• Jamais l’humanité ne s’est portée aussi bien

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    Jamais l’humanité ne s’est portée aussi bien

    De tous temps les cassandres et les pessimistes culturels ont été plus nombreux et plus verbeux que les optimistes. Et le début du 21ème siècle ne fait pas exception. Le phénomène s’y développe même grâce à des médias condamnés à colporter, en les amplifiant, les mauvaises nouvelles plutôt que les bonnes.

    C’est à longueur de semaines que le GIEC nous met en garde contre le réchauffement climatique, les urbanistes nous alarment en nous assurant les pires difficultés en matière de mobilité, les gourous de la finances nous prédisent la prochaine crise, les populistes nous promettent l’invasion des migrants, les antimusulmans nous annoncent que l’Islam a commencé à déferler sur l’Europe, « A bon entendeur » nous affole avec ses enquêtes alimentaires, les écologistes nous effraient avec leurs mesures de la pollution des sols et de l’air. Etc.

    Heureusement, de temps en temps un intellectuel porteur d’espérance, analyste sérieux des faits et rationnel dans ses conclusions, s’élève au-dessus de la déferlante catastrophiste pour nous montrer qu’en réalité « jamais l’humanité n’a vécu une période aussi paisible et heureuse ». Rappels historiques et chiffres à l’appui, Steven Pinker, professeur de psychologie à l’université de Harvard, nous montre dans son dernier ouvrage (*) que la santé, la prospérité, la sécurité et la paix sont en hausse dans le monde entier.

    C’est ainsi que l’espérance et le niveau de vie ont crû universellement, dans les pays riches comme dans les pays les plus pauvres, le taux d’alphabétisation augmente partout, le sort des enfants s’améliore constamment, les famines endémiques ont disparu, on plante sur la terre plus d’arbres qu’on en brûle, les décès dus aux guerres, aux attentats et aux homicides n’ont jamais été aussi peu élevés, la peine de mort est de moins en moins appliquée, la démocratie et l’égalité des droits poursuivent leurs avances. A preuve, nous dit Pinker, « dans tous les pays qui disposent de données sur le taux de satisfaction et de bonheur, celui-ci progresse ». 

    Ces progrès sont un leg du siècle des Lumières, animés par les idéaux puissants que furent, et sont toujours, la raison, la science et l’humanisme. Certes, de nouvelles difficultés se pressent chaque jour à la porte de l’humanité. Des problèmes anciens subsistent, non encore résolus. Certains sont graves, d’autres moins, mais tous, s’ils sont abordés courageusement et rationnellement, à l’aide des instruments scientifiques dont nous disposons déjà, ou qu’il nous reste à découvrir, sont solubles dans un délai raisonnable et dans l’intérêt de tous.

    Alors, en cette fin d’année et à l’abord de 2020, foin du pessimisme ambiant et des craintes sur l’avenir de l’humanité. Celle-ci, avec les succès que l’on sait, a fait face à des temps et des problèmes autrement plus dramatiques que ceux qui nous préoccupent.

    Joyeux Noël à tous et entrons dans 2020 plein de confiance et d’ambitions !!

    Pierre Kunz

    (*) Steven Pinker, Le Triomphe des Lumières, 2018

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  • La Chine et le modèle parlementaire occidental

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    Le dernier ouvrage de Piketty (*) est lourd, assez indigeste, critiquable à bien des points de vue. Néanmoins, il faut reconnaître qu’il apporte une multitude d’informations sérieuses et intéressantes. Voici ce que l’auteur écrit à propos du « modèle » politique et social chinois.

    « Après avoir tiré les leçons des échecs du soviétisme et du maoïsme, le régime entend ne pas répéter les erreurs des démocraties électorales et parlementaires occidentales. La lecture du Global Times (organe officiel) est de ce point de vue très instructive. On y dénonce à longueur de colonnes les dérives nationalistes, xénophobes et séparatistes qui caractériseraient les pays occidentaux, ainsi que le détonnant cocktail de vulgarité, téléréalité et argent-roi auquel semble mener inévitablement les prétendues élections libres et les merveilleuses institutions politiques que l’Occident voudrait imposer au monde. On insiste également sur le respect avec lequel les dirigeants chinois s’adressent à la planète, en particulier aux dirigeants des pays africains qualifiés régulièrement de shit countries par le président des USA, leader supposé du monde dit libre ».

    La part de propagande de ces lignes est évidente. Au surplus, même si les progrès économiques et sociaux du pays sont aussi stupéfiants que solides, la « démocratie à la chinoise » est très loin d’avoir apporté la démonstration de sa supériorité sur la démocratie parlementaire à l’occidentale. Il n’en reste pas moins que la lecture des extraits ci-dessus devrait inciter les pays européens et les Etats-Unis, à s’interroger sur la prétendue supériorité civilisationnelle des démocraties électorales occidentales.   

    Et si l'on s'interroge il conviendrait de le faire aussi à propos de la démagogie à laquelle succombent depuis des décennies les élites politiques des démocraties occidentales et qui les conduit à gérer de manière calamiteuses les ressources mises à leur disposition par les peuples en vue de gérer l’Etat. De s’interroger notamment sur les effets de cette démagogie en la rapportant aux excès d’un Etat-providence qui, au lieu de cultiver les vertus des peuples et de leur d’apporter la sécurité sociale et l’optimisme auxquels ils aspirent, affadit les citoyens et casse leur énergie dans une débauche de prestations et d’aides.

    C’est Louis Pauwels (**) qui, il y a longtemps, a le mieux résumé les dangers et les méfaits de l’Etat-nounou : « Lorsqu’on ne demande plus rien aux faibles, ils ne se demandent plus rien à eux-mêmes. Il leur en vient une hébétude avec un arrière-fond d’angoisse ».

    Pierre Kunz,

    (*) Capital et idéologie, Thomas Piketty, 2019

    (**) Comment l’on devient ce que l’on est, Louis Pauwels, 1978

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  • Ouverture à Genève d’un centre de PMA

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    Les médias de ce jour informent les Genevois que les couples touchés par un problème infertilité (10 à 15 % des couples, paraît-il) disposent désormais d’un centre dédié à la procréation médicalement assistée. C’est un progrès, ne serait-ce que parce que ces personnes n’auront plus besoin de se rendre à l’étranger pour bénéficier de ces thérapies.

    Dans les articles concernant ce développement les journalistes n’ont pas encore évoqué la question de l’opportunité d’inscrire ces prestations dans la liste de celles couvertes par la LaMal. Ils se contentent de constater qu’actuellement elles ne le sont pas. Mais cela ne saurait tarder.

    Il s’agira alors de se poser la question « l’enfantement est-il un droit ? ». A l’évidence non, c’est une bénédiction de la vie. Il n’en reste pas moins que, les avis seront très partagés sur la réponse que loi devrait apporter. Et on peut déjà parier qu’en fin de compte les adeptes de l’Etat-providence et de l’égalitarisme feront pencher la balance du côté de la gratuité des traitements. Certains le regretteront pour des raisons essentielles, éthiques, d’autres au motif que l’allongement continuel et incohérent de la liste des soins couverts par la LaMal contribue grandement à la hausse toute aussi continue des primes.

    Cela dit, objectivement, qui pourrait s’opposer à l’inscription des coûts de la PMA sous le chapeau de la LaMal alors que les dépenses liées à un avortement (près de 1000 par an à Genève), même « de confort », sont prises en charge ?

    Pierre Kunz

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  • Comment les Etats éteindront leurs dettes colossales

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    Jusqu’au milieu du 20ème siècle, nous dit Piketty dans son dernier ouvrage (*), les Etats s’endettaient pour faire la guerre. Depuis, ils accumulent les dettes pour faire face aux dépenses de l’Etat-providence (éducation, santé, social). Un jour, dans les deux cas, se posa, se posera, la question du remboursement de ces dettes.

    L’histoire le montre : pour sortir d’un endettement qu’ils ne peuvent plus assumer, les Etats recourent à trois expédients : la banqueroute, l’inflation accompagnée d’une dévaluation, l’impôt exceptionnel. Toutes méthodes destinées à « tondre l’épargnant prêteur ».

    Il est rare qu’un pays se déclare en faillite. Le dernier cas recensé est celui de la France révolutionnaire qui a décrété, en 1797, qu’elle ne reconnaissait plus qu’un tiers des dettes qu’avait accumulées l’Ancien régime.

    Au 20ème siècle, les Etats européens ont surtout recouru à l’inflation et aux dévaluations. La France et l’Allemagne furent des utilisatrices régulières de la méthode. Au total, entre 1914 et 1950, l’inflation dépassa 13 % par an en moyenne en France et atteignit 17 % en Allemagne. On comprend qu’à ce rythme, la situation du débiteur public se soit trouvée rapidement améliorée. Tant pis pour les créanciers, petits ou institutionnels.

    Mais pour « solder le passé et construire la justice" », comme l’écrit Piketty, rien ne vaut le prélèvement fiscal « exceptionnel ». S’inspirant des exemples de l’Italie, l’Autriche et le Hongrie (taux variant entre 10 et 50 %), entre 1919 et 1923, la jeune République fédérale allemande, confrontées aux conséquences désastreuses de la guerre 1939-1945 et au défi de sa reconstruction, recouru au prélèvement fiscal exceptionnel sur la totalité des patrimoines privés, réparti sur plusieurs décennies. Considéré comme « plus social » que l’inflation, qui touche également tous les types de patrimoines, cet outil a l’avantage d’être plus radical et particulièrement efficace. 

    Il est bon de souligner qu’entre la fin du 18ème siècle et aujourd’hui, un seul pays s’est comporté honnêtement dans une situation de surendettement à l’égard de ses créanciers ; c’est la Grande Bretagne. La dette publique accumulée pendant les guerres napoléoniennes avait en 1815 atteint le niveau considérable de 200 % du revenu national. Pour honorer ses engagements, il s’est engagé dans une politique d’excédents budgétaires qui lui a permis de ramener, en 1914, sa dette à 70 % du revenu national.

