Fallait-il vraiment fermer les chantiers ?

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On peut s'interroger quant aux véritables motifs ayant conduit les gouvernements genevois et vaudois à exiger la fermeture de tous les chantiers des deux cantons.

On notera en premier lieu que cet interventionnisme s'écarte des prescriptions fédérales qui laissent aux responsables des entreprises, s'ils entendent poursuivre leurs activités, de prendre les dispositions requises par la santé de leur personnel.

Précisément, la protection des travailleurs est l'argument utilisé par les syndicats, patronaux et ouvriers. On remarquera tout de même que la population concernée (moyenne d'âge de moins de 45 ans) n'est pas particulièrement à risque, pas davantage en tous cas que les employés des stations-essence, les transports et des commerces alimentaires par exemple. Au surplus, la promiscuité du personnel sur les chantiers est en général plus faible que dans les professions susmentionnées.

Se pourrait-il donc que la décision des deux gouvernements relève plus de l'opportunisme politique que de la raison ? qu'il y ait une autre motivation à l'activisme des patrons et des syndicalistes qui ont convaincu les deux gouvernements d'agir ? par exemple la facilité que représente le pactole libéré par la Confédération pour indemniser le chômage technique décrété par les entreprises ?

Quoi qu'il en soit, il est peu probable que le personnel concerné, qui travaille généralement au grand air, soit très heureux de se retrouver dès lundi prochain confiné à la maison, lui qui est pourtant conscient, comme tous les travailleurs demeurant à leur poste, des enjeux sanitaires et qui sait "tenir ses distances".

Sans compter que plus l'économie ressortira cassée de l'épreuve que nous vivons, plus le retour à la normale sera long et douloureux. Le but de nos autorités devrait donc être aussi de soutenir, en particulier dans le secteur de la construction, les entreprises qui peuvent éviter le "shut down" sans mettre en péril la santé de leurs employés.

Pierre Kunz

 

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Cher Pierre Kunz,
    Merci de votre sollicitude pour les travailleurs du bâtiment.
    Venez tout de même passer un jour sur un chantier ou interrogez réellement les travailleurs dont vous semblez connaître les aspirations et pensées et vous saluerez cette décision, en ne comprenant pas pourquoi elle n'a pas été prise plus tôt ... Nous n'en sommes plus aux discussions de salon mais à l'urgence sanitaire. Il n'y a aucun opportunisme là-derrière, même si le risque existe d'exciter la plume provocatrice de certains !!!

  • Cher M. Rufener,
    Je constate d’abord que la décision de fermer les chantiers n’a été prise qu’ à Genève et à Lausanne. Le gouvernement fribourgeois a expressément rejeté une demande similaire à celle des syndicats ouvriers du bout du lac.
    Il m’étonnerait pourtant qu’a Fribourg les conditions de travail sur les chantiers soient meilleures qu’au bord du Léman. Simplement, là-bas, on s’en tient à la directive des autorités fédérales qui exigent des chefs d’entreprise de prendre les mesures de protection sanitaires que nous savons et, cas échéant, qu’ils demandent à l’autorité la mise au chômage de l’entreprise.
    Je serais surpris que vous défendiez l’argument que les patrons genevois serraient moins capables de répondre à ces exigences que les patrons de tous les autres cantons suisses. Serait-ce alors que les chefs d’entreprise genevoises et vaudoises auraient une fibre sociale et sanitaire plus développée qu’ailleurs ? En l’occurrence ce serait un peu trop facile de jouer sur ce registre puisque les coûts de cette sollicitude est à charge des caisses publiques.

  • On en reparle dans 3-4 jours et ma proposition de passer un peu de temps sur un chantier (pas genevois donc) demeure ... les caisses publiques serviraient à quoi si elles ne pouvaient être sollicitées dans de tels cas ?
    Mais je vous rassure, elles ne suffiront pas à sauver l’économie de ce pays ...

  • Merci de l’invitation. Mais elle n’est pas nécessaire.
    Permettez-moi de noter que je crois connaitre ce qu’est un chantier et comment il fonctionne. Vous l’avez sans doute oublié, mais à l’époque où je dirigeais Balexert j’ai eu l’occasion, au début des années 2000, de gérer un chantier de près de 100 millions destiné à transformer et à agrandir le centre.
    Mais, comme vous le dites, attendons quelque jours avant de tirer des conclusions définitives.

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