Mettre la justice sociale au centre de la transition écologique ?

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Mettre la justice sociale au centre de la transition écologique ?

C’est sous ce titre pompeux (*) que la présidente du PS vaudois, Mme Jessica Jaccoud, renoue avec une lutte qui a fait le bonheur électoral de la gauche romande depuis bientôt un demi-siècle, celle de la protection des locataires. Dans ce but elle prétend voler au secours des locataires occupant des logements appelés à être rénovés parce qu’ils sont chauffés au mazout. Ce sont en général des logements anciens, excessivement énergivores et incompatibles avec l’enjeux climatique. Leurs loyers sont bloqués depuis des décennies et en conséquence les propriétaires ont toujours peiné à les entretenir.

Ce contrôle des loyers, comme on le sait, a donné naissance à une catégorie grassement privilégiée de locataires parfois modestes certes mais appartenant le plus souvent à la classe moyenne voire aisée. Des locataires qui ne changent que très rarement d’adresse parce qu’ils veulent évidemment conserver le privilège et la rente de situation que le système leur a conférés. Et cela, même si ce sont principalement les jeunes et les nouveaux arrivants sur le marché qui souffrent de cette discrimination, étant forcés de se loger dans des appartements dont les prix se situent au double voire au triple de ceux dont bénéficient les générations précédentes.

Survient le moment, lutte contre le réchauffement climatique oblige, où les propriétaires de ces immeubles anciens et à loyers bloqués se trouvent forcés de remplacer les citernes à mazout qui équipent leurs immeubles par des installations plus écologiques. On comprend que même ceux bénéficiant de subventions écologiques, ne sont pas en mesure de prendre à leur charge ces dépenses. Ils entendent donc répercuter ces investissements sur les loyers.

C’est là qu’intervient Mme Jaccoud. Oubliant les dizaines de milliers de francs économisés par les bénéficiaires du contrôle des loyers au cours des décennies, oubliant que ces économies ont permis à ces heureux locataires de consommer et de voyager davantage que les locataires victimes de la discrimination susmentionnée, elle prétend, « au nom de la justice sociale », interdire aux propriétaires vertueux de faire payer la plus grande partie de leurs investissements écologiques par les locataires privilégiés. Réclamant que « l’on remette l’équité et la justice sociale au centre de la lutte climatique », elle réclame que l’Etat aide financièrement les propriétaires afin qu’ils puissent effectuer les travaux sans augmenter les loyers des immeubles concernés !!

Autrement dit elle exige que ceux qui ont été empêchés des bénéficier de loyers maintenus artificiellement bas payent, par leurs impôts, les travaux de rénovation des immeubles logeant les locataires privilégiés afin qu’ils puissent conserver leurs privilèges !!!

Drôle de manière de voir l’équité et la justice sociale.

Pierre Kunz

(*) cf Le Temps du 4 octobre 2019

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