Inégalités. Les contre-vérités de Maillard

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La gauche claironne régulièrement les slogans du moment : « les inégalités de revenus et de patrimoines se creusent, les pauvres sont de plus en plus pauvres ». Quant aux médias, ils se contentent trop souvent de relayer ces affirmations sans les vérifier. Problème : elles sont fausses.

Laissons de côté dans ce texte la question des patrimoines et concentrons-nous aujourd’hui sur les revenus en nous fondant sur les chiffres recensés et publiés récemment par Piketty (*). Qu’en ressort-il ?

En Europe de l’ouest, seul le 1% des hyper-riches a profité scandaleusement de la situation. La part des 10 % les plus riches dans le total des revenus nationaux a certes augmenté un peu entre 1980 et 2019 de 30 à 33 %. (Deux chiffres qui demeurent néanmoins très éloignés de celui de 1914, soit 50 %).

Mais cette captation ne s’est pas faite au détriment des 50 % les plus pauvres de la population. La part des revenus de ceux-ci dans les totaux nationaux s’élevait en effet à 22 % en 1980 et elle est restée inchangée en 2019. (A noter qu’au début du 20ème siècle elle n’était que de 15 %).

Ceux qui ont vu leur part se réduire sont les 40 % des classes du milieu, soit les classes moyennes. Leur part s’est abaissée de 48 à 45 % entre 1980 et 2019. Voilà qui reste loin de l’effondrement qu’on nous dépeint. (Surtout si l’on se souvient qu’au début du 20ème siècle cette part ne s’élevait qu’à 35 %).

Ces chiffres réconfortants doivent au surplus s’accompagner du rappel qu’entre 1980 et 2019 le pouvoir d’achat des ménages s’est accru de l’ordre de 30 à 80 % suivant les pays et que les prestations sociales distribuées n’ont cessé de croître. Les chiffres helvétiques, fournis par l’OFS, concernant la période 1995 à 2018, sont éloquents :

  • le revenu des ménages a augmenté de 66 %
  • les prestations sociales ont bondi de 123 %
  • alors que la population n’a grossi que de 16 % et que l’inflation totale de la période n’a même pas atteint 10 %

Ainsi donc, prétendre, comme l’a fait Maillard dans une interview donnée au Temps vendredi dernier, qu’en Europe et en Suisse « les inégalités de revenus se sont accrues fortement au détriment des plus pauvres et que, la solidarité dans les pays européens, en Suisse notamment, se lézarde » c’est tomber dans les contre-vérités bordant la malhonnêteté. Mais on le sait, l’ancien conseiller d’Etat actuellement élu à Berne et président de l’USS, n’a jamais hésité à manipuler les chiffres et les faits à son avantage et à pousser des boucs émissaires au pilori.

Pierre Kunz

 (*) Piketty, Idéologie et capital, 2019

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Commentaires

  • Bonjour M. Kunz,

    Ben.... Il y a un bon moment qu’on ne fait plus attention à ce qu’ écrivent les journaux! Plus aucune éthique! Plus aucune crédibilité! C’est la gauche quoi!

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