La biodiversité peut attendre, pas le climat

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Les scientifiques nous annoncent avec une régularité exaspérante que les calculs qu’ils avaient faits antérieurement ont été révisés. La problématique climatique réanalysée qu’ils communiquent presque chaque mois se révèle plus dramatique que lors de leurs précédentes estimations

Tirant parti de cette escalade, il y a, principalement en Occident, les intégristes qui dessinent avec délectation l’abîme qui, selon eux, inéluctablement nous attend, ceux qui, comme le relève Pascal Bruckner (*), « sont soucieux de condamner notre société et de nous faire payer les destructions que nous avons infligées à notre environnement ». Ceux qui voudraient, au prix de moult souffrances et sacrifices, nous pousser à changer radicalement nos modes de vie, quitte à appauvrir massivement l’humanité.

Heureusement, face à ces « desperados », il y a les volontaristes, hommes et femmes, qui connaissent et savent comment mettre en œuvre les outils qui sont à notre disposition pour inverser la tendance au réchauffement, sans appauvrir les habitants de la planète mais au contraire en continuant offrir aux moins favorisés l’espoir d’une vie meilleure.

Sur le plan des technologies, ces acteurs (**) ont élaboré une liste de 80 mesures, disponibles et praticables. Si elles sont mises en œuvre rapidement par les gouvernements et l’économie, si elles sont en particulier accompagnées par la fin des soutiens publics aux industries pétrolière, gazières et charbonnières, si elles sont renforcées par la taxation du CO2 et si la durée de vie des centrales nucléaires existantes est prolongée de quelques décennies, on peut escompter dès 2050 une diminution progressive des gaz à effet de serre envoyés dans l’atmosphère par les sociétés industrielles depuis deux siècles (***).

Les réformes et les technologies les plus efficaces sont :

  • la réduction et l’amélioration du recyclage des appareils utilisant des fluides frigorigènes,
  • le développement de l’éolien terrestre,
  • le développement de centrales solaires et du photovoltaïque en toiture,
  • le recours à une alimentation riche en végétaux et la réduction du gaspillage alimentaire,
  • dans les pays pauvres, l’éducation des filles, le développement du planning familial et la limitation des naissances,
  • la préservation et la restauration de la forêt tropicale de la zone tempérée,
  • l’agriculture régénératrice des sols et le reboisement des terres arides,
  • la protection et la restauration des tourbières et des zones humides.

Au plan social, ces acteurs savent qu’une des conditions essentielles de la réussite de l’inversion du réchauffement climatique ne se situe pas, comme on veut le faire croire, dans la réduction des inégalités dans nos sociétés développées. Elle réside, grâce à des investissements financiers et techniques massifs, dans l’extraction, en Afrique, en Asie et en Amérique du sud de centaines de millions de gens de l’extrême pauvreté, une pauvreté qui les conduit à des comportements destructeurs pour leur avenir et le climat.

Ces volontaristes ont l’honnêteté d’admettre que nous ne pourrons faire face à la problématique climatique si nous prétendons nous attaquer parallèlement à tous les problèmes environnementaux que recensent sans ordre et sans approfondissement les médias et les ONG. La lutte contre le réchauffement ne saurait s’accommoder d’une dispersion des efforts et des ressources. C’est pourquoi ce que d’aucuns appellent « l’effondrement de la biodiversité » et la surconsommation des ressources terrestres constituent des défis à part, subséquents, moins urgents.

Faisons certes ce que nous pouvons pour sauver des espèces essentielles à l’activité humaine. Veillons en Occident à économiser les ressources terrestres en réduisant notre consumérisme absurde et favorisons ce que le professeur Dominique Bourg appelle « l’économie intégrale », celle du recyclage intensif. Mais insistons auprès de ceux qui nous gouvernent et les chefs d’entreprises pour qu’ils dirigent prioritairement leurs investissements vers la problématique du climat. Car dans cent ans l’humanité pourra vivre avec une biodiversité entamée et une empreinte environnementale insatisfaisante mais pas avec une température annuelle moyenne qui aurait crû de 7°. 

Confrontés à ceux qui nous prédisent le pire, nous les citoyens, ne nous laissons pas gâcher la vie par les peurs qui nous instillées. Demeurons attentifs et exigeons de ceux qui conduisent le monde et les grandes entreprises qu’ils ne se contentent plus de bavardages mais qu’ils agissent. Le plan que le gouvernement allemand vient d’annoncer ne constitue qu’un premier pas.

