Genève, l’Etat nounou et les chauffeurs Uber

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Les médias, et la plupart des peuples, fêtent en ce début octobre le trentième anniversaire de la chute du Mur. C’est le bon moment de se rappeler qu’une des raisons fondamentales pour lesquels les Allemands de l’Est ont fait exploser le régime tyrannique sous lequel ils vivaient est que celui-ci prétendait déterminer l’avenir de chacun en contrepartie d’une existence exempte de tout risque professionnel et social.

La Suisse est un pays de liberté et de responsabilité individuelles. Mais à Genève de vieux démons font mentir ce constat. L’Etat providence, au nom de « la justice et de l’égalité sociales » est devenu tentaculaire.  D’un demi-siècle d’activisme socialo-marxiste et de reniements de la droite, sont nées des institutions sensées protéger les Genevois de tout, même des velléités qu’ils pourraient ressentir à prendre leur destin en mains.

En conséquence, au lieu de favoriser l’épanouissement de tous les Genevois, notamment des plus modestes, au lieu de les aider à se construire un avenir meilleur par leurs initiatives et leur travail, nos autorités ne songent qu’à leur faire miroiter la « sécurité du filet social genevois ». Selon ces autorités, ce filet constitue une bonne raison d’inciter les gens modestes à se contenter d’un travail salarié, quitte à réclamer une aide complémentaire de l’Hospice général, plutôt que de prendre des risques économiques aux fins d’améliorer leurs revenus souvent insatisfaisants.

C’est précisément à cet éclairage qu’il convient d’interpréter la décision que vient de prendre le Conseil d’Etat en prétendant priver de leur activité les chauffeurs de taxi travaillant avec le concours d’Uber. Au lieu de leur apporter soutien et encouragements parce qu’ils contribuent grandement à l’amélioration d’un service public qui depuis longtemps ne satisfaisait plus les Genevois, il ne songe qu’à casser les ambitions de ces petits entrepreneurs.

On aurait compris que notre ministre de l’emploi intervienne pour activer la recherche de solutions aux quelques problèmes administratifs qui subsistent. Mais pas que, avec le soutien de la gauche, il veuille de toute urgence « protéger les petites gens contre les risques excessifs qu’ils prennent en se mettant à leur compte ». Comme si à Genève une catégorie de la population, parce qu’elle serait peu éduquée ou pauvre, était trop imprévoyante et stupide pour se construire un avenir autre que celui que leur offre le mirage de l’Etat providence.

A quand l’interdiction faite à ces mêmes gens modestes d’ouvrir une épicerie, un garage ou un bistrot ?

Pierre Kunz

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Vous avez totalement raison, cher Monsieur.

  • Dommage que vous vous saisissiez d'un sujet qui semble largement vous échapper. Vous faites du tort à votre formation.
    Car la question de Uber et des autres acteurs de ce que l'on nomme la "gig économy" soit l'économie des petits boulots mérite de s'y pencher sérieusement pour comprendre que ce n'est qu'une forme d'esclavagisme des temps modernes.
    Ces sociétés surfent sur ce qu'ils considèrent abusivement comme des vides juridiques en s'improvisant dans une catégorie inexistante d'intermédiaire numérique de mise en relation.
    Ils ont été lourdement sanctionnés par la Cour européenne en décembre dernier qui les a requalifiés comme entreprise de transport permettant ainsi aux divers Etats de remettre quelques pendules à l'heure afin de respecter une concurrence loyale entre les divers acteurs d'un même secteur.
    Ce que vous ne semblez pas voir, ou ne voulez pas comprendre, c'est que Uber fabrique de la précarité pour engraisser des actionnaires insatiables. Non seulement les chauffeurs ne peuvent vivre de l'activité, mais ceux qui étaient déjà en place sont emportés dans la chute faisant exploser les aides sociales pour ces "indépendants" qui n'ont pas droit aux indemnités de chômage. Ils vivent pour ainsi dire dans leur voiture.
    En dénonçant l'option choisie par M. Poggia, vous ne faites que confirmer la dérive des libéraux d'aujourd'hui qui ont perdu toute trace d'humanisme et vous contribuez ainsi à leur chute programmée.

  • M. Jenni,
    Je pense que vous vous trompez de cible. C'est en aidant les petites gens à améliorer leur sort par leurs initiatives et leur travail que notre société luttera contre la précarité. Pas en attaquant les entreprises qui offrent des possibilités de travail et des emplois, même si ce travail et ces emplois sont modestes.
    Vous vous trompez aussi d'époque. La Suisse a longtemps vécu sous le parapluie du protectionnisme et à l'abri des cartels de toutes sortes. Le libéralisme débridé n'est certes pas la bonne réponse à ces anachronismes. Par contre davantage de liberté d'entreprendre ne peut être que dans l'intérêt général. C'est vrai en particulier dans le domaine des taxis genevois.
    Quant à l'humanisme que vous mentionnez, celui qui promeut la dignité humaine, permettez-moi de noter que vous semblez le confondre avec les excès humanitaristes de l'Etat providence, ceux qui abîment l'Homme.
    Au plaisir de poursuivre ces discussions philosophiques sur d'autres sujets.

  • Oui, nous aurons vraisemblablement pas mal de sujet de controverse à explorer.
    Mais pour en rester à celui qui nous occupe ici, je vous serais infiniment reconnaissant de bien vouloir creuser la moindre avant de nous infliger les poncifs libéraux.
    Lorsque vous parlez des petites gens, vous faites certainement référence à ceux qui n'ont pas profité d'une éducation digne de ce nom et qui n'ont aucun certificat de capacité.
    Le sujet est vaste car de nos jours, plus aucun certificat, ou presque, n'est relevant tant la vitesse du changement relègue l'éducation au sens large à la préhistoire.
    Mais pour en rester dans le domaine du transport de personne que je connais particulièrement bien, je peux vous assurer que plus du 90 % des acteurs proviennent d'un immigration non maitrisée qui aujourd'hui coûte au lieu de rapporter.
    Pour entreprendre, et assumer les charges d'un dirigeant d'entreprise même si celle-ci n'a qu'un employé qui en est le patron, il est indispensable d'avoir des connaissances de base sur les questions du droit du travail, des couvertures sociales, de la comptabilité et j'en passe.
    Lorsque vous suggérez que Uber permet la liberté d'entreprendre vous êtes soit malhonnête, soit très mal informé.
    C'est pourquoi je vous suggère de faire amende honorable en mettant un peu d'eau dans votre vin si vous voulez que le message passe.
    A défaut, comme je le relevais plus haut, vous contribuerez à la chute inéluctable de ceux qui osent encore aujourd'hui encore nous sortir des trucs du genre de la main invisible.

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