    Les 19 pays de la zone euro ont aujourd’hui accumulé une dette de près de 10'000 milliards d’euros, soit l’équivalent de 85 % de leur PIB cumulé, avec quelques « champions » tels l’Italie (132 % du PIB national), le Portugal (121 %), la France (100 %), la Belgique (102 %). Sachant qu’aucun de ces pays ne pourra, à cause de la monnaie unique, utiliser la dévaluation monétaire ou la banqueroute pour améliorer sa situation, sachant aussi que tous les efforts de la BCE visant à créer de l’inflation sont restés vains, et probablement le demeureront, on se rend compte que, leurs gouvernements ne disposent plus que de deux solutions pour régler leur problème avant l’effondrement :

    • adopter des politiques d’excédents budgétaires, donc d’austérité,
    • « tondre » les couches les plus aisées de leurs populations en accroissant massivement la fiscalité pesant sur elles.

    Cela étant, pas besoin d’être futurologue émérite pour deviner que seule la troisième formule est envisageable. Dès lors, on comprend pourquoi les riches, quand ils ne quittent pas physiquement les bateaux nationaux en perdition, multiplient leurs investissements en monnaies étrangères et pourquoi … la bourse suisse progresse si vivement depuis des mois. Rappelons que la dette publique suisse consolidée est inférieure à 40 % du PIB. 

    Pierre Kunz

    (*) Capital et idéologie, seuil, 2019

     

     

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  • France, 5 décembre 2019

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    La France est une complication d’hommes, de tempéraments, de talents, d’attentes, d’égoïsmes, de méfiances, de haines et de faits historiques. Cette complication, depuis des siècles ne cesse de se déchirer, passant de jacqueries en saccages, de conflits sociaux en révoltes, d’émeutes en violences.

    Cette même complication existait dans presque tous les pays occidentaux. Mais, contrairement à la France, ceux-ci ont su, depuis le milieu du 19ème siècle, peu à peu, fonder un dialogue social pérenne, canaliser les forces centrifuges et mobiliser l’énergie des citoyens dans la construction d’un destin national commun. Les dirigeants de notre grand voisin n’ont en revanche jamais été en mesure, ou n’ont jamais voulu, donner au pays les institutions durables qui lui auraient permis de surmonter ses divisions. En dépit du renforcement de l’Etat, d’abord par la monarchie puis par la République, la France n’a jamais réussi à intégrer les cœurs et les esprits.

    Notre grand voisin, qui aime tant s’afficher en parangon de l’égalité et vanter les mérites de son « modèle social », est sociologiquement, demeurée figée dans les traits d’une monarchie plus ou moins masquée, caractérisée par les attentes déraisonnables du peuple à l’égard de son Etat, l’incurie d’une administration omnipotente et tentaculaire et le rôle surdimensionné de la technocratie issue des grandes écoles. Dès qu’une crise s’y produit, dès qu’une partie du peuple se sent frappée par l’injustice, les vieux démons de l’Hexagone ressurgissent. En l’absence de tout dialogue social institutionnalisé, la rue et les campagnes redeviennent des lieux d’affrontement, et partout se font réentendre les appels à la destitution des castes dirigeantes privilégiées.

    Il faut dire que celles-ci se sont comportées, au cours des dernières décennies, de la pire des manières.

    Au prétexte de lutter contre la pauvreté et les inégalités par la redistribution et d’assurer ainsi le calme au sein des couches les moins aisées, elles ont fait croître l’Etat-providence de manière démentielle, insupportable pour l’économie du pays. Afin de boucher le gouffre des dépenses publiques elles ont recouru dans un premier temps à la planche à billets, ensuite, dès l’absurde création de l’euro, à l’endettement massif de la nation.

    Pour conforter leur situation privilégiée, elles se sont arrangées par pour ne pas avoir à affronter les déséquilibres dramatiques du pays, à savoir l’immigration, la fonction publique pléthorique, le centralisme administratif, le déclassement économique de la province et le délabrement des infrastructures de transport dans ces régions.

    Le résultat de cette démagogie et de cette impéritie se révèle aujourd’hui dramatique pour la France. Elle est financièrement exsangue, malgré les efforts de ses entreprises elle reste économiquement peu compétitive, les banlieues de ses villes sont souvent devenues des zones de non-droit, son centralisme administratif balaie toute initiative régionale et l’Etat-providence est devenu un monstre incontrôlable.

    Quant aux classes populaires, même si la France est un des pays les plus égalitaires de l’Occident, obsédées par leurs « droits acquis », insensibles aux exigences du redressement national, elles sont réfractaires à toute réforme profonde. Dès qu’il en est question, elles se mettent en grève puis prennent la rue pour, comme toujours, exiger moins de taxes, « casser du riche » et … réclamer la tête Président.

    Pierre Kunz

     

     

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