Pierre Kunz

 

 (*) Pascal Bruckner, dans l’Information immobilière, automne 2019

(**) Paul Hawken, Drawdown, Actes Sud, 2018

(***) les émissions mondiales de gaz à effet de serres s’élèvent actuellement à 36 gigatonnes par an et la durée de vie du CO2 dans l’atmosphère est de 100 ans

 

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • Bonjour,

    Le réchauffement global de la planète est acté et visible avec la fonte des glaciers et du pôle nord en particulier. La Nasa a diffusé une vidéo ou il est facile de constater la situation depuis 35 ans.(Futura Science)

    Mieux vaut faire confiance aux écologues qu'aux écolos verts et autres. Ne pas faire confiance aux climato-septiques à la solde des lobbies, ou, pour une partie non négligeable, très ignorants de ce qui se passe en restant figés devant leur porte.

    Les acteurs qui ont élaboré la liste ont oublié plein de choses comme l'isolation thermique et phonique, la géothermie, la construction d'usines de désalinisation avec des oléoducs pour alimenter des zones forestières, etc.

    La situation est plus grave qu'il n'y paraît. Des scientifiques ont rectifié le tir en s’apercevant notamment que les prélèvements de températures demandés à tout navigateurs que des erreurs se glissaient par exemple sur un Supertanker faisant plus de 30 mètres de haut la température n'est pas la même que sur un voilier. Même chose pour le prélèvement d'eau.

    Pour la première fois depuis plus de 50 ans de conduite, et après 700 kms j'ai compté une trentaine d'impacts d'insectes sur mon pare-brise alors qu'avant il fallait nettoyer tous les deux cent kms.

    Le réchauffement climatique n'est pas à prendre à la légère et surtout pas laisser un gamine manipulée entraîner une jeunesse au cerveau d'éponge qui absorbe tout. Stopper les climato-septiques aussi dangereux que les islamistes car ils empêchent de réformer les systèmes et démobilisent les personnes qui les écoutent bêtement.

    Merci de votre attention.

  • "Pour la première fois depuis plus de 50 ans de conduite, et après 700 kms j'ai compté une trentaine d'impacts d'insectes sur mon pare-brise alors qu'avant il fallait nettoyer tous les deux cent kms."
    La France étant la championne du monde de l'utilisation des pesticides, il ne faut pas s'attendre à autre chose. Un tour en Espagne et vous pourriez à nouveau nettoyer votre pare-brise tous les 200 km.

    "La biodiversité peut attendre, pas le climat"
    Correction:
    Le climat peut attendre, pas la biodiversité.

    Pour les pays pauvres, le premier problème est de gagner leur indépendance et leur souveraineté, convertir la moitié au moins des cultures commerciales en cultures vivrières, et conserver leurs forces vives. Hélas, dès qu'un dirigeant veut suivre cette politique, il est assassiné.

  • Ce texte concernant le brusque éveil des préoccupations écologiques de la droite helvétique, refusé le 17 mai sur le blog de JS Eggly, est aujourd'hui d'actualité puisque, comme je l'écrivais en mai, le PLR vient de proposer une taxe sur les billets d'avion. Finalement, dans notre pays la valeur principale est la patience.

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    Elle est merveilleuse cette soudaine prise de conscience des arrogants et des autoritaires, emportés par l'accélération des dégâts dont ils sont idéologiquement responsables. A la grande repentance du politiquement correct de gauche, va s'adjoindre celle du sauve-qui-peut d'un capitalisme ultra-libéral et carnassier de droite, tout marri de n'avoir eu que mépris pour tous ceux qui depuis plus de cinquante ans tentent de freiner notre course à l'abîme. Pour paraphraser Bossuet et son fameux “Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes”, ces prochaines années nous permettront de zygomater à plein tube de ceux qui déplorent les ravages écologiques dont ils ont abusivement chéri les causes économiques. Toutes les tentatives depuis les années 60 pour essayer de faire entendre des voix plus raisonnables, pour proposer un développement moins destructeur ont été ignorées. Et là, en plein dérapage non contrôlé, les anciens pilotes dépassés par l'ampleur du désastre viennent jouer aux repentis, aux pénitents désolés de n'avoir pas porté une attention suffisante aux sages et aux justes des décennies passées. Mais de la suffisance et de la mauvaise foi ils en avaient à revendre ces cuistres, bardés de toutes les certitudes de la domination économique. Allez, encore un petit effort, et après l'abandon du secret bancaire, la légalisation de l'absynthe et les restrictions du droit des armes, la droite va offrir à la volée, comme nouveau leurres, une taxation des billets d'avion, une vignette sur les trotinettes électriques, un service civique généralisé ainsi qu'une baisse nationale des loyers accompagnée d'une belle caisse fédérale des assurances santé, histoire de faire croire à une improbable et consolatrice rédemption. Un nouvel Age d'Or avant le grand toboggan.

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