous connaissons. La constitution d’une nouvelle institution régionale de concertation, envisagée par certains afin d’activer les collaborations régionales, a été reçue froidement par les quatre intervenants principalement parce que cette idée fait abstraction des réalités politiques : les pouvoirs de décision français, genevois et suisse sont difficilement compatibles. Cela étant, les autorités politiques sont contraintes de restreindre leurs initiatives à la solution de problème techniques et pratiques.

Il n’empêche, la Constituante dispose d’une opportunité unique de marquer la naissance dans la constitution genevoise d’une région franco-valdo-genevoise, dont Genève constitue autant le moteur que le bénéficiaire, et de donner à cette dernière visibilité et accélération.

Le deuxième enseignement concerne l’équilibre socio-économique de la région. Et sur ce plan on peut dire qu’il y a eu unanimité chez les quatre intervenants pour souligner combien il revenait, de toute urgence, à Genève de résoudre le problème fondamental de cette région, celui qui explique tous ses déséquilibres et les tensions qui y règnent : cesser d’exporter, comme nous le faisons depuis trente ans, en France et en Pays de Vaud les logements de ceux travaillent dans le canton.

Une conclusion assez générale peut être tirée de la soirée. Elle concerne l’ensemble des travaux de la Constituante, particulièrement des auditions. Il s’agit du heurt inéluctable entre d’une part les ambitions et les idéaux exprimés par les constituants, d’autre part les réalités et les coutumes invoquées, soulignées par les experts et les praticiens. Ce heurt des conceptions dites « progressistes » et de celles défendues par les « conservateurs », qui soit dit en passant n’ont rien à voir avec les notions de gauche et de droite, sera présent en permanence et cadrera fortement le texte qui sortira des travaux de la Constituante. C’est un heurt bénéfique. A condition qu’il n’étouffe pas toute ambition réformatrice.

Pierre Kunz

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31/08/2009

Devenir député, pourquoi ?

Les motifs les plus divers poussent une femme ou un homme à se présenter à l'élection au Grand Conseil. Des plus futiles aux plus estimables.

Par exemple, le sentiment de rendre service à un ami ou un parti en acceptant de voir son nom porté sur une liste, persuadé que l'on est de n'avoir aucune chance d'être élu et ... d'être élu tout de même.

Ou la satisfaction de pouvoir faire suivre le nom figurant sur sa carte de visite par la mention "député au Grand Conseil".

L'ambition parfois de se constituer un réseau professionnellement et socialement plus étoffé.

Le besoin aussi d'apporter sa contribution au développement de notre "vivre-ensemble".

Ou encore le désir d'expliquer et de mettre en oeuvre un projet de société différent.

Et, pourquoi pas, simplement l'envie de faire partie de ceux qui "font les lois".

Le journal "Le Temps" de ce jour consacre une page à Simenon et rappelle quelques propos de l'homme et écrivain remarquable qu'il fut, des propos que Pierre Assouline, son meilleur biographe, a rassemblé dans le dernier ouvrage, intitulé "Autodictionnaire", qu'il vient de consacrer à l'auteur belge. Deux de ces citations me paraissent correspondre parfaitement à ce qui améne certains, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, à affronter pour des raisons plus intimes, plus viscérales les urnes et, une fois élus, "la grandeur et la servitude" de l'engagement politique.

A la rubrique Observation : "J'ai horreur de l'observation. Il faut essayer. Sentir. Avoir tout fait, non à fond, mais assez pour comprendre."

A la rubrique Vérité : "Ma véritable ambition, c'est de saisir la vérité, ou même les vérités camouflées, sinon je n'existe pas, je ne sers à rien."

On ne saurait mieux exprimer la joie intense, bien plus forte que les contrariétés innombrables, de celui ou celle qui s'engage avec conviction et participe avec enthousiasme au travail parlementaire. On ne saurait mieux laisser entrevoir l'immense satisfaction intellectuelle apportée par la compréhension, de l'intérieur, du fonctionnement de nos institutions, des jeux du pouvoir, du rôle des médias.

Pierre Kunz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17/08/2009

La dette publique genevoise et la presse

 

 

 

On sait depuis longtemps pourquoi le Grand Conseil genevois est si peu enclin à jouer le rôle de critique d’un gouvernement au sein duquel la plupart des partis politiques sont représentés. Chacun se trouve évidemment plus ou moins directement amené par le système à protéger son ou ses « poulains ».

Cela étant, jusqu’à il y a quelques années, on pouvait au moins compter sur le « quatrième pouvoir », celui des médias, pour tenir le flambeau de la contestation et de la critique et pour informer les citoyens sur les erreurs, les faiblesses et les promesses non tenues du Conseil d’Etat.

Est-ce parce les journalistes négligent la préparation des interviews qu’ils réalisent ? Est-ce plutôt parce qu’ils ne disposent plus du temps et des moyens de se livrer à l’indispensable travail de recherche et d’enquête précédant la rédaction de leurs articles ? Ou encore parce qu’ils ne comprennent pas les éléments des problèmes traités ?

Quelle que soit la réponse à ces questions il s’avère, à la lecture de l’article intitulé « La dette du canton tombe à 10 milliards » publié par la TdG de ce jour, qu’il y manque tout ce qui fait la qualité d’un article de fond : le rappel des données constitutives du problème abordé et la critique factuelle et vigoureuse de l’action du Conseiller d’Etat mis sur le grill. Le journaliste se contente de rapporter les propos du ministre des finances genevois, sans contester ni relativiser ses affirmations. Bref, comme on dit au Café du commerce, il se limite « servir la soupe électorale à un David Hiler » ravi de n’avoir pas à s’expliquer sur l’échec de sa politique.

Marc Bretton aurait pu au moins commencer par rappeler à M. Hiler que la dette publique n’est que le résultat de l’accumulation des déficits et des bonis annuels et que si elle reste et de loin la plus lourde du pays c’est parce que les finances du canton ne sont plus sous contrôle depuis deux décennies, la législature qui s’achève ne faisant pas exception. Il aurait dû souligner que l’objectif prioritaire du gouvernement, annoncé clairement lors de sa prise de fonction, était de contrôler les dépenses, précisément de diminuer de 5 % en quatre ans le nombre des fonctionnaires et de limiter à drastiquement la hausse vertigineuse des subventions. Or ces promesses n’ont pas été tenues puisque le personnel de l’Etat a crû et que la masse des subventions a suivi le trend démesuré des dernières années.

Le journaliste aurait pu aussi indiquer à ses lecteurs l’ampleur des coûts qui accompagneront immanquablement l’assainissement des caisses de pension publiques genevoises, un assainissement chiffré entre 4 et 6 milliards de francs et que le Conseil d’Etat, au delà de la fusion anecdotique de la CEH et de la CIA, avait promis d’engager dès 2010, ce qui ne sera manifestement pas le cas.

Si donc la dette a diminué, si elle paraît plus présentable, c’est clairement pour des motifs qui n’ont rien à voir avec une saine gestion des deniers publique. Ce résultat est surtout la conséquence des circonstances favorables qu’a connues Genève durant la législature, à savoir d’une part des recettes fiscales exceptionnellement élevées et d’autre part le report d’une partie de la dette cantonale sur celle des entreprises publique autonomes, report fictif puisque le canton reste caution de ces entreprises.

La diminution de la dette est certes bonne à prendre. Mais gare aux désillusions à venir et … à la mauvaise foi programmée de ceux qui tenteront de faire croire qu’ils ne sont pour rien dans les déficits très lourds qui ne manqueront pas de s’afficher dés 2011.

Pierre Kunz

17:38 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

27/07/2009

Gare des Eaux-Vives, une argumentation futile

 

Les premières escarmouches relatives à la probable votation populaire sur l’avenir du CEVA ne laissent pas d’inquiéter. Les défenseurs du projet officiel font feu de tous bois, même de bois mouillé ou pourri, pour faire valoir leur cause.

Ainsi le Conseil d’Etat, incapable de construire les habitations dont les Genevois ont besoin, en est réduit à agiter son miroir aux alouettes et à affirmer que le seul moyen de sortir Genève de la pénurie de logements est … de construire des kilomètres de rail de chemin de fer !

C’est en tout cas le message qu’il a explicitement fait passer dans un article paru dans la TdG du weekend. M. David Hiler y informe la population que sur les friches de la gare des Eaux-Vives devraient s’ériger « un théâtre, 250 logements et 12'500 mètres carrés d’activités et de commerce pour autant que le référendum en cours d’annihile pas le projet ferroviaire CEVA ! »

Cette argumentation paraît bien futile et on voudrait que le gouvernement explique avec sérieux ce qui empêche, en l’absence du CEVA, la mise en valeur immobilière immédiate de ce périmètre fort bien desservi par le réseau actuel des TPG. Qu’il nous dise en quoi la nouvelle Comédie, les logements, les activités artisanales, industrielles et commerciales dont il parle auraient besoin du CEVA.

En vérité la mue du quartier de la gare des Eaux-Vives, envisagée depuis des lustres, comme tant d’autres projets dans le canton a accumulé les retards. Non pas dans l’attente du CEVA mis en scène par M. Robert Cramer seulement récemment mais tout simplement à cause de l’absence, vieille de trente ans, d’une volonté politique forte au sein du Conseil d’Etat en matière de développement immobilier et de construction de logements.

De ce qui précède il convient de tirer deux conclusions. La première est qu’il n’y a rien de sérieux dans l’argument selon lequel la mise en valeur du quartier de la gare des Eaux-Vives serait liée au CEVA.

La seconde, bien plus préoccupante, est que la réalisation à grands frais du CEVA, loin d’apporter une solution à la pénurie de logements dans notre canton, risquerait bien de la renforcer encore parce que nos autorités ne manqueraient pas ainsi de se sentir fondées à continuer d’inviter les Genevois à aller habiter « dans la région », en France voisine et en pays de Vaud.

Pierre Kunz

18:36 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/07/2009

CEVA, une "paille" à deux milliards !

Depuis quelques temps, les blogs foisonnent de propos au sujet du CEVA. Il faut dire que le référendum lancé par les opposants au tracé du RER voulu par nos autorités donnera certainement aux Genevois, et c’est heureux, l’occasion de se prononcer sur le fond de la question. Pas étonnant donc que les défenseurs du projet officiel commencent à fourbir leurs arguments et à les avancer.

Mais, disons-le clairement, il faudra qu’ils se révèlent plus sérieux que jusqu’à ce jour. Car pour l’instant ils en restent à des slogans. Pratiquement aucun chiffre ne vient étayer la valeur de leurs ambitions. On nous dit par exemple que

- le CEVA est " indispensable, prioritaire et urgent " ;

- qu’il est temps de rattraper " les vingt ans du honteux retard que nous avons accumulé sur la Suisse allemande " ;

- que le CEVA est essentiel pour " structurer " la région ;

- qu’il est temps de réaliser enfin ce projet " vieux d’un siècle " favorable au développement de notre canton ;

- qu’il faut faire le CEVA " et " le bouclement autoroutier de Genève " et " les 15'000 logements de Praille-Acacias-Vernets ;

- etc.

Qui voudrait bien, parmi les admirateurs du CEVA, montrer aux Genevois, chiffres à l’appui, en quoi le CEVA leur permettrait de vivre mieux dans vingt ans, dans quarante ans ? Qu’il apporte réellement une solution aux maux dont ils souffrent, eux qui n’ont pas mal à leur région mais qui manquent cruellement de logements et qui suffoquent dans le trafic automobile transfrontalier croissant).

Plus concrètement, eu égard à ces maux, qui voudrait bien répondre aux questions suivantes :

- comment pensent-il que le canton pourrait financer simultanément tous les énormes projets susmentionnés ?

- en quoi le CEVA est-il prioritaire sur la requalification de la zone PAV et les 15'000 logements que le Conseil d’Etat envisage d’y construire ?

- en quoi le CEVA est-il prioritaire sur l’aménagement de la zone d’activité de Colovrex, aménagement qui seul permettra la construction dans un délai décent des logements envisagés ?

- pourquoi le CEVA, s’agissant de la liaison des réseaux ferroviaires français et suisse, apporterait-il par définition une réponse plus favorable que celle d’un tunnel sous-lacustre avec ses avantages complémentaires (fin du cul-de-sac de la gare de Cointrin, ouverture d’une liaison Cointrin-Lausanne ou même Cointrin-Yverdon) ?

Pour l’instant, les quelques données chiffrées dont les Genevois disposent ne manquent pas de les inquiéter. C’est ainsi, aux dire des promoteurs du projet eux-mêmes, qu’en 2030 le CEVA transporterait chaque jour seulement 50'000 passagers, essentiellement des travailleurs frontaliers. Une " paille ", on l’admettra, en comparaison des … 500'000 personnes qui actuellement franchissent journellement la frontière genevoise en automobile.

Une " paille " à deux milliards !

Pierre Kunz

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01/07/2009

Constituante : gaspillage ?

 

Plusieurs milieux se sont émus des dépenses liées au fonctionnement de la Constituante. Ce fut en particulier le cas au sein de la Commission des finances du Grand Conseil qui n’a pas donné son aval au budget 2009 adopté par l’Assemblée constituante à cause du dépassement qu’il fait ressortir par rapport à l’enveloppe initialement accordée par le Grand Conseil.

Il y a de quoi s’étonner des commentaires de certains membres de la Commission des finances qui s’attachent à des points de détails, notamment au prix des ordinateurs remis en prêt aux constituants et aux frais soit disant générés par la coprésidence à quatre de l’Assemblée. Celle-ci n’est en effet pas plus coûteuse que la présidence, unique, du Grand Conseil.

Pourtant les députés « pourfendeurs » de la Constituante, ne pipent mot au sujet du poste le plus important, et de loin, du budget, à savoir les jetons de présence. Et pour cause : ils savent bien que ces jetons, fixés par les députés à Fr. 110.- par heure, sont identiques aux leurs, c’est-à-dire qu’ils sont … à un montant double de ceux que touchent leurs collègues vaudois ou fribourgeois. Pas étonnant donc que l’enveloppe financière globale de la Constituante genevoise atteigne elle-aussi un niveau nettement plus élevé que celle de nos collègues vaudois et fribourgeois.

Néanmoins, certains postes peuvent et doivent effectivement être revus. Les élus du groupe Radical Ouverture, comme ceux des groupes Libéral et GeAvance, ont dès les premiers débats manifestés leur opposition aux « indemnités de groupe » qui leur paraissent abusives et non conformes à la loi. Ils ont également d’emblée rejeté l’idée, et les Fr 660'000.- de dépense annuelle qui vont avec, de servir les groupe par des « assistant parlementaires ». Les onze assistants prévus, un par groupe, peuvent en effet avantageusement être remplacés par trois « secrétaires scientifiques de commission», engagés à temps partiel et à disposition de tous les groupes, dont le coût ne dépasserait pas le quart du montant porté au budget.

Malheureusement ces demandes ont été rejetées par une majorité du Bureau et de la Constituante. Mais on peut espérer, notamment en suite aux péripéties actuelles, que pour les exercices 2010 à 2012 il en ira différemment.

Pierre Kunz

15:09 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

13/05/2009

Isolation des bâtiments : l'écologie s'encouble aux réalités économiques

Les chroniqueurs de la TdG de ce jour paraissent découvrir que les locataires vont devoir in fine supporter le coût des rénovations destinées à rendre l’habitat moins gourmand en énergie. Et ils s’étonnent que les députés doivent se résoudre à cette formule dans la rédaction de la nouvelle loi sur l’énergie.

La surprise affichée par le monde journalistique est curieuse. Elle donne l’impression qu’il n’a jamais compris que, dans une économie libérale, ce sont toujours les consommateurs qui paient les coûts de production des produits et des services qu’ils achètent. S’il n’en allait pas ainsi les entreprises qui vendent ces produits et ces services ne couvriraient pas leurs frais et fermeraient rapidement leurs portes. C'est une réalité incontournable également dans le logement.

Les défenseurs des locataires prétendent comme d’habitude que « le secteur du logement n’est pas un secteur économique comme les autres, qu’il couvre un domaine essentiel qui doit être soustrait à la loi du marché ». Et ils affirment, parce que les locataires sont subitement confrontés aux conséquences et aux coûts de la protection de l’environnement, « qu’on se paye de leur tête ». Puisque, disent-ils, « grâce à l’augmentation consécutive de la valeur de leur bien immobilier » les vrais bénéficiaires des travaux seront les propriétaires, il revient à ceux-ci d’en supporter intégralement la charge.

Ce n’est pas, contrairement à ce qu’affirme le chroniqueur de la TdG, la position de nos députés qui est stupide mais bien la manière de raisonner de l’Asloca. Tout simplement parce qu’il est faux de croire que la valeur d'un immeuble peut croître si sa valeur de rendement baisse. Or c’est bien ce qui se passerait si les travaux d’isolation revenaient intégralement à charge du propriétaire sans adaptation des loyers à la hausse. En fait, dans le meilleur des cas, la valeur du bien va demeurer inchangée.

De ce qui précède, il convient de tirer un enseignement et une interrogation.

En premier lieu, il est bon de souligner l’aspect exemplaire du problème posé. Nous commençons à comprendre que la lutte contre le réchauffement climatique à un coût. Contrairement au contenu des discours lénifiants – par exemple la société à 2000 watts atteignable sans réduction du confort des Suisses - dont nos élus fédéraux et cantonaux ont ditillés au cours des dernières années, nous sommes tous condamnés à en supporter une part, même dans les domaines moins anecdotiques que celui du carburant de nos bagnoles. « Les bons offices » attendus en l’occurrence de Robert Cramer n’y changeront rien. Misons plutôt sur la baisse des frais de chauffage qui accompagneront l’augmentation des loyers.

Deuxièmement, on peut désormais espérer que les citoyens de ce canton vont commencer à se poser quelques questions quant aux priorités fixées par le Conseil d’Etat en matière énergétique. La première venant à l’esprit est évidemment celle-ci : au lieu d’investir 200 millions de francs dans la construction au Lignon d’une usine à gaz destinée à fabriquer de l’électricité - que paradoxalement notre gouvernement nous incite par ailleurs à économiser - ne vaudrait-il pas mieux affecter cette somme au subventionnement partiel des travaux entrepris par les propriétaires afin de limiter les hausses de loyer qui en seront inéluctablement la conséquence ?

Pierre Kunz

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28/04/2009

Que valent nos conseillers d'Etat ?

Les médias ont hâte de faire débuter la campagne électorale, surtout celle relative au Conseil d'Etat. Le premier exercice auquel les journalistes et les animateurs radio/TV commencent à se livrer consiste à mobiliser les politiciens et commentateurs de tous horizons afin qu'ils s'expriment sur les conseillers d'Etat candidats à leur réélection et sur le bilan quadriennal de ceux-ci.

Il faut le dire clairement cet exercice ne peut à première vue rester que superficiel et inéquitable. Comment en effet tirer objectivement le bilan individuel d'un conseiller d'Etat qui ne peut agir ... qu'avec l'assentiment de ses six collègues ? Comment juger ces hommes soumis à l'évidence à des institutions visant avant toute chose à les empêcher de prendre la moindre initiative susceptible de perturber la "collégialité" et la bonne entente gouvernementale ?

La manière dont nous concevons, à Genève comme en Suisse, le fonctionnement gouvernemental impose semble-t-il, que l'on juge les résultats du Conseil d'Etat dans son ensemble. C'est la totalité de ce dernier qui mérite la louange ou le blâme, pas les ministre qui, ainsi surprotégés, ont beau jeu de rejeter toute responsabilité dans l'échec de la politique annoncée par leur département respectif en début de législature.

L'honnêteté comande donc, lorsqu'il est question de l'un ou l'autre des conseiller d'Etat, de nuancer le jugement qu'on exprime à son sujet.

Il n'en reste pas moins que même dans un système aussi déresponsabilisant pour les intéressés, un système dans lequel le Grand Conseil lui-même est amené à se priver de son devoir critique, le peuple attend de ses élus, lorsque les problèmes prennent une acuité insupportable, quand l'avenir du canton est en jeu, qu'ils aient le courage de transgresser la règle "sacro-sainte " de la collégialité. Qu'ils outrepassent la coutume paralysante de "l'unité gouvernementale" et de l'inaction. Qu'ils osent engager la lutte contre l'habitude et la facilité conservatrices.

Au cours de la législature qui s'achève les questions les plus essentielles pour l'avenir de Genève ont fait l'objet de déclarations vibrantes du gouvernement genevois. Il s'agit d'une part du frein à l'explosion des dépenses de fonctionnement de l'Etat et d'autre part de la construction de logements. Or aujourd'hui le constat est patent : les dépenses publiques ont grossi de manière totalement démesurée par rapport au PFQ et jamais depuis les années 1950 on n'a construit aussi peu de logements dans le canton qu'entre 2005 et 2009.

Certes, répétons-le, les ministres en charge de ces deux questions, MM. David Hiler et Mark Muller, ne pouvaient agir seuls pour régler ces deux immenses problèmes. Il n'en reste pas moins qu'ils incarnaient, et incarnent toujours aux yeux des Genevois, les engagements que le Conseil d'Etat, en début de législature, a pris sur ces questions dans son Discours de Saint-Pierre. Aujourd'hui il est donc juste que ce soit d'eux que la population exige l'explication de l'échec du Conseil d'Etat dans ces domaines, que ce soit à eux d'abord qu'elle réclame des comptes et qu'elle demande pourquoi ils n'ont pas été capables d'entraîner leurs collègues sur la voie du progrès promis.

Pierre Kunz

 

 

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06/02/2009

Conseil d'Etat, des anecdotes pour toute politique

 

 

Se rappelle-t-on ce conseiller d’Etat qui, voici une dizaine d’années, avait provoqué quelques remous en suggérant que les Genevois se comportaient comme s’ils habitaient « Carcassonne sur Arve » ? Avec des autorités comme les leurs il faut admettre qu’ils ont des excuses à faire valoir.

Le monde est en crise globale, dans le canton les entreprises licencient, le chômage augmente, la circulation s’y déroule de mal en pis et la pénurie de logements continue d’empirer.

Devant ces constats affligeants le citoyen, plus fataliste et résigné que révolté, ne demanderait pourtant qu’à continuer de croire que demain sera meilleur. Il lui arrive encore d’espérer que notre canton, au cours des dernières années, a progressé, qu’il s’est affermi, que ses édiles savent la voie qu’elles veulent faire emprunter au bateau Genève.

Hélas, hélas … Que voit-on ? Que lit-on ? Un Conseil d’Etat qui enchaîne les conférences de presse pour discourir sur des sujets anecdotiques, qui rassemble régulièrement quelques journalistes bienveillants autour de communications puériles.

Jean-François Mabut nous a déjà amusés avec ses remarques caustiques au sujet de « l’opération médiatique » organisée par M. Cramer autour de cette Genève « qui abrite des sites d’importance nationale pour la reproduction des batraciens ».

Aujourd’hui la TdG nous apprends, dans le même registre anachronique, que pas moins de trois conseillers d’Etat se sont relayés pour commenter « le système de management environnemental » adopté il y a peu par le gouvernement. Pour nous dire en particulier que dans ce contexte « le projet le plus ambitieux du Conseil d’Etat a consisté à remplacer le papier blanc par du papier recyclé » (sic !). Une opération qui aurait permis d’économiser 500'000 francs par an.

Quant aux SIG, sous l’œil attentif de MM. Cramer et Unger, ils occupent une demi-page dans la Julie de ce jour, pour expliquer ce que les Genevois savent depuis longtemps, à savoir que, non, les Cheneviers ne tuent pas, ils ne sont pas cancérigènes, l’air qui les entoure est même meilleur qu’en ville.

Les Genevois n’ont que faire de ces discours destinés uniquement à donner un vernis de compétence à un gouvernement incohérent, qui n’a cessé de parler de la crise qui allait venir mais qui dans les faits n’y a pas du tout préparé le canton, ne remplissant aucun de ses engagements de législature. Deux illustrations seulement.

Le plan de redressement financier du canton n’a pas été tenu : le personnel de l’administration cantonale, qui aurait dû se réduire de 5 %, a continué de gonfler et la masse des subventions, qui devait baisser de 5 %, a encore grossi de plusieurs dizaines de millions. Avec la baisse imparable des recettes fiscales et le retour des déficits la dette va donc reprendre l’ascenseur.

Au plan environnemental, Genève, forcée par « sa conception générale de l’énergie », doit économiser l’énergie et polluer moins. Pourtant le gouvernement a donné l’autorisation aux SIG de construire une usine à gaz polluant (120'000 tonnes de CO2 par an) pour produire de l’électricité.

Le bilan du Conseil d’Etat 2005-2009 découle directement de la complaisance habituelle du monde politique qui généralement laisse croire que ses discours sont de l’action. Il est anecdotique. Inquiétant surtout parce que notre canton, qui vient pourtant de bénéficier d’une période de prospérité inouïe, n’a pas été préparé aux temps difficiles qui s’annoncent.

Pierre Kunz

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03/02/2009

Les élus français accrochent un wagon au CEVA

 

Ils sont tout sourire les élus de France voisines qui, paraît-il, se sont unis pour clamer en chœur devant le journaliste et le photographe de la TdG que « le CEVA est l’affaire de tous ! ». Et pour ajouter doctement : « Ne pas être pour une infrastructure aussi structurante pour notre territoire que le CEVA est une hérésie ».

Comme on les comprend. Ils ont quasiment bouclé, précisent-ils, un « tour de table » qui va leur permettre de financer les 200 millions de francs de travaux qui, selon les estimations, sont requis pour réaliser le tronçon Annemasse-frontière genevoise du CEVA. Et avec ces 200 millions ils vont offrir à leurs électeurs les services d’un ouvrage, estimé aujourd’hui à 2 milliards de francs et construit à 90 % aux frais des P’tits Suisses, dans le but de transporter journellement quelques milliers de frontaliers français vers la cité de Calvin puis les ramener chez eux. Quant aux coûts d’exploitation de la ligne, qui s’élèveront entre 150 et 200 millions par an, ils seront à l’évidence supportés en quasi-totalité par les Genevois.

Joli coup ! D’autant qu’avec cette affaire la brochette d’élus en question fera un peu oublier à leurs administrés les dégâts économiques, écologiques et sociaux de l’urbanisation désastreuse et de la politique du logement incohérente qu’ils ont cautionnées au cours du dernier quart de siècle dans les communes françaises voisines de notre canton.

On ne sait pas qui a orchestré, côté genevois, cette opération médiatique qui tombe, aussi curieusement qu’a propos, juste après le dernier revers du Conseil d’Etat genevois en la matière devant le Tribunal fédéral. Mais il ne serait pas surprenant que M. Robert Cramer ait tenu le rôle du premier souffleur.

Pierre Kunz

18:03 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

14/01/2009

Deux milliards pour le CEVA ou pour le logement ?

Depuis que le Vert Robert Cramer a accédé au Conseil d’Etat genevois il n’a eu de cesse de « vendre » le CEVA à ses administrés. Et il se pourrait bien qu’il se soit montré assez malin pour parvenir à ses fins.

Comment a-t-il fait ? Et plus généralement comment les politiciens parviennent à jouer si aisément avec les milliards sans que les citoyens ne bronchent ?

Lisez le journal Le Temps de ce jour, amis de la toile. Vous comprendrez comment le monde politique s’y prend et comment il utilise « les experts » pour faire accepter aux citoyens crédules ses projets, notamment lorsqu’ils sont objectivement indéfendables et qu’ils constituent seulement des échappatoires à la solution de problèmes que ce monde politique préfère éviter ou n’a pas la volonté d’affronter. Vous constaterez qu’il recourt à des méthodes finalement assez simples.

Première règle : conceptualiser. Il s’agit tout d’abord de voir grand, très grand, d’exprimer une vision large et profonde puis de mandater quelques « experts » afin qu’ils apportent du vernis pseudo-scientifique à ces rêveries. Elles deviennent ainsi doublement difficiles à contester. S’agissant du CEVA, M. Cramer s’emploie depuis des lustres à l’inscrire dans un concept purement imaginaire, attractif à première vue mais vide de tout contenu politique réel : l’agglomération franco-genevoise. Car cette région n’existe qu’au plan des échanges économiques, seulement sous les pieds des marchands et des consommateurs qui lui ont donné vie voici des siècles déjà.

Deuxième règle : mixer, bien mélanger. La technique consiste ici à multiplier les chantiers, à faire croire, toujours avec l’aide des « experts », que tout se tient, que les éléments présentés sont étroitement liés, interdépendants. C’est ce que vise en particulier le conseiller d’Etat genevois en intégrant le CEVA au réseau de transport ferroviaire valdo-genevois. Voilà qui est habile car si en effet nul ne conteste la nécessité et l’intérêt pour notre canton de renforcer le réseau, actuellement insuffisant, de ses liaisons ferroviaires avec les villes lémanique vaudoises, le conseiller d’Etat genevois n’a jamais pu démontrer l’utilité de l’investissement pharaonique envisagé pour le CEVA, et encore moins sa rentabilité, même à très long terme.

Troisième règle : dessiner en couleur. Il faut que l’œil puisse voir concrètement la beauté du concept et l’interdépendance que M. Cramer convoque à l’appui de ses ambitions. Pour cela rien de tel qu’un magnifique graphique coloré, genre réseau du Métro parisien ou du Tube londonien. Ca fait sérieux et ça flatte l’égo de citoyens qui se croyaient partie d’un ensemble de 450'000 habitants et qui subitement s’imaginent au coeur d’une mégalopole quatre fois plus importante.

Et le tour est joué ! Le Grand Conseil, tout aussi crédule que la population et soumis de surcroît à d’intenses pressions, vote les dépenses requises en refoulant ses incertitudes.

Pourtant il est évident, aujourd’hui plus que jamais avec l’ouverture de l’autoroute Annecy-Genève, que le CEVA est totalement déraisonnable, que les deux milliards de francs qu’il impliquera pour transporter chaque jour quelques milliers de frontaliers ne seront jamais rentabilisés et que cet investissement ne pourra entrainer qu’une réduction marginale du trafic des frontaliers savoyards.

L’avenir de Genève, les conditions de son développement ne se trouvent pas dans le CEVA mais bien dans la construction des 30'000 logements qui manquent actuellement dans le canton et dans une traversée routière du lac. Mais ce sont là des défis complexes et politiquement chargés. Et bien évidemment, pour le Conseil d’Etat il est plus aisé de les éviter en empruntant des chemins de traverse, quitte à ce que ces divagations enfoncent encore davantage Genève dans l’endettement public.

Pierre Kunz

17:37 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

27/11/2008

M. Hiler amuse les Genevois

En préambule à son plan financier quadriennal 2006-2009 (PFQ), présenté en juin 2007, le Conseil d’Etat notait qu’il « est destiné à devenir le principal instrument de planification et de gestion du Conseil d’Etat comme du Grand Conseil ». Et il insistait, en lettres grasses, sur le paragraphe suivant : « le PFQ s’inscrira comme un moyen ordinaire de la politique financière et non plus comme un outil de gestion de crise ». En d’autres termes le Conseil d’Etat s’engageait alors redresser structurellement les finances cantonales.

Rappelons que sa stratégie, pour chacune des quatre années couvertes par le PFQ, se trouvait résumée en quatre repères clairement chiffrés.

1.    Réduire les effectifs de l’Etat, établissements autonomes compris, de 1,25 % par an.

2.    Abaisser les frais généraux et administratifs de 1,25 % par an.

3.    Faire décroître le volume global des subventions de 1,25 % par an.

4.    Respecter strictement un accroissement de 1 % par an seulement des dépenses portées au budget de fonctionnement.

Comment se sont concrétisés ces engagements solennels ?

