Sus aux inégalités ! Quelle curieuse obsession.

Imprimer

Les discours égalitaristes n’intéressent pas les peuples. Ceux qui les prononcent sont des dogmatiques ou n’ont que des visées électoralistes.

Les premiers en sont restés, la main sur le cœur, aux idées de Rousseau, trahissant en passant le grand philosophe. Ils n‘ont aucun égard pour les risques que font peser leur passion égalitariste sur la liberté des peuples.

Quant aux seconds, des démagogues qui n’ont le plus souvent jamais étudié le sujet, ils se contentent de slogans qui font évidemment les beaux jours des médias. C’est ainsi que les uns et les autres mettent généralement tous les troubles sociaux sur le compte des inégalités. Ils font croire, par exemple, que la jacquerie de gilets jaunes en France et la révolte violente qui se produit actuellement au Chili sont le résultat des « inégalités grandissantes » dans ces pays. La vérité est que dans les deux cas, il s’agit pour les manifestants de signifier qu’ils sont désespérés par l’incompétence et la corruption des élites, qu’ils n’en peuvent plus de voir le coût de la vie augmenter et leur pouvoir d’achat se réduire.

Ces révoltés se fichent des statistiques relatives aux inégalités brandies à leur sujet par les intellectuels, les médias et la gauche. Ce qu’ils veulent c’est du travail, de la sécurité, de la liberté, de ne pas subir de ségrégation, des biens abordables et des services publics accessibles. Les peuples, qu’ils soient d’Europe ou d’un autre continent, n’ont pas de problème avec les inégalités.

S’agissant des patrimoines, ils voient bien que nous ne naissons pas tous avec des talents égaux et que, hier comme aujourd’hui, des fortunes se transmettent de génération en génération. De l’Etat ils n’attendent pourtant pas qu’il éradique les inégalités. Pour eux le rôle de cet Etat est de donner à chacun, grâce à l’éducation publique et à la redistribution fiscale, l’opportunité de se forger selon ses moyens une existence digne. Ils savent aussi, même si les populistes prétendent le contraire, que la suite relève de la responsabilité individuelle. Ils constatent que certains de leurs compatriotes amassent des fortunes considérables et ils l’admettent aisément, pour autant que ces fortunes ne dorment pas dans des tas d’or et qu’elles profitent à tous en termes de création d’entreprises, d’emplois, de mécénat et d’œuvres caritatives.

Les peuples se fichent des statistiques et autre indice Gini relatifs aux inégalités de revenus. Ce sont des statistiques et des indices qui d’ailleurs ne sont jamais mis en perspective historique par ceux qui les invoquent. Une perspective que les intéressés n’ont pas oubliée, eux qui se rappellent d’où venaient leurs parents. Quant aux heureux, ceux gagnent beaucoup d’argent, les peuples savent que leurs revenus sous soumis à l’impôt, souvent fortement progressif, impôt qui garantit aux Etats, lorsque bien sûr ils sont honnêtement et intelligemment gérés, les ressources requises par le bon fonctionnement de la communauté.

Aujourd’hui seuls les démagogues osent encore prétendre que dans l’ensemble les inégalités se creusent sur cette planète. Il faut en effet être aveugle ou de mauvaise foi pour nier que, depuis un demi-siècle, l’Etat providence en Occident a mis un terme à la misère, l’éducation des jeunes et des étudiants est la préoccupation majeure de tous les pays, en Asie et en Amérique du sud plus d’un demi-milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté et partout la classe moyenne s’est massivement développée, même dans les régions les plus pauvres. 

Mais de grâce qu’on cesse de placer à chaque occasion le nouveau « Discours sur les inégalité », inégalités qui seraient le problème essentiel de l’humanité. C’est une tromperie qui peut convaincre les bobos mais certainement pas ceux qui sont désignés comme les victimes de ces inégalités. Comme on l’a montré ci-dessus, ces derniers sont confrontés à d’autres problèmes, bien plus sérieux.

Pierre Kunz

 

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Ce papier est d'autant plus étonnant qu'il énonce avec précision les causes de ces révoltes dont nous ne voyons arriver que l'avant-garde, mais qu'il reste comme incapable de comprendre que la corruption, la cupidité et la malhonnêteté, présentées comme la cause de ces surgissements, en provoquent justement les effets par les inégalités qu'ils induisent. En condensant les gains de productivité, les profits nés du travail de tous, les bénéfices de l'innovation et de la rente dans des mains de plus en plus restreintes, les inégalités grandissent, deviennent de plus en plus inacceptables et préparent la chute d'un système qui, non content de piller les ressources de la planète, en vient à essorer les classes dites moyennes promises à un avenir de moins en moins vivable. Or ce sont ces classes moyennes qui descendent dans la rue, ces millions de créatures humaines auxquelles on a fait miroiter les mille sortilèges de la consommation et qui en découvrent à la fois les dégâts et les mensonges. Il ne s'agit pas de plonger tout habillé dans un bain de mousse idéologique et de parfums révolutionnaires. Il s'agit simplement d'ouvrir les yeux sur le monde contemporain et d'essayer de comprendre quels sont les mécanismes qui jour après jour en grippent le fonctionnement et poussent les peuples à refuser de vivre dans la précarité. Rien n'est sûr dit le sage, mais un peu de lucidité ne fait pas de mal.

