La Tyrannie de #Me Too

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Le MacCarthysme et le puritanisme américains sont de retour dans leur version perverse du 21ème siècle.

Le dernier film de Woody Allen, Un jour de pluie à New York, est un modèle du genre. L’intrigue est équilibrée et amusante sans être bébête, les tableaux s’enchaînent avec la maestria que l’on reconnaît au metteur en scène, les images sont travaillées avec bonheur et les acteurs sont admirables. Si l’on aime le bon et beau cinéma, il faut voir ce film.

Mais on ne peut le voir qu’en Europe, car aux USA la dernière œuvre de Woody Allen a été retirée des circuits de distribution suite aux pressions exercées par les intégristes de #Me Too. Dans la suite des scandales sexuels qui ont fait la une des médias américains au cours des deux dernières années, ces croisées de la lutte anti-masculine ont repris contre Woody Allen de vieilles accusations d’agressions sexuelles, jamais prouvées, contre sa fille adoptive. Bénéficiant du soutien actif des médias, des milieux intellectuels de gauche et des bobos de tous âges, elles ont réussi à convaincre les jeunes acteurs du film, angoissés par l’idée de déplaire à leurs pairs, de renoncer à empocher leurs cachets et empêcher la sortie de A Rainy Day in New York sur les écrans américains.  

Les grands manitous du cinéma américain, tétanisés par la peur d’affronter l’opposition de ces dames, culpabilisés par le déballage des violences faites aux femmes dans leur secteur, ont rangé leurs bobines en attendant des jours meilleurs. Comme dans la terrible histoire de Bertrand Cantat, la pression exercées par les activistes féministes a eu raison de toutes les bonnes intentions affichées par la société bien-pensante au sujet de la présomption d’innocence et de la réinsertion sociale des coupables.  

Les intellectuels, les bobos et les médias ne manquent jamais une occasion de réclamer que le pouvoir politique respecte les citoyens dans leur liberté de choix. Comment dès lors peuvent-ils soutenir, pour les raisons invoquées plus haut, une action visant à empêcher la sortie d’un film ou à interdire un concert parce qu’est en cause un cinéaste ou un chanteur victime de la vindicte d’une partie de la population ? Pourquoi dans ces occurrences ne sont-ils plus disposés à laisser aux cinéphiles et aux amoureux de la musique la liberté de décider, en fonction de leurs convictions et de leur ressenti personnels, de se rendre ou non au cinéma ou au concert ?

Pierre Kunz

 

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Commentaires

  • Bertrand Cantat a tout de même une mort sur la conscience, c'est légèrement différent. Et il est avéré que c'est lui qui a laissé agoniser Marie Trintignant après l'avoir tabassée jusqu'à l'inconscience. Il me semble qu'il n'y a aucun doute quant au fait que c'est lui qui est responsable de sa mort. Et lui, contrairement à WA, poursuit sa carrière sans être gêné par qui que ce soit, ni par quoi que ce soit (comme des scrupules, par exemple)

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