En cette fin d’année 2008, en particulier à l’éclairage du budget de fonctionnement 2009, le constat est cruel. Il est aujourd’hui patent que ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, a renoncé à tenir ses promesses de saine gestion, qu’il a comme eux cédé aux sirènes de la facilité amenée par des recettes exceptionnellement élevées, qu’il a enterré ses ambitions de réformes du fonctionnement de l’Etat et qu’il est tombé dans les travers habituels de la démocratie genevoise, la gestion démagogique à court terme.

Les comptes 2008, lorsqu’ils seront officialisés à la fin de l’hiver prochain, montreront en effet que

1.    les effectifs de l’Etat au lieu de diminuer ont gonflé,

2.    les frais généraux ont certes baissé mais de manière insignifiante au regard du budget général des dépenses,

3.    la masse des subventions, loin de se réduire, a fortement grossi.

Quant au budget 2009 en discussion au Grand Conseil, il met en évidence que le gouvernement a littéralement ouvert la vanne des dépenses et qu’à l’échéance du PFQ on restera fort éloigné de l’objectif de 1 % d’augmentation annuelle.

Pourtant, si l’on s’en remet aux médias et aux députés du Grand Conseil on est amené à conclure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes genevois. Ce constat laisse les citoyens attentifs à la fois pantois et amers.

Il montre que pratiquement aucun journaliste ne s’est donné la peine de ressortir le dossier PFQ 2006-09 de ses tiroirs avant de rédiger son commentaire au sujet du budget de l’an prochain afin de jauger celui-ci avec le recul requis. Même un vieux renard comme J.-Fr. Mabut en est arrivé, voici quelques jours, à encenser notre ministre des finances pour « sa capacité à contenir les dépenses de l’Etat !»

Quant aux députés du Grand Conseil, ils ont semble-t-il, complètement oublié le PFQ, ils retombent dans leur traditionnelle chasse aux mouches et ne paraissent mobilisés que par les directeurs chers à M. Beer et par la question du treizième salaire que le Conseil d’Etat veut offrir aux fonctionnaires.

Et pendant ce temps notre ministre des finances amuse les uns et les autres en brouillant une nouvelle fois la vision qu’on peut avoir de son action. Cette fois c’est en présentant aux députés et à la presse une réforme certes nécessaire, celle du budget établi par prestation, mais qui ne changera rien au constat établi plus haut : le Conseil d’Etat n’a pas su s’élever à la hauteur de sa tâche la plus important de la législature. Les Genevois s’en rendront compte avant longtemps avec le retour des déficits.

17:51 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

24/11/2008

Constituante, l'audace d'oser

Qui, à Genève comme partout en Suisse, n’a pas été interpellé par la ferveur, l’enthousiasme et l’engagement populaire qui ont marqué récemment l’élection américaine ? Et qui, au bout du lac, ne ressent pas, en pénible contre-point, la fadeur et la désaffection qui caractérisent la vie politique genevoise ?

Nous devons nous rendre à l’évidence : nos institutions, en particulier le mode électoral du gouvernement, ses règles de fonctionnement, l’aménagement du territoire, le rôle des communes, la fiscalité et les conditions relatives aux droits populaires, ne répondent plus

ni à l’environnement géopolitique, économique, social et médiatique de notre canton,

ni au fractionnement croissant de la politique genevoise,

ni à l’état de notre société, plus dispersée et plus individualiste que jamais.

Cette obsolescence affadit notre démocratie, lui enlève sa saveur et sa part de rêve. Elle pousse nos concitoyens, notamment notre jeunesse, à la démobilisation, au désintérêt, à l’amertume.

Depuis le 19 octobre dernier les élus à l’Assemblée constituante sont dépositaires de la mission et au bénéfice de l’immense privilège de rédiger le projet rassembleur d’une nouvelle constitution pour Genève.  Qu’ils se gardent d’oublier la responsabilité qui accompagne cette mission et ce privilège. Une responsabilité qui doit leur donner l’audace d’oser,  d’oser le changement et les réformes.

Oser remettre en question nos systèmes et nos schémas lorsqu’ils se sont révélés médiocres et inefficaces.

Oser emprunter des voies nouvelles, inconnues, lorsque les chemins traditionnels se perdent dans l’incohérence et la déresponsabilisation.

Oser repenser ce qu’on appelle les « acquis » lorsqu’ils sont devenus paralysants et inéquitables, en particulier pour les jeunes générations.

Oser renoncer aux habitudes lorsqu’elles brisent les enthousiasmes, les ambitions et les rêves de nos concitoyens.

Qu’ils se convainquent, comme cet ancien conseiller d’Etat radical, que contrairement à ce que prétendent les médiocres, la politique n’est pas l’art du possible. La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Et ce qui est nécessaires aujourd’hui c’est de redonner de la fraicheur, de la vitalité, du rêve et de l’authenticité à notre démocratie.

 

 

16:14 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

29/09/2008

Constituante : le seul problème grave

Celui et celle qui y regardent de près s'aperçoive qu'au fond il n'existe qu'un seul problème grave à Genève. Un problème dont découlent toutes les difficicultés, tous les blocages, toutes les incohérences, tous les gaspillages qui caractérisent la vie du canton. Il est institutionnel et se résume en queques mots : Genève n'est pas gouvernée !

Nos institutions, en particulier le mode électoral et le fonctionnement du Conseil d'Etat, ne répondent plus aux exigences de l'environnement géopolitique, social, économique et énergétique dans lequel nous vivons depuis deux décennies ni au fractionnement, à l'effritement croissant de nos partis politiques. 

Qui peut encore espérer qu'un Conseil d'Etat constitué autour de cinq partis politiques dont les uns défendent un projet de société carrément contraire à celui des autres, constitué par des hommes et des femmes qui se sont combattus tout au long de leur carrière politique, qui une fois en fonction sont quasiment inamovibles, qui peut espérer qu'un tel Conseil d'Etat soit incité  à affronter autrement qu'en paroles les problèmes du canton ? Qui peut espérer qu'un tel Conseil d'Etat empoigne réellement la question de l'aménagement du territoire, qu'il construise effectivement les logements qu'il promet, qu'il fasse évoluer l'école de manière intelligente, qu'il améliore concrètement nos conditions de circulation, qu'il combatte de manière cohérente le réchauffement climatique, qu'il mettent en oeuvre avec détermination les plans de redressement des finances publiques qu'il annonce depuis vingt ans en début de chaque législature ?

Pour résoudre notre problème institutionnel il ne s'agira pas pour la Constituante de changer de système politique. Qu'on se rassure, Genève restera une république, une démocratie parlementaire multipartisanne. Mais il faut que la future assemblée s'astreigne à redonner du muscle à nos institutions afin de les adapter aux nécessités du temps, ces nécessités étant : cohérence, flexibilité, rapidité, efficacité.

Il conviendra, et il suffira, pour cela d'engager quatre réformes.

Le Conseil d'Etat doit désormais être élu par le peuple sur la base de listes bloquées, présentées par une coalition de partis et accompagnées d'un programme de gouvernement clair. Autrement dit il faut remplacer la dispersion actuelle par l'homogénéité.

Le Grand Conseil doit être amené à cesser son bavardage inutile sur des sujets souvent futiles, et pour cela qu'il soit réduit à 75 membres puis qu'il organise son travail dans un maximum de 7 à 10 commissions.

Les communes doivent être rendues plus fortes, se voir confier des missions exclusives (petite enfance, sports, culture) et recevoir les moyens fianciers requis pour les assumer et les mettre en oeuvre efficacement. Ce qui implique que la fiscalité communale soit désormais perçue non plus sur le lieu de travail mais sur celui de résidence.

Enfin il est indispensable que les droits populaires soient rétablis dans leur fonction originelle, à savoir la surveillance, le contrôle des actes de l'autorité politique. Il faut mettre un terme à la dérive que nous connaissons depuis quatre décennies, dérive qui permet désormais à la rue de faire les lois à la place du législateur et qui explique le fatras actuel qui encombre notre constitution.

Si la Constituante se concentre sur cette tâche et qu'elle la mène à terme les générations futures se trouveront efficacement armées pour affronter les défis qui les attendent. 

10:00 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

01/09/2008

Genève, hard discounter des droits populaires

 

La constitution genevoise, vieille de 160 ans, a subi durant cette période 115 modifications. Près de la moitié de ces changements ont été opérés au cours des trois dernières décennies et ont réduit notre chartre fondamentale à un fatras d’articles désordonnés, incohérents et relevant davantage des niveaux législatif et réglementaire que du cadre constitutionnel.

On notera en comparaison qu’en 220 ans la constitution américaine, qui date de 1787, a fait l’objet de 26 amendements au total dont 12 seulement dans le courant du XXème siècle. Ces modifications ont toujours concerné les valeurs essentielles du pays et ne firent qu’accompagner l’actualisation de leur lecture et interprétation.

Pourquoi et comment, à Genève, surtout durant la deuxième moitié du XXème siècle, avons-nous pu laisser pareillement mutiler notre constitution ? La réponse à cette question se situe sans aucun doute principalement dans la dégradation des droits populaires (initiative et référendum) qui devraient pourtant contribuer si fortement à la qualité de notre démocratie. Des droits populaires, nés d’une saine méfiance du peuple à l’égard de ses élus, qui se sont transformés, surtout depuis une trentaine d’années, en un instrument commode et efficace aux mains de la rue et des activistes de tous bords. De moyen de surveillance populaire, ils sont devenus une arme d’action politique directe.

A la racine de cette dégradation, de cette véritable perversion, se trouvent trois facteurs démographiques et politiques : lors du dernier demi-siècle la population genevoise a doublé, les femmes se sont vu accorder le droit de vote et la majorité civique a été abaissée de 20 à 18 ans. Mais par ailleurs les exigences cantonales relatives au nombre de paraphes requis par une initiative et un référendum sont demeurées inchangées.

Autrement dit, les droits populaires sont utilisables quatre fois plus aisément que dans les années cinquante ou soixante. On sait que les milieux activistes ont fait un usage intensif de ces droits au plan constitutionnel, ne reculant jamais devant la démagogie lors de la récolte des signatures et lors des votations subséquentes pour figer dangereusement les situations et bloquer les évolutions.

Les constats mis en évidence plus haut ont débouché également sur de graves conséquences, paralysantes et déstabilisantes, dans le fonctionnement de nos institutions. C’est ainsi en particulier que les élus au gouvernement et au Grand conseil éprouvent des difficultés croissantes à remplir leurs missions. Face à l’arme trop facilement opposable de l’initiative ou du référendum, face à ce qui est devenu un véritable contre-pouvoir populaire, quand il n’est pas clairement populiste, comment élaborer les lignes d’une politique générale cohérente puis s’y tenir ? Comment assumer consciencieusement le rôle de représentant du peuple quand cette représentation peut constamment et si aisément être remise en question par moins de 5 % du Conseil général ?

Il s’agit de mettre un terme à cette dérive et de retrouver l’esprit et l’essence des droits populaires. Il s’agit de les reformuler de manière qu’ils servent l’équilibre de notre démocratie et l’évolution de notre vivre-ensemble plutôt qu’ils leur nuisent.

C’est ce que les radicaux proposeront concrètement à l’Assemblée constituante par le doublement des exigences actuellement en vigueur. Les initiatives populaires devront réunir un nombre de signatures minimal correspondant à 10 % du corps électoral et les référendums 7 %.

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04/04/2008

Va-t-on exproprier les propriétaires de villas ?

Dans le domaine de l'habitat l'acharnement affiché à intervalle régulier par le Conseil d'Etat à vouloir bâtir des immeubles de logements dans les zônes occupées par des villas est aussi stupéfiant que ridicule. Comment qualifier autrement une obstination dont chacun devrait avoir compris depuis des décennies qu'elle ne saurait apporter, dans des délais acceptables, une solution concrète à la grave insuffisance de logements dans notre canton ? Pourtant la TdG nous révèle ce jour que l'Etat persiste et qu'il entend s'attaquer "à la forteresse des propriétaires de villas", plus particulièrement dans la commune d'Onex. Quel gaspillage !

Gaspillage d'énergie d'abord, pour l'administration publique autant que pour les propriétaires.

Gaspillage de zones de verdure ensuite, celles entretenues à leurs frais par les propriétaires des villas en question.

Gaspillage d'intelligence ensuite, celui qui consiste, pour des raisons idéologiques absurdes, à préférer la confrontation avec une partie de la population alors qu'il suffirait de collaborer avec les communes du canton et le milieu agricole dans l'objectif de déclasser une partie de la zone agricole. Comment en effet ne pas comprendre que la vraie, la seule solution à la crise du logement genevoise ne peut se situer que dans la mise à disposition des bâtisseurs de nouveaux terrains, en quantité suffisante et constructibles rapidement ?

Gaspillage de démocratie surtout. Car lorsqu'un Etat envisage d'exproprier ses citoyens il ne peut s'agir que d'un profond échec. Celui d'un Etat qui s'est enfermé dans un système législatif paralysant et qui demeure incapable de s'extraire de son corset au moyen des actes législatifs usuels en démocratie.

Pourtant le Conseil d'Etat avait indiqué récemment qu'il entendait rechercher rapidement en zone agricole les terrains dont les genevois ont tant besoin. Osons donc espérer que l'article faisant l'objet de ce papier s'inscrit uniquement dans les effets de manches habituels et les discours politiciens, ceux destinés à calmer les idéologues irrationnels.

 

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12/03/2008

Après CFF Cargo, les Cheneviers ?

Quel est le point commun entre CFF Cargo et l'usine d'incinération des Cheneviers ? Les deux sociétés sont en difficultés financières à cause d'une part du surdimensionnement  de leurs infrastructures, d'autre part parce que le personnel de ces entreprises n'est pas proportionné à leur marché respectif.

La direction des SIG, face à ces problèmes, pour absorber une partie de ses coûts excédentaires, s'est depuis plusieurs années astreinte à trouver sur des marchés extérieurs, des déchets à traiter dans le fameux four qu'une saine gestion aurait dû conduire à mettre hors service depuis longtemps. Le marché allemand étant désormais fermé, les SIG se sont intéressés à l'opportunité présentée par les déchets italiens. Le traitement de ceux-ci, le personnel qui s'est exprimé hier dans la TdG l'a bien compris, s'inscrivait dans une logique de sauvegarde des cinquante emplois dont la disparition doit accompagner la fermeture du four en question.

Cédant à la pression populaire et politique, le Conseil d'Etat a annoncé qu'il refusait aux SIG le droit de traiter les déchets napolitains. Cette décision est typique des incohérences et des reculades qui caractérisent le monde politique genevois depuis longtemps. Elle est fondée officiellement sur ce qu'on se plaît à appeler chez nous "le pragmatisme" et "une analyse sérieuse de la situation". En fait c'est un clair lachage de la direction des SIG qui ne s'explique que par l'incapacité dans laquelle se sont trouvées nos autorités d'expliquer le bienfondé de l'initiative des SIG à des Genevois curieusement inquiets.

Les Genevois doivent savoir que l'absence de courage marquant cette reculade aura un coût pour eux. Le coût d'une installation inutile qu'il faudra bien continuer de faire semblant d'utiliser et celui des cinquante personnes qui continueront à être employées à cet effet. Ce coût se retrouvera d'une manière ou d'une autre dans le prix des prestations des SIG, propritaires des Cheneviers. Et l'on peut être sûr que ce gouvernement saura utiliser en toute mauvaise foi, pour des raisons écologiques bien sûr, les plus mensongers des arguments destinés à expliquer la prochaine hausse du prix de traitement des déchets d'incinération.

Sauf si, contre toute attente, le Conseil d'Etat décidait dès demain de soutenir la démarche douloureuse, qui logiquement aurait dû être prise depuis longtemps, de supprimer ces emplois et de reclasser le personnel concerné dans l'unité de production d'une autre entreprise publique qui manquerait de bras.

Mais il n'est guère probable que notre gouvernement osera faire preuve du même courage politique que le Conseil fédéral confronté à une situation similaire. Il soutien, lui, la décision qu'a prise la direction de CFF Cargo de procéder à la réforme en prondeur du fonctionnement de l'entreprise puisque le marché ne lui apporte pas le chiffre d'affaires requis pour absorber ses coûts.

 

 

  

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05/03/2008

Déchets napolitains : gare aux fantasmes !

Selon un politologue,  spécialistes dit-on de la criminalité organisée, le traitement dans notre canton des déchets napolitains pourrait marquer "le début de l'ingérence du crime organisé italien dans la vie publique genevoise !" Rien que ça.

Selon M. Nicolas Giannakopoulos, qui s'exprime en ces termes dans l'édition de ce jour du journal Le Temps, "la négligence, l'ignorance la peur ou l'intérêt à court terme de négociateurs tombant dans la fosse aux loups pourraient ouvrir les portes du canton à des fleuves d'argent frais venus de la Campanie sous forme d'investissements. Ces derniers (..) feraient payer le prix fort au canton, qui deviendrait complice des clans de la Camorra dans leurs activités terriblement destructrices ."

On sait que, pour ceux qui la recherche, il existe deux manière d'attirer l'attention du public. La première est celle du révisionnisme provocateur, celle qui mène à prétendre que Armstrong n'est pas réllement allé sur la lune, que la Shoah est une invention ou que le 11 septembre n'a jamais existé. L'autre consiste à crier au loup et à inquiéter. C'est précisément et textuellement ce que fait le politilogue dans un scénario digne d'un roman policier.

Revenons à la raison. De quoi est-il réellement question ?

Il s'agit pour les SIG d'accomplir la mission qui leur est confiée deepuis toujours aux Cheneviers, à savoir incinérer des déchets. Les déchets napolitains tombent bien, si l'on ose dire. Après la fin de plusieurs années de collaboration avec des fournisseurs de déchets allemands ceux provenant d'Italie permettront d'utiliser et de rentabiliser une partie de la surcapacité de brûlage des Cheneviers. Une surcapacité qui coùtent aux Genevois des millions de francs par an puisque, pour des raisons sociales et d'emploi, le monde politique et les SIG refusent de fermer la partie excédentaire des installations.

La décision de traiter à Genève les déchets napolitains se justifie aussi en termes techniques puisque les SIG disposent des équipements d'incinération requis par un traitement "propre" de ceux-ci. Elle est également raisonnable au plan de la protection "mondialisée" de l'environnement puisque, les défenseurs des accords de Kyoto ne cessent de nous le répéter, nous vivons tous sur la même planète et que la pollution est l'affaire de tous les humains. Or manifestement pour la planète il vaut mieux que l'on brûle les déchets à Genève que de les laisser polluer des décharges bordant la Méditerrannée.

En fait les SIG sont confrontés à une opération industrielle et commerciale très habituelle. Elle est intéressant en l'occurence. Demandons-nous plutôt : qui peut bien avoir intérêt à la faire échouer ?

 

 

 

 

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