  • M. Matthik,
    A première lecture de votre commentaire on pourrait conclure qu'entre nous il y a l'histoire de la poule et de l'oeuf. En réalité il y une grande différence entre nos thèses.
    Je suis d'avis que la corruption, la cupidité et la malhonnêteté sont les facteurs déterminants de la révolte des peuples parce que ces derniers voient en conséquence leur niveau de vie s'abaisser et l'avenir de leurs enfants compromis. Les inégalités, qui existent aussi là où il n'y a pas de révoltes, n'y sont pour rien. Quand les peuples coupent la tête de leur roi ou de leur reine, c'est parce qu'ils veulent plus de liberté et de sécurité.
    Si je vous ai bien compris, vous considérez, pour votre part, reprenant l'argumentation traditionnelle de la gauche, que les peuples ambitionnent d'appauvrir les riches dans le but d'enrichir les pauvres et de promouvoir ainsi davantage d'égalité. Ainsi, la paix sociale se trouverait garantie. L'histoire a pourtant montré que là où le marxisme a sévi non seulement les inégalités n'ont pas disparu mais que les peuples ont perdu leur liberté en même temps que leur avenir.
    Pour rester en Occident, vous admettrez sans doute que la qualité première que les peuples reconnaissent à l'Etat providence est la sécurité sociale qu'il apporte aux moins aisés. Il n'a aucunement concrétisé l'égalitarisme dont rêvent certains intellectuels et que la gauche invoque si souvent, généralement pour des raisons électoralistes.

  • L'égalité ce n'est pas l'égalité des comptes en banques, des résidences secondaires ou celle des limousines de luxe. L'égalité que demandent les foules en descendant dans les rues est celle des chances. Je suis complètement indifférent aux clivages de gauche et de droite. Je ne m'intéresse qu'au réel auquel nos sens, notre psychisme et les outils que nous inventons pour dépasser les limites des sens et du psychisme nous donne accès. Or tout cela n'est ni de droite ni de gauche. Le mot liberté, si souvent chanté, évoqué, sacralisé est un de ces leurres que bien des épisodes tragiques de l'Histoire humaine ont éclairé de sinistre manière. Elle résulte toujours d'un combat contre l'ignorance, la manipulation des esprits et la domination des plus impitoyables. Elle n'existe que furtivement, bien vite balayée par l'incapacité du cerveau humain à résister aux poisons du pouvoir. Quelle liberté restera aux milliards d'habitants de la Terre lorsque, par le jeu légal des successions, des fortunes gigantesques autoriseront des potentats à monopoliser les moyens militaires de contrôle des populations ? Quelle liberté restera aux créateurs, aux artistes lorsque les moyens de diffusion de la culture seront aux mains d'autocrates ? Bien des esprits sagaces et visionnaires ont tenté de clamer durant des siècles la primauté de la justice sur la liberté. D'abord la justice sociale, l'égalité des chances pour tous de vivre une vie riche en découvertes, en plaisirs et en travail. Pas le travail imposé, exploité, souillé par l'absence de joie et de solidarité. Un travail au service de soi et des autres. Le travail comme un bien commun à répartir équitablement selon les capacités de chacun, plutôt que cette foire d'empoigne planétaire qui essaie de faire croire que tous nous pourrons vivre comme les pimpantes figures de la propagande publicitaire consumériste. Mon propos n'est ni écologiste, ni marxiste, ni libertaire et encore moins moraliste. Il me semble que l'observation de l'état de la planète impose une vision pragmatique, nourrie de science, de philosophie, de connaissances économiques, de spiritualité, de toutes les expériences de l'Histoire et surtout d'honnêteté intellectuelle. A l'aune de la durée de vie du Soleil nous sommes tous morts. L'unique chance de l'Humanité est de dompter l'ébriété du pouvoir et de l'accumulation afin de peu à peu voir advenir une civilisation mondiale édifiée par tout ce que cette planète compte de beauté et d'ingéniosité. Au profit de tous, pour sauver l'espèce et pas uniquement les lubies prédatrices des plus voraces, des plus rusés et des plus violents. La liberté et la sécurité sont des conquêtes. Elles naissent de combats. Et nous savons tous que la paix après les combats est plus difficile à mener que la guerre.

  • Cher Monsieur,
    Même si vos développements ne me paraissent pertinents qu'en partie, j'en apprécie la qualité et la portée. Je ne voudrais donc manquer de vous remercier d'avoir pris la peine de les formuler dans des textes aussi élaborés et structurés.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel